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mardi 26 avril 2011

Une objection à Pascal Boniface sur la R2P et l'intervention libyenne

Pascal Boniface de l'IRIS a publié une tribune dans Le Monde où il argumente que l'intervention en Libye dévie de son rôle original et que de la responsabilité de protéger (R2P), on vire vers le changement de régime.
Passer de la responsabilité de protéger à l'ingérence classique revient à délégitimer la première. Il sera plus difficile à l'avenir de l'évoquer si elle n'apparaît que comme une ruse pour faire accepter ce qui était refusé, à savoir un changement de régime par la guerre. Les pays réticents à voter en faveur d'une intervention militaire pour protéger une population menacée verront leur suspicion renforcée. Ce qui se joue en Libye, au-delà de l'enjeu national et régional, c'est l'avenir du concept de la responsabilité de protéger.

M. Kadhafi est trop isolé sur le plan international pour se maintenir au pouvoir très longtemps. A terme, il tombera. Mais le prix à payer pour sa chute sera moins lourd s'il tombe victime de son isolement que par une solution militaire extérieure, qui viendrait délégitimer le concept de la responsabilité de protéger.
 Le développement de Pascal Boniface présente un point légitime. Si la R2P n'est perçue que comme un travesti du changement de régime, les chances que de nouvelles résolutions en ce sens soit approuvées à l'ONU sont réduites.

Néanmoins, il semble omettre plusieurs points.

vendredi 1 avril 2011

My take on defection, special forces, and retreat in Libya

Yesterday, I was asked to give my views on three questions. Here is my modest take. I'm happy to discuss it.


How big a blow for Qaddafi is the defection of Foreign Minister Moussa Koussa? Does this mean the regime is crumbling? Will it trigger more defections?
High-level defections are always a serious blow to a regime in danger. First of all, there are certain factors that need to be taken into consideration to understand how great the fallout could be. A defection can have a variety of effects depending on the rest of the loyal group. Defections tend to be more accepted if people share a common sense of reality than if people do not. Also, defections are perceived negatively by the hardcore group if they seek status quo and reject change. In the case of Libya, it is important to keep that in mind. Arguably, the people that have stick with Gadhafi are believers, hence have a little sense of reality and do not want the status quo to be jeopardized. It may have the unexpected effect of strengthening the core rather than weaken it. Besides, contrary to many in the Gadhafi’s close circle, he is not a family member. Further defections could be expected, but Kusa had the unique privilege of being able to leave the country for professional reasons, which allowed him a way out. It is far too late for anyone too close to Gadhafi to defect to the rebels without being killed on the spot.
His defection may bring the coalition some invaluable information. First of all, he was the head of the Intelligence services for fifteen years until 2009, so he has a deep knowledge of the regime capabilities. Second, he knows the players, the sensitivities, which could be valuable for intel services to trigger negotiations with those people or for diplomatic initiatives to target those people.   

vendredi 18 mars 2011

L'ONU autorise l'usage de la force en Libye : implications et questions importantes

Le Conseil de sécurité a approuvé la résolution 1973 ouvrant la porte à l'implémentation d'une zone d'exclusion aérienne (NFZ) et à des frappes ciblées. Pour la France, c'est un succès diplomatique après une difficile campagne, mais un succès mi-figue mi-raisin, car cinq grosses puissances se sont abstenues (Russie, Chine, Allemagne, Brésil et Inde). En outre, beaucoup de questions demeurent d'un point de vue opératif, mais également stratégique.

Au niveau opératif, plusieurs questions devront trouver une réponse rapidement. La première est de connaître les pays qui prendront part à l'opération de NFZ. Les informations semblent se recouper à ce sujet. La France et la Grande-Bretagne seront à la tête des opérations. Les Etats-Unis - dont l'engagement reste à clarifier -, le Canada, le Danemark et la Norvège fourniront du potentiel de frappe. Plusieurs pays européens fourniront des moyens logistiques : l'Italie avec sa base en Sicile - il semblerait qu'elle fournirait également des avions de combat -, la Grèce avec sa base à Souba et la Pologne avec des avions de transport. On peut envisager d'autres pays. De toute manière, maintenant que la résolution est passée, il semble très probable que les positions européennes s'affirment plus clairement. Catherine Ashton a déclaré que l'UE agirait dans la limite du mandat de la résolution et de ses compétences. Compétences qui devraient être clarifiées la semaine prochaine. Pour le moment, deux Etats-membres s'opposent à une intervention militaire, l'Allemagne et la République Tchèque - on parle également de la Bulgarie, de la Hongrie et de la Suède. Au niveau otanien, la Turquie a également fait savoir qu'elle ne soutenait pas cette action. Cinq de ses pays étant membres de l'OTAN, il est dès lors peu probable que l'Alliance soit impliquée directement dans les actions menées. Il semblerait que quelques pays arabes participent à l'opération, mais on ignore qui - les noms de la Jordanie, des Emirats Arabes Unis et du Qatar circulent - et avec quels moyens. Quelques analyses indiquent que la participation arabe est envisagée par certains pays. 

mercredi 2 mars 2011

Réactions tardives à la brève intervention du Président Sarkozy

Pourquoi ne pas faire un bref commentaire sur la brève intervention de Nicolas Sarkozy dimanche soir ? Après tout, il a parlé des bouleversements dans le monde arabe. N'est-ce pas le sujet de ce blog ? Eh bien, si. Remédions donc à cet oubli

Le Président français a affirmé :

En opposant la démocratie et la liberté à toutes les formes de dictature, ces révolutions arabes ouvrent une ère nouvelle dans nos relations avec ces pays dont nous sommes si proches par l'histoire et par la géographie. Ce changement est historique. Nous ne devons pas en avoir peur. Il porte en lui une formidable espérance car il s'est accompli au nom des valeurs qui nous sont les plus chères, celles des droits de l'homme et de la démocratie. (...) Nous ne devons avoir qu'un seul but : accompagner, soutenir, aider les peuples qui ont choisi d'être libres. Entre l'ingérence qui ne serait pas acceptée et l'indifférence qui serait une faute morale et stratégique, il nous faut tout faire pour que l'espérance qui vient de naître ne meure pas car le sort de ces mouvements est encore incertain. Si toutes les bonnes volontés ne s'unissent pas pour les faire réussir, ils peuvent aussi bien sombrer dans la violence et déboucher sur des dictatures pires encore que les précédentes.
Quelle belle rhétorique ! Quelques points sont à noter :

mercredi 26 janvier 2011

Quand l'économie cherche à influencer la politique

La France n'a aucune chance de remporter un contrat de plusieurs milliards de dollars pour construire une centrale nucléaire sur les rives de la mer Noire. Le ministre turc de l'Energie, Taner Yildiz, a affirmé dans un quotidien national que le seul moyen pour que la proposition d'EDF, Suez et Areva soit considérée est que Paris lève son opposition à l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne.

mercredi 6 octobre 2010

30 ans après, quelques leçons sur la guerre Iran-Iraq

Dans une tribune accordée à Jane's Defence Weekly, Pierre Razoux, du collège de défense de l'OTAN, tire quelques leçons de la guerre Iran-Iraq peu après le 30e anniversaire du début de la guerre la plus sanglante du Moyen Orient.

1. Isolation de l'Iraq : L'Iraq est sorti relativement victorieux de la guerre contre l'Iran, mais cela a rapidement changé avec l'attaque contre le Koweït. La raison principale était de renverser la famille royale koweïtienne, qui persistait à maintenir les prix du pétrole bas et qui refusait d'annuler les dettes contractées par l'Iraq. D'autre part, cette isolation régionale a renforcé la présence iranienne au Moyen Orient ainsi que la crainte des pays du Golfe à l'égard de Téhéran.

mercredi 22 septembre 2010

La France pourrait trouver des racheteurs d'équipements militaires au Moyen Orient

Selon la lettre d'informations stratégiques TTU, plusieurs pays du Moyen Orient pourraient racheter du matériel excédentaires de la France. En effet, un plan quinquennal 2010-2015 prévoit le retrait de matériels militaires et Sofema s'est vu attribuer la mission de trouver des racheteurs. L'objectif de cette société est de promouvoir les atouts industriels de la France dans les domaines de la défense et de l'aéronautique, dans le cas présent de revendre du matériel qui n'est plus utilisé par les armées françaises.

D'après les informations de TTU publiées cette semaine, le Liban, Oman, Qatar et l'Indonésie figurent en bonne position pour le rachat de VAB (véhicules de l'avant blindés) d'occasion.

mardi 9 février 2010

En leur mémoire...

40 soldats français sont morts en Afghanistan...

jeudi 28 janvier 2010

La réflexion du matin : des CEMA marins, c'est pas commun (mise à jour)

Je viens de voir que le nouveau Chef d'Etat-Major des Armées (CEMA) était l'amiral Edouard Guillaud. Jean-Dominique Merchet lui consacre un petit profil sur son blog, Secret Défense. Et je me suis dit que cela faisait longtemps que le CEMA n'était pas un marin. En effet, le dernier est l'amiral Jacques Lanxade de 1991 à 1995.

Mais, ma réflexion du matin est allée un chouïa plus loin. Cela doit faire longtemps que la France et les Etats-Unis n'ont pas eu en même temps des CEMA marins. Et oui, Mike Mullen est également amiral. J'ai donc vérifié et étrangement, le dernier amiral américain à avoir été CEMA est l'amiral David Jeremiah en 1993, donc en même temps que Lanxade. On l'oublie souvent, parce qu'il était en poste entre deux poids lourds charismatiques de l'histoire militaire américaine du XXe siècle, Colin Powell et John Shalikashvili, mais surtout, parce qu'il n'a jamais été nommé à ce poste et n'était en fonction qu'en attendant l'arrivée de Shalikashvili.

Conclusion : c'est la première fois que deux amiraux, en France et aux Etats-Unis, se retrouvent en même temps nommés au poste suprême pour un militaire. Pour les pékins comme nous, cela ne veut pas dire grand chose, mais les marins sont une race à part dans les armées et donc avoir deux marins à ce poste pourra peut-être faciliter une bonne communication et compréhension.

*** MISE A JOUR ***

Et j'oubliais que le SACEUR était également un marin, l'amiral James Stavridis. Décidément!

vendredi 20 novembre 2009

La France vraiment de retour en Iraq?

J'ai discuté à plusieurs reprises du retour progressif de la France en Iraq que ce soit au point de vue politique, commercial et militaire. Le président iraqien Jalal Talabani était à Paris et la visite a été productive.

Pour Pierre Rousselin dans son édito dans Le Figaro, c'est le retour de la France en Iraq:
Le temps a fait son œuvre. La longue absence de la France est oubliée. Le souvenir des relations privilégiées qui unirent les deux pays pendant les décennies 1970 et 1980 reprend ses droits et n'est plus, comme avant, assimilé à un soutien à la dictature de Saddam Hussein.
Je veux bien, mais je répète que nous n'avons pas été des petits anges en Iraq, LOIN de là! ... donc, j'espère que les dits "relations privilégiées" ne seront pas exactement les mêmes que lors de cette période, parce que Saddam Hussein ou pas, cela ne change pas grand chose.

J'espère également que la France fait un peu plus que signer des contrats pour soutenir l'Iraq dans sa reconstruction.

lundi 16 novembre 2009

La DCRI active sur le dossier iranien

Selon Intelligence Online, la DCRI serait particulièrement active sur le dossier iranien. En effet, on apprend que le renseignement intérieur aurait déconseillé l'extradition de Majid Kakavand aux Etats-Unis. Cet ingénieur iranien est accusé par les Etats-Unis de s'être fourni du matériel à usage dual. Outre le fait que le dossier semble mince, la France préfèrerait ne pas envenimer davantage la situation avec Téhéran. Il semblerait également que la DCRI soit entrée en contact avec la Syrie pendant l'été pour qu'elle intervienne en faveur de la libération de Clothilde Reiss. Il n'y a rien de très secret, car même Nicolas Sarkozy a appelé Bachar al-Assad pour qu'il plaide en faveur de la libération de la jeune universitaire. Dans les articles de presse que j'ai pu lire, ainsi que dans l'interview d'al-Assad sur France 2, il ne semble pas que ce dossier ait été soulevé et, à croire le Président syrien, Damas n'a pas de rôle à jouer, car il existe une relation directe entre Paris et Téhéran. Il n'est toutefois pas impossible que la France et la Syrie n'aient pas voulu rendre d'éventuelles discussions public, quelques jours avant la reprise du procès de Clotilde Reiss, dans un contexte difficile.

Toujours selon Intelligence Online, la DCRI suivrait de très près les mouvements de l'ambassadeur iranien en France, Seyed Medhi Miraboutalebi. Ce dernier aurait essayé de rentrer en contact avec Michel Rocard pour discuter d'une "mission" sur la libération de Clotilde Reiss, apprenait-on fin octobre. IO évoque une autre piste qui concerne la centrale de Tricastin. L'Iran essaierait de maintenir en activité l'usine d'enrichissement par diffusion gazeuse qui va évoluer vers un enrichissement par centrifugation. Téhéran est actionnaire à hauteur de 10% dans l'usine actuelle. L'ambassadeur iranien aurait également fait des pieds et des mains pour rentrer en contact avec le toujours mystérieux Claude Guéant, qui, selon IO, serait mieux apprêté que la cellule diplomatique du Président pour prendre en considération les intérêts de Total en Iran. Pour le moment, tous ces efforts sont restés lettre morte à cause du refus de Nicolas Sarkozy.

vendredi 4 septembre 2009

Saeb Erekat, "partisan pour la paix"

Saeb Erekat était en conférence ce matin à l'Ifri. Il n'y a pas eu de déclaration fracassante, mais le négociateur en chef de la délégation palestinienne a montré du doigt plusieurs responsables de l'inertie du processus de paix.

Israël tout d'abord. L'Etat hébreu n'en fait pas suffisamment. Pour Erekat, les conditions pour négocier, comme le gel des colonies, ne sont pas des conditions, mais des obligations. "Le gouvernement israélien doit être tenu responsable de ses actions." L'annonce hier de la construction de nouvelles implantations en Cisjordanie lui ont montré que Benjamin Netanyahu a choisi son camp.

Le Quartet ensuite. Il a une responsabilité dans ce processus, il a des moyens de pression et il n'en a pas fait usage. "Ce n'est pas dans l'intérêt des Etats-Unis et des Européens d'agir comme si Israël était au-dessus des lois", dira-t-il plus tard. C'est à "vous", parties extérieures qui jouent un rôle dans le processus, de choisir entre l'extrémisme et la modération dans le monde. En choisissant la voie de la paix à deux Etats, ce serait un pas en avant pour un monde marqué par la modération.

Le Hamas enfin. "Le coup d'Etat perpétré à Gaza était une erreur stratégique majeure", a-t-il affirmé. La réconciliation intra-palestinienne est un dossier de politique intérieure, a-t-il répété à plusieurs reprises. A l'heure actuelle, le Hamas refuse un gouvernement d'unité et refuse des élections, mais, selon Erekat, l'Autorité palestinienne travaille pour arranger la situation.

Où se trouve d'ailleurs l'Autorité palestinienne sur cet échiquier ? Saeb Erekat s'est positionné en faveur d'une solution à deux Etats dans les frontières de 1967, car c'est "la seule option réaliste". L'AP joue la politique de la main tendue, mais Israël ne rentre pas dans le jeu, explique Erekat.

J'ai été quelque peu étonné par une de ses présentations. Il a présenté les options vues par les Palestiniens et ensuite a présenté celles perçues par Israël. Au lieu d'être fin et de montrer les divergences en Israël, il a été inutilement caricatural en ne parlant que des plus extrémistes ultra-minoritaires qui ne veulent qu'un Etat, où il n'y aurait même pas de Musulmans. Certes, dans la session de questions-réponses, il a évoqué les 70% d'Israéliens qui étaient en faveur d'une solution à deux Etats, mais pourquoi ne l'avoir mentionné que si tard ? Pour jouer l'avocat du diable, on peut trouver une minorité palestinienne qui ne veut pas de la présence juive non plus. Cela fait-il avancer le dialogue ? Pas vraiment.

Pour autant, j'ai trouvé Erekat motivé et déterminé, même s'il se présente comme une victime qui ne peut rien faire et qui est vierge de toute responsabilité dans le manque de progrès. Si c'était aussi manichéen...

mercredi 26 août 2009

Qui est Valérie Hoffenberg?

Nicolas Sarkozy a envoyé à Valérie Hoffenberg sa lettre de mission concernant son nouveau rôle de Représentante spéciale de la France pour la dimension économique, culturelle, commerciale, éducative et environnementale du processus de paix au Proche-Orient. Sa mission est d'incarner l'aspect économique du processus de paix. Elle devra être force de proposition en s'appuyant sur les moyens de différents ministères - j'attends de voir s'il va y avoir un travail d'équipe à ce niveau. Elle sera mise sous l'autorité du ministère des Affaires étrangères.

Le descriptif reste assez sommaire, donc il faudra attendre quelques "actions concrètes" avant de se rendre bien compte de ce que cette mission sous-entend. Mais, avant cela qui donc est Valérie Hoffenberg? Elle est de formation juriste et a travaillé pendant de nombreuses années dans l'import-export jusqu'en 2000. Elle a ensuite intégré l'American Jewish Committee à Paris, dont elle est devenue la directrice en 2004. C'est loin d'être sa première action au sein d'une organisation juive, puisqu'elle a entre autres fait partie du CRIF, et elle semble bien connue dans la communauté juive de France.

Elle est proche de Nicolas Sarkozy qu'elle a fait venir à l'AJC à Washington, alors qu'il était encore Ministre de l'Intérieur. Elle l'a accompagné lors de son déplacement comme chef de l'Etat en Israël et a fait partie de la délégation qui est allée à Bethléem. Elle a été missionnée pour la mise en place d'un parc industriel là-bas. Depuis les dernières élections municipales, elle est devenue conseiller de la ville de Paris pour l'UMP.

Sur ses positions politiques concernant le conflit israélo-palestinien, je n'ai pas trouvé grand chose. Elle est sans grande surprise une grande partisane de l'anti-sémitisme. J'ai trouvé un article amusant, qui laisserait penser que Hoffenberg n'est pas une personnalité très appréciée des milieux trop pro-israéliens. Sa seule contribution récente est sur l'importance du développement économique dans ce dossier, mais elle était déjà missionnée sur le parc industriel, donc son avis est partial. Dans tous les cas de figure, son rôle politique risque d'être assez mineur. Son rôle, tout court, même? Ca reste à voir.

mardi 25 août 2009

La France "suit de près" ce qui se passe au Yémen

Bernard Kouchner a répondu à une question d'un parlementaire sur l'attitude du gouvernement français vis-à-vis de la situation au Yémen. Ça parle de sécurité, d'économie, de droits de l'homme, mais étrangement pas de politique... Le Ministre des Affaires étrangères soutient les efforts yéménites dans la lutte contre le terrorisme. Formidable (!), mais les forces yéménites ne s'en prennent pas à des terroristes en ce moment.

La réponse du Ministre est d'autant plus vide qu'il ne prend absolument pas partie ni pour, ni contre les autorités yéménites dans les affrontements actuels. Il ne mentionne pas une fois les combats, ni les Houthis! Donc à la question, quelle position? Réponse: pas de position.

lundi 3 août 2009

Le voile intégral: deux documents enfin intéressants

Isabelle Mandraud dans Le Monde publie un article très instructif dans lequel elle relate les conclusions de deux enquêtes menées par deux services de renseignement français, la Sous-Direction de l'Information Générale (SDIG) - une première partie des ex-RG - et la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) - fusion de l'autre partie des RG et de la DST. Les deux traitent à quelques jours d'interval le phénomène du voile intégral.

Plusieurs conclusions ressortent :
* Phénomène ultra-marginal: 396 femmes le porteraient en France.
* Une majorité d'entre elles le portent volontairement et souvent en signe de provocation vis-à-vis de la société ou de leur famille.
* A l'exception des extrémistes minoritaires, la majorité des organisations musulmanes françaises s'opposent à de telles pratiques (elles pourraient être beaucoup plus vocales à ce sujet)

Georges Malbrunot, sur son blog, a posté un excellent commentaire pour justifier de la dangerosité potentielle et de l'inutilité d'une loi contre le voile intégral (niqab et bourqa). Il a raison.

jeudi 9 juillet 2009

La France, l'Irak et les armes

Les derniers jours ont été chargés! Pas trop le temps de blogger. Je reviendrai plus tard sur les propos pas fut-fut de Joe Biden. En attendant, une petite info qui a failli me passer sous le nez concernant la visite éclair de François Fillon en Irak.

La France va envoyer un attaché de défense à Baghdad, le colonel Luc Batignes. Une petite recherche Google m'a montré qu'il a notamment tenu le même poste à Beyrouth. L'Irak serait apparemment intéressé par du matériel militaire français, révèle Georges Malbrunot dans Le Figaro. L'armée de l'Air irakienne aurait ses yeux sur 6 hélicoptères Panthers SAR, 18 Mirage F1 modernisés, 14 hélicoptères légers Fennec, et 6 petits avions Médévac. L'armée de Terre pourrait également se pencher sur du matériel d'occasion, mais c'est moins certain.

Mais, les Français ne sont pas les seuls. Les Américains, les Britanniques, les Italiens et les Polonais sont déjà dans le coup.

samedi 4 juillet 2009

AQIM en veut à la France pour le niqab

Je l'attendais ce communiqué. NEFA Foundation a traduit un communiqué d'Al Qa'ida au Maghreb Islamique (AQIM) sur la loi contre le niqab. Ils appellent comme d'habitude à la résistance et à frapper les intérêts français peu importe l'endroit, le moyen, la date.

Plusieurs points sont intéressants dans ce communiqué. En France, on parle beaucoup plus souvent de la bourqa que du niqab, voire tout simplement, beaucoup de gens ne font pas la différence. N'ayant suivi cette polémique que de loin, tant ce débat m'agace, je ne sais pas à quel point les médias font la différence. La bourqa vient principalement d'Afghanistan et du Pakistan ; c'est vraiment la grille. Le niqab est plus dans les pays du Golfe et on voit juste les yeux. A ma connaissance, en France, c'est plus le niqab que la bourqa qu'on a, mais la seconde est plus "choc". Le fait est que dans le communiqué, AQIM ne parle que du niqab. Normal, la bourqa n'existe pas au Maghreb, mais ce détail a son importance.

Je me permets également de traduire un passage qui me semble intéressant :
Les Français commettent ces oppressions à une époque où nous voyons leurs femmes arriver dans nos pays et remplir les plages et les routes en étant habillées de manière dénudée, en conflit ouvert avec les émotions des Musulmans et en pleine moquerie des enseignements de la religion islamique, de ses mœurs et de ses traditions

Tout ceci pour Allah est l'ultime point d'extrémisme et de racisme et la forme la plus apparente de terrorisme religieux et d'incitation à la haine.


Clairement pas du tout la même manière de voir les choses...

vendredi 3 juillet 2009

La France veut renforcer ses liens commerciaux avec l'Irak

La France ne perd vraiment pas de temps et continue sur sa lancée. François Fillon était en visite éclair à Bagdad accompagné par une délégation de chefs d'entreprise menée par Laurence Parisot. J'ai déjà discuté à plusieurs reprises du réengagement français en Irak et des travers à éviter. Cette visite est un peu un follow-up de la commission mixte qui s'était tenu en mars dernier à Paris.

Dans une déclaration commune, Fillon et Nouri al-Maliki se sont engagés à renforcer les relations économiques, commerciales, culturelles et diplomatiques, même si ce dernier aspect semble avoir été le moins important de tous, mais ce n'est pas non plus le rôle du Premier ministre. "La France réaffirme sa détermination à renforcer sa présence en Irak, tant par l’échange de délégations officielles que par ses entreprises, dans l’intérêt mutuel des deux pays", lit-on. Est-ce une coïncidence que Véolia (présent avec Fillon et Christine Lagarde) semble avoir remporté un important contrat en Irak ? La France se mettrait-elle à la diplomatie économie agressive maintenant ?

L'objectif est de retrouver les 5-6 milliards de dollars d'échange annuels entre les deux pays. La France n'a atteint qu'un maigre 200 millions l'an dernier, d'après le Monde. Visiblement, ce n'est plus comme avant. L'Irak n'est plus celui de Saddam Hussein ; tous les cadres du pouvoir sont absents et ceux qui sont en place n'ont jamais été présents pendant les années 1980.

vendredi 27 mars 2009

La France repart en Irak comme avant le blocus...

Visiblement, la France ne va pas trop changer sa position en Irak par rapport à celle d'avant le blocus. Armes, pétroles et contrats. J'ai déjà discuté du rush français à Bagdad en prévenant qu'il ne fallait pas retomber dans les travers des années 1970-1980 où la France vendait beaucoup plus d'armes en Irak qu'elle ne faisait de politique.

Que ne vois-je pas dans Le Monde ? La France et l'Irak ont signé un contrat de 360 millions d'euros pour la vente de 24 Eurocopters, ce qui constitue la première vente d'armes depuis 1990.

Cette annonce fait suite à une commission mixte qui s'est tenu au Quai d'Orsay présidée par Christine Lagarde, ministre de l'Economie et Hussein Shahrestani, ministre irakien du pétrole. Ce dernier a d'ailleurs précisé que Total était en bonne place pour remporter des contrats de modernisation et d'exploitation des puits de pétrole irakiens. Cette rencontre a été suivie par un entretien au Medef avec une centaine de dirigeants d'entreprise, a expliqué le porte-parole du Quai d'Orsay dans son point-presse du 26 mars. Voici le passage du briefing :

(Où en êtes-vous du projet d'ouverture d'un consulat ou antenne consulaire à Bassorah ? Estimez-vous que les relations avec l'Irak ont franchi un seuil avec l'annonce de la vente d'hélicoptères militaires ? D'autres contrats civils ou militaires sont-ils prévus ? Quel est le montant des

échanges commerciaux franco-irakiens actuellement ?)


Les relations entre la France et l'Irak ont franchi une étape décisive avec les deux visites de Bernard Kouchner en Irak en août 2007 et mai 2008. Cette dynamique a été consacrée par la visite du président de la République à Bagdad le 10 février dernier. La tenue de la commission mixte franco-irakienne à Paris et la venue du ministre irakien de la Défense à Paris sont la conséquence directe de cette relance de nos relations bilatérales.

S'agissant de l'ouverture d'un consulat à Bassorah, le principe en est décidé et nous en examinons actuellement les meilleures modalités de mise en oeuvre. Nous poursuivons également la transformation de notre bureau d'ambassade à Erbil en consulat général et allons élargir les missions de notre ambassade à Bagdad, avec la nomination prochaine d'un conseiller commercial et d'un attaché de défense.

L'acquisition de 24 hélicoptères militaires de transport auprès d'Eurocopter ainsi que les demandes qui nous sont adressées dans le domaine de la formation d'officiers constituent un signal fort auquel nous souhaitons répondre dans un esprit d'ouverture, en ayant à l'esprit l'amélioration récente de la situation en Irak et notre soutien au renforcement de l'Etat, comme l'a indiqué le président de la République lors de sa visite en Irak.

Le montant des exportations françaises vers l'Irak s'est élevé à 250 millions d'euros en 2007, dernier chiffre consolidé, en progression importante par rapport à 2006.

Je profite de votre question pour faire un point sur la réunion de la commission mixte franco-irakienne qui s'est tenue le 24 mars sous la présidence de Christine Lagarde et du ministre irakien du pétrole, Hussein Shahrestani, que Bernard Kouchner a reçu au Quai d'Orsay, et qui s'est prolongée par une rencontre au Medef entre la délégation irakienne et une centaine d'entreprises françaises.

Cette réunion a été l'occasion de confirmer un certain nombre de décisions comme l'ouverture de l'assurance crédit à court terme avec la perspective d'une ouverture à moyen terme, le lancement de négociations en vue de la conclusion dans les tous prochains mois d'un accord de protection des investissements et le déplacement du Premier ministre en Irak d'ici l'été, accompagné d'une délégation d'hommes d'affaires.

En marge de la réunion, trois accords ont été signés entre la COFACE et la Trade Bank of Irak, entre le ministère de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi et la ville de Bagdad pour la formation de techniciens dans le domaine du traitement de l'eau, et pour la création d'un Conseil franco-irakien des chefs d'entreprise. Christine Lagarde a annoncé la présence d'un stand français soutenu par UbiFrance à la foire internationale d'Erbil en octobre.
Il est toujours plus facile de faire des affaires que de la politique. Espérons juste que la France ne va pas reprendre ses activités pré-blocus. Certes, le gouvernement irakien actuel n'est pas Saddam Hussein et c'est un paramètre essentiel, mais l'Irak n'est pas encore un Etat considéré stable, les Américains ne sont pas encore partis que Paris vend déjà des armes, sans se soucier que peut-être après le retrait américain, ces armes pourraient être utilisés dans des conflits internes. Mais, me dira-t-on, "si on ne le fait pas, quelqu'un d'autre le fera". Tristement, c'est vrai...

jeudi 19 février 2009

Les Européens engagés dans la ruée vers l'Irak (mis à jour)

Il y a quelques jours, je parlais de la visite "surprise" de Nicolas Sarkozy en Irak. Le camp des opposants à la guerre en quête de contrats à Bagdad s'allongent, puisque les Allemands sont dans la même dynamique. Le ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier s'est rendu dans la capitale irakienne pour une visite elle aussi "surprise". Tout comme Sarkozy, Steinmeier a évoqué l'envie de l'Allemagne de prendre plus de place dans la reconstruction de l'Irak, aussi bien politiquement qu'économiquement. Pas de surprise donc que les deux parties aient signé des accords d'entente dans plusieurs domaines, "principalement l'énergie et l'électricité", précise un communiqué de presse du Président irakien Jalal Talabani.

Comme je le disais dans le précédent post, la France et l'Allemagne étaient présents en Irak sur les ventes d'armes et les contrats en tous genres. Je vais me plonger dans quelques recherches sur le sujet pour sortir quelques chiffres.

En tout cas, Nouri al-Maliki est bien conscient de la situation. Si certains pouvaient encore être sceptiques sur l'amélioration de la situation en Irak, Maliki a l'argument imparable qu'il a confié dans un entretien au journal allemand Bild. "Nous pouvons atteindre la stabilité et insuffler du changement. Autrement, les entreprises étrangères ne viendraient pas ici pour nous aider dans la reconstruction, n'est-ce pas ? C'est la meilleure preuve que la situation s'est améliorée."

Son constat se voit forcément consolider quand on voit une photo d'Anne-Marie Idrac, secrétaire d'Etat chargé au commerce extérieur, en conversation avec lui aujourd'hui même.

***UPDATE***

Décidément, il ne fait pas bon perdre son temps. Mardi, en même temps que la visite "surprise" de Steinmeier en Irak, Daimler a ouvert son premier bureau dans le pays. L'objectif serait de trouver des marchés pour les poids lourds et les bus.
 

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