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jeudi 27 janvier 2011

Israël creuse dans les montagnes pour se protéger des missiles

La lettre TTU nous apprend que les Israéliens vont construire un important réseau de bunkers dans les montagnes à travers le pays pour protéger les matériels sensibles et les munitions en cas d'attaques de missiles. Le projet devrait être lancé en 2012. Ce projet résulte d'un retour d'expérience de la guerre de 2006 où le Hezbollah a tiré plus de 4000 roquettes conjugué au fait que des informations semblent indiquer que la milice chiite est en possession de missiles à plus longue portée. L'armée israélienne se fonde sur le prélat que les bases militaires seraient les premières cibles de tirs de missiles.

TTU explique que l'Etat hébreu utilisera le savoir-faire sud-coréen en la matière qui s'est déjà lancé dans cette "bunkérisation" depuis longtemps.

mercredi 4 août 2010

Israël et Liban : alors de quel côté était l'arbre ?

La question se pose, car c'est la source de cet affrontement entre soldats israéliens et libanais. Extrait d'un article du Figaro :

Mais la Finul (Force des Nations unies au Liban) a affirmé mercredi que l'arbre en question se trouvait bien du côté israélien de la ligne bleue. Cette ligne a été tracée par l'ONU pour faire office de frontière, après le retrait de l'armée israélienne du Liban sud en mai 2000. L'armée libanaise a rétorqué qu'il s'agissait d'un «territoire controversé». La Finul a confirmé les «réserves» du gouvernement libanais sur le tracé, en rappelant néanmoins que «le Liban et Israël ont confirmé au secrétaire général de l'ONU que la délimitation de la Ligne bleue était du ressort des Nations unies».
Cette "ligne bleue" est sujet de discorde entre Israël et le Liban (sans parler du Hezbollah) depuis sa création en 2000. Sans rentrer dans autant de détails que Brendan O'Shea dans son article très complet de 2004 dans Studies in Conflict & Terrorism en 2004, un petit rappel de l'histoire de cette ligne - qui n'est pas une frontière internationale au sens juridique du terme - s'impose.

Le Hezbollah cherche des soutiens en accusant Israël de l'assassinat d'Hariri

J'allais fermer boutique pour la journée, mais voilà que je lis que le Hezbollah accuse Israël d'avoir tué Rafic Hariri. Mieux, Nassan Nasrallah, le dirigeant du groupe libanais, va présenter une preuve conséquente lors d'une conférence de presse le 9 août prochain. J'attends de voir...

Brièvement, cette accusation est étonnante, car jusqu'à présent, le leader chiite s'était peu aventuré à accuser Israël d'avoir assassiné Hariri - il faut dire que le motif ne serait pas clair du tout. Ils ont à plusieurs reprises dénoncé les manipulations israéliennes pour la mise en place du Tribunal Spécial pour le Liban (TSL) et les différentes accusations qui ont pu sortir dans la presse.

samedi 20 février 2010

Un conflit israélo-hezbollo-libano-syrien en 2010 ?

Le Secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa a déclaré que "si une nouvelle attaque ou agression était en préparation, [les Israéliens] ne s'en sortiraient pas facilement". Et de continuer, "nous avons tiré les leçons de 2006 et la position arabe est d'être aux côtés du Liban". Quel est l'intérêt de cette intervention ?

Remettons tout d'abord la citation dans son contexte. Amr Moussa a tenu ses propos après sa rencontre avec Ali Shami, le ministre libanais des Affaires étrangères. Plusieurs commentateurs réfléchissent à l'éventualité d'un conflit entre Israël et le Liban en 2010. De plus, plusieurs hommes politiques israéliens ont laissé entendre qu'un conflit contre le Hezbollah aurait des répercussions sur le Liban et la Syrie. Cette dernière aurait en plus fourni au groupe libanais des missiles M-600 d'une portée de 250km, qui viennent se rajouter aux missiles anti-navires SS-N-26 et au système de défense aérienne SA-2 que Damas aurait déjà fourni. Et pour faciliter le tout, un "problème" de traduction a mené à des remarques particulièrement belliqueuses, notamment de la part d'Hassan Nasrallah.

mardi 22 décembre 2009

L'autorité étatique a tendance à être contestée au Moyen Orient

Gregory Gause a publié un papier intelligent dans le quotidien émirati The National. Il se penche sur la nouvelle montée en puissance des acteurs non-étatiques au Moyen Orient. En effet, il montre que la légitimité de l'Etat est de plus en plus remise en question dans plusieurs pays de la régione et que cela les déstabilise durablement.

Le phénomène n'est pas nouveau, puisque les Frères musulmans en Égypte ou les Baasistes ont joué un rôle de premier plan depuis des décennies. Cela étant, cela se fondait dans une vague pan-arabiste très forte menée de front par Gamal Nasser. De même, cette tendance a décru au fur et à mesure que les Etats sont devenus forts et se sont appropriés leur territoire. Cela ne s'est souvent pas fait dans les circonstances les plus réjouissantes.

Aujourd'hui, plusieurs pays sont touchés par ces forces extra-gouvernementales qui s'opposent à l'autorité du gouvernement et imposent leurs propres structures et leur propre appartenance identitaire. Quatre pays sont particulièrement touchés par ce phénomène : l'Iraq, le Liban, les Territoires palestiniens et le Yémen. Dans chacun, un ou plusieurs groupes armés non-étatiques empêchent l'autorité centrale de gouverner sur tout le territoire. Gause note que le risque de voir les États aujourd'hui forts s'écrouler sont réduits, car les islamistes ont été domptés, l'influence de l'Iran est réduite et il n'y a pas d'intervention militaire extérieure. C'est en effet ce dernier facteur qui mérite notre intérêt. Des quatre pays cités, tous souffrent (ou ont souffert) d'intervention militaire ou de présence de groupes étrangers, que ce soit les forces de coalition en Iraq, Israël dans les Territoires palestiniens et au Liban, et Al Qa'ida au Yémen. Aujourd'hui, l'Iraq n'arrive toujours pas à rompre avec les oppositions entre Sunnites et Chiites - sans parler des autres minorités -, le Liban essaie tant bien que mal de gérer le Hezbollah qui conserve son pouvoir de violence, puisqu'il n'est pas prêt à déposer les armes, le Hamas continue d'être un élément perturbateur dans la politique intra-palestinienne et le gouvernement central yéménite doit faire face à une multitude de crises intérieures.

Bref, rien de bien beau dans ces pays. Diane Davis dans le dernier numéro de Contemporary Security Policy pourrait être en accord avec cet état de fait. En effet, elle explique que le nombre de "communautés imaginées" (très bon concept de Benedict Anderson) a augmenté ces dernières années. La question qu'elle pose est intéressante : cela est-il du à l'affaiblissement des gouvernements centraux et à la puissance montante de ces acteurs armés non-étatiques (AANE) ou du au fait que les AANE alimentent la faiblesse du gouvernement central ? Une chose est certaine, c'est qu'ils représentent un défi pour le gouvernement, gardien unique de la notion weberienne de " violence légitime". Pour Davis, trois constats sont à tirer :
* la montée en puissance des AANE est une réponse à l'incapacité de l'Etat central à répondre aux préoccupations de certains citoyens, ce qui conduit certaines "communautés imaginées" à se doter de leur propre moyen de coercition. Le Hezbollah peut rentrer dans cette catégorie.
* les AANE ne sont pas nécessairement intéressés par la prise de pouvoir et peuvent être le porte-parole d'une cause économique, comme les Houthi par exemple, ou d'un sentiment d'insécurité grandissant, comme ce fut le cas de manière violente en Iraq entre 2004 et 2006 notamment.
* la création de cette multitude de "communautés imaginées" viennent se cogner avec la "communauté imaginée" nationale. On assiste donc à des affrontements entre différentes forces qui ont toutes développées leur pouvoir de coercition. Pour éviter cela, on arrive à des compromis comme au Liban où le Hezbollah est autorisé par le gouvernement à conserver ses armes.

mercredi 16 septembre 2009

Au Liban: bis repetita?

Saad Hariri a jeté l'éponge et le Liban n'a toujours pas de gouvernement. Le leader de la Coalition du 14 mars n'a pas réussi à former un gouvernement en raison d'une opposition farouche. Qifa Nabki pense qu'Hariri aurait du renoncer il y a un mois, parce que depuis les élections du 7 juin, cette aventure est une farce. Bref, on semble reparti pour un long lumbago politique qui pourrait ressembler aux 18 mois de vacance présidentielle, qui avait pris fin en mai 2008 avec la nomination du Général Sleimane. The Daily Star déplore toutes les chicaneries des politiques libanais qui semblent plus intéresser par les gué-guerres que par l'intérêt du pays.

Dans un registre lié, mais quelque peu distinct du contexte purement électoral, je recommande chaudement la lecture d'un excellent article publié sur le site de Foreign Affairs de Mohamad Bazzi sur l'importance du Hezbollah sur la politique intérieure et internationale du Liban.

vendredi 31 juillet 2009

Vers un gouvernement au Liban...

Il semblerait que le Liban se dirige vers un nouveau gouvernement. Le futur nouveau Premier ministre Saad Hariri, de la coalition victorieuse du 14 mars, a annoncé qu'un accord avait été trouvé pour la répartition des ministères entre la coalition du 14 mars et l'opposition emmenée par le Hezbollah. Fait notable, le Président Michel Sleimane jouera un rôle important. Ainsi, la majorité nommera 15 ministres, l'opposition 10 et le Président 5, dont, selon certains, les ministres de la Défense et de l'Intérieur. La question reste maintenant de savoir comment les différents portefeuilles vont être distribués, car peu sont connus pour le moment.

Au sein de la majorité, la coalition du 14 mars est satisfaite de cet accord. Dans l'opposition, les partis chiites Hezbollah et Amal sont également optimistes. Même Hassan Nasrallah a déclaré que le processus était en bonne voie.

Mais, il y a aussi des déçus. Le général Aoun, qui s'était allié avec le Hezbollah, n'aurait pas été consulté sur la formule du 15-10-5. De plus, il veut qu'un de ses proches bénéficie du poste de ministre des Télécommunications, ce qui ne semble pas fait. Autre désillusion pour lui, il semblerait qu'il ne bénéficiera pas du choix de six portefeuilles qu'il espérait. En effet, dans l'opposition, les 10 portefeuilles devraient être répartis ainsi : 3 pour le Amal, 2 pour le Hezbollah, 5 pour le bloc Changement et Réforme, dont 3 pour le Courant Patriotique Libre du général Aoun.

lundi 8 juin 2009

Un nouveau départ au Liban?

"Ouf" doivent penser beaucoup de chancelleries occidentales. La coalition menée par le Hezbollah, malgré un avantage dans les sondages, a perdu les élections au Liban. Cela évite l'interminable question de savoir si on légitime les résultats ou pas. Toutefois, il faut se garder de voir une victoire de la coalition soutenue par l'Occident et l'Arabie Saoudite, celle du 14 mars avec à sa tête notamment Saad Hariri et Walid Jumblatt, contre la coalition soutenue par la Syrie et l'Iran, celle du Hezbollah et du Chrétien Michel Aoun. Certes, il sera intéressant de voir la réaction des uns et des autres à cette élection, mais évitons d'aller chercher si loin et focalisons nous sur le local.

La coalition du 14 mars remporte une petite victoire. Elle a pris un siège de plus qu'aux précédentes élections, atteignant les 71 postes contre 57 à la coalition menée par le Hezbollah. Le facteur déterminant aura été le vote chrétien, comme l'explique Sami Moubayed dans Asia Times. Selon les Accords de Taëf de 1989, le Parlement libanais se divise de la façon suivante : 27 sièges pour les Sunnites, 27 sièges pour les Chiites, 34 sièges pour les Chrétiens maronites, et les 40 autres sont partagés entre Druzes, Orthodoxes et Alawites. Autrement dit, 64 sièges sont pour les Musulmans et 64 sont pour les non-Musulmans. Tous les sièges sunnites ont été remportés par la coalition menée par Saad Hariri, tandis que le Hezbollah a remporté tous les sièges chiites. Chez les Chrétiens, Aoun avait fait le pari de s'aligner avec le parti chiite pour atterrir dans la coalition gouvernementale, mais les Chrétiens se sont plus alignés avec la coalition du 14 mars, ce qui explique l'écart final.

Les spéculations vont bon train pour tenter d'expliquer la victoire de la coalition du 14 mars. Robert Satloff propose une idée un peu tarabiscotée je trouve de penser que le discours de Joe Biden le 22 mai a joué un rôle important. A l'occasion de sa visite surprise, le vice-président américain a affirmé que l'aide américaine pouvait être révisée en fonction de la composition du gouvernement et des politiques qu'il promeut. Cela me parait un peu exagéré de penser que cette intervention a joué un facteur décisif.

En tout cas, cela ne sort pas le Liban d'affaire. Composer un gouvernement de coalition va s'avérer une mission tortueuse. Certes, Michel Aoun reconnait sa défaite tout autant que le Hezbollah. Saad Hariri joue la politique de la main tendue. Pour autant, il faudra commencer par nommer un nouveau Premier ministre. Les rumeurs font état que les deux principaux prétendants sont Hariri et un ancien Premier ministre Najib Mikati. Hariri n'a quasiment aucune chance de passer, car le Hezbollah ne l'acceptera jamais. Mikati, quant à lui, est assez accepté des deux camps.

Ensuite, la route sera longue pour que se crée un gouvernement. Espérons que le Liban ne replonge pas dans une nouvelle crise politique. Le premier pas positif aura été l'acceptation par les vaincus de la victoire du camp adverse, alors même que les fraudes semblent avoir été nombreuses.

lundi 1 juin 2009

Pourquoi il faut accepter les résultats au Liban

Le 7 juin, quand nous voterons pour les Européennes, le Liban votera pour les élections parlementaires. J'en ai déjà un peu parlé. Roula Khalaf a publié une chronique très intéressante dans le Financial Times sur le fait que les Etats-Unis doivent reconnaître les résultats des élections même si c'est le Hezbollah qui les remportent. Le groupe reste considéré par les Etats-Unis comme une organisation terroriste. En cas de victoire du groupe, certaines sources françaises indiquent que les relations entre la France et le Liban resteraient normales.

Khalaf appelle les Etats-Unis à ne pas réitérer le cas de 2006 après la victoire du Hamas dans les Territoires palestiniens. L'auteur admet que le Hezbollah est "une bête politique à problèmes", mais trois raisons sont avancées pour justifier une reconnaissance des résultats. Tout d'abord, Washington entretient une très bonne relation avec le Président Michel Sleiman, élu après une longue vacation du poste en mai 2008, qui s'élève au-dessus des divisions traditionnelles dans la politique libanaise.

Ensuite, le Hezbollah ne serait pas amené à diriger seul, car sa victoire serait largement due à ses alliés chrétiens - Michel Aoun s'étant allié avec le parti chiite - qui sont loin des positions du Hezbollah.

Enfin, une victoire du Hezbollah forcerait le groupe à être responsable de ses actions. En effet, le parti chiite serait face à ses propres contradictions, notamment à savoir s'il est capable de vraiment rendre le gouvernement plus efficace et de gérer le fait qu'il dirige déjà un Etat dans l'Etat (cf. le sud du Liban).

vendredi 27 février 2009

Dennis Blair nous parle des menaces actuelles

Le nouveau chef du Directorate of National Intelligence a effectué sa première estimation des menaces actuelles devant la Commission de la Chambre des Représentants sur le Renseignement. Bien entendu, le Moyen Orient a convoité une large partie du rapport. L'idée n'est pas d'être exhaustif, mais plutôt de souligner certains points intéressants.

- Sur l'Arabie Saoudite, Dennis Blair explique que les efforts de contre-terrorisme menés par les autorités du Royaume ont fortement handicapé les mouvements fondamentalistes sur le territoire, mais Riyad doit maintenant faire face à des menaces venues de l'extérieur et notamment du Yémen. Les arrestations de nombreux militants d'Al Qa'ida laissent penser que des actions seront menées. De plus, l'Arabie Saoudite fait partie des cibles historiques du groupe, car le pouvoir en place est jugé comme indigne et doit être remplacé par un gouvernement islamiste. Il réitère la montée de la menace yéménite en décrivant le pays comme "une potentielle base régionale pour Al Qa'ida".

- Étonnamment, Blair évoque le Hezbollah comme un groupe capable de frapper les intérêts américains. C'est assez surprenant, car le groupe libanais n'a pas attaqué les Etats-Unis ou un autre pays occidental depuis les années 1980, mais il estime que si la survie du groupe en dépend, le Hezbollah pourrait s'en prendre aux Etats-Unis, notant toutefois que le groupe mesurerait précautionneusement la portée de tels actes.

- Sur l'Iran, le chef du DNI consacre pas mal de temps qu'il résume dans un paragraphe suffisamment clair :
Les buts de longue date de la politique étrangère iranienne sont de maintenir le régime islamique en place, de sauvegarder la souveraineté de l'Iran, de défendre ses ambitions nucléaires et d'étendre son influence dans la région et dans le monde islamique. Les dirigeants iraniens perçoivent les développements dans la région - le retrait de Saddam et des Taliban, les défis auxquels doivent faire face les Etats-Unis en Irak et en Afghanistan, l'influence croissante du Hamas et du Hezbollah, et, jusqu'à récemment, des revenus pétroliers élevés - comme autant d'opportunités et de liberté de poursuivre son objective de devenir une puissance régionale. Cette perception a généré une politique étrangère iranienne plus affirmée dans laquelle Téhéran s'est focalisé sur un accroissement de ses liens en Irak, en Afghanistan et dans le Levant pour mieux influencer et exploiter les développements régionaux en matière politique, économique et sécuritaire. La politique étrangère iranienne s'est égalent affirmée au travers de sa volonté d'acquérir la capacité de constuire des armes nucléaires.

- Sur l'Irak, il attribue une amélioration de la situation à plusieurs facteurs :
* Les opérations menées par les forces de coalition et les mesures de sécurité menées par la population (les Fils d'Irak notamment) ont permis une forte diminution de la violence. La coalition, en tant que "garant politiquement neutre de la sécurité", a facilité l'action de l'armée irakienne pour lutter contre les violences "ethnosectaires".
* Les mouvements insurrectionnels sunnites continuent de diminuer. Nombreux sont ceux qui se sont ralliés aux initiatives lancées par les Américains pour protéger eux-mêmes leurs quartiers.
* L'influence d'AQI ne cesse de décroitre.
* La menace de violence des groupes chiites se réduit également. La décision de déposer les armes de Moqtada al-Sadr début 2008 a été particulièrement significative, car Jaish al-Mahdi (l'armée du Mahdi) était très active.
* Les capacités de l'armée irakienne se sont dans le même temps accrues.

Trois menaces demeurent sur l'Irak:
* Des disputes sur les frontières : c'est particulièrement probant dans le nord, à Kirkuk par exemple, une des quatre provinces où les élections n'ont pas eu lieu, car la situation demeure trop tendue.
* La perception d'une oppression policière : si le prisme d'une violence "ethnosectaire" de la police s'installe au sein de la population, cela peut raviver des violences.
* Une augmentation de soutiens étrangers aux milices.

- Blair a détaillé une position très intéressante sur le programme nucléaire iranien. "Bien que nous ne sachions pas si l'Iran a actuellement l'intention de développer des armes nucléaires, nous estimons que Téhéran conserve au minimum l'option ouverte d'en développer." Position prudente quelque peu dans la lignée du NIE de 2007 auquel il fait d'ailleurs référence. Selon lui, le fait que l'Iran ait arrêté son programme militaire en 2003 fait suite aux pressions internationales et pourrait suggérer que Téhéran est plus sensible aux pressions que précédemment estimé. Il indique également que seule une décision politique peut arrêter le programme, "et une telle décision est bien évidemment réversible".

Il est insistant sur le fait que deux activités cruciales pour le développement d'armes nucléaires se poursuivent : l'enrichissement de l'uranium et des missiles balistiques.

vendredi 9 janvier 2009

Des roquettes dans le nord d'Israël : le Hezbollah responsable?

Hier, plusieurs roquettes Katioucha sont tombées sur le nord d'Israël en provenance du sud-Liban, le bastion du Hezbollah. Depuis le début du conflit à Gaza, une des questions en trame de fond était de savoir si le front au nord allait être ouvert. Ehud Barak avait dit qu'Israël n'avait pas d'intention de s'engager dans le nord et il reste prudent sur la position a adoptée suite à ces roquettes, car il est possible que le groupe libanais ne soit pas responsable.

Le Haaretz indique que le groupe libanais a nié toute responsabilité dans ces tirs et le journal israélien estime qu'il y a plus de chances que ces actes émanent d'un groupe palestinien inspiré mais pas commandé par le Hezbollah. (Nasrallah aurait probablement tiré un peu plus de roquettes qu'une petite poignée s'il voulait marquer l'engagement de son organisation)

Dans le Times, Robert Worth a publié une très bonne analyse il y a quelques jours sur la position du Hezbollah. Certes, Hassan Nasrallah a condamné férocement l'offensive israélienne, mais pour autant, il ne semble pas enclin à lier les paroles aux actes, ce qui lui a été reproché dans la presse arabe. Worth énonce plusieurs raisons :
* Nasrallah ne veut pas d'une confrontation, car la précédente a déjà été très violente. A la suite du conflit en 2006, il affirmait que le Hezbollah avait gagné, mais, il avait également ajouté - on l'oublie souvent - qu'il n'aurait pas capturé de soldats israéliens s'il avait su ce quoi il exposait le sud-Liban.
* Le Hezbollah croit encore à une victoire possible du Hamas et n'a donc pas de raison de s'engager. Worth cite Amal Saad-Ghorayeb, qui a écrit plusieurs ouvrages sur le Hezbollah, estimant que si le Hamas perdait, l'organisation libanaise n'aurait pas d'autre choix que de s'engager. L'idée étant que ce conflit n'est pas uniquement un conflit entre Israël et le Hamas, mais un conflit entre Israël et tout le front de résistance (Hamas, Hezbollah, Syrie et Iran - cf. article de BBC sur l'Iran).

Sur le toujours très pertinent blog Abu Muqawama, on peut lire d'autres raisons très recevables :
* Le Hezbollah est implanté en politique intérieure et doit donc faire attention de ne pas s'engager dans des actes qui pourraient lui revenir comme un boomerang.
* Il est envisageable que l'Iran ait conseillé au Hezbollah de se tenir à l'écart de tout engagement frontal avec Israël.

dimanche 7 décembre 2008

Mesurer les risques d'engagement au Moyen Orient

Dans un post sur son blog, Martin Kramer offre un argument peu usité ces temps-ci, surtout en Europe : le fait que le dialogue fait du mal. L'universitaire explique en quoi au Moyen Orient, engager des discussions avec une autre partie le légitime et donc le rend plus fort.

Selon Kramer, il est nécessaire que les supporters du dialogue et des négociations avec l'Iran, le Hamas et le Hezbollah le prennent en compte. L'islam radical est une réalité qu'il ne faut pas balayer d'un geste de la main. Les partisans du dialogue estiment que l'Iran, le Hamas et le Hezbollah sont conduits par des aspirations de réparations contre des humiliations ou des injustices et qu'une fois réparations faites, ils se rangeront.

Kramer tire ici la sonnette d'alarme. Le schéma de pensée des Islamistes se définit ainsi, selon lui :
les ennemis de l'islam - l'Amérique, l'Europe, les Chrétiens, les Juifs, Israël - possèdent beaucoup plus de pouvoir que les Musulmans croyants en ont. Mais, si les Musulmans retrouvent leur foi, nous pouvons nous réapproprier le vaste pouvoir que nous exercions dans le passé, quand l'islam dominait le monde comme l'Occident le domine aujourd'hui. Les Islamistes croient qu'au travers de la foi - caractérisé par un sacrifice de soi et par le martyr - ils peuvent renverser l'histoire.


Ce qui conduit au deuxième risque évoqué par Martin Kramer : une concession ne sera pas perçue comme un engagement pour une résolution, mais comme un signe de faiblesse et que les tactiques utilisées jusqu'à présent fonctionnent et qu'il n'y a aucune raison d'en changer. Il ne se positionne contre l'engagement, mais il estime essentiel de se poser la question des conséquences de ces dialogues. "Au Moyen Orient, l'idée qu'il n'y a 'aucun mal à parler' est complètement incompréhensible", écrit-il. "Il importe à qui l'on parle, parce que vous légitimez vos interlocuteurs. Cela explique le refus arabe de normaliser les relations avec Israël."

Martin Kramer ne pense que la promotion incessante de la paix et de la démocratie soient les meilleurs véhicules d'une résolution des conflits et que cela passe par une volonté d'alterner "soft power", "hard power" et "will power". Trois concepts que l'on ne peut guère traduire, mais qui sont empreints de réalisme plutôt que d'idéalisme.

mercredi 22 octobre 2008

Liban : Jumblatt parle du Hezbollah et de l'Iran

Walid Jumblatt, le chef du parti socialiste progressiste au Liban, a donné une interview à la chaîne iranienne anglophone Press TV. Extraits.

PTV : Vous dites qu'une rencontre avec un représentant du Hezbollah se fera après la rencontre entre Hariri et Nasrallah ?
WJ : Nous nous sommes déjà rencontrés plusieurs fois avec le Hezbollah au moment du dialogue libanais à Mabda, mais ce que je veux dire, c'est que tout est une question de temps. Il n'y a aucun problème à encourager ou interdire cette rencontre.

PTV : Mais, elle se ferait après une rencontre entre Nasrallah et Hariri ?
WJ : Ce serait mieux, parce que la rencontre entre Hariri et Nasrallah qui est attendue par tous les Libanais désarmorcera ce qui reste de tension. Je crois dans un nouveau pacte entre les Sunnites et les Chiites. Les puissances étrangères sont prêtes à ce qu'il y ait une division entre les Sunnites et les Chiites en Liban, en Irak et ailleurs. Donc, je pense que ce serait une étape positive et après, il est envisageable que j'étudie la possibilité de poursuivre ces rencontres de réconciliation que nous avons commencé et de les agrandir.

(...)

PTV : A propos des questions sur l'Iran, l'Iran a proposé d'offrir au Liban une aide militaire et économique.
WJ : Eh bien ce sera très positif que le gouvernement iranien soit prêt à armer et à donner une aide militaire à l'armée libanaise ; pourquoi pas ? En ce qui concerne l'aide économique, je ne sais pas. L'Iran est un pays riche et nous pouvons bénéficier d'échanges économiques normaux.

PTV : Donc, vous soutiendriez une aide militaire iranienne à l'Etat libanais ?
WJ : Je soutiendrais toute aide à l'égard de l'armée libanaise, parce que nous faisons notre possible pour réarmer l'armée libanaise, pour qu'elle ait de meilleures armes, mais c'est encore plutôt lent. Je soutiendrais n'importe quelle aide. Je l'ai déjà dit publiquement, il n'y a aucun problème.

(...)

PTV : Je veux parler de vos commentaires à l'encontre de la visite de Michel Aoun à Téhéran. Vous avez dit que cela donnait l'impression que le Liban faisait partie d'un axe. Mais, l'un de vos alliés a rendu visite à un autre pays, l'Egypte, qui est considéré comme faisant partie d'un axe ?
WJ : Permettez moi d'être franc, la différence entre l'Iran et l'Egypte est que les Iraniens, pour des raisons idéologiques, religieuses et politiques, ont opéré une extension militaire et politique au Liban, je pense bien entendu au Hezbollah. Je ne pense pas que les Egyptiens aient opéré le même type d'extension au Liban. Les Egyptiens, comme tous les pays arabes, ont de bonnes relations avec le Liban, mais de vision militaire. Nous espérons que nous pourrons aboutir à ce que l'on appelle la stratégie de défense avec le Hezbollah à la suite duquel l'appareil militaire intègrera l'armée libanaise.

jeudi 9 octobre 2008

La dangereuse doctrine Dahiyah pour rappeler la puissance israélienne

"'Nous utiliserons une force disproportionnée contre chaque village d'où des tirs proviennent en direction d'Israël et nous causerons d'immenses dégâts et destructions. De notre point de vue, ce sont des bases militaires', a-t-il affirmé. 'Ce n'est pas une suggestion. C'est un plan qui a déjà été autorisé.'"

Ces propos ont été rapportés dans un article du quotidien israélien Haaretz. Ils émanent du commandant israélien Gadi Eisenkot. Dans un entretien à une autre publication Yediot Ahronoth, ce dernier a publiquement présenté la "doctrine Dahiyah", du nom d'une banlieue de Beyrouth, considérée comme un bastion du Hezbollah, contre laquelle Israël s'est attaquée pendant la guerre de l'été 2006.

Plus préoccupant encore, Eisenkot affirme ne pas pouvoir accepter une nouvelle défaite dans le cas d'un conflit contre la milice chiite. Pour se faire, l'armée israélienne s'attaquerait non plus seulement au Hezbollah, mais au Liban lui-même. Le commandant israélien considère que le pays de Cèdres est complice des actions de la milice chiite en la laissant agir sur son sol.

L'état d'esprit est vindicatif. Dans une étude à paraître pour le centre de recherche israélien INSS, l'ancien général "[Giora] Eiland recommande une action préemptive : qu'Israël lance un message clair au gouvernement libanais, le plus tôt possible, en disant que dans la prochaine guerre, l'armée libanaise sera détruite tout comme les infrastructures civiles", rapporte Haaretz.

Clairement, ce genre d'actions serait catastrophique pour l'image d'Israël. Ce type d'entretien est déjà horriblement dangereux. Mais, il faut le mettre dans le contexte d'une stratégie de communication :
* l'entretien a été donné dans un quotidien très populaire et pas une obscure publication militaire.
* l'entretien a été fait on the record et sans anonymat.

Il faut donc voir une stratégie officielle de montrer que l'armée israélienne a retrouvé sa fierté et se tient prête à intervenir et à déployer le maximum de ses forces si nécessité fait loi (du moins aériennes). Tsahal a perdu beaucoup de son prestige depuis 2006. Rappelons que c'est la première fois que l'armée israélienne n'écrase pas son adversaire. Elle estime donc nécessaire de rappeler que c'est la force militaire la plus puissante du Moyen Orient.

Stratégie de communication, certes, mais propos pas moins dangereux, car on parle de guerre brutale et impitoyable. En 2006, les Américains ont fait pression sur les Israéliens pour épargner les victimes civiles et les infrastructures. Il n'est pas certain que l'administration américaine puisse faire grand chose si un nouveau conflit venait à éclater.

Comme le souligne un post sur l'excellent blog Abu Muqawama, le raisonnement israélien est erroné :
* en préconisant une attaque aérienne, les chances de dommages collatéraux sont importantes, ce qui forgerait encore plus une image négative et belliqueuse d'Israël dans l'opinion internationale. A défaut d'être prête à s'engager dans des attaques terrestres, l'armée israélienne opte pour le plan le moins risqué.
* la "doctrine Dahiyah" insinue que la population fuierait en masse les zones ciblées et cela pousserait l'ennemi à faire des compromis. L'auteur du post voit deux impairs à cette idée : tout d'abord le fait que le Hezbollah ne se préoccupe absolument pas de la souffrance des populations aux alentours, ni de ce qu'elles pensent ; ensuite, que les non-Chiites n'ont quasiment aucun moyen de pression sur le Hezbollah.

Une chose est certaine : une guerre ne ferait qu'aggraver la situation.
 

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