Voici une nouvelle salve d'articles avec pas mal de variétés. Bonne lecture !
* Avions de combat : la désunion européenne / Le Monde
* 11 European Nations Pool for Maritime R&D / Defense News
* Les ministres de la Défense de l’UE parlent de mutualisations et de coopérations entre les armées des Etats membres / Zone militaire
* Le P-DG de Dassault broie du noir / Défense ouverte
* Shadi Hamid - Egypt election 'blunder' by Mubarak's NDP / BBC News
* Turkey poised to replace UAE as major trading partner with Iran / Today's Zaman
* Benjamin Wiacek - La Guerre de Saada au Yémen, un conflit international ? / Revue Averroès
* Chris Dalby - NATO-SCO: Partners, if not Allies / Huffington Post
* La France défend les secrets de ses entreprises / Le Figaro
* Hugh Miles - Anecdotal Evidence / LRB blog
* U.S. Drops Bid to Sway Israel on Settlements / New York Times
* Johan Bergenas - Fighting Security Challenges With Regional Cooperation / World Politics Review
* Le Rafale au Brésil, c'est fini ! / Défense Ouverte
* Les cinq plus grands scandales de vente d'armes / Slate.fr
* Al-Qaeda’s Latest Weapon: Poison Perfume / Danger Room
* Mohamed ElBaradei: 'Egyptians Have Had Enough' / Der Spiegel
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lundi 13 décembre 2010
mardi 2 mars 2010
Yémen: aide-toi et les donateurs t'aideront
C'est bien beau de demander 44 milliards de dollars pour se reconstruire, mais encore faut-il pouvoir s'assurer qu'une telle somme pourra être intelligemment gérée. C'est le constat qu'on retient d'un article du quotidien émirati The National. Le Conseil de Coopération du Golfe s'est réuni hier et avant-hier pour identifier les problèmes de distribution de l'aide internationale. En novembre 2006, une conférence des donateurs s'est tenue à Londres lors de laquelle 4,7 milliards de dollars ont été promis au Yémen. Cette somme a été révisé à 5,5 milliards de dollars. Les pays du CGG ont contribué à hauteur de 3,7 milliards.
La réunion à Riyadh avait donc pour but de comprendre pourquoi seuls 10% de cette somme ont été utilisés. Deux raisons principales : le manque de stabilité politique et le manque de compétences au sein du gouvernement yéménite pour absorber et gérer efficacement cet argent.
Visiblement, l'idée que les donateurs eux-mêmes ou via d'autres organismes mettent en place des projets a été évoquée, mais Mustafa Nasr, directeur de l'ONG Studies and Economic Media Center, est sceptique sur les chances de réussite. "Même si les donateurs montent leurs propres projets, le Yémen aura tout de même besoin d'une administration professionnelle et compétente capable d'identifier les priorités et établir de bons plans d'action ainsi que des études de faisabilité de projets qu'elle pourra présenter aux donateurs." En d'autres termes, avant de s'engager dans des projets extravagants ou de s'en prendre aux donateurs, le gouvernement yéménite a besoin de balayer devant sa porte.
La réunion à Riyadh avait donc pour but de comprendre pourquoi seuls 10% de cette somme ont été utilisés. Deux raisons principales : le manque de stabilité politique et le manque de compétences au sein du gouvernement yéménite pour absorber et gérer efficacement cet argent.
Visiblement, l'idée que les donateurs eux-mêmes ou via d'autres organismes mettent en place des projets a été évoquée, mais Mustafa Nasr, directeur de l'ONG Studies and Economic Media Center, est sceptique sur les chances de réussite. "Même si les donateurs montent leurs propres projets, le Yémen aura tout de même besoin d'une administration professionnelle et compétente capable d'identifier les priorités et établir de bons plans d'action ainsi que des études de faisabilité de projets qu'elle pourra présenter aux donateurs." En d'autres termes, avant de s'engager dans des projets extravagants ou de s'en prendre aux donateurs, le gouvernement yéménite a besoin de balayer devant sa porte.
jeudi 14 janvier 2010
Devenir terroriste n'est pas gratuit!
Eh oui! Il faut payer pour faire avancer la cause de l'organisation. David Axe, auteur du blog War Is Boring, cite Paul Cruickshank de NYU, qui nous explique que les terroristes en herbe doivent payer pour rentrer dans l'organisation. Fini le temps où la cause vous embrassait, vous entraînait et vous amenait à la mort. Aujourd'hui, les temps sont durs et donc le droit d'entrée se compte en centaines de dollars. Selon les informations de Cruickshank, des recrues pour AQ en provenance de Belgique et de France auraient payé 900 dollars par personne pour leur entraînement.
Comme ça, pas besoin de financement extérieur extravagant ; les groupes peuvent presque vivre en auto-suffisance, surtout quand on sait que les attaques actuelles sont très peu coûteuses. Une manière pour Axe d'expliquer que les techniques de contre-terrorisme financier ne peuvent pas fonctionner avec AQPA.
Comme ça, pas besoin de financement extérieur extravagant ; les groupes peuvent presque vivre en auto-suffisance, surtout quand on sait que les attaques actuelles sont très peu coûteuses. Une manière pour Axe d'expliquer que les techniques de contre-terrorisme financier ne peuvent pas fonctionner avec AQPA.
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jeudi 7 janvier 2010
La lutte anti-terroriste n'est pas la panacée au Yémen
L’attentat avorté du 25 décembre lors d’un vol Amsterdam-Detroit* et la vague d’engagements politiques de la part des pays occidentaux soulève de nombreuses questions. Il est important de se demander si un soutien en matière de contre-terrorisme est une bonne solution pour ce pays.
L’attention soudaine que reçoit le Yémen est pernicieuse. D’un côté, il faut s’en satisfaire, car la résurgence d’Al Qa’ida dans ce pays est évidente et dangereuse. Si le problème n’était pas passé inaperçu aux yeux d’observateurs attentifs, les politiques avaient leurs yeux rivés sur l’Afghanistan et le Pakistan en raison du caractère imminent de la situation. Ce regain d’intérêt pour ce pays très pauvre ne peut qu’être un rappel de la résilience de « la Base », dont on pensait la menace éteinte en 2003 après les attaques ciblées contre son leadership. Force est de constater que les ressources ont été mobilisés sur d’autres théâtres laissant le Yémen en grande partie face à son destin. Un destin d’autant plus compliqué qu’Al Qa’ida dans la Péninsule Arabique (AQPA) est son problème le moins pressant. Sana’a doit aujourd’hui gérer trois situations particulièrement difficiles :
1. Depuis la réunification du pays en 1990, le gouvernement central peine à maintenir son contrôle sur la région sud du pays qui est dominé par un mouvement séparatiste très bien implanté. Le pays a connu une guerre civile en 1994 entre le nord et le sud avec la victoire du nord, mais les séparatistes n'ont jamais vraiment accepté ni la défaite ni l'unification nationale.
2. Depuis 2004, la rébellion Al Houthi est active dans la province de Sa’dah, au nord-ouest du pays. De confession chiite – bien que proches des rites sunnites – ses revendications ne sont que marginalement religieuses et reflètent plus une volonté d’autonomie économique et territoriale. Des affrontements particulièrement violents entre les forces de sécurité gouvernementales et les Al Houthin enveniment la situation depuis le mois d’août.
3. La présence d’Al Qa’ida au Yémen est presque anecdotique pour le gouvernement central. Bien qu’elle soit douloureuse pour l’Occident après les attentats contre le destroyer USS Cole en 2000 et contre le pétrolier français Limbourg en 2002, Sana’a a peu souffert des attaques de la branche yéménite. En effet, le groupe, même après sa fusion avec la branche saoudienne pour former AQPA en janvier 2009, a lancé peu d’attaques contre des intérêts gouvernementaux ne suscitant de fait qu’un risque mesuré pour la capitale qui se satisfait du statu quo.
Il serait problématique qu’AQPA puisse utiliser le Yémen comme son sanctuaire. Jusqu’à présent, le leadership d’Al Qa’ida n’a pas encore migré dans ce pays côtier, mais si des mesures efficaces ne sont pas prises dès aujourd’hui, il y a fort à parier que des mouvements seront à l’ordre du jour à mesure que les dirigeants seront mis sous pression dans les régions frontalières de l’Afghanistan et du Pakistan.
Pour autant, les gouvernementaux occidentaux auraient tort de ne se focaliser que sur la lutte contre Al Qa’ida. Les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont d’ores et déjà fait part de leur volonté d’accroître leur partenariat avec le gouvernement yéménite en matière de lutte anti-terroriste. Cela se traduira par une augmentation de subventions, une collaboration accrue sur le renseignement, mais également par la formation d’unités de contre-terrorisme.
Si les gouvernementaux occidentaux restreignent leurs efforts à ce champ d’action, les effets pourraient être contre-productifs. Tout d’abord, l’implantation d’AQPA dans les tribus locales est très avancée et ses membres s’efforcent de ne pas aliéner les populations locales, voire même de les soutenir dans leurs actions contre le gouvernement central. En outre, des répressions massives pourraient rallier les populations locales à la cause d’AQPA plutôt que de les en éloigner, car il faut bien comprendre qu’ils n’ont pas d’autre alternative viable. De plus, il est tout à fait concevable qu’une grande partie de l’aide apportée au Yémen pour lutter contre cette nébuleuse ne soit détournée pour les affrontements contre la rébellion Al Houthi ou les séparatistes, le Pakistan ayant déjà montré la voie dans cette pratique. Enfin, une politique purement coercitive n’a aucune chance de fonctionner dans un pays hyper fragile politiquement et économiquement. Une vague de contre-terrorisme à court terme doit nécessairement se conjuguer avec des efforts de développement dans le pays, une mission qui pourrait être entreprise par le CCG, particulièrement préoccupé par la situation au Yémen.
* et non Amsterdam-Yémen comme c'était indiqué auparavant.
L’attention soudaine que reçoit le Yémen est pernicieuse. D’un côté, il faut s’en satisfaire, car la résurgence d’Al Qa’ida dans ce pays est évidente et dangereuse. Si le problème n’était pas passé inaperçu aux yeux d’observateurs attentifs, les politiques avaient leurs yeux rivés sur l’Afghanistan et le Pakistan en raison du caractère imminent de la situation. Ce regain d’intérêt pour ce pays très pauvre ne peut qu’être un rappel de la résilience de « la Base », dont on pensait la menace éteinte en 2003 après les attaques ciblées contre son leadership. Force est de constater que les ressources ont été mobilisés sur d’autres théâtres laissant le Yémen en grande partie face à son destin. Un destin d’autant plus compliqué qu’Al Qa’ida dans la Péninsule Arabique (AQPA) est son problème le moins pressant. Sana’a doit aujourd’hui gérer trois situations particulièrement difficiles :
1. Depuis la réunification du pays en 1990, le gouvernement central peine à maintenir son contrôle sur la région sud du pays qui est dominé par un mouvement séparatiste très bien implanté. Le pays a connu une guerre civile en 1994 entre le nord et le sud avec la victoire du nord, mais les séparatistes n'ont jamais vraiment accepté ni la défaite ni l'unification nationale.
2. Depuis 2004, la rébellion Al Houthi est active dans la province de Sa’dah, au nord-ouest du pays. De confession chiite – bien que proches des rites sunnites – ses revendications ne sont que marginalement religieuses et reflètent plus une volonté d’autonomie économique et territoriale. Des affrontements particulièrement violents entre les forces de sécurité gouvernementales et les Al Houthin enveniment la situation depuis le mois d’août.
3. La présence d’Al Qa’ida au Yémen est presque anecdotique pour le gouvernement central. Bien qu’elle soit douloureuse pour l’Occident après les attentats contre le destroyer USS Cole en 2000 et contre le pétrolier français Limbourg en 2002, Sana’a a peu souffert des attaques de la branche yéménite. En effet, le groupe, même après sa fusion avec la branche saoudienne pour former AQPA en janvier 2009, a lancé peu d’attaques contre des intérêts gouvernementaux ne suscitant de fait qu’un risque mesuré pour la capitale qui se satisfait du statu quo.
Il serait problématique qu’AQPA puisse utiliser le Yémen comme son sanctuaire. Jusqu’à présent, le leadership d’Al Qa’ida n’a pas encore migré dans ce pays côtier, mais si des mesures efficaces ne sont pas prises dès aujourd’hui, il y a fort à parier que des mouvements seront à l’ordre du jour à mesure que les dirigeants seront mis sous pression dans les régions frontalières de l’Afghanistan et du Pakistan.
Pour autant, les gouvernementaux occidentaux auraient tort de ne se focaliser que sur la lutte contre Al Qa’ida. Les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont d’ores et déjà fait part de leur volonté d’accroître leur partenariat avec le gouvernement yéménite en matière de lutte anti-terroriste. Cela se traduira par une augmentation de subventions, une collaboration accrue sur le renseignement, mais également par la formation d’unités de contre-terrorisme.
Si les gouvernementaux occidentaux restreignent leurs efforts à ce champ d’action, les effets pourraient être contre-productifs. Tout d’abord, l’implantation d’AQPA dans les tribus locales est très avancée et ses membres s’efforcent de ne pas aliéner les populations locales, voire même de les soutenir dans leurs actions contre le gouvernement central. En outre, des répressions massives pourraient rallier les populations locales à la cause d’AQPA plutôt que de les en éloigner, car il faut bien comprendre qu’ils n’ont pas d’autre alternative viable. De plus, il est tout à fait concevable qu’une grande partie de l’aide apportée au Yémen pour lutter contre cette nébuleuse ne soit détournée pour les affrontements contre la rébellion Al Houthi ou les séparatistes, le Pakistan ayant déjà montré la voie dans cette pratique. Enfin, une politique purement coercitive n’a aucune chance de fonctionner dans un pays hyper fragile politiquement et économiquement. Une vague de contre-terrorisme à court terme doit nécessairement se conjuguer avec des efforts de développement dans le pays, une mission qui pourrait être entreprise par le CCG, particulièrement préoccupé par la situation au Yémen.
* et non Amsterdam-Yémen comme c'était indiqué auparavant.
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mardi 22 décembre 2009
L'autorité étatique a tendance à être contestée au Moyen Orient
Gregory Gause a publié un papier intelligent dans le quotidien émirati The National. Il se penche sur la nouvelle montée en puissance des acteurs non-étatiques au Moyen Orient. En effet, il montre que la légitimité de l'Etat est de plus en plus remise en question dans plusieurs pays de la régione et que cela les déstabilise durablement.
Le phénomène n'est pas nouveau, puisque les Frères musulmans en Égypte ou les Baasistes ont joué un rôle de premier plan depuis des décennies. Cela étant, cela se fondait dans une vague pan-arabiste très forte menée de front par Gamal Nasser. De même, cette tendance a décru au fur et à mesure que les Etats sont devenus forts et se sont appropriés leur territoire. Cela ne s'est souvent pas fait dans les circonstances les plus réjouissantes.
Aujourd'hui, plusieurs pays sont touchés par ces forces extra-gouvernementales qui s'opposent à l'autorité du gouvernement et imposent leurs propres structures et leur propre appartenance identitaire. Quatre pays sont particulièrement touchés par ce phénomène : l'Iraq, le Liban, les Territoires palestiniens et le Yémen. Dans chacun, un ou plusieurs groupes armés non-étatiques empêchent l'autorité centrale de gouverner sur tout le territoire. Gause note que le risque de voir les États aujourd'hui forts s'écrouler sont réduits, car les islamistes ont été domptés, l'influence de l'Iran est réduite et il n'y a pas d'intervention militaire extérieure. C'est en effet ce dernier facteur qui mérite notre intérêt. Des quatre pays cités, tous souffrent (ou ont souffert) d'intervention militaire ou de présence de groupes étrangers, que ce soit les forces de coalition en Iraq, Israël dans les Territoires palestiniens et au Liban, et Al Qa'ida au Yémen. Aujourd'hui, l'Iraq n'arrive toujours pas à rompre avec les oppositions entre Sunnites et Chiites - sans parler des autres minorités -, le Liban essaie tant bien que mal de gérer le Hezbollah qui conserve son pouvoir de violence, puisqu'il n'est pas prêt à déposer les armes, le Hamas continue d'être un élément perturbateur dans la politique intra-palestinienne et le gouvernement central yéménite doit faire face à une multitude de crises intérieures.
Bref, rien de bien beau dans ces pays. Diane Davis dans le dernier numéro de Contemporary Security Policy pourrait être en accord avec cet état de fait. En effet, elle explique que le nombre de "communautés imaginées" (très bon concept de Benedict Anderson) a augmenté ces dernières années. La question qu'elle pose est intéressante : cela est-il du à l'affaiblissement des gouvernements centraux et à la puissance montante de ces acteurs armés non-étatiques (AANE) ou du au fait que les AANE alimentent la faiblesse du gouvernement central ? Une chose est certaine, c'est qu'ils représentent un défi pour le gouvernement, gardien unique de la notion weberienne de " violence légitime". Pour Davis, trois constats sont à tirer :
* la montée en puissance des AANE est une réponse à l'incapacité de l'Etat central à répondre aux préoccupations de certains citoyens, ce qui conduit certaines "communautés imaginées" à se doter de leur propre moyen de coercition. Le Hezbollah peut rentrer dans cette catégorie.
* les AANE ne sont pas nécessairement intéressés par la prise de pouvoir et peuvent être le porte-parole d'une cause économique, comme les Houthi par exemple, ou d'un sentiment d'insécurité grandissant, comme ce fut le cas de manière violente en Iraq entre 2004 et 2006 notamment.
* la création de cette multitude de "communautés imaginées" viennent se cogner avec la "communauté imaginée" nationale. On assiste donc à des affrontements entre différentes forces qui ont toutes développées leur pouvoir de coercition. Pour éviter cela, on arrive à des compromis comme au Liban où le Hezbollah est autorisé par le gouvernement à conserver ses armes.
Le phénomène n'est pas nouveau, puisque les Frères musulmans en Égypte ou les Baasistes ont joué un rôle de premier plan depuis des décennies. Cela étant, cela se fondait dans une vague pan-arabiste très forte menée de front par Gamal Nasser. De même, cette tendance a décru au fur et à mesure que les Etats sont devenus forts et se sont appropriés leur territoire. Cela ne s'est souvent pas fait dans les circonstances les plus réjouissantes.
Aujourd'hui, plusieurs pays sont touchés par ces forces extra-gouvernementales qui s'opposent à l'autorité du gouvernement et imposent leurs propres structures et leur propre appartenance identitaire. Quatre pays sont particulièrement touchés par ce phénomène : l'Iraq, le Liban, les Territoires palestiniens et le Yémen. Dans chacun, un ou plusieurs groupes armés non-étatiques empêchent l'autorité centrale de gouverner sur tout le territoire. Gause note que le risque de voir les États aujourd'hui forts s'écrouler sont réduits, car les islamistes ont été domptés, l'influence de l'Iran est réduite et il n'y a pas d'intervention militaire extérieure. C'est en effet ce dernier facteur qui mérite notre intérêt. Des quatre pays cités, tous souffrent (ou ont souffert) d'intervention militaire ou de présence de groupes étrangers, que ce soit les forces de coalition en Iraq, Israël dans les Territoires palestiniens et au Liban, et Al Qa'ida au Yémen. Aujourd'hui, l'Iraq n'arrive toujours pas à rompre avec les oppositions entre Sunnites et Chiites - sans parler des autres minorités -, le Liban essaie tant bien que mal de gérer le Hezbollah qui conserve son pouvoir de violence, puisqu'il n'est pas prêt à déposer les armes, le Hamas continue d'être un élément perturbateur dans la politique intra-palestinienne et le gouvernement central yéménite doit faire face à une multitude de crises intérieures.
Bref, rien de bien beau dans ces pays. Diane Davis dans le dernier numéro de Contemporary Security Policy pourrait être en accord avec cet état de fait. En effet, elle explique que le nombre de "communautés imaginées" (très bon concept de Benedict Anderson) a augmenté ces dernières années. La question qu'elle pose est intéressante : cela est-il du à l'affaiblissement des gouvernements centraux et à la puissance montante de ces acteurs armés non-étatiques (AANE) ou du au fait que les AANE alimentent la faiblesse du gouvernement central ? Une chose est certaine, c'est qu'ils représentent un défi pour le gouvernement, gardien unique de la notion weberienne de " violence légitime". Pour Davis, trois constats sont à tirer :
* la montée en puissance des AANE est une réponse à l'incapacité de l'Etat central à répondre aux préoccupations de certains citoyens, ce qui conduit certaines "communautés imaginées" à se doter de leur propre moyen de coercition. Le Hezbollah peut rentrer dans cette catégorie.
* les AANE ne sont pas nécessairement intéressés par la prise de pouvoir et peuvent être le porte-parole d'une cause économique, comme les Houthi par exemple, ou d'un sentiment d'insécurité grandissant, comme ce fut le cas de manière violente en Iraq entre 2004 et 2006 notamment.
* la création de cette multitude de "communautés imaginées" viennent se cogner avec la "communauté imaginée" nationale. On assiste donc à des affrontements entre différentes forces qui ont toutes développées leur pouvoir de coercition. Pour éviter cela, on arrive à des compromis comme au Liban où le Hezbollah est autorisé par le gouvernement à conserver ses armes.
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vendredi 4 décembre 2009
Etude sur l'implantation d'Al Qa'ida au Yémen
A croire que quand une crise éclate dans un pays sous-étudié, c'est à ce moment que des recherches et analyses intéressantes sont publiées. Preuve en est avec le nouveau papier du think tank australien Lowy Institute for International Policy intitulé "Al-Qa'ida, Tribes and Instability in Yemen". Les auteurs, Sarah Phillips et Rodger Shanahan, se penchent sur l'implantation d'AQ au Yémen, autrement appelé Al Qa'ida en Péninsule Arabique (AQPA).
AQPA s'est installée au Yémen pour deux principales raisons. Ils ont besoin d'une présence dans la région pour s'attaquer à "l'ennemi proche" suite au durcissement des Saoudiens à l'encontre du groupe. De plus, le pays connait de multiples crises et le gouvernement central n'a pas de contrôle sur le territoire, ce qui laisse à AQPA la possibilité de s'infiltrer. Les auteurs estiment également que cette base au Yémen, si elle venait à se développer, pourrait servir de base arrière aux cadres d'AQ de plus en plus sous pression au Pakistan (voir la vidéo). Il n'est en outre pas inutile de penser que leur présence au Yémen leur ouvre la voie maritime et la possibilité d'attaquer des cargaisons passant par Bab al-Mandab.
* ne pas mettre en danger les tribus yéménites : même si leadership d'AQPA est probablement caché dans la région sud de Marib, le groupe n'a mené aucune attaque d'ampleur contre les infrastructures pétrolières qui pourrait engendrer des représailles du gouvernement.
* établir des liens sur le long terme : plus AQPA participe à la vie sociale des communautés locales et plus elle augmente sa propension à se réfugier au sein des populations. Cette technique a également primé au Pakistan.
* insister sur les contentieux locaux plutôt que globaux : lorsqu'AQPA aborde le problème de l'exploitation pétrolière au Yémen, elle préfère critiquer le manque de redistribution aux populations locales plutôt que de critiquer l'Occident pour soutenir des régimes avares et illégitimes, que les extrémistes appellent les régimes takfiri.
* faire appel à l'honneur tribal : AQPA critique les tribus qui se rallient au président yéménite et d'une certaine manière, le groupe se pose en alternative. L'éthique de résistance affirmée par AQPA trouve un certain écho au Yémen, car beaucoup de Yéménites ont combattu en Afghanistan contre les Soviétiques ainsi qu'en 1994 pendant la guerre civile.
Pour autant, l'alliance entre AQPA et les tribus locales est loin d'être scellée, car le groupe terroriste n'offre aux autochtones qu'un statut ancillaire. De même, la ligne idéologique d'AQPA reste très rigide et risque de rentrer en confrontation avec les lignes politiques des autochtones. Une autre tension pourrait également faire surface quant à la nécessité de s'insérer dans le débat local pour légitimer sa présence et les ambitions globales d'AQ.
Les deux auteurs estiment que si les Yéménites n'offrent aucun crédit au gouvernement, ils n'en sont pas arrivés au point de considérer AQPA comme une alternative crédible. Il faudrait donc cibler le leadership d'AQPA - en passant par les forces de sécurité gouvernementales - et s'occuper des problèmes locaux plutôt que de laisser AQPA prendre du terrain sur ce plan. L'Arabie Saoudite, en tant que cible privilégiée du groupe, devrait également prendre plus de responsabilité pour aider le Yémen à éradiquer la menace radicale, mais avec retenu pour empêcher que les Saoudiens ne servent que leurs intérêts au détriment de ceux de leurs voisins.
Pour le moment, la menace qu'AQPA représente à l'échelle internationale demeure assez marginale, mais si le problème n'est pas sapé dès maintenant, il n'est pas impensable de voir ce pays devenir le nouveau refuge d'Al Qa'ida.
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vendredi 20 novembre 2009
L'engagement saoudien au Yémen
C'est un des meilleurs articles que j'ai lu sur le sujet. Roula Khalaf du Financial Times décortique l'implication saoudienne au Yémen. Elle revient sur le pseudo affrontement par proxy entre l'Iran et l'Arabie Saoudite.
En effet, l'Iran dénonce le "terrorisme d'Etat" de l'Arabie Saoudite au Yémen. L'Arabie Saoudite n'a jamais entretenu de bonnes relations avec les rebelles Houthi chiites, donc perçus comme hérétiques par le wahhabisme d'Etat de l'Arabie Saoudite. Toutefois, Riyadh accuse désormais l'Iran d'interférer au Yémen (voir la vidéo à ce sujet) et Sanaa n'en dit forcément pas moins.
Cependant, comme l'explique Khalaf, il y a très peu d'indices de cet engagement et au mieux Téhéran sympathise avec la cause Houthi, mais sans plus. J'ai déjà évoqué le sujet très tendance de l'influence iranienne sur les Chiites dans le Golfe. De plus, les rebelles ne sont pas guidés par un zèle religieux, mais par des demandes économiques et territoriales. Par contre, elle n'écarte pas que l'Arabie Saoudite perçoive réellement le conflit au travers de ce paradigme. Dans tous les cas, que ce soit en promouvant la "diplomatie du chéquier" ou en intervenant militairement, l'Arabie Saoudite ne fait qu'empirer le problème.
Pour ma part, j'ai plutôt l'impression que les Saoudiens aident les Yéménites à prendre les Houthi en sandwich et que le présumé engagement iranien est un prétexte pour tenter de justifier une intervention militaire auprès de l'opinion internationale. Ils peuvent suivre le programme en huit leçons pour écraser un groupe rebelle. Testé et approuvé par le gouvernement sri-lankais !*
* La pire des solutions, mais le désintérêt général pour le Yémen est aussi patent que celui pour le Sri Lanka. Il y a toutefois une différence majeure, c'est que le conflit entre le gouvernement yéménite et les Houthi a de fortes chances pour avoir des conséquences régionales non négligeables, contrairement au Sri Lanka. Pour autant, personne ne s'est vraiment ému de la situation pour le moment et le Yémen étant considéré comme un refuge d'Al Qa'ida - plus à raison qu'à tort, mais cela importe peu dans le cas présent - je doute que les gouvernements occidentaux et moyen-orientaux ne montent à la tribune pour dénoncer les pratiques militaires contre les rebelles.
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mardi 27 octobre 2009
Ca barde toujours au Yémen
Un petit point sur la situation au Yémen. Les affrontement continuent entre l'armée yéménite et les rebelles houthi. Il semblerait que les voisins saoudiens se soient directement emmêlés à la frontière.
Et grande nouvelle selon le Daily Telegraph. "La rébellion Houthi s'est transformée d'un désaccord local à un conflit sectaire de premier plan aux répercussions internationales", lit-on. Ah bon?! Je ne savais pas que l'actualité yéménite était au top des préoccupations du moment et encore moins que la lecture religieuse chiite vs. sunnites permettait de comprendre tout le problème au Yémen. Il y a tellement peu d'articles sur la question, tellement peu d'accès pour les médias que l'on mélange conflits territoriaux, religieux et Al Qa'ida.
***UPDATE***
Il y a quelques jours, Barah Mikaïl de l'IRIS a donné une interview vidéo intéressante sur le dossier yéménite.
Et grande nouvelle selon le Daily Telegraph. "La rébellion Houthi s'est transformée d'un désaccord local à un conflit sectaire de premier plan aux répercussions internationales", lit-on. Ah bon?! Je ne savais pas que l'actualité yéménite était au top des préoccupations du moment et encore moins que la lecture religieuse chiite vs. sunnites permettait de comprendre tout le problème au Yémen. Il y a tellement peu d'articles sur la question, tellement peu d'accès pour les médias que l'on mélange conflits territoriaux, religieux et Al Qa'ida.
***UPDATE***
Il y a quelques jours, Barah Mikaïl de l'IRIS a donné une interview vidéo intéressante sur le dossier yéménite.
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mardi 25 août 2009
La France "suit de près" ce qui se passe au Yémen
Bernard Kouchner a répondu à une question d'un parlementaire sur l'attitude du gouvernement français vis-à-vis de la situation au Yémen. Ça parle de sécurité, d'économie, de droits de l'homme, mais étrangement pas de politique... Le Ministre des Affaires étrangères soutient les efforts yéménites dans la lutte contre le terrorisme. Formidable (!), mais les forces yéménites ne s'en prennent pas à des terroristes en ce moment.
La réponse du Ministre est d'autant plus vide qu'il ne prend absolument pas partie ni pour, ni contre les autorités yéménites dans les affrontements actuels. Il ne mentionne pas une fois les combats, ni les Houthis! Donc à la question, quelle position? Réponse: pas de position.
La réponse du Ministre est d'autant plus vide qu'il ne prend absolument pas partie ni pour, ni contre les autorités yéménites dans les affrontements actuels. Il ne mentionne pas une fois les combats, ni les Houthis! Donc à la question, quelle position? Réponse: pas de position.
jeudi 30 octobre 2008
Une menace persistance d'Al Qaïda au Yémen
La Nine/Eleven Founding Answers Foundation a rendu public la traduction d'un entretien donné par Abu Hammam Al Qahtani au magazine Sada al-Malahim, l'organe de communication d'Al Qaïda au Yémen, en janvier dernier. Dans cet extrait, il explique son choix de mener le djihad au Yémen et en Arabie Saoudite plutôt qu'en Irak ou en Afghanistan.
Le Yémen est un pays qui connait une présence d'Al Qaïda bien implantée et capable de lancer des attaques. Gregory Johnsen, un expert sur le Yémen, écrit dans CTC Sentinel que le coup de filet des autorités yéménites en août dernier a certes été un coup d'arrêt pour l'organisation, mais que certains éléments étaient troublants et que "L'Organisation d'Al Qaïda pour le djihad dans la péninsule arabique : les brigades des soldats du Yémen", de son nom complet, était loin d'être exterminé.
Il est vrai qu'un des chefs de la cellule yéménite, Hamza Al-Qaâti, a été officiellement tué par les autorités locales et que plusieurs autres dirigeants importants sont en fuite. Toutefois, Johnsen souligne deux points importants :
* parmi les sept suspects tués dans le raid du mois d'août, seul le chef de la cellule était connu des services de police, ce qui pourrait être l'indicateur que l'organisation a su se répandre au sein de la population.
* de nouvelles tactiques sont évoquées sur les sites djihadistes pour éviter un affaiblissement à terme des Brigades des Soldats. La stratégie serait de s'attaquer aux dirigeants des services de sécurité, indication qu'une présence sur le territoire se veut toujours menaçante.
Le Yémen est un pays fragmenté, pauvre, corrompu ; un pays où le gouvernement n'a pas l'emprise sur la totalité du territoire et où Al Qaïda est solidement installé.
Q: Pourquoi avez-vous choisi le djihad dans la Péninsule Arabique plutôt que d'aller en Afghanistan ou en Irak par exemple ?
A : J'ai fait ce choix pour deux raisons. Tout d'abord, pour une raison religieuse, comme le Tout puissant l'a dit : "Combat ceux qui ne croient pas et qui sont près de toi, et laisse leur trouver la rudesse en toi", et pour obéir au messager d'Allah, que la paix et la prière d'Allah soient sur lui, qui a dit : "Conduit les polythéistes hors de la Péninsule arabique", et ... pour purifier la Péninsule et le berceau [de l'islam] des désacralisations des polythéistes et des hérétiques. La deuxième raison est un raisonnement militaire : si les intérêts de l'ennemi dans la Péninsule arabique sont dévastés, son accès au pétrole est interrompu et les raffineries de pétrole mises hors d'usage, cela provoquera l'effondrement de l'ennemi - et ils ne seraient pas seulement forcés de se retirer d'Irak et d'Afghanistan, mais en plus ils feront face à un effondrement total. Si [ton ennemi] venait à être violemment touché en plusieurs endroits, alors il se disperserait, ferait demi-tour et fuirait désespérément de la terre des Musulmans la queue entre les jambes.
Le Yémen est un pays qui connait une présence d'Al Qaïda bien implantée et capable de lancer des attaques. Gregory Johnsen, un expert sur le Yémen, écrit dans CTC Sentinel que le coup de filet des autorités yéménites en août dernier a certes été un coup d'arrêt pour l'organisation, mais que certains éléments étaient troublants et que "L'Organisation d'Al Qaïda pour le djihad dans la péninsule arabique : les brigades des soldats du Yémen", de son nom complet, était loin d'être exterminé.
Il est vrai qu'un des chefs de la cellule yéménite, Hamza Al-Qaâti, a été officiellement tué par les autorités locales et que plusieurs autres dirigeants importants sont en fuite. Toutefois, Johnsen souligne deux points importants :
* parmi les sept suspects tués dans le raid du mois d'août, seul le chef de la cellule était connu des services de police, ce qui pourrait être l'indicateur que l'organisation a su se répandre au sein de la population.
* de nouvelles tactiques sont évoquées sur les sites djihadistes pour éviter un affaiblissement à terme des Brigades des Soldats. La stratégie serait de s'attaquer aux dirigeants des services de sécurité, indication qu'une présence sur le territoire se veut toujours menaçante.
Le Yémen est un pays fragmenté, pauvre, corrompu ; un pays où le gouvernement n'a pas l'emprise sur la totalité du territoire et où Al Qaïda est solidement installé.
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