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mardi 25 janvier 2011

Premières réactions sur les événements au Liban et en Egypte

Photo prise place Tahrir par Lauren Bohn (http://twitpic.com/photos/LaurenBohn)

J'ai passé une bonne partie de la journée à suivre les manifestations en Egypte via Twitter. Entre le flot continu de tweets sur les événements au Caire, les informations sur le Liban faisaient également surface.

A chaud, quelques analyses qui mériteront d'être un peu plus approfondies dans les jours qui viennent.

Sur l'Egypte, tout d'abord, ce qui se passe me semble inouï. En 2008, lors des "émeutes de la faim", le buzz médiatique faisait croire que l'Egypte était au bord de la rébellion nationale, mais en fait, le régime avait totalement endiguer les mouvements, à quelques exceptions près. Aujourd'hui, il semble que les manifestations au Caire aient été massives malgré un important déploiement de forces de sécurité. Il faut bien comprendre qu'en 2008, le square al-Tahrir, très central et visible, était vide, alors qu'aujourd'hui, il semblerait qu'il soit rempli de milliers de manifestants. C'est significatif. Certes, le Caire avait déjà connu des manifestations massives en 2003 contre la guerre en Iraq. Les conditions sont radicalement différentes. L'Egypte était officiellement opposée à cette intervention et avait tout intérêt à laisser sa population protester. Aujourd'hui, les Egyptiens manifestent pour le changement dans leur pays, ce qu'un régime autoritaire comme l'Egypte ne peut laisser faire. Malgré les interventions et les arrestations, les manifestations se poursuivent encore à l'heure où j'écris.

vendredi 21 janvier 2011

Calcul serré au Liban alors que Jumblatt rejoint l'opposition

Walid Jumblatt a annoncé qu'il soutenait l'axe de la Syrie et de la résistance, en gros l'opposition. Dans une conférence de presse, il a justifié son choix indiquant que le TSL était devenu politisé. Cette décision est extrêmement importante pour la suite, car elle peut déterminer le choix du prochain Premier ministre. Néanmoins, Jumblatt laisse planer le doute quant au rôle qu'il jouera.

A ma connaissance, il n'a pas mentionné explicitement le Hezbollah dans sa conférence de presse et cela est également important - même si le Hezbollah est souvent simplement appelé "la résistance". Les relations entre Jumblatt, plus haut représentant de la communauté druze, et le Hezbollah sont cordiales, mais pas amicales. Ce facteur semble toutefois ne pas avoir pesé autant que le TSL. En effet, il a retenu comme plus problématique la politisation du TSL qui, pour lui, est source de tensions dans le pays.

mercredi 19 janvier 2011

Qui est aux commandes au Liban ?


View Hezbollah's Beirut Gatherings January 18 in a larger map

Le Liban semble plonger dans une grave crise politique, dont l'issue est très certaine. Comme le suggérait Emile Hokayem dans une récente tribune à Middle East Channel, le Hezbollah semble en position de force suite à la chute du gouvernement libanais. Le groupe chiite le sait et le rappelle clairement. Outre l'habile discours d'Hassan Nasrallah, le Hezbollah a manifesté pacifiquement, mardi matin, aux coins de certaines rues de Beyrouth au moment même où le Premier ministre qatari cheikh Hamad bin Jassim Bin Jaber al-Thani et le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu sont en mission sur place pour démêler la situation. Toutefois, la situation politique appelle à une analyse plus mesurée, où le Hezbollah a plus de contrôle que Saad al-Hariri, mais ne peut pas composer uniquement selon ses termes.

Via le blog Beirutspring, on peut voir les coins de la capitale où des membres du Hezbollah et de ses alliés du mouvement Amal se sont rassemblés. Toutefois, un article de L'Orient-le jour rapporte des témoignages contradictoires au sujet de ces rassemblements, certains affirmant même qu'aucun rassemblement n'avait eu lieu. Il est vrai que je n'ai vu aucune photo et je ne parviens pas à trouver de vidéos. Dans tous les cas, si cette manifestation a bien eu lieu, les réminiscences des événements de mai 2008 où le Hezbollah s'était emparé, armé, des rues de la capitale sont évidentes.


Le jeu politique actuel est extrêmement complexe à comprendre et il est difficile de discerner exactement ce que le Hezbollah cherchait à obtenir en déclenchant cette énième crise politique. Cette décision a été prise à un moment opportun pour le groupe chiite. Alors que les ministres du Hezbollah démissionnaient au Liban, le Premier ministre Saad al-Hariri rencontrait le Président Barack Obama. C'était là une position bien réfléchie : le Hezbollah montrait que sa base était au Liban et indiquait qu'Hariri cherchait du soutien à l'étranger chez ses amis américains. De quoi faire passer un premier message. 

lundi 17 janvier 2011

Lectures et commentaires 17-01-2011

Une nouvelle année commence, mais on ne change pas de bonnes habitudes. Voici les lectures et commentaires adjoints d'une bonne salve d'articles. Je vais en publier plus par semaine, parce que je ne suis pas certain que 30 articles par post soit franchement agréable à lire et à publier - avec les ancres - cela prend bien trop de temps et Blogger ne prévoit pas l'usage des ancres, donc tout faire en html est bien trop fastidieux. D'ailleurs, n'oubliez pas qu'il faut cliquer sur "lire la suite" pour que les ancres fonctionnent.

* Anne Applebaum - Tunisia's Jasmine Revolution might not install a democracy / Washington Post
* Netanyahu helped Barak quit Labor / Haaretz
* Le style de MAM s'impose au Quai d'Orsay / Le Figaro
* Some Post-Speech Thoughts / Qifa Nabki
* Emile Hokayem - Hezbollah goes for the kill / The Middle East Channel
* International cybersecurity treaty might not be achievable, report says / Nextgov
* Shibley Telhami - Hezbollah's Power Play in Lebanon / Brookings Institution
* Elias Muhanna - No Victors in Lebanon / Foreign Policy
* Nicu Popescu - Democracy and reformism in EU’s neighbourhood / EU Observer
* Thanassis Cambanis - Hezbollah’s Latest Suicide Mission / New York Times
* Mirage ou menace au Sahel : Al-Qaïda au Maghreb Islamique / Historicoblog (3)
* Hani Nasira - The Role of Egyptian Militants in Developing al-Qaeda in the Arabian Peninsula / Terrorism Monitor
* Cassidian vise le milliard d'euros dans la cybersécurité / Le Figaro
* Jean-Vincent Brisset: «L'opération militaire est la moins mauvaise solution pour sauver les otages» / IRIS
* Ex-CIA officer faces up to 120 years for leaking secrets / intelNews.org
* OTAGES TUÉS AU NIGER - Les dessous de l'opération meurtrière / Défense ouverte
* Bruce Riedel - The Saudi Spy Who Saved Chicago / The National Interest
* Khatami's Sharp-Sighted Strategy / Tehran Bureau
* The Risks of E.U. Arms in China / New York Times
* Religion and the rise of economics / The Economist
* Israel - Netanyahu Says Iran Is Undeterred / New York Times
* Iran intelligence chief: 10 suspects linked to Mossad / Jerusalem Post
* Mathieu Guidere: «Ces islamistes ne tolèrent pas les mariages mixtes» / Le Figaro
* Abbas Milani - The Shah's Atomic Dreams / Foreign Policy
* Report: How Arab money is transferred to Israeli Left / Ynet
* Iran Claims to Have Broken Up Israeli Spy Ring / New York Times
* Hugh Roberts - Algeria’s national 'protesta' / The Middle East Channel
* Egypte : appel d’offres pour une centrale nucléaire
* The Strange Case of General ‘Asgari / MEI Editor's Blog
* Turkey to make chopper, air defense selections in 2011 / Hurriyet Daily News and Economic Review

jeudi 13 janvier 2011

Pas de conflit civil à entrevoir au Liban

Joseph Bahout de Sciences Po Paris a donné un entretien à L'Express. Elle est à lire, car elle retranscrit brièvement mais clairement la situation actuelle. Un passage à noter et à bien garder en tête :

Le Liban n'en est pas à sa première crise politique, pensez-vous que celle-ci puisse déboucher sur un conflit armé?
Nous sommes encore très loin d'une guerre civile. Nous entrons maintenant dans une période de latence institutionnelle. Il risque d'y avoir des tensions politiques, et peut-être quelques dérapages. Mais aucun des partis en présence ne souhaitent en passer par la violence. Ils veulent à tout prix rester sur le terrain politique.  
Sur le plan militaire, aucune force n'est à la hauteur du Hezbollah. Le parti pourrait donc tenter un coup de force, et mettre les institutions au pas. Mais un coup d'Etat paraît peu probable au regard de la stratégie politique du parti chiite. 
Evidemment, si le conflit armé est peu probable, la crise politique, elle, est déjà présente. 

mercredi 12 janvier 2011

C'est reparti comme en ... tout le temps ... au Liban

Il n'y a plus de gouvernement au Liban.

Un ministre "neutre" avait déjà annoncé sa démission du gouvernement il y a quelques jours. C'est désormais au tour des dix ministres du Hezbollah de se retirer. Un total de 11 ministres, ce qui représente plus d'un tiers, et donc condamne le gouvernement du Premier ministre Saad Hariri. Naharnet a un détail de l'annonce faite par le ministre de l'Energie Jebran Bassil.

Pourquoi en est-on arriver à la chute du gouvernement libanais ? Pour une raison somme toute assez simple. Le Tribunal Spécial pour le Liban (TSL), chargé d'enquêter sur la mort de Rafiq Hariri, devrait soumettre ses résultats sous peu et la rumeur dit que des membres du Hezbollah devraient être incriminés. Le Hezbollah voit cette institution comme un instrument d'Israël pour déstabiliser le pays et veut que le gouvernement libanais le discrédite (sic). De l'autre côté, Saad Hariri et ses partisans ont prévenu qu'il soutiendrait le TSL jusqu'au bout. Le Hezbollah avait prévenu que si ses conditions n'étaient pas entendus, ses ministres démissionneraient. C'est chose faite.

Avec cette démission, le Hezbollah - et le soutien de l'autre ministre - a apposé son droit de veto d'une certaine manière, ce qu'il n'a pas les moyens de faire à lui seul, car il faut un tiers des sièges du Cabinet pour cela et le Hezbollah n'en a que dix, soit un manquant.

Désormais, le Liban se retrouve sans gouvernement. L'actuel ne fera qu'expédier les affaires courantes. Cela devient un mauvais scénario qui ne cesse de se répéter. Saad Hariri est de nouveau chargé de former un nouveau gouvernement. La moyenne étant de 6 mois - à vue d’œil - donc on est reparti pour un tour. 

mercredi 22 septembre 2010

La France pourrait trouver des racheteurs d'équipements militaires au Moyen Orient

Selon la lettre d'informations stratégiques TTU, plusieurs pays du Moyen Orient pourraient racheter du matériel excédentaires de la France. En effet, un plan quinquennal 2010-2015 prévoit le retrait de matériels militaires et Sofema s'est vu attribuer la mission de trouver des racheteurs. L'objectif de cette société est de promouvoir les atouts industriels de la France dans les domaines de la défense et de l'aéronautique, dans le cas présent de revendre du matériel qui n'est plus utilisé par les armées françaises.

D'après les informations de TTU publiées cette semaine, le Liban, Oman, Qatar et l'Indonésie figurent en bonne position pour le rachat de VAB (véhicules de l'avant blindés) d'occasion.

lundi 9 août 2010

Netanyahu a parlé et...

... n'a pas dit grand chose d'intéressant. J'ai parcouru de nombreux articles de presse pour voir si le Premier ministre israélien avait révélé quelque chose d'inattendu ou d'exceptionnel lors de son témoignage devant la commission Turkel ce matin. Elle enquête sur la légalité du raid.

Eh bien non. Il affirme qu'Israël a respecté le droit international, que le gouvernement israélien s'est plusieurs fois entretenu avec "des personnes haut placées" dans le gouvernement turc, et que l'opération du 31 mai a été lancé en dernier ressort pour faire respecter le blocus contre Gaza et la possibilité de faire rentrer des armes dans la Bande.

Bref, pas de quoi s'étonner. En outre, au contraire de la commission Vinograd qui enquêtait de manière extensive sur la guerre de 2006, la commission Turkel n'a pour seul mandat que la légalité de l'opération et ne s'intéresse donc pas au processus de décision qui a été souvent critiqué.

jeudi 5 août 2010

Le dilemme de la FINUL

Le général français Alain Pelligrini, qui a commandé la FINUL de 2004 à 2007, résume un des problèmes de la FINUL :
Le problème est que dans ce genre de cas, si vous intervenez pour protéger l'IDF, par exemple, la FINUL sera accusée par le Hezbollah ou la population de protéger les Israéliens et de collaborer avec l'ennemi. De l'autre côté, si nous faisons de même avec les Libanais, Israël accusera la FINUL de collaborer avec le Hezbollah.
Certes, ce n'est pas le seul problème de cette force internationale prise entre deux eaux avec un mandat qui ne lui autorise presque rien, mais cette question de perception n'est pas à négliger.

mercredi 4 août 2010

Israël et Liban : alors de quel côté était l'arbre ?

La question se pose, car c'est la source de cet affrontement entre soldats israéliens et libanais. Extrait d'un article du Figaro :

Mais la Finul (Force des Nations unies au Liban) a affirmé mercredi que l'arbre en question se trouvait bien du côté israélien de la ligne bleue. Cette ligne a été tracée par l'ONU pour faire office de frontière, après le retrait de l'armée israélienne du Liban sud en mai 2000. L'armée libanaise a rétorqué qu'il s'agissait d'un «territoire controversé». La Finul a confirmé les «réserves» du gouvernement libanais sur le tracé, en rappelant néanmoins que «le Liban et Israël ont confirmé au secrétaire général de l'ONU que la délimitation de la Ligne bleue était du ressort des Nations unies».
Cette "ligne bleue" est sujet de discorde entre Israël et le Liban (sans parler du Hezbollah) depuis sa création en 2000. Sans rentrer dans autant de détails que Brendan O'Shea dans son article très complet de 2004 dans Studies in Conflict & Terrorism en 2004, un petit rappel de l'histoire de cette ligne - qui n'est pas une frontière internationale au sens juridique du terme - s'impose.

Le Hezbollah cherche des soutiens en accusant Israël de l'assassinat d'Hariri

J'allais fermer boutique pour la journée, mais voilà que je lis que le Hezbollah accuse Israël d'avoir tué Rafic Hariri. Mieux, Nassan Nasrallah, le dirigeant du groupe libanais, va présenter une preuve conséquente lors d'une conférence de presse le 9 août prochain. J'attends de voir...

Brièvement, cette accusation est étonnante, car jusqu'à présent, le leader chiite s'était peu aventuré à accuser Israël d'avoir assassiné Hariri - il faut dire que le motif ne serait pas clair du tout. Ils ont à plusieurs reprises dénoncé les manipulations israéliennes pour la mise en place du Tribunal Spécial pour le Liban (TSL) et les différentes accusations qui ont pu sortir dans la presse.

samedi 20 février 2010

Un conflit israélo-hezbollo-libano-syrien en 2010 ?

Le Secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa a déclaré que "si une nouvelle attaque ou agression était en préparation, [les Israéliens] ne s'en sortiraient pas facilement". Et de continuer, "nous avons tiré les leçons de 2006 et la position arabe est d'être aux côtés du Liban". Quel est l'intérêt de cette intervention ?

Remettons tout d'abord la citation dans son contexte. Amr Moussa a tenu ses propos après sa rencontre avec Ali Shami, le ministre libanais des Affaires étrangères. Plusieurs commentateurs réfléchissent à l'éventualité d'un conflit entre Israël et le Liban en 2010. De plus, plusieurs hommes politiques israéliens ont laissé entendre qu'un conflit contre le Hezbollah aurait des répercussions sur le Liban et la Syrie. Cette dernière aurait en plus fourni au groupe libanais des missiles M-600 d'une portée de 250km, qui viennent se rajouter aux missiles anti-navires SS-N-26 et au système de défense aérienne SA-2 que Damas aurait déjà fourni. Et pour faciliter le tout, un "problème" de traduction a mené à des remarques particulièrement belliqueuses, notamment de la part d'Hassan Nasrallah.

mardi 22 décembre 2009

L'autorité étatique a tendance à être contestée au Moyen Orient

Gregory Gause a publié un papier intelligent dans le quotidien émirati The National. Il se penche sur la nouvelle montée en puissance des acteurs non-étatiques au Moyen Orient. En effet, il montre que la légitimité de l'Etat est de plus en plus remise en question dans plusieurs pays de la régione et que cela les déstabilise durablement.

Le phénomène n'est pas nouveau, puisque les Frères musulmans en Égypte ou les Baasistes ont joué un rôle de premier plan depuis des décennies. Cela étant, cela se fondait dans une vague pan-arabiste très forte menée de front par Gamal Nasser. De même, cette tendance a décru au fur et à mesure que les Etats sont devenus forts et se sont appropriés leur territoire. Cela ne s'est souvent pas fait dans les circonstances les plus réjouissantes.

Aujourd'hui, plusieurs pays sont touchés par ces forces extra-gouvernementales qui s'opposent à l'autorité du gouvernement et imposent leurs propres structures et leur propre appartenance identitaire. Quatre pays sont particulièrement touchés par ce phénomène : l'Iraq, le Liban, les Territoires palestiniens et le Yémen. Dans chacun, un ou plusieurs groupes armés non-étatiques empêchent l'autorité centrale de gouverner sur tout le territoire. Gause note que le risque de voir les États aujourd'hui forts s'écrouler sont réduits, car les islamistes ont été domptés, l'influence de l'Iran est réduite et il n'y a pas d'intervention militaire extérieure. C'est en effet ce dernier facteur qui mérite notre intérêt. Des quatre pays cités, tous souffrent (ou ont souffert) d'intervention militaire ou de présence de groupes étrangers, que ce soit les forces de coalition en Iraq, Israël dans les Territoires palestiniens et au Liban, et Al Qa'ida au Yémen. Aujourd'hui, l'Iraq n'arrive toujours pas à rompre avec les oppositions entre Sunnites et Chiites - sans parler des autres minorités -, le Liban essaie tant bien que mal de gérer le Hezbollah qui conserve son pouvoir de violence, puisqu'il n'est pas prêt à déposer les armes, le Hamas continue d'être un élément perturbateur dans la politique intra-palestinienne et le gouvernement central yéménite doit faire face à une multitude de crises intérieures.

Bref, rien de bien beau dans ces pays. Diane Davis dans le dernier numéro de Contemporary Security Policy pourrait être en accord avec cet état de fait. En effet, elle explique que le nombre de "communautés imaginées" (très bon concept de Benedict Anderson) a augmenté ces dernières années. La question qu'elle pose est intéressante : cela est-il du à l'affaiblissement des gouvernements centraux et à la puissance montante de ces acteurs armés non-étatiques (AANE) ou du au fait que les AANE alimentent la faiblesse du gouvernement central ? Une chose est certaine, c'est qu'ils représentent un défi pour le gouvernement, gardien unique de la notion weberienne de " violence légitime". Pour Davis, trois constats sont à tirer :
* la montée en puissance des AANE est une réponse à l'incapacité de l'Etat central à répondre aux préoccupations de certains citoyens, ce qui conduit certaines "communautés imaginées" à se doter de leur propre moyen de coercition. Le Hezbollah peut rentrer dans cette catégorie.
* les AANE ne sont pas nécessairement intéressés par la prise de pouvoir et peuvent être le porte-parole d'une cause économique, comme les Houthi par exemple, ou d'un sentiment d'insécurité grandissant, comme ce fut le cas de manière violente en Iraq entre 2004 et 2006 notamment.
* la création de cette multitude de "communautés imaginées" viennent se cogner avec la "communauté imaginée" nationale. On assiste donc à des affrontements entre différentes forces qui ont toutes développées leur pouvoir de coercition. Pour éviter cela, on arrive à des compromis comme au Liban où le Hezbollah est autorisé par le gouvernement à conserver ses armes.

mercredi 2 décembre 2009

Une bonne nouvelle #1

Le ministre des Affaires étrangères britannique David Miliband a annoncé que son pays envisageait de discuter avec le Hezbollah. Bien entendu, quand on parle du groupe libanais, il faut distinguer la milice du parti politique et Miliband en est conscient et explique que "des contacts choisis avec attention parmi des hommes politiques du Hezbollah, dont ses parlementaires, pourront faire avancer notre objectif qui est de voir le groupe renoncer à la violence et jouer un rôle constructif dans la politique libanaise".

La Grande-Bretagne a rompu ses contacts avec le groupe libanais en 2005 et l'a listé parmi les groupes terroristes depuis. Je pense que c'est une bon pas en avant, car plus on légitimise un groupe en discutant avec lui - dès lors qu'il est fréquentable et je pense que la branche politique l'est - plus il a tendance à voir l'intérêt de sa branche armée décroître.

mardi 10 novembre 2009

Enfin un gouvernement au Liban, (mis à jour)

C'est fait. Le Liban a un gouvernement. Pour ceux qui n'ont pas suivi l'épique scénario de quatre mois et demi sans gouvernement, lire les posts ici, ici, ici, ici et ici.

Le gouvernement est constitué de trente ministres. La majorité menée par le Premier ministre Saad Hariri récupère 15 sièges, l'opposition constituée du Courant patriotique libre (parti de Michel Aoun), du Hezbollah et d'Amal bénéficie de 10 sièges et cinq sièges, dont l'Intérieur et la Défense, sont attribués à des proches du Président Michel Sleiman. En d'autres termes, l'opposition n'a pas suffisamment de sièges pour imposer un veto ou provoquer la démission du gouvernement le cas échéant.

Selon l'article 69 de la constitution libanaise, si le gouvernement "perd" plus d'un tiers des membres, il est considéré comme démissionnaire. De même, l'article 65 indique qu'il faut une approbation des deux tiers du gouvernement sur "les questions fondamentales", telles que la révision de la Constitution, la guerre et la paix, le budget général de l'Etat et la dissolution de la Chambre des députés.

En d'autres termes, le bloc du Président libanais jouera le rôle d'arbitre.

Cela pourrait enfin mettre fin à plus de quatre mois de crise gouvernementale. Pourrait, parce que ce n'est pas encore finalisé. En effet, le parti al-Kataeb menace de se retirer du gouvernement, car son leader Amine Gemayel n'est pas satisfait d'avoir obtenu le ministère des Affaires sociales ; il souhaitait l'Education. Un autre déçu : Michel Pharaon, parlementaire de la majorité et ministre d'Etat sans véritable portefeuille, voulait l'Information (tenu par la majorité).

On devrait en savoir plus d'ici la fin de la journée. Plus d'informations à venir...

La citation du jour va à Elias Muhanna, auteur du blog Qifa Nabki, qui interrogé par le Times déclare que

[q]uand la Syrie et les Saoudiens dirigeaient le Liban, la flexibilité du système était un atout, parce que cela leur permettait de dessiner le pouvoir politique selon leurs besoins. Mais, maintenant que le Liban est plus ou moins en charge de sa propre destinée, cette flexibilité est devenue une charge.

***MISE A JOUR***

Le gouvernement est formé! Après avoir rencontré Saad Hariri, Michel Pharaon a décidé de participer au gouvernement. Il aura fallu l'intervention et du Premier ministre et du Président Sleimane pour s'assurer la participation du parti al-Kataeb, mais ils en font également partie. La photo officielle a été dévoilée.


jeudi 17 septembre 2009

Le Liban: même pas une blague

Après un nouveau vote pour désigner le prochain Premier ministre libanais, le Parlement a de nouveau désigné Saad Hariri, qui a échoué une première fois dans sa mission de former un gouvernement. Il a remporté le soutien de tous les partisans de la Coalition du 14 mars, alors que l'opposition s'est abstenue de nommer un candidat et de voter pour Hariri.

Rien n'a changé dans le paysage politique depuis la semaine dernière. Les demandes et les oppositions sont toujours les mêmes. Il semble toutefois que ce soit encore plus difficile cette fois, car le soutien à Hariri s'est affaibli par rapport à sa première nomination. Il avait obtenu 86 voix contre 73 cette fois-ci. Comme l'indique le titre de Tayyar, un site d'infos libanais, "Hariri est un premier ministre désigné par un seul parti". Autant dire que la partie est très loin d'être terminée.

mercredi 16 septembre 2009

Au Liban: bis repetita?

Saad Hariri a jeté l'éponge et le Liban n'a toujours pas de gouvernement. Le leader de la Coalition du 14 mars n'a pas réussi à former un gouvernement en raison d'une opposition farouche. Qifa Nabki pense qu'Hariri aurait du renoncer il y a un mois, parce que depuis les élections du 7 juin, cette aventure est une farce. Bref, on semble reparti pour un long lumbago politique qui pourrait ressembler aux 18 mois de vacance présidentielle, qui avait pris fin en mai 2008 avec la nomination du Général Sleimane. The Daily Star déplore toutes les chicaneries des politiques libanais qui semblent plus intéresser par les gué-guerres que par l'intérêt du pays.

Dans un registre lié, mais quelque peu distinct du contexte purement électoral, je recommande chaudement la lecture d'un excellent article publié sur le site de Foreign Affairs de Mohamad Bazzi sur l'importance du Hezbollah sur la politique intérieure et internationale du Liban.

vendredi 31 juillet 2009

Vers un gouvernement au Liban...

Il semblerait que le Liban se dirige vers un nouveau gouvernement. Le futur nouveau Premier ministre Saad Hariri, de la coalition victorieuse du 14 mars, a annoncé qu'un accord avait été trouvé pour la répartition des ministères entre la coalition du 14 mars et l'opposition emmenée par le Hezbollah. Fait notable, le Président Michel Sleimane jouera un rôle important. Ainsi, la majorité nommera 15 ministres, l'opposition 10 et le Président 5, dont, selon certains, les ministres de la Défense et de l'Intérieur. La question reste maintenant de savoir comment les différents portefeuilles vont être distribués, car peu sont connus pour le moment.

Au sein de la majorité, la coalition du 14 mars est satisfaite de cet accord. Dans l'opposition, les partis chiites Hezbollah et Amal sont également optimistes. Même Hassan Nasrallah a déclaré que le processus était en bonne voie.

Mais, il y a aussi des déçus. Le général Aoun, qui s'était allié avec le Hezbollah, n'aurait pas été consulté sur la formule du 15-10-5. De plus, il veut qu'un de ses proches bénéficie du poste de ministre des Télécommunications, ce qui ne semble pas fait. Autre désillusion pour lui, il semblerait qu'il ne bénéficiera pas du choix de six portefeuilles qu'il espérait. En effet, dans l'opposition, les 10 portefeuilles devraient être répartis ainsi : 3 pour le Amal, 2 pour le Hezbollah, 5 pour le bloc Changement et Réforme, dont 3 pour le Courant Patriotique Libre du général Aoun.

lundi 8 juin 2009

Un nouveau départ au Liban?

"Ouf" doivent penser beaucoup de chancelleries occidentales. La coalition menée par le Hezbollah, malgré un avantage dans les sondages, a perdu les élections au Liban. Cela évite l'interminable question de savoir si on légitime les résultats ou pas. Toutefois, il faut se garder de voir une victoire de la coalition soutenue par l'Occident et l'Arabie Saoudite, celle du 14 mars avec à sa tête notamment Saad Hariri et Walid Jumblatt, contre la coalition soutenue par la Syrie et l'Iran, celle du Hezbollah et du Chrétien Michel Aoun. Certes, il sera intéressant de voir la réaction des uns et des autres à cette élection, mais évitons d'aller chercher si loin et focalisons nous sur le local.

La coalition du 14 mars remporte une petite victoire. Elle a pris un siège de plus qu'aux précédentes élections, atteignant les 71 postes contre 57 à la coalition menée par le Hezbollah. Le facteur déterminant aura été le vote chrétien, comme l'explique Sami Moubayed dans Asia Times. Selon les Accords de Taëf de 1989, le Parlement libanais se divise de la façon suivante : 27 sièges pour les Sunnites, 27 sièges pour les Chiites, 34 sièges pour les Chrétiens maronites, et les 40 autres sont partagés entre Druzes, Orthodoxes et Alawites. Autrement dit, 64 sièges sont pour les Musulmans et 64 sont pour les non-Musulmans. Tous les sièges sunnites ont été remportés par la coalition menée par Saad Hariri, tandis que le Hezbollah a remporté tous les sièges chiites. Chez les Chrétiens, Aoun avait fait le pari de s'aligner avec le parti chiite pour atterrir dans la coalition gouvernementale, mais les Chrétiens se sont plus alignés avec la coalition du 14 mars, ce qui explique l'écart final.

Les spéculations vont bon train pour tenter d'expliquer la victoire de la coalition du 14 mars. Robert Satloff propose une idée un peu tarabiscotée je trouve de penser que le discours de Joe Biden le 22 mai a joué un rôle important. A l'occasion de sa visite surprise, le vice-président américain a affirmé que l'aide américaine pouvait être révisée en fonction de la composition du gouvernement et des politiques qu'il promeut. Cela me parait un peu exagéré de penser que cette intervention a joué un facteur décisif.

En tout cas, cela ne sort pas le Liban d'affaire. Composer un gouvernement de coalition va s'avérer une mission tortueuse. Certes, Michel Aoun reconnait sa défaite tout autant que le Hezbollah. Saad Hariri joue la politique de la main tendue. Pour autant, il faudra commencer par nommer un nouveau Premier ministre. Les rumeurs font état que les deux principaux prétendants sont Hariri et un ancien Premier ministre Najib Mikati. Hariri n'a quasiment aucune chance de passer, car le Hezbollah ne l'acceptera jamais. Mikati, quant à lui, est assez accepté des deux camps.

Ensuite, la route sera longue pour que se crée un gouvernement. Espérons que le Liban ne replonge pas dans une nouvelle crise politique. Le premier pas positif aura été l'acceptation par les vaincus de la victoire du camp adverse, alors même que les fraudes semblent avoir été nombreuses.

lundi 1 juin 2009

Pourquoi il faut accepter les résultats au Liban

Le 7 juin, quand nous voterons pour les Européennes, le Liban votera pour les élections parlementaires. J'en ai déjà un peu parlé. Roula Khalaf a publié une chronique très intéressante dans le Financial Times sur le fait que les Etats-Unis doivent reconnaître les résultats des élections même si c'est le Hezbollah qui les remportent. Le groupe reste considéré par les Etats-Unis comme une organisation terroriste. En cas de victoire du groupe, certaines sources françaises indiquent que les relations entre la France et le Liban resteraient normales.

Khalaf appelle les Etats-Unis à ne pas réitérer le cas de 2006 après la victoire du Hamas dans les Territoires palestiniens. L'auteur admet que le Hezbollah est "une bête politique à problèmes", mais trois raisons sont avancées pour justifier une reconnaissance des résultats. Tout d'abord, Washington entretient une très bonne relation avec le Président Michel Sleiman, élu après une longue vacation du poste en mai 2008, qui s'élève au-dessus des divisions traditionnelles dans la politique libanaise.

Ensuite, le Hezbollah ne serait pas amené à diriger seul, car sa victoire serait largement due à ses alliés chrétiens - Michel Aoun s'étant allié avec le parti chiite - qui sont loin des positions du Hezbollah.

Enfin, une victoire du Hezbollah forcerait le groupe à être responsable de ses actions. En effet, le parti chiite serait face à ses propres contradictions, notamment à savoir s'il est capable de vraiment rendre le gouvernement plus efficace et de gérer le fait qu'il dirige déjà un Etat dans l'Etat (cf. le sud du Liban).
 

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