vendredi 20 novembre 2009

L'engagement saoudien au Yémen



C'est un des meilleurs articles que j'ai lu sur le sujet. Roula Khalaf du Financial Times décortique l'implication saoudienne au Yémen. Elle revient sur le pseudo affrontement par proxy entre l'Iran et l'Arabie Saoudite.

En effet, l'Iran dénonce le "terrorisme d'Etat" de l'Arabie Saoudite au Yémen. L'Arabie Saoudite n'a jamais entretenu de bonnes relations avec les rebelles Houthi chiites, donc perçus comme hérétiques par le wahhabisme d'Etat de l'Arabie Saoudite. Toutefois, Riyadh accuse désormais l'Iran d'interférer au Yémen (voir la vidéo à ce sujet) et Sanaa n'en dit forcément pas moins.

Cependant, comme l'explique Khalaf, il y a très peu d'indices de cet engagement et au mieux Téhéran sympathise avec la cause Houthi, mais sans plus. J'ai déjà évoqué le sujet très tendance de l'influence iranienne sur les Chiites dans le Golfe. De plus, les rebelles ne sont pas guidés par un zèle religieux, mais par des demandes économiques et territoriales. Par contre, elle n'écarte pas que l'Arabie Saoudite perçoive réellement le conflit au travers de ce paradigme. Dans tous les cas, que ce soit en promouvant la "diplomatie du chéquier" ou en intervenant militairement, l'Arabie Saoudite ne fait qu'empirer le problème.

Pour ma part, j'ai plutôt l'impression que les Saoudiens aident les Yéménites à prendre les Houthi en sandwich et que le présumé engagement iranien est un prétexte pour tenter de justifier une intervention militaire auprès de l'opinion internationale. Ils peuvent suivre le programme en huit leçons pour écraser un groupe rebelle. Testé et approuvé par le gouvernement sri-lankais !*


* La pire des solutions, mais le désintérêt général pour le Yémen est aussi patent que celui pour le Sri Lanka. Il y a toutefois une différence majeure, c'est que le conflit entre le gouvernement yéménite et les Houthi a de fortes chances pour avoir des conséquences régionales non négligeables, contrairement au Sri Lanka. Pour autant, personne ne s'est vraiment ému de la situation pour le moment et le Yémen étant considéré comme un refuge d'Al Qa'ida - plus à raison qu'à tort, mais cela importe peu dans le cas présent - je doute que les gouvernements occidentaux et moyen-orientaux ne montent à la tribune pour dénoncer les pratiques militaires contre les rebelles.

La France vraiment de retour en Iraq?

J'ai discuté à plusieurs reprises du retour progressif de la France en Iraq que ce soit au point de vue politique, commercial et militaire. Le président iraqien Jalal Talabani était à Paris et la visite a été productive.

Pour Pierre Rousselin dans son édito dans Le Figaro, c'est le retour de la France en Iraq:

Le temps a fait son œuvre. La longue absence de la France est oubliée. Le souvenir des relations privilégiées qui unirent les deux pays pendant les décennies 1970 et 1980 reprend ses droits et n'est plus, comme avant, assimilé à un soutien à la dictature de Saddam Hussein.
Je veux bien, mais je répète que nous n'avons pas été des petits anges en Iraq, LOIN de là! ... donc, j'espère que les dits "relations privilégiées" ne seront pas exactement les mêmes que lors de cette période, parce que Saddam Hussein ou pas, cela ne change pas grand chose.

J'espère également que la France fait un peu plus que signer des contrats pour soutenir l'Iraq dans sa reconstruction.

Khamenei, dernier guide suprême en Iran?

Geneive Abdo est plus directe dans son article, à moins que ce ne soit Newsweek. "Khamenei sera le dernier Guide suprême en Iran". En effet, cette chercheur du think tank Century Foundation explique que le clergé veut se débarrasser de ce poste, qui, selon certains, va à l'encontre de la tradition chiite.

Un velayat-e faqih tout puissant est en contradiction avec la religion ; en attendant le 12e imam, le pouvoir politique est illégitime et parce que les êtres humains sont faillibles. C'est une interprétation visiblement partagée par beaucoup et notamment par l'Ayatollah Montazeri, qui, un temps, devait prendre la suite de l'Ayatollah Khomeini avant que ce dernier ne lui préfère l'Ayatollah Khamenei.

Il y a des débats très importants au sein du clergé à Qom sur le rôle tout puissant du Guide suprême et s'il semble improbable que Khamenei soit destitué, il n'est pas exclu qu'à sa mort, le poste soit réformé. En plus de ces précédents arguments, un autre facteur entre en ligne de compte : la politique a corrompu le Guide suprême et c'est au clergé de veiller à ce que cela n'arrive pas. Abdo raconte que c'était un sentiment déjà présent aux débuts des années 2000 et que les récents événements n'ont fait que renforcer cette impression.

Il faudra donc attendre la mort de l'Ayatollah Khamenei pour voir cela. Il est aujourd'hui âgé de 70 ans. Il y a quelques rumeurs début 2007 sur d'éventuels problèmes de santé, mais à ma connaissance, rien depuis.

jeudi 19 novembre 2009

Israël déçoit

Israël a approuvé 900 nouvelles constructions dans Jérusalem est. C'est décevant! La Maison Blanche est "consternée". Bernard Kouchner regrette cette décision, mais affirme qu'il faut avancer :

C'est évidemment une décision que nous regrettons, mais en même temps ça a toujours été fait ainsi. Il faut donc s'attacher aux autres paramètres de la paix, se mettre d'accord. En ce qui concerne la colonisation, vous connaissez la position de la France : l'arrêt de la colonisation. Mais pour le moment il faut reprendre des discussions humaines, face à face, les yeux dans les yeux. Je crois que cela, c'est tout à fait nécessaire.

J'aimerais partager son espoir, mais je rejoins l'éditorial du quotidien libanais Daily Star, Israël est-elle plus intéressée par les colonies que par la paix ? Ce type de décision ne plaide pas en faveur de la seconde.

J'étais quelque peu circonspect à l'annonce de l'action diplomatique palestinienne de pousser la déclaration d'un Etat palestinien à l'ONU. Comme l'explique Victor Kattan dans le Guardian, juridiquement, cela ne veut pas dire grand chose, car une centaine de pays reconnaissent la Palestine depuis 1988. De plus, il manque deux critères essentiels aux Palestiniens pour pouvoir déclarer comme un Etat : la souveraineté et l'indépendance. Ces deux critères dépendent largement des Israéliens. Toutefois, c'est peut-être une solution symbolique, qui n'aboutira probablement pas, mais qui peut faire prendre conscience que lorsque l'on en arrive là, c'est qu'il y a un problème. Après tout, en 1988, lorsque Yasser Arafat déclarer l'indépendance de la Palestine, cela a débouché quelques années sur Madrid, puis Oslo. Donc qui sait ?

Loin de moi l'idée qu'Israël est seule responsable de ce processus de paix en lambeaux, mais l'Etat hébreu ne peut plus continuer sur cette lancée. La politique israélienne est un champ de mines pour un Premier ministre, mais le problème avec Benjamin Netanyahu est qu'il n'équilibre pas entre les gestes de bonne foi et les décisions qu'il est contraint de prendre pour maintenir sa coalition.

Barghouti de sa prison

Reuters a glissé des questions au leader palestinien emprisonné Marwan Barghouti par l'intermédiaire de ses avocats. Il appelle à "un mélange constructif de négociations, de résistance et d'actions politiques, diplomatiques et populaires".

Concernant la possibilité qu'il se présente comme prochain président, il reste prudent et ne le ferait que s'il y avait une réconciliation entre Fatah et Hamas. C'est une bonne stratégie pour lui, car cela le protège de toutes les éventuelles retombées négatives de ces interminables négociations et le présenterait comme le seul capable de maintenir un accord qu'on imaginerait fragile entre les deux factions palestiniennes.

Bien entendu, purgeant une peine à perpétuité, cela ne pourrait se faire que dans le cadre d'un échange de prisonniers, qui n'est pas inimaginable, mais dont les tractations doivent extrêmement complexes.

Distanciation entre Al Qa'ida et les Frères musulmans

Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po, détaille, dans un article pour Current Trends in Islamist Ideology, la distanciation progressive entre les Frères musulmans égyptiens, iraqiens et palestiniens et Al Qa'ida. L'article n'est pas particulièrement novateur, mais il remet à plat quelques fondamentaux à connaître.

Pour commencer, les deux organisations s'opposent sur leur vision du jihad. Al Qa'ida soutient une vision globale de libération des Musulmans de régimes non-islamiques, que ce soit "les juifs et les croisés" ou les régimes musulmans apostats. Les FM ont une vision plus réduite du jihad qui repose sur des activités de missionnaires et de lutte politique organisée. Ils ont officiellement renoncé à la violence pour renverser les régimes.

Pour les Ikhwan égyptiens, les origines sont communes, puisqu'Abdallah Azzam faisait au départ partie des FM avant de partir en Afghanistan et avec Oussama Ben Laden - au départ lui-même un émissaire des FM - de rompre avec les idéaux des Frères musulmans pour créer ce qui deviendra Al Qa'ida. Abu Musab al-Suri et Ayman al-Zawahiri sont deux autres éminents membres de AQ qui viennent des Ikhwan.

La branche iraqienne a rapidement suivi le projet de reconstruction politique américain, ce qui lui a valu d'être une cible privilégiée d'Abou Musab al-Zarqaoui et d'Al Qa'ida en Mésopotamie.

La partie la plus intéressante de l'article de Filiu concerne la relation entre le Hamas, branche palestinienne des FM, et Al Qa'ida. Dès 1996, Ben Laden a associé sa cause à celle de la résistance palestinienne. Pour autant, ce que Filiu ne dit pas, c'est que ce soutien aux Palestiniens a été intermittent au mieux. Ils ont cependant salué les "martyres" du Hamas à plusieurs reprises.

Ce n'est qu'après les attentats du 11 septembre 2001 que Ben Laden a utilisé la lutte palestinienne comme un moyen de faire avancer le jihad global. Cela a résulté dans l'attentat anti-israélien de Mombasa en novembre 2002, mais qui n'a eu que très peu d'échos chez les Palestiniens. Sous l'impulsion d'al-Zarqaoui, AQ s'implante en Jordanie et en août 2005 tire une roquette sur Israël, ce qui n'a pas plu au Hamas qui était occupé à profiter au maximum du retrait unilatéral israélien de Gaza au même moment. Lors des élections palestiniennes début 2006, Zawahiri s'en est pris au Hamas pour avoir embrassé "les infidèles" en participant au scrutin.

L'opposition entre le Hamas et Al Qa'ida a également eu lieu par proxy. En 2006, le groupe palestinien chasse le Fatah de Gaza et purge le territoire de tous les groupes autres que lui, dont "l'Armée de l'islam" qui revendiquent des liens avec AQ et qui a en particulier capturé un journaliste de la BBC. Ces purges n'ont pas été appréciées par le leadership d'AQ qui a même accusé le Hamas de "renier sa religion". AQ a adouci ses attaques après le revers infligé par Dr. Fadl, un des fondateurs de "la Base", qui est devenu un des grands critiques d'Al Qa'ida.

Il semble peu envisageable aujourd'hui pour Al Qa'ida de développer son réseau à Gaza, sans même parler de la Cisjordanie. Le passage à tabac violent de Jund Ansar Allah en août le confirme d'ailleurs. Le seul lieu de Palestiniens où AQ a eu un impact est dans les camps de réfugiés au Liban. On se souvient des mois de lutte entre Fatah al-Islam et l'armée libanaise à l'été 2007. Même s'ils ont perdu, Filiu estime que les liens idéologiques sont encore forts.

Pour Filiu, Al Qa'ida s'éloigne de plus en plus de la réalité des Musulmans et de ceux que l'organisation cherche à cibler. A contrario, les FM ont véritablement réussi à gagner du terrain en politique en défendant une ligne nationaliste et en s'ancrant au plus près des attentes de la population.

mercredi 18 novembre 2009

Rien n'est jamais simple en Iraq : veto sur la loi électorale

Le 8 novembre, il y avait de quoi se réjouir. Les parlementaires iraqiens s'étaient enfin décidés sur une loi électorale. Les deux principaux points de contention avaient pu être résolus. Les élections étaient prévues pour le 21 janvier 2010.

Mais, voilà que cela ne satisfait pas tout le monde. Le conseil présidentiel a demandé au Parlement d'augmenter la représentation des minorités, notamment les Chrétiens, et des Iraqiens vivant à l'étranger de 5% à 15%. En fait, cette situation prévalait lors des élections de 2005, mais cette concession a été révoquée au cours des longues séances de négociation pour aboutir à la loi électorale actuelle, retardée à onze reprises.

Un ardent supporter sunnite de cette modification est un des deux vice-présidents Tariq al-Hashemi. Selon des estimations, 1,5 million de Sunnites vivraient à l'étranger (en exil, réfugiés ou déplacés) et donc une plus forte représentation au Parlement pourrait renforcer leur poids affaibli sur la scène politique nationale. Le VP est allé plus loin, puisqu'il a décidé ce matin de poser son veto à une partie de cette nouvelle loi électorale. En effet, il a expliqué qu'il voulait améliorer la représentation des Iraqiens vivant à l'étranger et pas seulement ceux qui vivent dans les pays voisins. Il a donc renvoyé la loi avec une proposition d'amendement.

Cela pourrait retarder le processus. Constitutionnellement, les élections doivent se tenir avant la fin du mois de janvier. C'est également important dans le cadre du retrait des forces américaines d'Iraq.

Ces élections sont, à titre national, extrêmement importantes pour l'avenir de l'Iraq, car elles peuvent avoir plusieurs conséquences bénéfiques :
* elles peuvent initier une réconciliation nationale. Marina Ottaway est toutefois prudente à ce sujet, car elle note avec justesse que les alliances pour les élections sont encore ethniques et il n'y a pas de liste incluant à la fois des chiites, des kurdes et des sunnites.
* elles marquent les premières élections dans un climat sécuritaire encore tendu, mais moins hyper violent qu'auparavant.
* elles peuvent être le premier signal d'une vie politique indépendante sans les forces de la coalition, qui sont censées quitter le territoire iraqien en décembre 2011.

La défense collective dans le Golfe?

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Avec un peu de retard, j'ai lu quelques réactions du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) sur l'attaque saoudienne à sa frontière sud contre les rebelles Houthi. Selon Arab News, Riyadh contrôle désormais toute sa frontière. Outre le fait que les pays du CCG ont soutenu les interventions militaires saoudiennes, qu'ils se sont prononcés en faveur de l'unité du Yémen, une déclaration m'a interpellé. Lors d'un sommet du CCG il y a quelques jours, le communiqué final annonçait qu'une attaque contre l'Arabie Saoudite était considérée comme une attaque contre tous les pays du CCG.

Se dirige-t-on vers la défense collective dans le Golfe ?

 

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