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jeudi 12 mai 2011

Les 15 minutes de gloire de la Turquie dans le monde arabe

Mon collègue, Sinan Ülgen, a publié un long papier sur la politique étrangère de la Turquie en décembre en se posant cette question à savoir si ce n'était que quinze minutes de gloire, autrement dit, une influence éphémère ou bien un véritable changement dans la balance des puissances. La seule réponse qu'il indiquait était celle que le moment turc ne pouvait se poursuivre que si la Turquie mettait en place un certain nombre de réformes dans sa diplomatie, notamment promouvoir la démocratie.

Le "Printemps arabe" semblait offrir une excellente opportunité pour la Turquie d'asseoir son influence régionale. Les articles, analyses et autres tribunes décortiquant le modèle turc comme la voie à envisager pleuvaient. D'ailleurs, un sondage de l'institut turc Tesev paru début février venait corroborer l'idée que la Turquie était perçue comme un modèle au Moyen Orient. En effet, lors d'une enquête réalisée en 2010 dans plusieurs pays de la région, 66% des interrogés affirmaient que la Turquie pouvait être un modèle.

mardi 26 avril 2011

La révolte en Syrie : inquiétante dynamique et moyens d'action réduits



Le régime syrien a donc décidé d'emprunter la voie de la force militaire pour mater la révolte. La révolte est problématique à plusieurs égards. Tout d'abord, elle n'est pas extrêmement visible. Ensuite, la question confessionnelle reste ouverte. Enfin, les pays occidentaux ne peuvent guère que taper du poing en espérant que les vibrations soient perçues en Syrie.

La révolte syrienne est finalement peu visible, car les manifestations n'ont majoritairement pas lieu à Damas, sont éclatés dans le pays, même si l'épicentre est Dera'a. Comme l'explique Ammal Abdulhamid sur la vidéo, la tactique maintenant est de faire grossir les manifestations à Homs dans l'espoir que ce soit le départ d'une propagation de grande envergure dans le pays. En outre, les correspondants sur place sont très rares, l'information est bien filtrée et les seuls témoignages obtenus émanent de témoins sur place dont la crédibilité certes est difficile à mettre en doute en raison des vidéos qui émergent sur Internet mais dont on ne connaît pas le degré de véracité, et des ONG qui, souvent, n'ont plus de pied à terre en Syrie. Bref, il est difficile d'obtenir des informations fiables. Néanmoins, le degré de médiatisation est beaucoup plus important que pour le Bahreïn par exemple, mais bien moins que la Libye, l'Egypte, la Tunisie ou le Yémen.

mercredi 20 avril 2011

Un nouvel équilibre des forces au Moyen Orient ?

Je m'excuse pour l'intermittence de mon blogging. Je suis pris dans la rédaction d'un long papier sur la Politique Européenne de Voisinage, ce qui me laisse peu de temps pour maintenir ce blog. Pour info, je suis relativement actif sur Twitter, donc n'hésitez pas à me rejoindre pour voir ce que je lis et également à me faire partager vos lectures. 

Au même titre que les régimes autoritaires de la région, les jeux d'influence étaient fondés sur un statu quo, des positions figées peu à même à évoluer. L'état de fait, de manière caricaturale, était assez simple. Les Etats-Unis étaient la seule puissance étrangère d'importance. Ils déployaient un parapluie de sécurité sur le Golfe que ces Etats étaient prêts à accepter et à entretenir. Washington pouvait compter sur plusieurs pays alliés de poids, l'Egypte, la Jordanie et l'Arabie Saoudite, sans parler évidemment d'Israël.

Israël était le centre d'attention régional. L'Egypte et la Jordanie sont les deux seuls pays arabes de la région à reconnaître l'Etat hébreu et les pays du Golfe ont assoupli leur politique à son égard. De l'autre côté, les opposants à Israël sont très vocaux, notamment la Syrie et l'Iran. L'Iran d'ailleurs, dont l'avènement comme puissance régionale est plus un renouveau qu'une nouveauté. Sans évoquer le "croissant chiite" dont la pertinence est à nuancer, l'Iran pouvait compter sur des alliés solides à Damas et au Liban avec le Hezbollah. Dans le même temps, les relations avec les pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) étaient mi-figue mi-raisin, alternant le cordial et l'inimitié.

Dans le Golfe, l'Arabie Saoudite possédait une position privilégiée. Hôtesse des deux sites les plus importants de l'islam, porte-drapeau des intérêts sunnites dans la région, l'Arabie Saoudite jouait sur une politique prudente mais ferme. Le Qatar est récemment devenu l'acteur qui monte, cherchant à être le médiateur de toutes les crises avec un succès mitigé, le seul fut l'accord pour le Liban en 2006. Sur la Libye, le Qatar s'est fortement engagé en faveur des rebelles, reconnaissant le Conseil national de transition comme l'autorité libyenne légitime.

mardi 25 janvier 2011

La Syrie réfléchit à son modèle économique

The Economist publie un article fort intéressant sur les changements économiques entrepris par la Syrie et les choix à venir. En effet, il semblerait que le pays se dirige progressivement vers un modèle d'économie plus libéral, s'éloignant ainsi du traditionnel socialisme économique revendiqué par le parti Baas. Jusqu'à présent, les subsides du régime permettaient des prix de l'essence, de l'électricité, de l'eau et des transports bien en-deçà des prix du marché. Toutefois, la situation économique et politique dans la région soulève des questions quant aux choix engagés.

Le gouvernement va se réorienter en attirant les investissements étrangers. L'objectif est de 55 milliards de dollars par an. En outre, il va faire marcher la planche à billets. Les réformes économiques ont été introduites en 2005, mais The Economist note que l'effet demeure faible. La libéralisation de l'économie n'a pour le moment pas eu l'effet escompté et ne profite qu'à une minorité. Par ailleurs, l'onde de choc de la Tunisie se fait ressentir en Syrie et le gouvernement a pris des mesures pour prévenir de révoltes dans le pays.

jeudi 7 octobre 2010

L'Iran ne chantera pas Rocket Man en russe

Le Président russe Dmitri Medvedev l'avait annoncé, la Russie ne vendra pas ses missiles sol-air S-300 à l'Iran, car cela violerait le régime de sanctions voté au Conseil de sécurité. Il y a probablement du y avoir de longues négociations à un quelconque niveau - les Israéliens et les Américains ont apparemment appliqué une énorme pression sur Moscou -, parce qu'en juin dernier, le discours russe signalait que la vente des missiles était épargnée.

samedi 20 février 2010

Un conflit israélo-hezbollo-libano-syrien en 2010 ?

Le Secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa a déclaré que "si une nouvelle attaque ou agression était en préparation, [les Israéliens] ne s'en sortiraient pas facilement". Et de continuer, "nous avons tiré les leçons de 2006 et la position arabe est d'être aux côtés du Liban". Quel est l'intérêt de cette intervention ?

Remettons tout d'abord la citation dans son contexte. Amr Moussa a tenu ses propos après sa rencontre avec Ali Shami, le ministre libanais des Affaires étrangères. Plusieurs commentateurs réfléchissent à l'éventualité d'un conflit entre Israël et le Liban en 2010. De plus, plusieurs hommes politiques israéliens ont laissé entendre qu'un conflit contre le Hezbollah aurait des répercussions sur le Liban et la Syrie. Cette dernière aurait en plus fourni au groupe libanais des missiles M-600 d'une portée de 250km, qui viennent se rajouter aux missiles anti-navires SS-N-26 et au système de défense aérienne SA-2 que Damas aurait déjà fourni. Et pour faciliter le tout, un "problème" de traduction a mené à des remarques particulièrement belliqueuses, notamment de la part d'Hassan Nasrallah.

lundi 16 novembre 2009

La DCRI active sur le dossier iranien

Selon Intelligence Online, la DCRI serait particulièrement active sur le dossier iranien. En effet, on apprend que le renseignement intérieur aurait déconseillé l'extradition de Majid Kakavand aux Etats-Unis. Cet ingénieur iranien est accusé par les Etats-Unis de s'être fourni du matériel à usage dual. Outre le fait que le dossier semble mince, la France préfèrerait ne pas envenimer davantage la situation avec Téhéran. Il semblerait également que la DCRI soit entrée en contact avec la Syrie pendant l'été pour qu'elle intervienne en faveur de la libération de Clothilde Reiss. Il n'y a rien de très secret, car même Nicolas Sarkozy a appelé Bachar al-Assad pour qu'il plaide en faveur de la libération de la jeune universitaire. Dans les articles de presse que j'ai pu lire, ainsi que dans l'interview d'al-Assad sur France 2, il ne semble pas que ce dossier ait été soulevé et, à croire le Président syrien, Damas n'a pas de rôle à jouer, car il existe une relation directe entre Paris et Téhéran. Il n'est toutefois pas impossible que la France et la Syrie n'aient pas voulu rendre d'éventuelles discussions public, quelques jours avant la reprise du procès de Clotilde Reiss, dans un contexte difficile.

Toujours selon Intelligence Online, la DCRI suivrait de très près les mouvements de l'ambassadeur iranien en France, Seyed Medhi Miraboutalebi. Ce dernier aurait essayé de rentrer en contact avec Michel Rocard pour discuter d'une "mission" sur la libération de Clotilde Reiss, apprenait-on fin octobre. IO évoque une autre piste qui concerne la centrale de Tricastin. L'Iran essaierait de maintenir en activité l'usine d'enrichissement par diffusion gazeuse qui va évoluer vers un enrichissement par centrifugation. Téhéran est actionnaire à hauteur de 10% dans l'usine actuelle. L'ambassadeur iranien aurait également fait des pieds et des mains pour rentrer en contact avec le toujours mystérieux Claude Guéant, qui, selon IO, serait mieux apprêté que la cellule diplomatique du Président pour prendre en considération les intérêts de Total en Iran. Pour le moment, tous ces efforts sont restés lettre morte à cause du refus de Nicolas Sarkozy.

Un incident à Damas impliquant le Hamas et les Gardes révolutionnaires...

Je poste cette information, mais je préviens qu'elle est à prendre avec des pincettes. En regardant ce que BBC Monitoring avait traduit ce weekend, je suis tombé sur un article du quotidien koweïtien Al-Siyasah. Article quelque peu troublant et repris par très peu de sources qui reprennent toutes deux les informations du journal koweïtien.

Le quotidien aurait obtenu de "sources très exclusives" que cinq membres du Hamas et deux Gardes révolutionnaires iraniens seraient morts
pendant un entraînement à Damas . Cet accident serait dû à un problème technique, alors que les Gardes apprenaient aux membres du Hamas à assembler et désassembler des roquettes de fabrication iranienne pour faciliter la contrebande via les tunnels de Rafah.

Les sources du quotidien auraient ajouté qu'au sein des services de renseignements syriens, des critiques émergent sur la liberté dont les cadres du Hamas jouissent - Khaled Mechaal notamment est réfugié dans la capitale syrienne. Le quotidien koweïtien ajoute que la chape de plomb totale sur cette histoire est le résultat d'un accord entre Mechaal et
Abd-al-Fattah Qudsiyah, en charge des services de renseignements syriens.

Il semblerait qu'
Al-Siyasah soit adepte des scoops sensationnalistes sur le Hamas, le Hezbollah et l'Iran, donc à prendre avec des pincettes tant que d'autres sources émergent. Cela coïncide en tout cas avec les révélations israéliennes que le Hamas aurait testé des roquettes d'une portée de 60km capables d'atteindre le district de Tel Aviv, ce que le groupe palestinien nie.

jeudi 5 novembre 2009

John LeCarré version israélo-syrienne

Un vrai roman d'espionnage. Der Spiegel a publié une longue enquête sur la politique israélienne à l'égard de la Syrie à l'occasion du bombardement de la centrale nucléaire syrienne en septembre 2007 et des deux assassinats d'Imad Mughniyah et du général Suleiman.

L'article est passionnant et on y apprend notamment plusieurs détails très intéressants qui éclairent un peu mieux les mystères qui ont entourés ce bombardement. Israël aurait bénéficié des informations d'un scientifique déserteur. Autre détail de roman, l'épisode de Londres. Un représentant du gouvernement syrien aurait été peu précautionneux avec son ordinateur portable que le Mossad aurait hacké en utilisant un cheval de Troie afin de récupérer les informations contenues sur l'ordinateur.

Autrement, il n'y a pas d'informations totalement inattendues et tant qu'il n'y a pas de confirmation officielle, il est envisageable que certaines parties soient erronées, manquantes ou inventées. Pour le moment, c'est l'analyse la plus complète sur ces dossiers entourés de secrets.

vendredi 4 septembre 2009

Quand l'AIEA n'y arrive pas avec la Syrie...

Suite à la publication d'un nouveau rapport de l'AIEA sur le très probable programme nucléaire secret syrien dont Israël a détruit le principal réacteur en septembre 2007, Gregory Schulte, qui était il y a encore quelques mois le représentant américain à l'AIEA, écrit dans Foreign Policy que ce nouveau rapport est source de questions, tant sur les politiques syriennes que nord-coréennes (qui aurait fourni la technologie) que sur l'incapacité de l'Agence à conclure son enquête et à détecter le programme.

Le rapport souligne que la Syrie continue à ne pas coopérer et depuis une visite en juin 2008, Damas a refusé l'accès du site aux inspecteurs de l'AIEA. Ces derniers avaient trouvé des traces d'uranium anthropogénique, généré par une réaction chimique, qui pourraient attester de la thèse d'un réacteur nucléaire en lieu et place de ce qui est aujourd'hui une usine.

Schulte explique comment la Syrie procède pour bloquer l'accès aux inspecteurs. Elle interprète de manière stricte les accords signés avec l'AIEA qui déclarent que l'Agence ne peut qu'enquêter sur des sites déjà déclarés. Une provision offre toutefois la possibilité aux inspecteurs de se rendre sur des sites non-déclarés si l'AIEA considère que le pays ne fournit pas suffisamment d'informations. Pour Schulte, le rapport de Mohamed ElBaradei suggère que le temps est venu d'y faire appel. On peut le voir comme cela, mais ce n'est pas évoqué dans le rapport. Toutefois, il appelle les parties détenteurs d'informations sur le programme de les fournir à l'AIEA, chose jamais facile à faire quand il s'agit d'informations confidentielles, surtout aussi sensibles.

mardi 21 juillet 2009

Bachar al Assad a décidé de serrer la vis (en fait, pas vraiment)

Bachar al Assad a décidé qu'il fallait changer les choses. Les crimes d'honneur d'un père sur sa fille ne pouvaient plus durer. Jusqu'à présent, il n'y avait pas de peine minimale et la peine maximale était d'un an de prison!

Après une étude en commission, deux mesures avaient été proposées. La première était de réformer l'article 192 de la Constitution qui autorise le juge à révoquer ou à réduire la punition infligée par un crime motivé par l'honneur. La seconde était d'abroger la loi 548 qui exemptait les hommes d'être accusé de meurtre ou d'agression dans les cas d'"actes sexuels illégitimes" ou d'"état suspicieux" des filles de la famille. Seule la seconde a été validée par le président syrien.

De plus, parce qu'al Assad veut vraiment montrer qu'il envisage de changer les choses, il a fixé à deux ans la peine minimum pour ce type d'acte. C'est ce qu'on appelle une révolution!

Plus sérieusement, les crimes d'honneur sont encore trop pratiqués en Syrie mais ailleurs également et c'est intolérable qu'ils ne soient pas punis plus sévèrement! Fixer une peine minimum à deux ans, c'est ridicule, mais en plus, laisser aux juges le dernier mot devient risible.

dimanche 10 mai 2009

La Syrie se distancierait du Hamas (Mis à jour)

Selon un article anonyme de Asia Times, la Syrie aurait demandé au leadership du Hamas en exil à Damas de réduire sa présence médiatique et in fine de quitter le territoire. Si l'article est véridique, ce serait un départ significatif de la position actuelle tenue par le régime syrien.

Plusieurs raisons pourraient justifier ce revirement de politique. Tout d'abord, la Syrie se verrait de plus en plus comme un véritable puissance centrale. Son récent exercice militaire avec la Turquie en atteste. Il semble en outre que Bachar al-Assad souhaite se rapprocher des Etats-Unis et de l'Europe et sortir la Syrie de son isolement à l'égard de l'Occident. La Syrie pourrait alors récupérer des marchés, améliorer ses relations politiques et favoriser le tourisme en mettant en avant ses richesses historiques.

Il semble que cette politique soit guidée par le changement de président à la Maison Blanche. Barack Obama comprend bien que la paix israélo-arabe ne peut se faire sans la Syrie au premier rang.

Dans le même temps, la Syrie ne veut pas aliéner son grand allié iranien dans le processus, ce que Washington aimerait pouvoir accomplir dans le même temps.

Selon l'article, la piste de Khartoum est évoquée pour la prochaine étape du Hamas. Cela pourrait se faire dans l'année. Je reste méfiant sur cet article, car il n'est pas signé - Asia Times évoque des raisons de sécurité pour ne pas citer le nom de l'auteur. Auteur qui ne cite pas non plus une source anonyme. Le seul détail que l'on connait sur "la source" est qu'elle est en Syrie, mais on ne connait même pas la nationalité, donc c'est assez léger. A suivre donc...

***UPDATE***

Dans ma séance de retard à combler, je viens de voir que Barack Obama venait de renouveler les sanctions sur la Syrie d'un an. Comme l'explique Warren Strobel sur le blog Nukes & Spooks de McClatchy, cela doit être difficile à comprendre pour Bachar Al-Assad qui reçoit au même moment deux émissaires américains envoyés par les Etats-Unis.

Pour Strobel, c'est le synonyme de la limite de l'engagement avec les pays hostiles, une politique de la main tendue, mais pas trop. Strobel convoque une comparaison avec Cuba. Il est vrai qu'Obama et Hillary Clinton ont donné beaucoup d'indices d'un rapprochement éventuel avec la Syrie, mais dans le même temps, ils ne peuvent pas se permettre de trop en faire trop vite. Pour le coup, c'est plutôt comme ça que je le vois.

lundi 20 avril 2009

Tout n'est pas fini entre la Syrie et Israël

J'ai quelques problèmes d'ordinateur, donc je tiens à m'excuser auprès de ceux qui sur le flux rss ont reçu plusieurs bribes d'article.

Seymour Hersh a publié il y a quelques jours un article dans le New Yorker sur le processus de paix israélo-syrien. Je suis toujours étonné par les sources syriennes de Hersh. Dans le même article, il nous fait Bachar al-Assad en entretien par email et une interview avec Khaled Mechaal en exil à Damas.

Dans cette longue enquête intitulée "Syria Calling", Hersh nous amène à penser que malgré l'arrivée au pouvoir de Benjamin Netanyahu en Israël et malgré le conflit de Gaza il y a quelques mois, la Syrie est prête au dialogue mais cela n'est nullement acquis. Israël occupe les plaines du Golan capturées pendant la guerre des Six Jours en 1967. Pour Assad, le retour de ce territoire sous souveraineté syrienne est indispensable à toute négociation. "La terre n'est pas négociable, et les Israéliens savent que nous n'allons pas négocier la frontière de 1967", a-t-il affirmé à Hersh. "Nous ne démarquons que la frontière. Nous négocions les relations, l'eau et le reste." Dans l'idée d'Assad, "on discute de tout après la paix et après avoir récupéré la terre. Pas avant".

Selon Itamar Rabinovitch, ancien ambassadeur israélien à Washington, la Syrie pourrait trouver en Netanyahu un interlocuteur, car il serait plus enclin à négocier avec la Syrie qu'avec les Palestiniens. Le fait est que la Syrie est un acteur majeur dans la région. Allié de l'Iran, soutien du Hamas et du Hezbollah. Deux idées s'affrontent sur une négociation avec Damas. D'un côté, Israéliens et Occidentaux négocieraient avec eux pour isoler l'Iran ; pour les Syriens, l'intérêt pourrait être justement de faire rentrer Téhéran dans le concert international.

Ce qui est certain, c'est qu'une négociation de Washington avec la Syrie mettrait la pression sur l'Iran, le Hamas et le Hezbollah, explique Martin Indyk. Comment réagirait Téhéran si Damas signait un accord de paix ? L'article souffre d'un manque d'entretiens avec des sources iraniennes à ce sujet. Et que ferait le Hamas ? Nombres de ses cadres sont à Damas, notamment un des leaders du mouvement, Khaled Mechal en exil depuis 1999 dans la capitale syrienne. C'est intéressant ce qu'il déclare à Hersh dans l'hypothèse où la Syrie et Israël venaient à s'entendre. "Bachar ne nous demanderait jamais de partir". Et d'ajouter :

Il y en a qui croient que le Hamas réagirait de manière défensive à un accord du fait de notre présence en Syrie. Mais, cela ne fait aucune différence de l'endroit où se trouvent nos bureaux. Nous sommes un mouvement de rue et notre vrai pouvoir se trouve en Palestine et rien ne peut affecter cela. Nous avons confiance en Bachar Assad et nous ne risquerions jamais être un fardeau pour lui ... Nous pouvons partir à n'importe quel moment et partir léger. Le mouvement Hamas ne fonctionnera jamais contre les intérêts d'un Etat et aucun accord ne peut être conclu parce que nous le voulons ou non. Mais, aussi, nous ne voulons pas que quiconque vienne interférer dans nos affaires.

mardi 17 mars 2009

Le retour de la Syrie sur la scène internationale

La semaine dernière, je faisais part de la lecture d'un article de Bret Stephens dans Commentary se positionnant contre un dialogue américano-syrien. En toute logique - ou presque -, je me penche sur la position inverse soutenue par Eyal Zisser, professeur à l'Université de Tel Aviv, dans le nouveau numéro de la revue universitaire Mediterranean Politics. L'article traite du retour diplomatique de la Syrie et se pose la question à savoir jusqu'où ce come-back peut mener.

L'auteur explique qu'historiquement, la Syrie a été incapable de profiter des occasions présentées pour améliorer sa situation. Aujourd'hui, pour la première fois depuis la prise de pouvoir de Bachar al-Assad en 2000, Damas peut faire avancer ses pions. Zisser rappelle le contexte dans lequel le dirigeant syrien a succédé à son père. Hafez al-Assad a légué à son fils des relations détendues avec l'Europe et les Etats-Unis. Un processus était en route avec Israël. Autant d'états de fait qui se sont écroulés à cause des évènements qui ont suivis : les attentats du 11 septembre, l'Intifada en 2002, la guerre en Irak, le renouveau de l'affrontement entre le Hezbollah et Israël. Et autant de relations abimés et d'autres renforcées, avec l'Iran et le Hezbollah.

Pour autant, la Syrie connait actuellement un regain de prestige sur la scène internationale. Zisser impute ce changement à plusieurs raisons. Avec Washington, l'arrivée de Barack Obama peut indiquer un changement de position. Les relations entre les deux pays s'étaient particulièrement endommagées après qu'une opération des forces spéciales américaines ait été menée sur le sol syrien en septembre 2008. Le régime syrien s'est montré chaleureux envers Obama. Avec l'Union Européenne, l'auteur remarque que la Syrie est devenue le pays à courtiser surtout après que Nicolas Sarkozy ait fait de Bachar al-Assad un invité d'honneur le 14 juillet, le lendemain du lancement de l'Union Pour la Méditerranée. Trois raisons pour ce revirement :
* Les négociations même si indirectes avec Israël
* La signature des accords de Doha en mai sur le Liban
* Plusieurs changements internes en Europe, comme le départ de Jacques Chirac, profondément anti-syrien, au profit de Sarkozy

Pourquoi alors la situation ne serait-elle pas propice ? Zisser explique que l'objectif syrien n'est souvent pas de faire avancer les choses, mais de maintenir le statu quo à l'intérieur du pays. De plus, l'approche de Damas est dans une logique du tout ou rien, qui paralyse souvent les avancées. Cela étant, l'auteur, certes prudent, envisage l'existence d'une Syrie plus active qui pourrait exploiter les différentes pistes de paix. Il faut pour cela que les Etats-Unis s'engagent plus et dans le même temps, l'auteur estime que al-Assad n'a ni la volonté ni les capacités pour faire imposer des décisions difficiles. L'auteur reste pragmatique :

En dehors de ce qui vient d'être dit, à la lumière de l'inefficacité montrée par les Américains et les Européens dans leur conduite à l'égard de la Syrie ces dernières années, il est possible qu'une idée de dialogue avec Damas ne soit pas une si mauvaise nouvelle après tout. De toute manière, le dialogue est préférable aux tensions et à la violence. De plus, le dialogue peut ouvrir des portes ou peut-être au moins préparer le terrain pour une percée une fois les conditions affinées. Toutefois, nous devons persister à avoir une vision réalistique et sobre de ce qui peut être ou non atteint avec les Syriens. En ce moment, il semblerait qu'il y ait bien peu à attendre.

mardi 10 mars 2009

Voix dissidente sur le rapprochement américain avec la Syrie

Je ne suis pas un grand lecteur de Commentary. Ostentatoirement pro-israélien - parfois un peu borné -, cette revue semi-universitaire a été un réservoir pour néoconservateurs - l'est toujours - mais également pour tout partisan affiché de la cause israélienne. Pour autant, il faut tout lire et un de mes anciens profs écrit dedans, donc par simple respect, je me dois d'y jeter un coup d'oeil. Dans le numéro du mois de mars, Bret Stephens écrit un long article sur les processus de paix israélo-syriens. En effet, l'idée est revenue sur la table depuis qu'Ehud Olmert a réactivé les négociations indirectes sous les auspices d'Ankara. La voie syrienne a été également privilégié par plusieurs dirigeants israéliens, dont Ehud Barak, lorsqu'il était Premier ministre, ainsi que par plusieurs dirigeants américains, dont Condi Rice.

Justement, tous ces exemples devraient indiquer à l'administration Obama que la paix israélo-syrienne est truffée d'embuches qui sont encore probantes aujourd'hui, selon Stephens. Il remonte à la conférence de Madrid en 1991, où la Syrie participe pour la première à un rassemblement international avec la présence d'Israël. Il détaille largement les positions de Barak sur les raisons de privilégier les négociations avec la Syrie plutôt qu'avec les Palestiniens. Il cite à ce sujet Dennis Ross qui explique dans The Missing Peace que le Premier ministre israélien voyait dans Hafez al-Assad une réelle menace, car il était à la tête d'un vrai pays, avec une vraie armée et des tanks. En même temps, il était à la tête d'un pays, sur lequel il avait la main mise - ce qui n'était pas le cas de Yasser Arafat. De plus, Barak percevait la paix avec la Syrie comme la première étape dans un cadre plus large du processus.

Stephens explique que tous ses espoirs ont déchanté lorsque les négociations n'ont pas abouti, notamment en raison de la souveraineté de la mer de Galilée, grand point de contention entre Israël et la Syrie, peut-être plus grand encore que les plaines du Golan. Stephens reconnait que Barak n'a pas été forcément très magnanime dans les négociations, mais Damas était trop obtus de toute manière. Et de poser la question à savoir pourquoi Bill Clinton, alors qu'il s'est trouvé avec trois dirigeants israéliens (Rabin, Peres et Barak) prêts à rendre le Golan, n'a jamais réussi à voir une pais israélo-syrienne émerger. C'est à cause de Hafez al-Assad, juge Stephens. Trop suspect sur l'accord, a estimé Warren Christopher, l'auteur serait plus en accord avec une version du biographe d'al-Assad, Patrick Seale, qui explique que "la paix" est interprétée différément à Damas et à Tel Aviv. C'est là le coeur du problème.

Et ce n'est pas l'arrivée en 2000 de Bachar al-Assad, fils de son défunt père, qui changea la donne. Plus de liens avec la Corée du Nord, avec l'Iran, avec le Hezbollah, au Liban... rien de bien favorable à la paix selon Brent Stephens. La relations avec l'Iran n'est pas prête de s'arrêter. En plus, les Américains sous Bush se sont montrés ambivalents quant à une position forte et durable.

En guise de conclusion, l'auteur écrit :

La diplomatie s'est révélée être un exercice plein de frustration et de retours à la baisse, établi à un coût considérable pour le capital diplomatique américain et pour le respect de soi israélien. Au moment du dépar d'al-Assad père, il avait réussi à montrer le revers de sa main à un Président américain, un Secrétaire d'Etat et un Premier ministre israélien, entre autres. Il a fait cela tout en se mettant dans la poche la concession de la ligne mythique du 4 juin et l'accoutumance chez les dirigeants israéliens que l'idée d'une "paix" avec lui n'inclurait pas de réelle légitimation de l'Etat juif, pas de garanties assurées de sécurité et pas réalignements stratégiques dramatiques majeurs qui rendraient cette paix frigide méritoire. Et il a fait tout cela en maintenant des relations active et pas si clandestines avec des groupes terroristes, du Hezbollah au Hamas, contre lesquelles il a peu fait pour les ralentir et qu'il a occasionnellement déchaîner dans une démarche routinière de Jekyll et Hyde. Même Yasser Arafat, qui a occasionnellement emprisonné des membres du Hamas, semble presque mieux en comparaison.

En d'autres termes, alors que le processus de paix a élargi les options d'Hafez al Assad, le même processus a réduit celles d'Israël. Cela compte double pour son fils qui est entré dans le processus de paix avec les aboutissements de son père comme fondement sur lequel demander plus de concessions. (...) Aucun "processus" entre la Syrie et Israël sous les auspices américaines ne vaut le coup pour le moment.

Une position sans concession donc. L'auteur ne parle bizarrement jamais de l'aspect stratégique qu'Israël possède avec les plaines du Golan, terre syrienne à l'origine, et préfère se focaliser sur la mer de Galilée, dossier contesté, mais où Israël peut faire son argumentaire. D'ailleurs, quel est l'argumentaire israélien sur le Golan et la mer de Galilée ?

* Sur le Golan, un article de Dore Gold, président du Jerusalem Center for Public Affairs, paru en 2008 l'expliquait très bien. La résolution 242 demande "le retrait des territoires occupés lors du récent conflit", mais pas "de tous les territoires", ce qui, selon Gold, laisserait la porte ouverte à un accord futur et négocié entre les deux parties. Le Golan est stratégique pour Israël, car de ses 1200 mètres, Israël a une vue très claire sur la Syrie et peut donc mieux gérer les menaces qui pourraient venir de son voisin et mieux se défendre (ce fut le cas pendant la guerre de Yom Kippour en 1973).
* Sur la mer de Galilée, les Israéliens font référence aux mandats... En effet, le mandat de la Palestine accordée à la Grande-Bretagne incluait cette zone d'eau. Mer qui reviendrait donc à Israël. La mer de Galilée est capitale pour les provisions en eau de l'Etat hébreu.

dimanche 15 février 2009

Crisis Group encourage les relations américano-syriennes

Dans un nouveau rapport, le Crisis Group examine l'état des relations entre les Etats-Unis et la Syrie. Comme toujours, rapport fascinant aux propositions pertinentes. Dans sa campagne, Barack Obama précisait qu'il voulait relancer les négociations avec la Syrie. Le statut de Damas est quelque particulier aux yeux de Washington. A la fois plus grand allié arabe de l'Iran, puissance interventionniste au Liban, proche allié du Hamas et du Hezbollah, et ambigüe sur son rôle en Irak, la Syrie a connu ces huit dernières années des relations tendues avec l'administration Bush.

Certes, un réchauffement avec la Syrie est le bienvenu, mais le simple fait de le vouloir ne suffit pas. Plusieurs enjeux déjà présents vont encombrer la route :
* Des sanctions financières pèsent sur Damas à la suite de l'assassinat de Rafic Hariri il y a tout juste quatre ans. La Syrie est fortement soupçonnée d'avoir orchestré le meurtre de l'ancien Premier ministre.
* Un passé de huit années difficiles a compliqué les relations diplomatiques. Washington a sévèrement réduit sa présence diplomatique à Damas, en réponse de quoi la Syrie a retiré son ambassadeur du sol américain. Diplomatiquement et politiquement, il faudra du temps pour réinstaurer une relation de confiance, mais également une bonne connaissance du système politique du pays.
* Le contexte régional dans son ensemble. Contexte dans lequel la Syrie semble bien se positionner et donc tout rapprochement devra prendre cet enjeu en compte.

Cela étant le Crisis Group reconnait quelques améliorations indépendantes de la volonté américaine : la reprise des négociations via la Turquie entre Israël et la Syrie (certes interrompues après le conflit à Gaza), le contrôle beaucoup plus strict de Damas de sa frontière avec l'Irak lié à une montée de l'extrémisme sur son sol, un possible renforcement des relations turco-syriennes qui pourraient ombrager les liens avec Téhéran.

Plusieurs recommendations sont faites :
* Etablir un corps de principes fondateurs, dont :
- un soutien à toute négociation de paix.
- un appui à la solution d'un retrait total israélien du Plateau du Golan, d'une garantie de sécurité et de l'établissement de relations normales entre Tel Aviv et Damas.
- aucun compromis sur la souveraineté du tribunal international sur l'assassinat d'Hariri.
- une reconnaissance des gestes positifs de Damas.
* Réinstaurer de bonnes lignes de communication :
- nommer un nouvel ambassadeur
- un respect mutuel dans les relations diplomatiques
- une ligne de communication privilégiée entre Barack Obama et Bachar al-Assad
- prochainement une visite d'un haut représentant militaire pour négocier sur une coopération sécuritaire entre les Etats-Unis, l'Irak et la Syrie.
* Revoir la pertinence des sanctions en fonction d'objectifs politiques claires.

lundi 8 décembre 2008

Copie du nouveau rapport du tribunal de l'ONU sur la mort d'Hariri

Il y a quelques jours, la commission onusienne chargée d'enquêter sur le meurtre de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri a rendu son onzième rapport au Conseil de Sécurité.

Quelques points à noter :
* Il y a des progrès, mais "à ce point de l'enquête, la plupart des activités de la commission se concentrent à percer l'écran de fumée pour découvrir la vérité".
* La commission pense pouvoir déterminer "l'origine géographique" du kamikaze.
* La commission reconnait que la coopération avec la Syrie est "dans l'ensamble satisfaisante" ; elle a eu recours à Damas à plusieurs reprises pour des séjours dans le pays et des demandes d'informations.
* Un tribunal spécial prendra ses fonctions le 1er mars 2009 à la Hague. La commission demande que son mandat, qui doit prendre fin le 31 décembre, soit étendu jusqu'au 28 février 2009. Le rapport souligne à plusieurs reprises que l'enquête est loin d'être terminée.

lundi 27 octobre 2008

Le raid américain en Syrie est entouré de mystères

Hier dans la soirée, un raid américain a tué huit personnes à la frontière entre la Syrie et l'Irak. Qualifié de "succès" par les Américains et de "crime de guerre" par les Syriens, l'objectif de l'armée américaine était d'arrêter des "combattants étrangers" entrant en Irak. Du côté du site d'analyses Stratfor (plus accessible librement) comme chez Joshua Landis sur Syria Comment, le raid s'explique mal.

Selon Stratfor, ce n'est pas la première fois que les Etats-Unis mènent des raids à la frontière, mais c'est la première fois que la Syrie est aussi bruyante. Pourquoi ? La question reste en suspens. Selon Joshua Landis, spécialiste de la Syrie, les relations entre les Etats-Unis et la Syrie sont tendues, mais beaucoup moins qu'à une certaine époque. En décembre dernier, alors qu'il commandait l'armée américaine en Irak, le général Petraeus soulignait les améliorations à la frontière entre la Syrie et l'Irak, perçue auparavant comme un gruyère où passaient des centaines d'insurgés sunnites.

Autre souci. Pourquoi maintenant ? Les combats d'insurgés ont largement diminué. Selon des sources anonymes américaines citées dans la presse, les personnes visées étaient des membres d'Al Qaïda. Peut-être était-ce l'objectif, mais une fois encore, les combattants d'Al Qaïda sont beaucoup moins nombreux qu'il y a deux ans. Landis pense que l'opération émane non pas de la Maison Blanche mais de l'état major. Petraeus était certes prêt à se rendre à Damas pour négocier une meilleure coopération sur le renseignement entre Américains et Syriens, mais le refus persistant de Damas pourrait être à l'origine de cette attaque. Autre hypothèse envisagée par le retraité colonel Lang sur son blog : le Pentagon laisse un grand champ d'action aux forces spéciales en charge du contre-terrorisme et il est possible qu'ils aient obtenu des renseignements suffisants (acting intelligence en anglais) pour mener une action contre le suspect-terroriste.

Il ne faut pas oublier que l'armée américaine a conduit le même type d'opérations au Pakistan contre des combattants ennemis réfugiés de l'autre côté de la frontière. Cela provoque la rage d'Islamabad, car les Etats-Unis agissent contre l'accord du gouvernement pakistanais. Il est tout à fait envisageable que les Américains aient agi de la sorte en Syrie. N'ayant plus grand chose à perdre et ne voyant pas les régimes voisins prendre les mesures nécessaires, les Etats-Unis décident unilatéralement de prendre les opérations en main.

Pourquoi maintenant ? Pour une raison de timing assez simple. Damas ne va rien promettre à Washington avant l'arrivée d'une nouvelle administration, donc il n'y a rien à gagner dans de sempiternelles négociations. Autant frapper pour montrer que les Etats-Unis ne sont pas prêts à ménager le régime syrien s'il entrave les intérêts américains.

Décidément, la Syrie a un talent pour que les opérations étrangères (ou peut-être pas) soient enveloppées d'une épaisse couche de secrets.

vendredi 24 octobre 2008

Les 10 étapes des relations libano-syriennes

Les relations libano-syriennes incarnent parfaitement ce que le Général de Gaulle appelait fameusement "l'Orient compliqué". Voisins et intrinsèquement liés par des attaches familiales, culturelles et historiques, les deux pays n'ont cessé de traverser des périodes de discorde, une relation que Joseph Bahout, spécialiste du Liban, qualifie de "divorce permanent". Les relations entre les deux pays sont aujourd'hui en voie d'amélioration, notamment depuis que Beyrouth et Damas se sont mis d'accord, sous tutelle française, pour ouvrir des ambassades, étape indispensable pour l'ouverture des relations diplomatiques normalisées entre les deux pays. Dans ce contexte, le site Internet libanais d'information Ya Libnan revient en dix points sur les relations libano-syriennes depuis la création des deux pays.

1. Les deux pays étaient sous mandat français. En 1943, le Liban obtient son indépendance ; la Syrie devient complètement indépendante en 1946. Mais, une dispute divisait déjà les deux pays, qui n'ont depuis jamais eu de relations diplomatiques officielles normales. En Syrie, le Liban était perçu comme partie intégrante de la Grande Syrie ; de plus, il y avait dans la période post-coloniale une prééminence d'une idéologie pan-arabe de ne pas diviser les pays arabes par des frontières. Au Liban, une poussée de nationalisme défendait coûte que coûte l'indépendance libanaise.

2. En 1976, les troupes syriennes rentrent au Liban sous les auspices des forces libanaises chrétiennes en état de faiblesse dans la guerre civile.

3. A la suite des accords de Taef en 1990, la présence syrienne est légitimée et 30000 troupes restent en territoire libanais, accompagnées d'agents des services de renseignements.

4. La Syrie ne montre aucun signe d'une volonté de retrait et domine le Liban militairement et politiquement. Seuls les hommes politiques soutenus par les Syriens pouvaient obtenir des hauts postes à responsabilité.

5. Pendant cette période, les relations diplomatiques n'étaient toujours pas normalisées. Les Syriens et les Libanais, ainsi que tous les autres Arabes pouvaient entrer et sortir du Liban sans visa.

6. Le tournant majeur de ces dernières années intervient le 14 février 2005, quand le premier ministre Rafic Hariri, très populaire et devenu anti-syrien, se fait assassiner. Une large frange de la population (principalement non-chiite, il faut le dire) est persuadée que les Syriens sont à l'origine de cet attentat.

7. Depuis le retrait israélien en 2000, un fort sentiment anti-syrien a animé la population libanaise, les Syriens étant désormais les dernières troupes étrangères au Liban. Les Etats-Unis ont fortement soutenu ce mouvement. Ya Libnan souligne que cela contraste avec la décennie précédente, où les Américains (et je me permets d'ajouter les Français) laissaient faire les Syriens, peut-être en raison du soutien syrien à la Guerre du Golfe en 1990.

8. A la suite de la résolution onusienne 1559, la Syrie est sommée de quitter le Liban. L'acte stipule également l'établissement de relations diplomatiques. En vain.

9. En mai de cette année, l'accord de Doha enterre la hache de guerre entre les différents mouvements politiques libanais pour voir l'émergence d'un président. Ya Libnan considère que cet accord offre au Hezbollah, soutenu par la Syrie, une nouvelle force politique, concluant que "l'étoile de la Syrie semble monter de nouveau au Liban".

10. La Syrie semble embarquer dans un effort de redorer son blason. Des négociations indirectes existent avec Israël via la Turquie. Sous la dynamique française, le Liban et la Syrie ont signé un accord le 15 octobre instaurant l'ouverture d'ambassades dans les deux pays.

A suivre...

P.S.: Ya Libnan fait référence à un incident qui aurait eu lieu avant le 15 octobre d'une forte présence militaire syrienne à la frontière libanaise. Cet évènement a été rapporté par DEBKAfile, dont les informations ne sont pas toujours très fiables (cf. précédent post à ce sujet).

lundi 13 octobre 2008

Et si la Syrie était responsable des attentats en Syrie...

La Syrie a été secouée par plusieurs attentats retentissants cette année. Des personnalités très haut placées, secrètes et très protégées. Les informations sur ces différentes attaques sont incroyablement ténues, car la Syrie demeure un pays où l'information circule très peu. Les rumeurs vont donc bon train. Deux rumeurs semblent persistantes : l'une indique la résurgence de groupes proches de la mouvance Al Qaïda, l'autre penche vers une implication des services de sécurité syriens.

Sur le blog du Moyen Orient du Time, Andrew Lee Butlers "fait de l'astrologie" et estime que l'attentat à la voiture piégée du 27 septembre pourrait avoir été commandité par des Islamistes sunnites. Il note en effet que la répression des années 1980 contre les mouvements radicaux en Syrie s'est atténué depuis que les Saoudiens font du business à Damas et ont pu ouvrir mosquées et associations charitatives (souvent le meilleur moyen de cacher des fonds crapuleux destinés à des organisations radicales). De plus, depuis le début de la guerre en Irak et l'attitude vindicative de l'administration Bush à l'égard de Damas, la Syrie est devenue un point de passage des extrémistes en route pour se battre en Irak. Peut-être une vengeance des répressions passées ?

Il y a également la possibilité que les Sunnites radicaux au Liban ont voulu envoyer un message aux autorités syriennes : pas de menace après que Damas a, selon certains rapports de presse, lancé une offensive dans le nord du Liban à l'encontre d'extrémistes sunnites.

Mais, Olivier Guitta, fellow au think tank The Foundation for The Defense of Democracies, dresse un portrait plus large des récents évènements en Syrie en les liant tous ensemble. Dans une tribune publiée le 6 octobre pour The Middle East Times, il explique que cette série de soudains revirements dans un des pays les plus sûrs du monde serait orchestrée par Damas pour faire le ménage. Selon lui, le dirigeant Bashar al-Assad a une peur vicérale du rapport de la commission du tribunal pour le jugement de Rafic Hariri. Il semblerait qu'il établisse des liens entre le meurtre de l'ancien premier ministre libanais et les services de sécurité syriens.

Ainsi pour Guitta, l'attentat en février dans un quartier hyper-protégé de Damas contre Imad Moughniyah, un des terroristes les plus recherchés et les plus inconnus de la planète (le numéro 1 avant que Ben Laden ne prenne sa place), l'éviction du pouvoir du chef des services secrets Assef Shawqat, l'attentat en vacances du toujours très entouré Général Muhammad Suleimen, proche conseiller d'Assad, le 1er août par deux snipers et enfin l'attentat à la voiture piégée du 27 septembre qui parmi les 17 victimes a tué le Brigadier Abdel Karim Abbas, apparemment suspecté par le tribunal international, rentreraient tous dans une stratégie de Bashar al-Assad : effacer toute trace de lien entre al-Assad et le meurtre d'Hariri.
 

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