vendredi 27 février 2009

Le nouveau numéro de Foreign Affairs est en ligne

Le numéro de mars/avril de Foreign Affairs est en ligne. D'excellentes choses comme toujours sont au programme. Plusieurs articles retiennent mon attention :
- "The Precedents of Withdrawal" de Bennett Ramberg. Dans le contexte du discours de Barack Obama ce matin sur le retrait américain d'Irak, cet article tombe à point nommé.

- "How Development Leads to Democracy" de Ronald Inglehart and Christian Welzel.

- "Free at Last?" de Bernard Lewis. A 82 ans, il est toujours présent. Irréductible. Fidèle au poste.

- "Missing Peaces" de Michael D. Bell, Daniel C. Kurtzer, et Prem G. Kumar. Ce sont deux réponses à un article du précédent numéro de Richard Haass et Martin Indyk.
* La première de Bell et Kurtzer se focalise sur Jérusalem. Prenant en compte le fait que Jérusalem est le point de contention sur lequel de nombreuses négociations butent invariablement entre Israéliens et Palestiniens, les deux auteurs estiment qu'il faut adopter une nouvelle approche. Au lieu de s'évertuer sur qui aura la souveraineté sur la Vieille Ville - car c'est bien là que se trouve le problème - Bell et Kurtzer conseillent l'implication d'un tiers-parti, une autorité autonome et neutre nommée par les Israéliens et les Palestiniens et qui aurait autorité sur la zone. Elle s'intitulerait Old City Special Regime (OCSR) - déjà un acronyme, c'est essentiel ! L'objectif serait de construire une confiance entre Israéliens et Palestiniens sur la question. Sur le papier, ça a l'air très alléchant, mais une question se pose : combien de temps resterait cette autorité ? Les auteurs écrivent que "les questions de souveraineté ne seraient pas abandonnées, mais différées". Jusqu'à quand ? Les sites religieux, qui font tant débat, ne vont pas soudaienement disparaître.

* La seconde de Kumar se penche sur la question de la paix avec la Syrie. Il soutient que cela sera plus difficile qu'on ne le pense d'éloigner Damas de Téhéran et qu'il faut que la Syrie soit certaine de gagner plus en quittant sa relation spéciale avec l'Iran qu'en la conservant. Il fait alors entrer en jeu les Etats-Unis, dont le rôle serait en gros de débroussailler le chemin d'une réintégration pleine et assurée de la Syrie dans la communauté internationale. En gros, Israël et la Syrie négocient directement et Washington se charge de préparer tous les avantages pour Damas (fin des sanctions, intégration à l'OMC, plus de liens commerciaux avec l'Occident, récupération des Plaines du Golan, aides économiques et militaires en partenariat avec les Européens, retrait de la liste des sponsors du terrorisme...). Un plateau d'or! La question se pose : quoi d'autre ? La paix a un prix, mais ce que propose Kumar est de tout jeter sur le ring d'entrée de jeu. La question qu'il ne se pose pas : si les Syriens peuvent douter qu'ils ont un intérêt à rentrer dans des négociations avec Israël au détriment de leur relation avec l'Iran, les Israéliens, les Etats-Unis et l'Europe peuvent également douter que la Syrie coupera absolument tout pont avec Téhéran, le Hezbollah et le Hamas et arrêtera d'interférer dans les affaires libanaises. De fait, si l'Occident jette toutes ses atouts d'entrée de jeu, que lui reste-t-il après ?

- "Adrift of the Nile: The Limits of Opposition in Egypt" de Steven A. Cook. Cook est une star montante sur le Moyen Orient. Chercheur au Council on Foreign Relations, tout ce qu'il publie est pertinent. Cette note de lecture ni coupe pas. Il traite ici d'un ouvrage de Bruce K. Rutherford intitulé Egypt After Mubarak: Liberalism, Islam, and Democracy in the Arab World. L'ouvrage a l'air très intéressant, mais lisez déjà la note de lecture tant elle est dense, riche et claire.

J'attends que les différents services de consultation de revues académiques mettent ce numéro en ligne pour pouvoir le lire, parce que les articles qui m'intéressent sont restreints aux abonnés.

Les uns semblent s'unir, les autres pas

Après des pourparlers sous les auspices du Caire, le Hamas et le Fatah ont annoncé, lors d'une conférence de presse conjointe, "la fin d'un chapitre noir dans notre histoire marqué par des divisions et nous sommes entrés dans une phase de réconciliation et d'unité".

La déclaration, lue par le porte-parole de l'Autorité palestinienne Ahmed Qurei, expose la volonté des treize groupes palestiniens inclus dans les négociations de former un gouvernement d'accord national. Petite note : on lira - et j'ai fait l'erreur - que les Palestiniens veulent former un gouvernement d'"unité nationale". En fait, Marc Lynch rectifie sur son blog. Qurei parle de gouvernement al-tawafuq al-watani, littéralement d'"accord national". Deux notions différentes, car s'il avait voulu parler de gouvernement d'"unité nationale", il aurait très probablement dit al-tawafuq al-wahdat - corrigez-moi si je me trompe.

En tout cas, Qurei a annoncé la création de cinq commissions chargées d'étudier les points de dissension actuels :
* Une pour la formation d'un gouvernement d'unité, les questions de sécurité et les statuts de l'OLP.
* Une sur les élections et la tenue d'un scrutin présidentiel et législatif
* Une sur la réconciliation nationale pour marquer l'entrée dans une phase de tolérance et mettre un terme aux divisions internes
* Une sur les institutions - si j'ai bien compris, mais je ne suis pas absolument sûr et je n'arrive pas à trouver de sources détaillant les cinq comités.
* Une sur la libération de prisonniers politiques retenus en Cisjordanie et à Gaza.

La déclaration annonce également la fin des campagnes médiatiques pour dénoncer l'autre. J'ai relaté l'une de ces nombreuses attaques il y a quelques jours à peine. Tout le monde va se mettre au travail à partir du 10 mars et devra avoir terminé à la fin du mois. Il va falloir s'attendre à beaucoup de négociations tant les divisions semblent profondes et les vues sur ces dossiers opposées. Mais, ils font l'effort...

... au contraire des Israéliens. Tzipi Livni et Benjamin Netanyahu se sont de nouveau rencontrés aujourd'hui et sont ressortis sans trouver d'accord sur un gouvernement de coalition. Visiblement, c'était la dernière session. Un peu de spin pour Netanyahu qui considère avoir fait d'énormes compromis à la différence de sa collègue. Pour Livni, les différences sont simplement "trop grandes". On se dirige donc vers un gouvernement similaire à celui que "Bibi" a dirigé en 1996, c'est-à-dire une coalition des partis de droite, d'extrême droite et les partis religieux.

En plus des frictions déjà présentées entre le parti Shas et Israël Beiteinu, Haaretz rapporte la rivalité entre le parti Shas et Yahadut Hatorah, deux partis ultra-orthodoxes, pour le poste de ministre du Logement. C'est un porte-feuille crucial pour les deux, car leurs électeurs sont directement touchés par ces dossiers. L'un ou l'autre tiendra donc à s'assurer du confort et de l'extension des colonies...

Pour le Brookings, l'Irak est "une démocratie fragile"

Kenneth Pollack et Michael O'Hanlon, tous deux du Brookings Institution, ont publié hier une tribune dans le New York Times. Quelques passages intéressants dans cette tribune à lire absolument :

La guerre en Irak n'est pas terminée. Et si la décision du Président Obama de retirer la majeure partie des troupes américaines d'ici août 2010 n'est pas nécessairement une erreur, elle ne doit pas être mise en place de manière rigide. Si tout continue à bien se dérouler, cela doit être éminemment faisable ; si non, l'administration devra montrer la sagesse stratégique de ralentir autant que nécessaire pour gérer les problèmes.

Les jeunes démocraties sont des entités fragiles. Les politologues s'accordent généralement sur le fait que la réussite d'une deuxième série d'élections sans violence et crédibles est critique pour mettre une nouvelle démocratie sur le chemin de la stabilité, parce que ces élections testent le pays à savoir s'il est capable d'accomplir un transfert de pouvoir sans violence.

L'Irak organise sa seconde série d'élections cette année. Il vient juste de conclure des scrutins provinciaux très réussis et les élections parlementaires sont à venir. Le calendrier irakien de l'année est également chargé avec d'autres évènements politiques importants. Si les Etats-Unis peuvent aider les Irakiens à assurer des résultats même modestement positifs pour ces évènements, nous aurons traversé une bonne partie du chemin nous menant aux buts d'un Irak durablement stable et de ramener les troupes au pays l'année prochaine.


Ces évènements dont les auteurs parlent sont définis plus bas :
* Le retour des millions de déplacés chez eux
* La libération de milliers de prisonniers détenus par la coalition
* La recherche d'emploi pour les sunnites des Fils d'Irak
* La chute des cours du pétrole, principale source de revenus pour payer les employés gouvernementaux
* Les défis plus généraux d'augmenter les exportations de pétrole, l'emploi et la qualité.

Dennis Blair nous parle des menaces actuelles

Le nouveau chef du Directorate of National Intelligence a effectué sa première estimation des menaces actuelles devant la Commission de la Chambre des Représentants sur le Renseignement. Bien entendu, le Moyen Orient a convoité une large partie du rapport. L'idée n'est pas d'être exhaustif, mais plutôt de souligner certains points intéressants.

- Sur l'Arabie Saoudite, Dennis Blair explique que les efforts de contre-terrorisme menés par les autorités du Royaume ont fortement handicapé les mouvements fondamentalistes sur le territoire, mais Riyad doit maintenant faire face à des menaces venues de l'extérieur et notamment du Yémen. Les arrestations de nombreux militants d'Al Qa'ida laissent penser que des actions seront menées. De plus, l'Arabie Saoudite fait partie des cibles historiques du groupe, car le pouvoir en place est jugé comme indigne et doit être remplacé par un gouvernement islamiste. Il réitère la montée de la menace yéménite en décrivant le pays comme "une potentielle base régionale pour Al Qa'ida".

- Étonnamment, Blair évoque le Hezbollah comme un groupe capable de frapper les intérêts américains. C'est assez surprenant, car le groupe libanais n'a pas attaqué les Etats-Unis ou un autre pays occidental depuis les années 1980, mais il estime que si la survie du groupe en dépend, le Hezbollah pourrait s'en prendre aux Etats-Unis, notant toutefois que le groupe mesurerait précautionneusement la portée de tels actes.

- Sur l'Iran, le chef du DNI consacre pas mal de temps qu'il résume dans un paragraphe suffisamment clair :
Les buts de longue date de la politique étrangère iranienne sont de maintenir le régime islamique en place, de sauvegarder la souveraineté de l'Iran, de défendre ses ambitions nucléaires et d'étendre son influence dans la région et dans le monde islamique. Les dirigeants iraniens perçoivent les développements dans la région - le retrait de Saddam et des Taliban, les défis auxquels doivent faire face les Etats-Unis en Irak et en Afghanistan, l'influence croissante du Hamas et du Hezbollah, et, jusqu'à récemment, des revenus pétroliers élevés - comme autant d'opportunités et de liberté de poursuivre son objective de devenir une puissance régionale. Cette perception a généré une politique étrangère iranienne plus affirmée dans laquelle Téhéran s'est focalisé sur un accroissement de ses liens en Irak, en Afghanistan et dans le Levant pour mieux influencer et exploiter les développements régionaux en matière politique, économique et sécuritaire. La politique étrangère iranienne s'est égalent affirmée au travers de sa volonté d'acquérir la capacité de constuire des armes nucléaires.

- Sur l'Irak, il attribue une amélioration de la situation à plusieurs facteurs :
* Les opérations menées par les forces de coalition et les mesures de sécurité menées par la population (les Fils d'Irak notamment) ont permis une forte diminution de la violence. La coalition, en tant que "garant politiquement neutre de la sécurité", a facilité l'action de l'armée irakienne pour lutter contre les violences "ethnosectaires".
* Les mouvements insurrectionnels sunnites continuent de diminuer. Nombreux sont ceux qui se sont ralliés aux initiatives lancées par les Américains pour protéger eux-mêmes leurs quartiers.
* L'influence d'AQI ne cesse de décroitre.
* La menace de violence des groupes chiites se réduit également. La décision de déposer les armes de Moqtada al-Sadr début 2008 a été particulièrement significative, car Jaish al-Mahdi (l'armée du Mahdi) était très active.
* Les capacités de l'armée irakienne se sont dans le même temps accrues.

Trois menaces demeurent sur l'Irak:
* Des disputes sur les frontières : c'est particulièrement probant dans le nord, à Kirkuk par exemple, une des quatre provinces où les élections n'ont pas eu lieu, car la situation demeure trop tendue.
* La perception d'une oppression policière : si le prisme d'une violence "ethnosectaire" de la police s'installe au sein de la population, cela peut raviver des violences.
* Une augmentation de soutiens étrangers aux milices.

- Blair a détaillé une position très intéressante sur le programme nucléaire iranien. "Bien que nous ne sachions pas si l'Iran a actuellement l'intention de développer des armes nucléaires, nous estimons que Téhéran conserve au minimum l'option ouverte d'en développer." Position prudente quelque peu dans la lignée du NIE de 2007 auquel il fait d'ailleurs référence. Selon lui, le fait que l'Iran ait arrêté son programme militaire en 2003 fait suite aux pressions internationales et pourrait suggérer que Téhéran est plus sensible aux pressions que précédemment estimé. Il indique également que seule une décision politique peut arrêter le programme, "et une telle décision est bien évidemment réversible".

Il est insistant sur le fait que deux activités cruciales pour le développement d'armes nucléaires se poursuivent : l'enrichissement de l'uranium et des missiles balistiques.

jeudi 26 février 2009

Dennis Ross, le "Keyser Soze" du Département d'Etat (suite)

Donc, le Département d'Etat a fait son travail suite au tohubohu qu'a provoqué l'annonce du poste de Dennis Ross comme "conseiller spécial pour le Golfe et l'Asie du sud-ouest". Robert Wood commence plutôt bien au briefing d'hier matin ; ils ont déterminé ce qu'ils entendaient derrière cette vague appelation :

QUESTION: Have your ace geographers been able to determine what Southwest Asia is and thereby figure out what exactly Dennis Ross’s mandate is?
MR. WOOD: I’m so shocked that you asked that question. Let me give you my best – our best read of this. From our standpoint, the countries that make up areas of the Gulf and Southwest Asia include Bahrain, Iran, Iraq, Kuwait, Oman, Qatar, Saudi Arabia, UAE, Yemen, and those are the countries.
QUESTION: Not – not Afghanistan and Pakistan?
MR. WOOD: Look, Ambassador Ross will look at the entire region, should he be asked to, including Afghanistan. But this is something that would be worked out. You were – you asked the question yesterday about Ambassador Holbrooke and whether there was going to be some kind of, I don’t know, conflict over who is working in – on that particular issues in that country.
Look, Ambassador Ross and Ambassador Holbrooke will work together where necessary if they need to, if there’s some kind of overlap. But that’s, in essence, the State Department’s geographical breakdown of Southwest Asia.


Ca commence déjà à ne plus être très clair, voire même contradictoire avec ce qui a été dit dans l'annonce officelle, qui parle de "deux guerres", donc très probablement l'Irak et l'Afghanistan. Le problème étant que dans la liste présentée, l'Afghanistan ne fait plus partie du lot. Point soulevé après où la confusion prend place :

QUESTION: Okay. So it does not – it is not the same breakdown as the military uses?
MR. WOOD: No, the military uses a different breakdown, but I’d have to refer you to them for their specific breakdown.
(...)

QUESTION:
So if Ambassador Ross is special envoy – special advisor for Gulf and Southwest Asia, what is the difference between Gulf and Southwest Asia?
MR. WOOD: Look --
QUESTION: For me, this is Gulf.
MR. WOOD: Well, it may be for you. For others, it may be different. I’d have to – I’ve given you what the Department’s position is with regard to the geographic makeup of the region.
QUESTION: Okay. But on Iran, like for instance, if someone – if the United States wanted to engage Iran on, for instance, Afghanistan, and you’ve said before from this podium that Afghanistan could play – Iran, sorry, could play a helpful role in Afghanistan – who would be kind of handling that? Would that be the special advisor for Southwest Asia in Iran, or would it be the special advisor for Afghanistan and Pakistan? Because Ambassador Holbrooke has said that he thought Iran could play a helpful role, and that suggests that he might be handling that kind of dialogue.
MR. WOOD: Well, this is—again, this is speculation. You know, we’ll have to see what happens if, indeed, we get to that point about who handles an issue with regard to Iran. It really depends on, you know, a variety of factors. I can’t – it’s hypothetical, so I just can’t give you an answer specifically on that. So --
(...)

QUESTION: Yes. You know, I’m a little confused because in your statement to announce Dennis Ross’s appointment as the Southwest Asia person, you referred to two wars in the region. So which is the other war? Iraq – was Afghanistan part of that and then you took it away because of Holbrooke’s complaints or --
MR. WOOD: No.
QUESTION: Just a wee bit confused here.
MR. WOOD: No, there are two wars that are raging in that region, and I’m talking about the larger region.
QUESTION: But that was included within the Southwest Asia that you demarcated in the statement.
MR. WOOD: Right. Like I said, Afghanistan is one of those issues where you have a lot of individuals who have some interests and equities in dealing with it. And as I said, if we get to a point where there is a need to have both Ambassador Ross and Ambassador Holbrooke engaging on different elements of it, they will. And they will certainly – you know, they’ll do that. But we are very clear in that statement, I think, in terms of where we see wars raging and the need to have appropriate people working on these issues.
QUESTION: Because in the CIA fact book, a book which a lot of people use, Southwest Asia does include Afghanistan. So --
MR. WOOD: Well, that’s the CIA. I’m giving you – again, I gave you what the State Department’s position is on the region.
QUESTION: Well, it sounds like you – it sounds like you have a turf battle brewing, if not already begun. Maybe you should lock Holbrooke and Ross up in a room and fight it out?
MR. WOOD: That’s your characterization. There’s no turf war going on here.
QUESTION: Well, no, Robert, because I believe that originally, Afghanistan was included in this – in Dennis’s (inaudible) here, and it’s interesting that it’s been taken out, so --
QUESTION: So was it removed, though, because – with the wars referring to the war in Afghanistan? I mean, was it removed because --
MR. WOOD: I just spelled this out for you. I don’t have anything more to say on it.


La confusion est évidente et visiblement, le Département ne s'attendait guère à ce que l'annonce provoque une telle polémique. N'exagérons rien non plus, à part quelques journalistes tenaces et bloggeurs acharnés, la question n'attire pas foule.

A la décharge de Wood, le journaliste fait erreur lorsqu'il prétend que le CIA Factbook inclut l'Afghanistan dans l'Asie du sud-ouest. Rien de tel. Par contre, on trouve une telle référence sur le site de la CIA. Tout comme sur le site de Foggy Bottom (cf. mon précédent post sur la question), l'Asie du sud-ouest est évoquée en relation avec le trafic d'héroïne, mais l'Afghanistan ou le Pakistan ne figurent pas dans cette région lorsqu'ils sont traités sous un angle politique. Au Département d'Etat, ils sont sous la responsabilité du Bureau pour l'Asie Centrale et du Sud, de manière tout à fait logique.

En fait, la confusion sur le terme d'Asie du sud-ouest est simplement liée au fait que c'est un terme très peu usité, car en Occident, on parle de Moyen Orient. A l'ONU, ils ont voulu changer le terme de "Moyen Orient", car c'était perçu comme trop occident-centré.

Il n'en reste pas moins que sur le dossier iranien, la question mérite d'être posée : qui va coordonner les négociations si elles s'ouvrent entre les Etats-Unis et l'Iran sur l'Afghanistan ? De plus, doit-on déduire de ce flou artistique que Ross sera le point focal pour l'articulation d'une politique cohérente de Washington sur l'Iran ?

mercredi 25 février 2009

L'émergence de Kadima dans une histoire d'échecs des partis centristes en Israël

On le prend presque comme un acteur solidement installé dans la vie politique israélienne, alors même que le parti Kadima n'a pas soufflé ses cinq ans. Créé en novembre 2005 par des représentants du parti Travailliste, mais principalement du Likoud, le parti a remporté les élections parlementaires de 2006 avec Ariel Sharon à sa tête. Le parti centriste a renouvelé sa victoire aux élections de début février, même si le vainqueur officieux semble plus Benjamin Netanyahu que Tzipi Livni. Ainsi, en l'espace de quatre ans Kadima a-t-il réussi à gagner les deux élections à la suite. Pour un parti centriste, c'est tout à fait exceptionnel en Israël, comme le montre une étude de Kevjn Lim publiée dans le dernier numéro de la revue académique Israel Affairs.

Après une revue des théories existantes sur le centre, Kevjn Lim pose comme modèle théorique plusieurs principes :
* En s'appuyant sur les travaux de Maurice Duverger, il estime qu'une doctrine ou idéologie du centre ne peut pas exister.
* Comme le montre Giovanni Sartori, l'existence d'un parti du centre encourage une dynamique centrifugeuse autant que l'absence de parti du centre favorise une dynamique centripète.*
* Suivant les travaux d'Anthony Downs, Lim accepte l'idée que dans un système bi- ou multi- partite, un parti du centre ne peut émerger que si la polarisation idéologique ne suit pas une redistribution des voix en présence. En d'autres termes, un électeur ne votera pas au centre s'il ne pense pas que le centre peut remporter le scrutin, même s'il incline au centre.
* L'existence d'un parti du centre peut conduire à la fois à une plus forte polarisation ou à une dynamique centripète, comme l'argumente Reuben Hazan.
* Si les partis de centre ont tendance à faire surface quand des clivages entre droite et gauche se chevauchent, c'est le positionnement sur le conflit prédominant qui définit le plus le développement du parti et son interaction avec les autres.
* Un système tripolaire ou multipolaire où le centre agit comme médiateur peut être source de stabilité et de consensus, comme l'ont montré les travaux de Timothy Scully notamment.
* Suivant les écrits de Hans Keman, les partis de centre qui agissent également comme des partis-pivots durent plus longtemps et ont plus de chances d'avoir une influence dans les coalitions gouvernementales.

Lim s'applique ensuite à faire un référencement exhaustif des échecs répétés des partis du centre, soit parce qu'il n'y avait pas de place sur l'échiquier politique, soit parce que le parti ne se focalisait que sur quelques dossiers bien précis. Plus inquiétant encore pour les partis du centre, il établit une comparaison entre les tendances centristes au sein de la population israélienne et les résultats majoritairement faibles des partis du centre. Ainsi, en 1992, 18% des électeurs se disaient-ils au centre, ce qui n'a pas empêché un fiasco complet lors du scrutin où les partis du centre sont repartis bredouille. L'exception bien sûr est Kadima en 2006.

L'auteur arrive à la conclusion qu'en Israël, une dynamique centrifugeuse autant que centripète peut forger l'émergence de partis du centre. En effet, la montée en puissance de Kadima intervient dans un contexte où le Likud et les Travaillistes cherchaient des voix au centre.

Lim énonce donc une série de principes spécifiques au centre en Israël en fonction de son analyse historique :
* Le centre a tendance à ne pas exister en tant que parti viable.
* Les idéologies centristes sont trop vagues et donc attirent peu, car elles ne permettent pas une identification claire.
* Le centre se retrouve plus dans une forme d'immobilisme face à une dynamique centrifugeuse, limitant leur champ d'action, qu'il soit médiateur ou non. Cela explique également pourquoi les partis du centre sont des lieux de transfert de voix plutôt que de concentration de voix.
* Les partis de centre ne peuvent rejoindre des coalitions par nécessité, car cela rend caduc leur raison d'être. A moins qu'il y ait une redistribution des voix.
* Même si les partis du centre parviennent à être de bons médiateurs, cela génère leur inutilité, car une fois un consensus trouvé, il n'y a plus besoin de médiateur, à moins que ce parti soit un parti-pivot.
* Les partis de centre manquent souvent de bases de soutien et sont plus une structure de l'élite. Il manque une institutionnalisation du parti, c'est-à-dire une diffusion plus importante au sein de la société et de ses organes pour qu'ils puissent appréhender sans se dissoudre un changement à leur tête.
* Les nouveaux partis du centre fondent leur existence sur une pensée plus pragmatique et moins dogmatique, transition que la sphère politique israélienne - et donc la population - connait progressivement également, ce qui offre au centre plus d'opportunités.

Mais, alors le Kadima dans tout ça? Lim explique que son succès ne s'inscrit que partiellement dans les lignes qu'il a expliquées. Le parti a été créé par un chef en place non tant en réaction à des forces centrifugeuses mais dans un contexte de discrédit grandissant et d'affaiblissement des lignes de séparation entre le Likud et les Travaillistes. Ensuite, Kadima a pallié son manque d'ancrage institutionnel par une série de principes ciblés sur les questions les plus pressantes, notamment le dossier israélo-palestinien et le retrait des Territoires. Enfin, la réussite de Kadima n'aurait pu être envisageable s'il n'y avait pas eu une redistribution idéologique des électeurs. La popularité de Sharon ne suffisait pas. Cela s'est d'ailleurs confirmé, car même sans Sharon, Kadima a réussi à gagner de nouvelles élections.

* dynamique centrifuge : une tendance à se déplacer du centre vers les extrêmes ; dynamique centripète : une tendance à se déplacer des extrêmes vers le centre.

Dennis Ross, le "Keyser Soze" du Département d'Etat




















J'aurais bien aimé trouver la comparaison moi-même*, mais je la dois à Spencer Ackerman du Washington Independent. Il semblerait que Dennis Ross ait enfin trouvé une place au Département d'Etat. Quoi donc? Le briefing de Robert Wood est à ce sujet exceptionnel de confusion :

Bon, laissez moi avant tout commencer en disant que la Secrétaire est très contente que Dennis Ross ait accepté de servir en tant que conseiller spécial pour le Golfe et l'Asie du Sud-ouest. Ce que Dennis aura à faire est d'essayer d'intégrer les développements politiques et leur mise en place au sein de différents bureaux et en contact avec de nombreux représentants du Département d'Etat. Et, il sera en charge de donner des conseils stratégiques à la Secrétaire. Il sera également chargé de s'assurer qu'il y a une cohérence dans nos politiques et stratégies au sein de la région.

Permettez-moi d'être précis, il ne sera pas un émissaire. Il ne négociera pas. Il travaillera sur des questions régionales. Il ne sera pas - en termes de négociations, il ne sera pas impliqué dans le processus de paix. Mais, une fois encore, il conseillera la Secrétaire sur des questions stratégiques et leur vision à long terme au sein de la région.


Ce n'est déjà pas très clair, mais ça ne fait qu'empirer. Pas la peine de traduire, je pense que le contenu parle de lui-même. Le Département d'Etat ne veut pas trop faire de vague sur Dennis Ross.

QUESTION: Can you give us – well, what is the State Department’s definition geographically of Southwest Asia? What countries does that include?
MR. WOOD: Matt, I didn’t --
QUESTION: No, you guys named an envoy for Southwest Asia. I presume that you know what countries that includes.
MR. WOOD: Yes. Of course, we know. I just – I don’t have the list to run off – you know, right off the top of my head here. But obviously, that’s going to encompass – that region encompasses Iran. It will – you know, it’ll deal with --
QUESTION: Does it include Iraq?
MR. WOOD: Indeed, it does. He is going to be, again, as I said, providing her with advice – strategic advice, looking at the long term, the bigger picture and how we can make sure that our policies are coherent across the board in the region. And as I said, the Secretary is very pleased that Dennis has agreed to do this. He’s got years of experience in the region. And, you know, it’s a daunting task, but it’s one that she felt was necessary.
QUESTION: And so, does it include parts of the Middle East?
MR. WOOD: Yes.
QUESTION: It does? Does it include Syria, and it includes Israel and it includes Jordan?
MR. WOOD: Well, he’ll be looking at the entire region that will include, you know –
QUESTION: Where does that stop? I mean, you know, you have NEA which, you know, runs all the way to Morocco. So does it include –
MR. WOOD: Well, he’s going to be in touch with a number of officials who work on issues throughout this region.
QUESTION: Does it include Morocco, Algeria, Egypt, countries that are within the – within the Middle East or within the Near Eastern Affairs Bureau, but are not necessarily technically part of Southwest Asia?
MR. WOOD: He will be providing advice to the Secretary on a – across that entire region, where appropriate, where she needs it, and that’s the position he will serve.
QUESTION: So he’s going to meet with the leaders in the region as well, so you said he is going to offer an assessment --
MR. WOOD: That’s right. At some point, he will.


En attendant plus de précisions probablement à venir, il semblerait donc que Dennis Ross ne traite pas géographiquement parlant ni d'Israël, ni de l'Iran. Je vais être honnête, la géographie de l'Asie du sud-ouest ne m'était pas familière non plus, donc j'ai regardé que l'ONU envisage dans cette région qu'elle appelle l'Asie de l'ouest et ce qu'on appelle généralement le Moyen Orient (cf. la carte - c'est moi qui ait souligné les pays).

Dans le communiqué officiel sur la nomination de Ross, on peut lire que "c'est une région où l'Amérique affronte deux guerres". Le fait est que l'Afghanistan ne fait pas partie de l'Asie du sud-ouest. Au pire, on l'accepte en Asie centrale - ce qui est déjà une erreur, même si elle est commune - mais Kaboul est en Asie du sud. Donc, j'ai cherché sur le site du Département d'Etat à savoir ce qu'ils entendent génériquement par Asie du sud-ouest. C'est un vrai sac de noeuds. Il n'y a aucun bureau travaillant spécifiquement sur cette région, mais on peut trouver plusieurs documents référençant des pays faisant partie de l'Asie du sud-ouest. L'Afghanistan et le Pakistan en font partie, mais aucun pays de ce qu'on appelle communément en Occident le Moyen Orient. Pour d'autres pays, il y a un flou qui est laissé, ces pays se trouvant entre l'Asie du sud-ouest et l'Asie du sud-est, comme l'Inde.

Bref, on a besoin de quelques éclaircissements.

* Keyser Söze est le personnage incarné par Kevin Spacey dans Usual Suspects.

mardi 24 février 2009

Les réformes au royaume saoudien des prédictions

J'ai voulu attendre un peu avant de parler des changements dans le système politique saoudien. Une série de modifications de poste, certaines significatives, d'autres moins importantes. Ce n'est pas tant les réformes qui m'intéressent ici que la manière dont elles sont perçues. Une réaction semble unanime : saluons ce geste du roi Abdallah, ce sont ses premières réformes depuis sa prise de pouvoir en 2005. Mais, après, on navigue en eaux troubles.

Analyser l'Arabie Saoudite est déjà un business bien difficile, mais analyser la pensée politique saoudienne est aussi complexe qu'ouvrir un coffre-fort. Ainsi la presse regorge-t-elle d'interprétations aussi définitives que disparates. Les plus prudents, comme Simon Henderson du Washington Institute for Near East Policy, saluent les annonces, mais attendent de voir les réactions des milieux les plus conservateurs avant de se prononcer sur la portée réelle de ces annonces.

Karen Elliott House est très enthousiaste dans une tribune au Wall Street Journal. Ces changement "indiquent que [le roi Abdallah] a finalement trouvé la confiance nécessaire pour faire plus que parler de réformer son régime insatisfait", écrit-elle. Elle voit dans ces décisions un message clair du roi en place. Ce dernier a passé de nombreuses années, avant même de prendre la tête du royaume, à parler de dialogue inter-religieux, de tolérance, de rassemblements entre Sunnites et Chiites (fait particulièrement notable tant le wahhabisme est sévère à l'égard des suiveurs d'Ali). Le départ de personnes comme le Sheikh Saleh al-Luhaidan, à la tête du Conseil judiciaire, et du Sheikh Ibrahim al-Ghaith, chef de la tristement connue Commission de la Vertu et de la Prévention du Vice, seraient les indices, selon elle, qu'Abdallah a désormais la voie ouverte, car les remplaçants sont plus modérés.

Le troisième type d'interprétation est quelque prématuré, mais pour Barah Mikaïl de l'IRIS, c'est le début de la fin pour le wahhabisme en Arabie Saoudite. "On le voit, les réformes saoudiennes ainsi engagées font penser que le monarque et les stratèges d’Etat saoudiens ont une préoccupation majeure, présage-t-il sur affaires-stratégiques.info, à savoir : comment dégager à terme le royaume de son idéologie d’Etat officielle, le wahhabisme, tout en gardant néanmoins cette même dénomination intacte sur le plan officiel."

Les trois soulèvent en tout cas des points intéressants. Henderson et House expliquent que tout changement doit être un choix concerté en Arabie Saoudite. House, notamment, s'appuie sur le parcours du roi actuel, qui a attendu que son frère, le roi Fahd, meure plutôt que de pousser le clergé saoudien a le nommer plus tôt. Patience est vertu pour lui.

Comme l'explique Mikaïl, il ne faut pas oublier que, certes des ministères importants ont été modifiées, dont la santé et l'éducation, qu'une femme a été nommée à un poste et qu'elle affirme publiquement que "ce n'est que le début", mais le tryptique Intérieur-Défense-Affaires étrangères demeure plus que jamais en place et c'est lui qui fait tenir le royaume en place. La plus grande crainte du régime saoudien est de perdre certaines régions, notamment l'est riche en pétrole mais sous population chiite.

Mais, alors pourquoi ce changement? Pour le Daily Star, ce n'est ni plus ni moins que la poursuite lente mais progressive d'une ouverture politique en Arabie Saoudite. House voit ce changement comme une nécessité structurelle, car le royaume connait un gap générationnel énorme entre une population jeune et prometteuse et un leadership au mieux sexagénaire. Ce chamboulement s'inscrit, selon moi, dans ce que Marina Ottaway et Michele Dunne qualifient dans une étude au Carnegie Endowment en 2007, de "dilemme du roi". Elles expliquent que les régimes arabes arrivent à la conclusion que des réformes sont nécessaires pour conserver une économie compétitive, car le pétrole va ne plus suffire. Une autre source de réformes serait la pression extérieure, notamment des Etats-Unis et de l'Europe ; des réformes serviraient donc à apaiser leurs demandes d'ouverture plus qu'à créer une réelle ouverture. L'arrivée d'Obama pourrait-elle jouer un rôle ?

Mais, la question est de se demander où se trouve la limite entre des réformes de façade qui ne modifient pas fondamentalement le régime et des mesures qui vont permettre la création de conditions pérennes d'une remise en cause du pouvoir en place ?

Ils doivent être très bons au Fatah pour utiliser Google Earth

Le Hamas accuse le Fatah d'avoir aidé Israël dans son opération Plomb Durci. Comment? En utilisant Google Earth et en indiquant les cibles à viser. Israël revendiquait plutôt avoir eu recours à de l'HUMINT, mais non, l'informatique de base a encore joué. Le Fatah aurait montré aux Israéliens où se trouvaient les mosquées, les bâtiments administratifs, les ateliers et les tunnels, a affirmé Abu Abdullah, haut représent des services de renseignements du Hamas.

Donc, j'ai fait l'expérience comme je l'avais fait pour la localisation de Ben Laden. Je suis allé sur Google Earth et j'ai regardé un peu ce à quoi ressemblait Gaza. Je dois dire que les membres du Fatah sont doués, parce que c'est un travail titanesque tant les plans sont très flous. Il est vrai qu'ils étaient à Gaza jusqu'en 2007, donc ils doivent avoir une bien meilleure connaissance du terrain, mais cela me parait bien audacieux de penser que c'est la manière dont le Fatah a aidé Israël. Les Israéliens ne seraient-ils pas capables d'en faire de même? Après tout, ils étaient à Gaza jusqu'en 2005. De plus, ne pourrait-on pas imaginer que le Shin Bet a d'excellents satellites bien plus précis que ceux de Google Earth?

Pour autant, il est fort probable que le Fatah ait collaboré avec Israël. Si des images satellitaires peuvent indiquer où se trouvent les bâtiments officiels, il est beaucoup plus difficile de détecter les tunnels, les ateliers et mosquées où étaient stockées munitions. C'est là qu'entre le renseignement humain. Tout le processus est très bien expliqué dans un article du Middle East Times.

Les Israéliens ont eu recours à des agents palestiniens du Fatah infiltrés à Gaza. Ces espions auraient utilisé une technique assez simple. Elle consistait à se placer à côté des lieux à cibler et d'utiliser un téléphone portable, dont le signal était détecté par les satellites israéliens du renseignement.

Malheureusement, le Hamas a utilisé ces unités de contre-terrorisme et a également intercepté nombre de ces signaux, ce qui a coûté la vie à de nombreux agents palestiniens.

L'allégation de l'utilisation de Google Earth est probablement une opération de propagande anti-Fatah menée par le Hamas, comme les deux groupes rivaux ne cessent d'en faire depuis leur lutte fratricide en 2007. Tout ceci dans un contexte où Fatah et Hamas s'apprêtent à négocier au Caire pour déboucher sur un gouvernement d'unité nationale.

dimanche 22 février 2009

La BBC manque de tact sur Le Caire (corrigé)

Une bombe a explosé au Caire aujourd'hui. C'est assez bizarre de voir les images, parce que je vois très bien où a lieu l'explosion. C'est le quartier touristique du Caire, où les Cairotes ne mettent jamais les pieds. C'était une horreur absolue pour moi d'aller là-bas tant ça grouille de touristes, tant on se fait alpaguer toutes les 5 secondes.

Je ne sais pas trop quoi penser de cette explosion, si ce n'est que BBC News manque de tact. Ils n'ont pas trouvé meilleur sponsor de leur vidéo sur l'explosion d'une bombe au Caire qu'un spot publicitaire vantant les beautés de l'Egypte.

Alors, attaque terroriste ou pas? Difficile de dire qui est derrière cet acte. Les médias restent étonnement prudents, ne parlant jamais d'attaque terroriste dans leurs rapports. Plusieurs raisons à cela :
* La bombe qui a explosé et celle qui ne s'est pas déclenchée sont de conception très artisanale. Les explosions ont été de faible intensité, surtout quand on sait la concentration de gens dans cette zone.
* Personne n'a revendiqué le geste.

Mais, une raison plus forte pourrait inciter à ne pas voir cet évènement comme un "acte terroriste" dans la lignée de ceux que l'Egypte a connus ces dernières années. Tout d'abord, Le Caire n'a jamais été touché par les terroristes*. Ensuite, les actions sont d'une ampleur beaucoup plus importante que celle d'aujourd'hui. Enfin, le terrorisme est tout de même largement canalisé en Egypte. Les groupes les plus organisés, comme al-Jihad, n'existent quasiment plus. L'Egypte est certes un véritable vivier pour Al Qaïda - Ayman al-Zawahiri est égyptien -, mais généralement, ils partent pour le djihad global plutôt que de lutter dans leur pays.

Alors qui est derrière ces bombes ? Probablement des extrémistes religieux guidés par l'idéologie d'Al Qaïda. Même si la grande mosquée al-Hussein est à proximité de l'explosion, c'est plus le souk du Khan qui était visé et ses touristes occidentaux plus particulièrement. Pour autant, je ne pense pas que ce soit un mouvement organisé, mais plutôt des éléments isolés qui ont lancé une opération mal préparée avec très peu de moyens et d'expertise.

Une chose est sûre, le gouvernement égyptien va instrumentaliser cet incident pour montrer à quel point l'état d'urgence en place depuis 1981 est essentiel à la sécurité nationale. Il va l'utiliser pour renforcer ses dispositifs de sécurité, pour justifier la violence contre tout mouvement de rébellion.

***ERRATUM***

* En fait, Le Caire a été touché en 2005 par des attentats de portée assez similaire à l'explosion d'hier. Le premier attentat, le 7 avril, s'est déroulé non loin de celui d'hier. Deux Français et un Américain ont péri et 11 personnes ont été blessées. Deux incidents ont également eu lieu le 30 avril, le premier sur le Pont du 6 octobre ne faisant aucune victime à l'exception du responsable de l'explosion, qui a explosé en sautant du pont. Le second a eu lieu à la Citadelle quand deux femmes ont ouvert le feu sur un car de touristes avant de se tuer par balles. Pas de mort non plus.

Les trois attaques ont été revendiquées par deux groupes, les Moudjahidines d'Egypte et les brigades d'Abdullah Azzam, également responsables des attentats à Sharm el-Sheikh en 2005 et à Tabah en 2004. Le second est connu pour son obédience djihadiste. Il tire son nom d'Abdullah Azzam, un Palestinien très influent en Afghanistan dans le combat contre les Soviétiques.

samedi 21 février 2009

Pourquoi Netanyahu veut-il un gouvernement d'union nationale?

En anglais, on dirait Gideon Levy is in da house. La dernière chronique du très populaire journaliste israélien Gideon Levy dans Haaretz est un concentré d'acide porté par une plume provocatrice. Cet écrit intervient après l'officialisation, hier, de la demande de Shimon Peres à Benjamin Netanyahu pour former un gouvernement, suite à un nouvel échec de Tzip Livni dans cette mission malgré sa victoire électorale. "Bibi" a immédiatement appelé à un gouvernement d'unité nationale, urgeant le partis Kadima et Travailliste à rejoindre sa coalition. Appel entendu par Livni, mais qu'elle a rejeté. Ehud Barak a jusqu'à présent indiqué qu'il envisageait les Travaillistes dans l'opposition, non pas tant à cause du Likud, mais à cause de la présence de Israël Beiteinu.

La question que beaucoup se demandent, dont Levy, est de savoir pourquoi Netanyahu envisage une coalition centriste, alors qu'il a 65 sièges - donc une majorité à la Knesset - en formant un bloc avec les partis de droite et d'extrême droite. "Parce qu'il a peur, juge Levy. Maintenant, au moment de vérité, quand il a la possibilité d'appliquer son idéologie, il se montre frileux et veut diluer son gouvernement avec des éléments qui sont étrangers à sa doctrine."

Après une liste de scénarios aussi plausibles que dangereux avec une coalition de droite, Levy conclut que Netanyahu a peur de lui-même. "La vérité est que Netanyahu sait que cet horizon est horrible. Il veut Kadima et les Travaillistes dans son gouvernement pour le retenir, pour l'empêcher de mettre en pratique sa doctrine. C'est justement la raison pour laquelle ils ne doivent pas rejoindre sa coalition. Rendez à Netanyahu ce qui est à Netanyahu. Voyons voir comment cela se termine pour lui. Et pour nous."

Scénario toutefois dangereux à tant de niveaux, mais surtout pour le processus de paix. Le parti Shas, pourtant minoritaire dans la coalition d'Ehud Olmert, était suffisamment indispensable au maintien du gouvernement pour imposer des décisions mondialement condamnées d'étendre les colonies. Alors, on a du mal à imaginer ce à quoi ressemblerait une coalition où l'on met pêle-mêle tous les partis d'extrême droite et partis religieux.

N'oublions toutefois pas que tous ces partis ne s'apprécient pas forcément ; les relations sont notamment tendues entre le parti Shas et Avigdor Lieberman. Les premiers accusent Lieberman de vouloir institutionnaliser le mariage civil, actuellement interdit en Israël, et de vouloir autoriser la vente de porc, contraire à la religion juive. Lieberman remet en cause la citoyenneté des partisans ultra-orthodoxes du Shas qui ne font pas leur service militaire, symbole d'une citoyenneté pleine en Israël (il est d'ailleurs intéressant de voir que le slogan du Beiteinu "pas de loyauté, pas de citoyenneté" originellement dirigé contre les Arabes Israéliens s'adresse également aux ultra-orthodoxes).

Pour Levy, "Bibi" a peur. Peut-être, mais un autre aspect peut également jouer. Lorsqu'il était au pouvoir entre 1996 et 1999, il avait à faire, comme aujourd'hui, à un Président américain démocrate. Les relations avec Bill Clinton ont été particulièrement difficiles, tant le Premier ministre israélien de l'époque était réticent à accéder aux demandes de la Maison Blanche sur le processus de paix. Mais, le chef du Likud pouvait jouer sur une autre stratégie. A l'époque, le Congrès était Républicain et Netanyahu savait le Congrès beaucoup plus favorable à sa cause que la Maison Blanche. Le contexte a changé, car la Maison Blanche comme le Capitole sont Démocrates. Il sera donc bien plus difficile pour le prochain Premier ministre israélien de faire fi des demandes de Barack Obama.

On peut envisager que Netanyahu prenne ce détail en compte et mesure ses options. Il sait à quel point la relation avec les Etats-Unis est cruciale pour Israël et il sait également qu'elle serait exténuante avec une coalition de droite. Il a d'ailleurs répété pendant la campagne qu'un de ses principaux regrets lorsqu'il était Premier ministre était de ne pas avoir formé une coalition centriste. Même si Livni et Barak ont refusé de le rejoindre pour le moment, l'issue des négociations pourrait indiquer un rassemblement du centre, indique Gerald Steinberg, de l'Université Bar-Ilan en Israël, au Council on Foreign Relations. Il rappelle pertinemment que si Kadima rejoint le Likud, à deux, ils ont 59 sièges et qu'ils pourraient très bien prendre quelques sièges chez les Travaillistes pour obtenir la majorité de 60 sièges, zappant donc l'influence conquise par Lieberman lors du dernier scrutin avec ses 15 sièges.

Est-ce envisageable ? C'est difficile à dire. Est-ce souhaitable ? Plus qu'une coalition de droite en tout cas. Steinberg reste toutefois prudent. Kadima comme les Travaillistes font également leur calcul politique et n'ont pas forcément un intérêt électoral à se lancer dans un tel périple. Selon Steinberg, les deux partis parient sur un gouvernement de droite incapable de durer, miné par une crise économique rampante en Israël, par de pressions de plus en plus fortes des Etats-Unis et de l'Europe. A la suite de quoi ils pourront revenir renforcés par les déboires du gouvernement. Est-ce envisageable ? Oui. Est-ce souhaitable ? Non, car pendant que le gouvernement se casse la figure, le processus de paix s'enlise irrémédiablement.

Le meilleur scénario serait que Kadima et les Travaillistes dans leur ensemble rejoignent une coalition menée par le Likud. En effet, les deux partis se retrouveraient avec 43 voix dans la coalition contre 29 pour le Likud, une certaine position de force qui pourrait jouer à l'avantage du processus de paix et de décisions de politique interne, comme sur les colonies. Aussi favorable que serait ce scénario, il est illusoire, car Netanyahu ne se laisserait jamais duper à ce point.

jeudi 19 février 2009

Ben Laden pourrait être à Parachinar au Pakistan


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Un des lieux possibles où se trouve Ben Laden selon l'étude

Je m'en veux de ne pas prendre plus de temps pour résumer quelques articles de revues universitaires qui regorgent souvent de belles petites choses, qui restent malheureusement trop souvent loin des yeux du grand public. Lecteur cependant de ces revues, je n'ai pas pu passer à côté du buzz que fait le dernier article de John Agnew, très influent dans le milieu des RI, et Thomas Gillepsie, tous les deux profs à UCLA. Dans la revue MIT International Review, les deux chercheurs ont appliqué deux modèles théoriques de biogéographie pour tenter de définir l'emplacement géographique d'Oussama Ben Laden.

L'idée première des deux auteurs de l'étude est d'inviter le grand public à s'intéresser à cette traque qui dure et qui n'aboutit pas, car ils ont l'impression que le public et le milieu scientifique ne font pas suffisamment d'effort pour générer le débat sur la localisation du chef d'Al Qaïda.

Ensuite, ils ont pris comme point de départ les dernières localisations officiellement connues de Ben Laden. Elles remontent toutes deux à novembre 2001 et elles l'indiquent la première à Jalalabad et la seconde à Tora Bora. Deux villes afghanes non loin de la frontière afghano-pakistanaise.

Ils ont choisi deux modèles théoriques d'étude utilisés en biogéographie. La distance-decay theory montre qu'en s'éloignant d'un point précis, il y a un déclin exponentiel de trouver les mêmes espèces et les mêmes composantes. La théorie de biogéographie insulaire explique qu'une grande île aura un taux d'immigration plus élevé et plus d'espèces avec un faible taux d'extinction qu'une petite île isolée.

En l'appliquant à Ben Laden, cela signifie qu'il se trouve dans une région proche de son dernier emplacement, dans un environnement physique similaire avec les mêmes composantes culturelles, politiques et religieuses. En effet, plus il s'éloigne de ces régions, disons vers des zones plus séculaires du Pakistan et donc dans un univers culturellement différent, plus il y a de chances qu'il soit détecté. L'application de la seconde théorie suppose qu'il se trouve dans une grande ville, où le taux de disparition est plus faible. De plus, il est entouré de gardes du corps et a donc besoin d'un certain espace.

Les recherches menées ont été menées grâce à des images satellite émanant de satellites commerciaux, donc que des images publiques (la preuve, j'ai retrouvé un des bâtiments avec Google Maps). Agnew et Gillepsie ont fait une recherche dans les FATAs à la frontière afghano-pakistanaise et ont déduit selon les critères citées plus haut ainsi que selon l'activité lumineuse nocturne qu'Oussama Ben Laden devait se trouver à Parachinar, dans la FATA de Kurram. Les auteurs l'affirment avec une certitude de 98%. Cette hypothèse est renforcée par la forte présence de moudjahidines lors de la lutte contre l'armée soviétique dans les années 1980 et donc la très probable présence d'un bastion Taliban qui ont offert refuge au chef d'Al Qaïda.

L'étude pousse le détail jusqu'au bout pointant du doigt du satellite trois bâtiments qui concordent avec cinq caractéristiques physiques et mentales de Ben Laden : il est grand, il a besoin d'une machine à dialyse pour traiter quotidiennement ses problèmes connus de rein, il préfère une protection rapprochée, il aime se retrouver seul, possède une garde rapprochée, préfère ne pas être exposé à ciel ouvert. Allez, les agences de renseignements, au travail. Agnew et Gillepsie vous demandent gentiment en conclusion d'étudier leur théorie.

Les Européens engagés dans la ruée vers l'Irak (mis à jour)

Il y a quelques jours, je parlais de la visite "surprise" de Nicolas Sarkozy en Irak. Le camp des opposants à la guerre en quête de contrats à Bagdad s'allongent, puisque les Allemands sont dans la même dynamique. Le ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier s'est rendu dans la capitale irakienne pour une visite elle aussi "surprise". Tout comme Sarkozy, Steinmeier a évoqué l'envie de l'Allemagne de prendre plus de place dans la reconstruction de l'Irak, aussi bien politiquement qu'économiquement. Pas de surprise donc que les deux parties aient signé des accords d'entente dans plusieurs domaines, "principalement l'énergie et l'électricité", précise un communiqué de presse du Président irakien Jalal Talabani.

Comme je le disais dans le précédent post, la France et l'Allemagne étaient présents en Irak sur les ventes d'armes et les contrats en tous genres. Je vais me plonger dans quelques recherches sur le sujet pour sortir quelques chiffres.

En tout cas, Nouri al-Maliki est bien conscient de la situation. Si certains pouvaient encore être sceptiques sur l'amélioration de la situation en Irak, Maliki a l'argument imparable qu'il a confié dans un entretien au journal allemand Bild. "Nous pouvons atteindre la stabilité et insuffler du changement. Autrement, les entreprises étrangères ne viendraient pas ici pour nous aider dans la reconstruction, n'est-ce pas ? C'est la meilleure preuve que la situation s'est améliorée."

Son constat se voit forcément consolider quand on voit une photo d'Anne-Marie Idrac, secrétaire d'Etat chargé au commerce extérieur, en conversation avec lui aujourd'hui même.

***UPDATE***

Décidément, il ne fait pas bon perdre son temps. Mardi, en même temps que la visite "surprise" de Steinmeier en Irak, Daimler a ouvert son premier bureau dans le pays. L'objectif serait de trouver des marchés pour les poids lourds et les bus.

Ayman Nour est libre!

Voilà une bonne nouvelle : Ayman Nour est libre ! Nour était candidat aux élections présidentielles égyptiennes en 2005. Homme politique en vogue, il commençait à faire trop parler de lui, donc a gêné le pouvoir égyptien en place. Neuf mois avant les élections, il perd son immunité parlementaire et est arrêté pour falsification de documents dans le cadre de la création de son parti el-Ghad ("le lendemain" en arabe). Il est condamné à 5 ans de prison.

Il a été libéré officiellement pour raison de santé. Joshua Stacher sur son blog The Arabist fait quelques projections sur les raisons de cette libération soudaine. En admettant que le système judiciaire égyptien soit viable, précise-t-il, cette libération peut s'inscrire dans une optique de montrer un signe de bonne foi à la nouvelle administration américaine. La Maison Blanche, sous George Bush, avait déjà fait pression sur Hosni Moubarak pour qu'il libère Nour, mais en vain. Est-ce qu'Obama a formulé une telle demande? Aucune information là-dessus. En tout cas, le sénateur Joe Lieberman a rencontré Moubarak ces derniers jours au Caire. Peut-être en ont-ils parlé et que c'est une demande que Lieberman a exprimé en amont de la visite de Hillary Clinton en Egypte début mars.

La question des droits de l'homme et le cas d'Ayman Nour sont devenus depuis l'accession à la majorité des Démocrates au Congrès des questions centrales dans la relation avec l'Egypte, qui reçoit 1,3 milliard de dollars d'aide militaire et 815 millions d'aide économique tous les ans. Peut-être donc Moubarak voulait-il montrer qu'il était prêt à faire quelques efforts avec la nouvelle administration en espérant que cela suffise pour calmer les Démocrates.

Concernant Nour, le régime égyptien ne devrait plus trop avoir à se soucier de lui, puisque il ne peut plus se présenter à des élections. Selon la loi égyptienne, les candidats doivent avoir un casier judiciaire vierge.

dimanche 15 février 2009

Beau panel d'experts pour discuter des options d'Obama sur l'Iran

Je viens juste de voir cet excellent panel que le National Journal a réuni sur son blog National Security. La question posée est simple : comment Obama doit-il aborder son approcher avec l'Iran ? Sur le sujet, un large panel d'experts venus de milieux académiques, gouvernementaux, militaires et industriels réfléchissent à la question.

Quelques réflexions choisies :
Michael Scheuer, ancien chef de la section Ben Laden à la CIA et désormais professeur à la Georgetown University :

L'Iran est une menace pour les Etats-Unis. Vraiment ? C'est une île de Chiites entourée par un monde sunnite massivement plus nombreux qui tuerait les hérétiques Chiites plutôt que de les regarder. Il fait face à une importance tendance à la baisse de son secteur de production d'énergie. Et il est maintenant entouré par des bases militaires américaines. En d'autres termes, il est plutôt - si vous le permettez - "endigué". Sur la question nucléaire, les Iraniens vont acquérir une arme nucléaire ; si nous voulions vraiment arrêter ce désormais inévitable développement, nous aurions dû exiger de nos alliés européens d'arrêter à Téhéran des technologies liées au développement nucléaire dans les années 1990. Et, entre parenthèses, si j'étais un leader iranien en train de regarder les élections israéliennes avec Netanyahu et sa joyeuse bande de belliqueux, j'accélèrerais l'acquisition et le développement de mes activités.


Kori Schake est enseignante à West Point et chercheur à la Hoover Institution :

Au bout du compte - cela peut arriver au plus tôt cet été - l'Iran va acquérir suffisamment de matériaux nucléaires pour construire des armes. Ce serait formidable si nous avions une plus large palette de choix, mais je n'en vois pas d'autre. Le lancement de leur satellite et les tests de missiles balistiques suggèrent qu'ils ne vont pas franchir le pas de manière opaque. Il y a de fortes chances qu'ils organisent un test pour attester de leur réussite. Ni des pourparlers ni des sanctions intelligentes n'enlèvent la réalité déplaisante sur le fait que le Président Obama va devoir choisir entre endommager le programme nucléaire iranien ou accepter que ce gouvernement iranien franchisse le pas du nucléaire avec tous les dangers et les complications politiques que cela implique.


Daniel Byman est professeur à la Georgetown University et chercheur au Saban Center du Brookings :

Si nous parlons à l'Iran, et si les négociations progressent, nous devons attendre beaucoup de chaos et de confusion du côté iranien. Les dirigeants iraniens sont enclins à revenir sur les accords pour renforcer une rhétorique hostile ou au contraire de rendre les négociations difficiles et exaspérantes. En plus, l'Iran voit souvent l'intensification comme un complément à la négociation - en faisant plus pression sur les Etats-Unis, certains Iraniens pensent que Téhéran peut obtenir un meilleur deal. Donc, même si les pourparlers continuent, l'Iran devrait poursuivre ses politiques de confrontation dans la région, c'est le moins que l'on puisse attendre. Tout ceci ne doit pas empêcher l'Amérique à aller de l'avant, mais nous devons le faire les yeux ouverts.


Paul Pillar, ancien analyste à la CIA et professeur à la Georgetown University :

Si l'Iran devait acquérir des armes nucléaires, les principes de dissuasion ne seraient pas abrogés. Ils n'ont pas été abrogés lorsque d'autres régimes tout aussi révolutionnaires, anti-américains, prêt à accepter les risques, et/ou capricieux que la République islamique d'Iran ont acquis de telles armes. (...) Si nous le devons, alors oui, nous pouvons vivire avec un Iran armé d'armes nucléaires (...). Ceux qui disent que la seule chose pire qu'un conflit militaire avec l'Iran serait un Iran armé nucléairement ne font que brandir des slogans, manquant d'évaluer les conséquences d'une attaque militaire sur l'Iran ou l'avènement d'une bombe iranienne. Une attaque militaire serait une folie en termes de moyens que l'Iran possède pour attaquer en retour, des conséquences pour d'autres intérêts américains dans la région et d'incapacité d'une telle attaque à avorter un programme d'armement nucléaire iranien.

La visite de Sarkozy en Irak et petite mise au point

Nicolas Sarkozy a tendance à ne jamais partir en visite sans intérêt économique. On le lui a déjà reproché et il a répondu que c'était essentiel. Certes, vouloir promouvoir les entreprises françaises à l'étranger, je suis d'accord, mais ce n'est peut-être pas la peine de faire l'apologie de régimes aux pratiques plus que discutables.

Mais, revenons à cette visite en Irak. C'est selon Le Figaro le "retour de la France en Irak". Pourquoi ce "retour" ? Pierre Rousselin le résume assez bien. "Autant il était justifié de s'opposer à la guerre, il y a six ans, autant il convenait de se tenir éloigné d'un Irak en plein chaos, autant il serait absurde, aujourd'hui, de s'en tenir là", écrit-il dans Le Figaro. Cette visite intervient à un moment très opportun. Deux semaines après des élections provinciales convaincantes et dans l'optique d'un retrait prochain des Etats-Unis.

Que cache cette visite ? Le Président français l'a lui-même expliqué en conférence de presse avec son homologue irakien Jalal Talabani :

Nous souhaitons collaborer sur le plan économique, en matière d’énergie, en matière de reconstruction, nous pouvons vous aider à former vos élites. Nous sommes prêts à former davantage de vos étudiants. Nous pouvons vous aider s’agissant des forces de police, de sécurité. Nous pouvons collaborer pour former et équiper aussi l’armée irakienne. Et nous pouvons également vous aider, sur le plan diplomatique, à retrouver la pleine souveraineté internationale de l’Irak.


Il y a dans ces propos la diplomatie française, ou du moins ce qu'elle voudrait être : une puissance économique, une puissance au fort "soft power", une puissance militaire et une puissance politique.

Sur le premier point, le raisonnement français est de se dire que le retrait américain et le renforcement de la souveraineté irakienne avec un Premier ministre nationaliste fort sont des signes propices à de possibles contrats à signer. Sur le second point, c'est l'inépuissable "rayonnement culturel de la France". Former des élites pour qu'elles soient plus réceptives à la France une fois au pouvoir.

Sur le troisième point, il y a matière à débattre. Toutes choses égales par ailleurs, la France n'est pas une force militaire de premier plan, mais avec un budget de la Défense qui représente 2,43% du PIB (Nick Witney compile des indices très intéressants à ce sujet dans un rapport au European Council on Foreign Relations), une industrie militaire bien placée, une présence sur de nombreux théâtres d'opérations, la France peut se présenter comme une force militaire de premier plan. Plus spécifiquement au Moyen Orient, la France va ouvrir une base militaire à Abou Dhabi, ce qui fera de la France le seul pays avec les Etats-Unis à posséder une présence militaire dans la région. D'ailleurs, si quelqu'un sait où ça en est, ça m'intéresse.

Sur le dernier point, Nicolas Sarkozy souhaite renforcer la présence française dans la région. On l'a bien vu pendant la crise à Gaza où il faisait des pieds et des mains pour s'impliquer court-circuitant presque la présidence européenne des Tchèques. Il est d'ailleurs intéressant de noter que Sarkozy ne fait pas mention de l'Europe une seule fois dans sa conférence de presse.

Donc, un "retour", oui, on peut le voir comme ça. Et Pierre Rousselin de continuer, "le moment est donc venu pour la France de retrouver le fil de ses relations anciennes avec l'Irak". J'espère une chose : que la France ne retrouve pas le fil de ses relations anciennes avec l'Irak. Faut-il rappeler que Paris est à l'origine de la centrale nucléaire Osirak, un des piliers du programme nucléaire militaire irakien. Faut-il rappeler que la France a été parmi les principaux fournisseurs d'armes au régime de Saddam Hussein dans les années 1970-1980. A lire l'indispensable The Death Lobby: How The West Armed Iraq qui démonte le mythe que les Américains vendaient des tonnes d'armes à l'Irak d'Hussein. C'est mal parti, car en octobre dernier, des rapports de presse faisaient état de négociations sur la reprise de ventes d'équipements militaires entre les deux pays.

Pour finir, je tiens à faire une petite mise au point sur "l'opposition" française à la guerre en Irak. Avant toute chose, je conseille l'excellent article de David Styan dans Modern and Contemporary France sur les relations entre la France et l'Irak entre 1991 et 2003 (Pour les intéressés, je l'ai). Il y a un débat à savoir si les liens économiques et militaires étroits entre la France et l'Irak pourraient être une des causes principales du "non" français. Styan pense que non, d'autres pensent que cela a joué. Difficile de se prononcer avec certitude.

Donc, cette "opposition", sur laquelle la France se gargarise tant. Oui, la France s'est opposée à la guerre en Irak. Oui, cette guerre était illégale. Non, la France n'a pas maintenu son opposition très longtemps. Non, la guerre n'est pas restée très longtemps illégale. C'est un point peu soulignée, mais le 22 mai 2003 est passée la résolution 1483, en premier lieu importante, car elle lève les "interdictions" - sauf sur les importations d'armes - imposées sur l'Irak depuis 1990. Seule la Syrie s'est abstenue, la France a voté pour. Cette résolution édicte entre autres :
* "qu’il importe de désarmer l’Iraq de ses armes de destruction massive et, à terme, de confirmer le désarmement de l’Iraq".
* la reconnaissance des "pouvoirs, responsabilités et obligations spécifiques de ces États [Etats-Unis, Grande Bretagne et Irlande du Nord] en tant que puissances occupantes agissant sous un commandement unifié (l’« Autorité »), en vertu du droitinternational applicable" . Auparavant, "l'Autorité" était désignée par les "Puissance occupantes".
*
la demande "à tous les États Membres de refuser de donner refuge aux membres de l’ancien régime iraquien présumés responsables de crimes et d’atrocités et de soutenir toute action visant à les traduire en justice".

Cette résolution a été saluée par tous les membres permanents et non-permanents du Conseil de Sécurité comme le renouveau de l'unité au sein du Conseil, la voix du compromis. Personne n'a mentionné une quelconque opposition à la guerre. Personne, et pourtant cette résolution légalise la guerre et l'action menée.

Crisis Group encourage les relations américano-syriennes

Dans un nouveau rapport, le Crisis Group examine l'état des relations entre les Etats-Unis et la Syrie. Comme toujours, rapport fascinant aux propositions pertinentes. Dans sa campagne, Barack Obama précisait qu'il voulait relancer les négociations avec la Syrie. Le statut de Damas est quelque particulier aux yeux de Washington. A la fois plus grand allié arabe de l'Iran, puissance interventionniste au Liban, proche allié du Hamas et du Hezbollah, et ambigüe sur son rôle en Irak, la Syrie a connu ces huit dernières années des relations tendues avec l'administration Bush.

Certes, un réchauffement avec la Syrie est le bienvenu, mais le simple fait de le vouloir ne suffit pas. Plusieurs enjeux déjà présents vont encombrer la route :
* Des sanctions financières pèsent sur Damas à la suite de l'assassinat de Rafic Hariri il y a tout juste quatre ans. La Syrie est fortement soupçonnée d'avoir orchestré le meurtre de l'ancien Premier ministre.
* Un passé de huit années difficiles a compliqué les relations diplomatiques. Washington a sévèrement réduit sa présence diplomatique à Damas, en réponse de quoi la Syrie a retiré son ambassadeur du sol américain. Diplomatiquement et politiquement, il faudra du temps pour réinstaurer une relation de confiance, mais également une bonne connaissance du système politique du pays.
* Le contexte régional dans son ensemble. Contexte dans lequel la Syrie semble bien se positionner et donc tout rapprochement devra prendre cet enjeu en compte.

Cela étant le Crisis Group reconnait quelques améliorations indépendantes de la volonté américaine : la reprise des négociations via la Turquie entre Israël et la Syrie (certes interrompues après le conflit à Gaza), le contrôle beaucoup plus strict de Damas de sa frontière avec l'Irak lié à une montée de l'extrémisme sur son sol, un possible renforcement des relations turco-syriennes qui pourraient ombrager les liens avec Téhéran.

Plusieurs recommendations sont faites :
* Etablir un corps de principes fondateurs, dont :
- un soutien à toute négociation de paix.
- un appui à la solution d'un retrait total israélien du Plateau du Golan, d'une garantie de sécurité et de l'établissement de relations normales entre Tel Aviv et Damas.
- aucun compromis sur la souveraineté du tribunal international sur l'assassinat d'Hariri.
- une reconnaissance des gestes positifs de Damas.
* Réinstaurer de bonnes lignes de communication :
- nommer un nouvel ambassadeur
- un respect mutuel dans les relations diplomatiques
- une ligne de communication privilégiée entre Barack Obama et Bachar al-Assad
- prochainement une visite d'un haut représentant militaire pour négocier sur une coopération sécuritaire entre les Etats-Unis, l'Irak et la Syrie.
* Revoir la pertinence des sanctions en fonction d'objectifs politiques claires.

vendredi 13 février 2009

La saga des élections israéliennes...

Le vote des militaires et des diplomates à l’étranger n’a pas changé les résultats des élections parlementaires israéliennes. Le parti Kadima emmené par la Ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni remporte 28 des 120 sièges de la Knesset, un siège de plus que les seconds du Likud dirigé par Benjamin Netanyahu. Un siège qui fait une différence de principe, mais qui plonge Israël dans une complète incertitude sur le prochain gouvernement.

Livni a désormais un mois pour former un gouvernement de coalition capable de réunir au moins 61 voix à la Knesset, sans quoi le Président peut demander à un autre candidat de se pourvoir de cette mission. Le problème est que les résultats ne donnent pas de majorité à la Ministre. A la suite de l’annonce de la démission d’Ehud Olmert en novembre dernier, elle était chargée de réunir un nouveau gouvernement, ce qu’elle n’a pas été capable de réaliser. Cette fois-ci, elle bénéficie de la légitimité des urnes, mais il n’est pas certain que cela suffise.

En théorie, une coalition de partis de droite pourrait réunir 65 sièges contre 55 pour une alliance de partis du centre et de la gauche. Le score élevé d’Avigdor Lieberman, leader du parti d’extrême droite Israël Beiteinu et qui bénéficiera de 15 sièges, conjugué au score très raisonnable du parti religieux Shas qui prend 11 sièges font peser la balance à droite. Les Travaillistes ont souffert le plus gros revers de l’histoire, ne remportant que 13 sièges.

La mission pour Livni va désormais être de convaincre Lieberman. Pour beaucoup, il est perçu comme extrémiste et opposé au processus de paix comme l’envisage Livni, mais dans un souci de calcul politique, Kadima se lance dans une opération de spins pour tenter de convaincre que Lieberman est avant tout un pragmatique. Sans une présence du chef du Beiteinu, aucune coalition n’est possible. Livni avait refusé que le Shas fasse partie du gouvernement qu’elle était censée mettre sur pied ; certes, Shaul Mofaz, Ministre des Transports et faucon du Kadima, a rencontré le parti Shas, mais le symbole était fort que cette rencontre n’ait pas eu lieu avec Livni.

Lieberman est un homme courtisé ces jours-ci. Rencontré par la candidate vainqueur, il a reçu Netanyahu plus tard dans la journée d’hier. Le calcul de « Bibi » est de former une contre-coalition pour que Shimon Peres, actuel Président israélien, soit contraint dans un mois de lui demander de former un gouvernement. En théorie, il en a plus les moyens que sa rivale.

Situation incongrue qui a amené les deux candidats à crier victoire après les résultats. Officiellement, Tzipi Livni a gagné les élections et appelle Netanyahu à se rallier à sa coalition. En pratique, il est tout à fait envisageable que le leader du Likud devienne le prochain Premier ministre. Cela étant, jusqu’aux derniers sondages, il était donné gagnant et pourtant il n’a pas gagné ; peut-être en sera-t-il autant dans les complexes tractations politiques qui s’engagent en ce moment en Israël.

mardi 10 février 2009

Suivi des élections en Israël (3e mise à jour)

***UPDATE 3***

A 7h, 99,7% des bulletins ont été décomptés. Kadima prendrait 28 sièges ne devançant le Likud que d'un siège. L'Israel Beiteinu en remporterait 15, les Travaillistes ne sortiraient de ces élections qu'avec un médiocre score de 13 sièges suivi de près par le parti religieux Shas avec 11 sièges.

Livni a appelé Netanyahu à rejoindre son gouvernement en affirmant qu'il avait refusé auparavant, parce qu'il voulait que le peuple décide, ce qui a été fait, en faveur du Kadima. La probable vainqueur cherche à unifier le pays, en expliquant que "le Grand Israël n'appartient pas à la droite, comme la paix n'appartient pas à la gauche". "Bibi" ne s'est pas encore prononcé.

***UPDATE 2***


Même si Livni l'emporte, il n'est pas certain que le prochain gouvernement soit à tendance centre-droit/centre-gauche. En effet, en faisant les calculs de coalitions envisageables, Kadima se retrouverait avec 56-57 sièges et le Likud avec 63-64 sièges. Il faut une majorité de 61 sièges pour former un gouvernement de coalition. Cette situation fait que Livni et Netanyahu déclarent être le prochain Premier ministre. La raison est que si Livni ne parvient pas à former une coalition, le Président peut demander à un autre candidat de se lancer dans cette entreprise.


***UPDATE***


















Ce graphique d'Haaretz indique les estimations selon trois grandes chaînes nationales israéliennes.


A la fermeture des bureaux de vote à 21h, les premières estimations donnent 29 à 30 sièges à Kadima. Le Likud est juste derrière avec 27 à 28 sièges. C'est une surprise, car Tzipi Livni n'a jamais été donné en tête dans les derniers sondages et je pense qu'il faut remonter à un plusieurs semaines pour retrouver un sondage qui l'a donnait devant. Toutefois, la victoire semble microscopique. Ca doit se jouer à quelque dizaines de milliers de voix. De cette victoire, elle retirerait principalement le fait d'être Premier ministre, mais elle se retrouvera face à la même situation titanesque de former un gouvernement de coalition. A la différence de son précédent essai suite à la démission de Ehud Olmert, elle aura la légitimité des urnes, mais je ne suis pas certain que cela joue beaucoup.

Son défi sera encore plus difficile que l'Israel Beiteinu d'Avigdor Lieberman arriverait en troisième position avec 14 à 15 sièges. Il risque de demander un gros poste si Livni décide de l'inclure dans le gouvernement - elle risque de ne pas avoir le choix. Le Parti travailliste se prend la plus grande volée de son histoire et ne devrait pas prendre plus de 13 sièges. C'est également un problème, parce que même si leur présence dans un gouvernement de coalition semble quasi acquise, leur humeur risque d'être morose, ce qui peut avoir des conséquences sur les négociations pour le gouvernement. A suivre...

A la mi-journée, la participation est plus forte qu'attendue. Il est de 23,4%. Par contraste, il était à 21,7% en 2006. Certains prédisent que la participation pourrait atteindre 69% contre 63,9% en 2006 - qui était le taux le plus faible dans l'histoire du pays.

Le quotidien israélien Ma'ariv avait une Une avec Livni et Netanyahu qui permet au lecteur de prendre le journal dans le sens qu'il veut en fonction de sa préférence.

L'élection la plus importante de l'année (Mis à jour)

Real Clear World l'a décrite comme l'élection la plus importante. "Dans la balance, il y a l'avenir d'une solution négociée pour les Palestiniens et la possibilité d'action militaire contre l'Iran". Les Israéliens votent aujourd'hui et effectivement, cette élection s'annonce extrêmement cruciale. Après l'offensive israélienne à Gaza, l'impasse avec le Hamas et la difficulté à percevoir une issue à cet imbroglio, les élections législatives peuvent donner une idée de la tendance des prochaines années.

Il y a quelques semaines encore, le trio gagnant semblait être Benjamin Netanyahu et le Likud en tête, Tzipi Livni et le Kadima en second et Ehud Barak et le Parti travailliste en troisième. Certains pensaient même, et j'en faisais partie, que l'offensive à Gaza allait jouer en faveur de Barak, mais il n'a pas résisté aux assauts de la droite. Il était en effet moins prévisible que le candidat d'extrême droite Avigdor Lieberman sorte du chapeau comme le troisième homme. Dans les derniers sondages (cf. plus bas), le Beiteinu de Lieberman serait crédité de 17 sièges au Knesset au coude à coude avec le Parti travailliste. Le Likud serait crédité de 25 à 27 sièges, le Kadima de 23 à 25 sièges. Donc, comme d'habitude, il y a peu de chances qu'émerge une majorité claire et le vainqueur devra ardemment négocier pour former un gouvernement de coalition. Il n'en demeure pas moins que Netanyahu ne sera pas le candidat du compromis, ni en interne, ni sur le processus de paix. Nigel Ashton, auteur de King Hussein of Jordan: A Political Life, écrit dans Foreign Policy que lorsque "Bibi" était au pouvoir en 1996, il a montré une obstination à ne pas faire beaucoup d'efforts, sauf à la fin de son mandat. Ashton a eu un accès unique aux notes du roi Hussein, qui a longtemps cherché à négocier avec Netanyahu. En vain. "Bien qu'il y ait eu quelques améliorations des relations dans la dernière année de la vie de Hussein, l'avis du roi était fait", écrit Ashton. "La préoccupation de Netanyahu de maintenir sa coalition de droite et de faire plaisir à ces électeurs avait pris le pas sur le processus de paix. Pour Hussein, Netanyahu s'était révélé comme un homme politique plus que comme un homme d'Etat."

Pendant la campagne, le Kadima a même utilisé certains passages de The Missing Peace de Dennis Ross pour discréditer "Bibi" comme le candidat qui pourra résoudre le dossier israélo-palestinien. A mettre tout de même au crédit de l'ancien Premier ministre, il a signé le Wye River Memorandum en 1998. Certes, il n'est pas certain que cet accord ait été signé avec l'idée de résoudre le conflit, mais peut-être pour s'assurer une place dans l'histoire.

Ces élections israéliennes sont tout particulièrement intéressantes avec la montée soudaine de Lieberman. Il est d'ailleurs assez caustique de voir une lutte d'influence à l'extrême droite entre le Beiteinu et le parti religieux Shas. Le problème étant que la tactique de Lieberman de marginaliser le parti Shas comme "le parti russe" peut inciter certains électeurs à voter pour lui plutôt que pour le Likud. Dans le scénario du pire, le Likud reste toujours moins dommageable que le Beiteinu. Pour reprendre les propos de Jeff Barak (pas de lien avec Ehud), ancien rédacteur en chef du Jerusalem Post, Lieberman "est un démagogue grossier, qui a géré avec succès une campagne électorale uniquement fondée sur la peur et le racisme". La tribune de Barak reste tout de même assez marginale dans le panorama israélien, mais soulève des points importants :

La liste de Knesset que [Netanyahu] dirige est une des plus à droite jamais connue sous la bannière du Likud et son endossement public de Lieberman la semaine dernière, dans lequel il a promis un porte-feuille important au dirigeant du Beiteinu, montre que Bibi n'est pas embarrassé à l'idée de s'associer volontairement avec un homme qui est non seulement entaché de xénophobie mais également la cible d'une sérieuse enquête policière. En effet, si le scénario catastrophe devait se produire et Netanyahu est en mesure de former un gouvernement dans lequel le Beiteinu est un partenaire important, il ne pourra pas offrir à Lieberman ni le porte-feuille de la justice ni celui de la sécurité publique à cause de ces enquêtes.

Si l'on en croit les sondages, ce qui sera le plus important dans ces élections est de savoir combien de sièges va récupérer Lieberman. Il est crucial qu'il ne termine pas à la troisième place, car cela lui donnerait beaucoup trop de pouvoir à la Knesset et au gouvernement. Mais, ne soyons pas dupes, il est presque déjà trop tard. Même s'il termine quatrième, il aura un poids et son alliance avec "Bibi" se concrétisera par un processus de paix gelé et par une intransigeance dans les négociations. Le petit espoir serait que Livni l'emporte, mais elle devra de toute manière compromettre avec Lieberman.

***UPDATE***

Je viens de tomber sur un site Internet qui compile les différents sondages. Une moyenne fait ces prédictions :
Likud : 30 sièges
Kadima : 25 sièges
Travailliste : 15 sièges
Beiteinu : 14 sièges
Shas : 10 sièges

lundi 9 février 2009

Petites sélections de blog

Les sites sur l'Irak sont rares en français, En Vérité en fait partie et en prime, il est d'excellente facture. Orientation COIN.

Théâtre des Opérations est tenu par un passionné de la réflexion stratégique et militaire. C'est pointu, bien documenté et une vraie mine d'informations.

Etudes Géopolitiques Européennes et Atlantiques aka EGEA est un blog que je connaissais sous son ancienne mouture. Peau neuve récente, mais même ligne éditoriale. Les analyses de géopolitique y sont très pertinentes.

L'ONU reprend ses livraisons à Gaza

L'UNRWA va pouvoir reprendre ses livraisons de nourriture et de fournitures diverses à Gaza. Le Hamas lui a rendu le contenu des dix camions volé vendredi dernier. C'était la condition émise par l'agence de l'ONU.

Un geste tout à fait sensé de la part du Hamas.

Tom Ricks parle de l'Irak sur Meet the Press

Tom Ricks, journaliste au Washington Post et fellow au Center for a New American Security, est probablement un des meilleurs journalistes sur l'Irak et sur les conflits armés en général. Cette semaine, il sort son second ouvrage sur la guerre en Irak, intitulé The Gamble. Le livre se penche visiblement sur "les années Petraeus". En Vérité recense quelques liens vers des articles et des chapitres de l'ouvrage de Tom Ricks.

Pour info, il a également un blog très informé sur Foreign Policy, le bien nommé Best Defense. Tout ça pour dire que Ricks était sur Meet the Press de NBC hier.

Un bon article dans le Diplo!

Sur le Moyen Orient, Le Monde diplomatique est une lecture que j'évite. Souvent terriblement biaisée et caricaturale. Une fois n'est pas coutume, le Diplo a un bon article dans son dernier numéro. Il émane non des plumes habituelles que sont Gresh et Vidal, mais d'Alastair Crooke. Il a été un des conseillers de Javier Solana et a servi au sein de la commission Mitchell sur les causes de la seconde Intifada.

Dans son article, il revient sur les relations entre Israël et l'Iran. Rien de bien neuf, mais une bonne mise au point sur "les alliances périphériques", une politique de rapprochement qu'Israël a initiée avec la Turquie, l'Iran et l'Ethiopie. La version anglaise est disponible sur Internet. Pour la version française, se référer à la version papier.
 

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