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mercredi 6 octobre 2010

30 ans après, quelques leçons sur la guerre Iran-Iraq

Dans une tribune accordée à Jane's Defence Weekly, Pierre Razoux, du collège de défense de l'OTAN, tire quelques leçons de la guerre Iran-Iraq peu après le 30e anniversaire du début de la guerre la plus sanglante du Moyen Orient.

1. Isolation de l'Iraq : L'Iraq est sorti relativement victorieux de la guerre contre l'Iran, mais cela a rapidement changé avec l'attaque contre le Koweït. La raison principale était de renverser la famille royale koweïtienne, qui persistait à maintenir les prix du pétrole bas et qui refusait d'annuler les dettes contractées par l'Iraq. D'autre part, cette isolation régionale a renforcé la présence iranienne au Moyen Orient ainsi que la crainte des pays du Golfe à l'égard de Téhéran.

mardi 8 juin 2010

Israël pourrait tirer des leçons de l'expertise maritime britannique

Stuart Cohen du BESA Center en Israël propose un parallèle intéressant dans Haaretz entre les efforts israéliens de bloquer l'accès à Gaza et ceux de la Marine britannique entre 1945 et 1948 d'en faire autant avec les immigrés juifs venus d'Europe. Pendant ces trois années, 60 bâteaux ont tenté d'atteindre les côtes palestiniennes, ce qui représentait plus de 52000 personnes. 47 convois ont été interceptés par les Britanniques qui maintenaient un blocus serré. De toutes ces opérations, il y a peu de violence et peu d'opposition également. La plupart des passagers étaient fatigués et en plus sortaient de l'enfer de l'Holocauste. La principale exception fut bien entendu l'épisode bien connu de l'Exodus en juillet 1947.

Trois raisons justifient la qualité des opérations estime Cohen :
1. Le renseignement : les Britanniques mettaient un point d'honneur à être le plus informé possible ayant par exemple infiltrés l'Haganah.

2. L'expertise maritime : les Britanniques sont réputés pour leur excellence sur mer. Ainsi étaient-ils peu enclins à privilégier les opérations commando du type de celles que les Israéliens ont menées. En effet, ils préféraient intercepter les convois par des manoeuvres navales, telles que le sandwich.

3. Le respect : les Britanniques ne sous-estimaient jamais leurs adversaires.

jeudi 14 janvier 2010

Alastair Campbell devant la commission sur l'Iraq (2e partie)

J'ai fini de lire la deuxième partie de la matinée de l'audition d'Alastair Campbell devant l'Iraq Inquiry. C'est toujours aussi passionnant et précis. Voici quelques passages clés :

* Tony Blair a toujours privilégié la solution diplomatique, mais a toujours été prêt à aller au-delà si Saddam Hussein ne coopérait pas :
I think the position at that time was very much, as he said publicly on a number of occasions, and as he said right up to the point of the invasion, that, in his view, this was the best route to resolve this issue peacefully. He still believed, right to the end, I think, that that could have been done, if Saddam had responded in a different way and, in particular, if some of the bigger powers in the United Nations had responded in a different way, as it were, during the denouement just prior to -- in March.

(...)

SIR MARTIN GILBERT: But the subtext or the square bracket is that if the United Nations route failed, Britain and the United States would have to take military action. MR ALASTAIR CAMPBELL: I think, once 1441 was agreed and once the French had failed to get 1441 to say what they wanted it to say, then I think that is the obvious logical conclusion.
SIR MARTIN GILBERT: But not before? That was not discussed before?
MR ALASTAIR CAMPBELL: I don't think before, no.

* Le fameux document de septembre 2002 que Tony Blair a présenté devant le Parlement ne servait pas à faire avancer la position d'un conflit contre l'Iraq, mais émanait d'une logique authentique de transparence sur les renseignements validés par les chefs des agences et qui jusqu'alors n'étaient disponibles qu'à un nombre réduit de personnes.

Now, once he has made that decision, as the Prime Minister, and ultimately the head of the intelligence services as well, then, where I sit, I have to kind of do my part of that -- the job that follows from that, and they have to do it, but at no point did anybody, from the Prime Minister down, say to anybody within the intelligence services, "Look, you have got to tailor it to fit this argument, that argument". It just never happened.
SIR LAWRENCE FREEDMAN: But the pressure is on --
MR ALASTAIR CAMPBELL: Yes, but if John Scarlett --
SIR LAWRENCE FREEDMAN: You are trying to make a case. We have heard from Sir William Ehrman who stressed how careful were officials to indicate that intelligence was sporadic and patchy, poor, limited. The 9 September estimates on which much of the dossier was based says that intelligence remains limited. So there is a problem here that you want a strong case, but it has to be based on limited evidence.
MR ALASTAIR CAMPBELL: All I can say is that that document that was presented to Parliament by the Prime Minister was -- it was a JIC [Joint Intelligence Committee] document with the Prime Minister's foreword upon it, and I think that the -- if that had been the view that -- so when the Prime Minister said, for example, in the foreword, what he believed the intelligence had assessed, that's what he believed the intelligence had assessed, because to quote John Sawers' evidence to you, he believed the intelligence. Why shouldn't he? So I think actually, in a sense, I -- I don't really -- I don't believe that the dossier in any sense misrepresented the position. I think it was cautious. I think it was -- I think everybody involved in this was aware of the unprecedented nature of it, and for that -- in part because of that took great care in the handling of it and -- look, let's be absolutely frank. I don't think we would be even having this exchange if it was not for the controversy which subsequently ensued, which was, may I say it, not of our doing?

(...)

THE CHAIRMAN: Can I intervene? I just want to establish one point, if I may, just regarding Sir John Scarlett and indeed others' ability to raise points on the text of the foreword. Sir John told us that he saw the foreword as something quite separate to the text of the dossier, and that is not disputed, but he also told us that it was, in his judgment, an overtly political statement, yes, signed by the Prime Minister and not something therefore that he could change. Desmond Bowen, in his evidence -- or, rather, in a minute indeed -- said much the same thing. Now, they had the opportunity to intervene, they could, but they didn't, because they felt they couldn't.
MR ALASTAIR CAMPBELL: I don't -- look --
THE CHAIRMAN: You don't agree with that?
MR ALASTAIR CAMPBELL: I'm not disagreeing with how -- look, I don't -- I'm not going to say anything remotely critical about John Scarlett, for whom I have huge regard, but I don't believe that, had any of the JIC thought that the foreword in any sense overstated the case to a degree that would make the work that they had done -- hit its credibility, that they would -- either they didn't feel they had the opportunity to say something, or, indeed, that they wouldn't have done. I think, as I said to you earlier, albeit that they were quite minor changes, the JIC did make changes. It is not as if they say, "That text there a sacrosanct. You can't touch it".

Implicitement, la position que défend Campbell est que la présentation des renseignements s'est faite sur ce qui était établi à l'époque comme viable. On sait aujourd'hui que les informations étaient erronées, mais selon Campbell, les réserves exprimées dans la presse par certains agents n'étaient pas la position relayée par les chefs des services.

Un autre passage est intéressant également concerne l'utilisation de l'expression "beyond doubt" sur le fait que l'Iraq continuait son programme de développement d'ADM. Campbell est assez peu convaincant dans son argumentation de l'usage d'un tel qualificatif pour des renseignements, car on sait qu'une marge d'erreur est inhérente aux informations recueillies par les services de renseignements et que la précaution est de rigueur.

Il me reste l'après-midi à lire. La suite à venir.

A voir : In the Loop

Hier soir, je suis allé voir le film In the Loop. Je le recommande vivement. En gros, le film parle de la guerre en Iraq sans le mentionner et de la montée en puissance de la machine politico-médiatique des va-t-en-guerre d'un côté et des opposants de l'autre. Le réalisateur a réussi un tour de force en rendant un sujet grave et sérieux démesurément hilarant. Derrière l'aspect comique de ce long métrage, il y a beaucoup de points qui mériteraient d'être analysés, telles les relations entre les civils et les militaires, qui m'ont rappelé un excellent article du général Petraeus dans Armed Forces & Society, les instrumentalisations politiques et les back door channels de la diplomatie. On sort de ce film à la fois crampé tant on a rit, mais également horrifié par les chicaneries politiques que In the Loop présente.

mercredi 13 janvier 2010

Alastair Campbell devant la commission sur l'Iraq (mise à jour)

Alastair Campbell, ancien directeur de communication de Tony Blair, a témoigné devant l'Iraq Inquiry hier. Je me suis lancé dans la lecture des débats. C'est absolument fascinant, mais également très long, donc, je vais faire cela en plusieurs posts.

Dans la première partie, jusqu'à la pause, Campbell présente plusieurs points intéressants :
* La politique de Tony Blair n'était pas le changement de régime en Iraq, mais le désarmement. Cela a toujours été le cas, avant et après la rencontre au ranch de Crawford en mars 2002, qui a souvent été présenté comme le moment où la position du Premier ministre britannique a changé.

I agreed with the Prime Minister's views, which were -- the Prime Minister was not saying at Crawford, "We now have a policy of regime change". The Prime Minister was absolutely clear, both before Crawford, at Crawford and subsequent to Crawford, that the policy of the British Government was to pursue disarmament of Saddam Hussein through the United Nations, and I think that was very, very clear in his public policy at the time.

So I don't really accept this analysis that at Crawford there was this fundamental shift of approach and policy by the Prime Minister. On your point about, did I support the Prime Minister in relation to his pursuit of disarmament of Saddam Hussein in the way that he did, yes, I did.
* Tony Blair n'était pas à la botte des Américains. Il partageait les mêmes vues que l'administration Bush sur le danger que représentait Saddam Hussein.

The Prime Minister, I think, on these fundamental strategic interest points, his instinct and his leadership would say we should be with the Americans. Does that mean that you tailor your policy to suit theirs? No. As I said to you earlier, he shared the analysis, he shared the concern, he shared the objectives of disarmament of Saddam Hussein.


* Tony Blair a convaincu Bush et son vice-Président Dick Cheney qu'avant d'envisager une action militaire, il fallait d'abord avoir épuisé tout le potentiel diplomatique.

BARONESS USHA PRASHAR: That is one thing, but I think --
MR ALASTAIR CAMPBELL: That is the key -- to my mind, that's what the key point was. That was the key point.
BARONESS USHA PRASHAR: No, I said: what were the rationales discussed for regime change? You know, what were the rationales for regime change?
MR ALASTAIR CAMPBELL: The history -- I don't think this had changed. Why was Iraq such an issue at that time? It is the history and the nature of the regime and the threat and the context of the threat post-September 11, and I think it was the Butler Report that quoted a JIC
paper that I hadn't seen at the time, but it had this phrase about the calculus of threat, and I think that is a very good way of putting how the analysis, the context of the analysis had changed.
So in a sense [U.S. and British senior officials] were discussing the best way to take forward and try to work towards this objective of disarmament of Saddam Hussein and force him to face up to his obligations under the UN. Obviously, you have heard from lots of different witnesses about the sense of tension within the American system and there is no point denying they were there.
There are tensions in any government and political system. But I think the significance of that meeting [in September 2002 at Camp David] was that George Bush came out of it and said we are going to the United Nations and we are not going there to look for a pretext for military action. That was a significant moment.


Avant de balayer du revers de la main les positions de Campbell en criant que l'Iraq n'avait pas d'ADM et que cette guerre était une farce, il faut remettre cela dans un contexte clair : en 2002, les services de renseignements était presque tous convaincus que l'Iraq possédait encore un arsenal nucléaire. Cela n'enlève rien au fait que cette guerre est une débâcle et que même si les Britanniques avaient réussi à convaincre les Américains d'attendre un peu plus longtemps avant de lancer l'offensive que les inspecteurs de l'ONU aient terminé leurs inspections et établi leurs résultats indiquant que l'Iraq n'avait plus d'ADM, Washington n'aurait pas quand même attaqué, car tout le dispositif militaire était déjà déployé et qu'il était trop tard pour reculer. Comme le rappelle Cameron, la politique de Washington, depuis Bill Clinton, était le changement de régime.

Certains pourront dire que les Américains avaient déjà décidé de partir en guerre au mois de septembre. Peut-être, mais, dans le cas présent, cela importe assez peu, car c'est du rôle des Britanniques dont il s'agit. Cameron le concède, rien n'exclut que les militaires aient dressé des plans d'attaque en 2002, mais, comme trop peu de gens l'acceptent, il est du devoir des militaires de présenter toutes les options, militaires ou non. Ensuite, le leadership politique fait son choix.

La suite à venir.

***MISE A JOUR***

Cela peut jouer des tours de publier des morceaux. La preuve. Après la pause du matin, Alastair Campbell a tenu à préciser que lorsqu'il parlait de Camp David, il faisait mention de la réunion de septembre 2001 et non septembre 2002.

mercredi 2 décembre 2009

Une bonne nouvelle #1

Le ministre des Affaires étrangères britannique David Miliband a annoncé que son pays envisageait de discuter avec le Hezbollah. Bien entendu, quand on parle du groupe libanais, il faut distinguer la milice du parti politique et Miliband en est conscient et explique que "des contacts choisis avec attention parmi des hommes politiques du Hezbollah, dont ses parlementaires, pourront faire avancer notre objectif qui est de voir le groupe renoncer à la violence et jouer un rôle constructif dans la politique libanaise".

La Grande-Bretagne a rompu ses contacts avec le groupe libanais en 2005 et l'a listé parmi les groupes terroristes depuis. Je pense que c'est une bon pas en avant, car plus on légitimise un groupe en discutant avec lui - dès lors qu'il est fréquentable et je pense que la branche politique l'est - plus il a tendance à voir l'intérêt de sa branche armée décroître.

mardi 30 juin 2009

Les britanniques et la COIN en Irak

Le dernier numéro de la revue Journal of Strategic Studies est consacré à la contre-insurrection (COIN) britannique. Un article notamment s'attarde sur les opérations menées par les troupes de Sa Majesté dans le sud de l'Irak. Glen Rangwala de Cambridge analyse les opérations de COIN en Irak sous un angle particulièrement intéressant. Il montre en effet un paradoxe problématique. Pour la réussite d'une opération de COIN, la tradition britannique veut que l'armée s'appuie sur un gouvernement reconnu par la grande majorité de la population. Le problème est qu'en Irak, les Britanniques qui étaient stationnés dans le sud chiite du pays ont connu beaucoup de problèmes à ce niveau, car il était impossible de trouver l'interlocuteur reconnu comme légitime.

Pourtant, analyse Rangwala, les Britanniques auraient dû avoir moins de soucis que dans d'autres provinces. Il n'y avait pas d'oppositions inter-confessionnelles et en plus, les groupes chiites du sud du pays ont toujours été représentés au gouvernement. Toutefois, il y avait une division incessante entre ces différents groupes. Quatre partis sont concernés : le parti Dawa de Nouri al Maliki, le parti Fadila de Wa'il 'Abd al-Latif, le Conseil Suprême pour la Révolution Islamique en Irak (CSRII) et le parti de Moqtada al Sadr. L'article relate les nombreux obstacles que les uns et les autres ont échafaudé pour se mettre des bâtons dans les roues. Rangwala explique les manipulations incessantes entre les partis au gouvernement et les partis aux autorités provinciales, les premiers n'hésitant pas à outrepasser les juridictions des autres pour les mettre sur la touche.

Dans cette situation, les Britanniques ont adopté la position de rester en retrait de ces querelles. A tort ou à raison. Cela les laissait donc dans des positions où ils avaient une relativement bonne assise au gouvernement, mais pas au niveau local. Au lieu de composer avec les forces locales pour enrayer les mouvements insurrectionnelles, les Britanniques se retrouvaient dépourvus des armes nécessaires pour une opération de COIN : sources de renseignement, possibilités de s'engager dans des missions de surveillance et capacité à diffuser des informations au sein des populations. En effet, les Britanniques interagissaient peu avec les leaders locaux, patrouillaient peu et restaient quasi systématiquement en retrait, manquant ainsi d'appuis et de relais.

Cette attitude s'avère délicate quand on aborde la question de Moqtada al Sadr. En laissant faire, les Britanniques n'ont de fait pas empêché la constitution de Jeish al Mahdi, l'armée d'al Sadr, alors même que ce groupe était hostile à la présence de troupes étrangères et qu'elles agissaient en conséquence. Egalement, en restant à l'écart, les Britanniques espéraient pouvoir gagner les "cœurs et les esprits", mais en fait, ils ont toujours été assimilés aux Américains, ce qui réduisait à néant leur stratégie d'origine.

Les principaux défis britanniques à Bassorah et à Mayan ont montré que les Britanniques avaient peu d'emprise sur la situation. Le plus dommageable pour ces troupes, c'est qu'au lieu de s'allier au gouvernement pour lutter contre des mouvements d'insurrection, ils ont constamment du faire des alliances dans des oppositions entre différentes branches du gouvernement, national contre provincial, voire des branches différentes du gouvernement national. En restant à l'écart, les Britanniques ont donc favorisé le gouvernement national, surtout avec l'arrivée d'al Maliki en 2006, et indirectement, "sont devenus des agents de la re-centralisation de l'Irak". Mais surtout, les Britanniques se sont perdus dans les querelles sans vouloir en être. Une autre leçon également à tirer de cette expérience est que mener une opération de COIN différente de celle plus agressive menée par les Américains n'a fait que jouer en leur défaveur, car la population ne faisait pas la distinction.
 

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