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lundi 25 juillet 2011

L'Egypte et la grande muette



La transition vers la démocratie est un exercice difficile, l'Egypte en est le cas d'étude parfait. Nettoyer le système de toutes ses impuretés est un labeur long et difficile !

Reprenons brièvement les événements depuis la chute d'Hosni Moubarak. Beaucoup écrivaient que c'était la fin d'un régime. A tort ! Un régime ne tombe pas quand un homme tombe ; un régime est un système ! Le Conseil suprême des forces armées (CSFA) prenait les rênes du pays en annonçant à tout entendeur que les militaires n'avaient aucune intention de prendre les commandes du pays et que leur objectif était de faciliter la transition démocratique. Intention louable et au départ suivi de fait : consultations avec les différents groupes d'opposition et avec les jeunes leaders de la révolution. Plus de liberté de la presse, plus de liberté d'organisation, d'association etc. Bref à bien des niveaux, la société égyptienne se dirigeait vers plus de démocratie.

Le 19 mars se tenait un référendum sur l'amendement de dix articles de la constitution. De premières divisions apparaissaient. D'un côté, les nouveaux partis et leaders libéraux se mobilisaient contre ce référendum. Pour eux, ce référendum n'allait pas assez loin. De l'autre, la vaste majorité de la population soutenait cet effort et le référendum est passé à une très large majorité. La démocratie en marche pensait-on, mais le CSFA a soulevé quelques inquiétudes en amendant davantage la constitution sans consultation populaire.

Incapables de trouver un juste équilibre entre transition démocratique et maintien de l'ordre, les forces armées ont progressivement refermé les valves. La liberté d'expression trouvait sa limite : la critique féroce des forces armées. Un bloggeur en fera les frais. La liberté d'association trouvait sa limite : le trouble à l'ordre public. Les arrestations et les actes de torture (re)devenaient monnaie courante. L'interaction avec la population devenait de plus en plus limitée : quelques communiqués sur Facebook.

Alors a commencé une dynamique qui va s'avérer problématique. Le seul moyen pour la population de se faire entendre était de manifester, mais ce moyen était de moins en moins toléré par les militaires. De fait, le CSFA est passé d'organe respecté à "relique de l'ancien régime". Le CSFA est devenu réactif, prenant des décisions unilatéralement et les adaptant au gré de la mobilisation populaire. Le sentiment dominant était que les actions du CSFA n'étaient pas bonnes.

lundi 30 mai 2011

Mon premier papier sur l'UE et l'Egypte pour la Carnegie

Ce n'est pas sans bomber un peu le torse que je vous annonce la publication de mon premier article pour la Carnegie. Il traite de la réponse de l'Union Européenne aux révoltes en Egypte. Je vous donne un premier aperçu ci-dessous, la suite vous attend sur le site de la Carnegie Europe. N'hésitez pas à me faire part de vos commentaires.

The European Union’s (EU) response to the dramatic events in Egypt has been rather weak and belated, showing that in a fast-moving environment the Union has difficulty reacting in the way required of a serious global player. Despite a flurry of high-level meetings in Brussels, the EU has thus far taken only light-weight positions and actions.

The limits of Brussels’ foreign policy have been particularly salient. Because of its incapacity to influence events in Egypt, it swiftly shifted the focus of the debate to the EU-Egypt partnership, a more institutionally-oriented and slow-developing approach.

With the review of the European Neighborhood Policy (ENP) now out, the Union needs to develop a clear idea of how it can deliver and how it can build ownership on the Egyptian side. Given that Cairo has never demonstrated a strong interest in partnership with Brussels, relations with Egypt will be a valuable test case of how the EU can revamp its strategy with its neighbors.

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mercredi 18 mai 2011

C'est trop facile de critiquer l'Union Européenne

La lecture d'une analyse publiée sur Affaires Stratégiques critiquant l'Union Européenne pour son inaction dans la région MENA me pousse à réagir tant elle manque de profondeur. Ce post sera donc plus un commentaire à l'article - d'ailleurs, c'est ce que j'ai fait sur la page de l'article.

Cette analyse me laisse pantois. Outre les fautes (la Libye, pas la Lybie), les raccourcis (le débat européen ne se résume qu'à l'immigration, ce qui est faux, mais seule une analyse plus fine aurait permis de faire ressortir la tension qui existe entre ce débat sur l'immigration et sur la Politique Européenne de Voisinage), les clichés (l'UE est cantonnée à des missions humanitaires, quid des missions CSDP Artemis et Atalanta par exemple ?) et les attaques faciles, la question qui vient en tête est : et donc ?

jeudi 12 mai 2011

Les 15 minutes de gloire de la Turquie dans le monde arabe

Mon collègue, Sinan Ülgen, a publié un long papier sur la politique étrangère de la Turquie en décembre en se posant cette question à savoir si ce n'était que quinze minutes de gloire, autrement dit, une influence éphémère ou bien un véritable changement dans la balance des puissances. La seule réponse qu'il indiquait était celle que le moment turc ne pouvait se poursuivre que si la Turquie mettait en place un certain nombre de réformes dans sa diplomatie, notamment promouvoir la démocratie.

Le "Printemps arabe" semblait offrir une excellente opportunité pour la Turquie d'asseoir son influence régionale. Les articles, analyses et autres tribunes décortiquant le modèle turc comme la voie à envisager pleuvaient. D'ailleurs, un sondage de l'institut turc Tesev paru début février venait corroborer l'idée que la Turquie était perçue comme un modèle au Moyen Orient. En effet, lors d'une enquête réalisée en 2010 dans plusieurs pays de la région, 66% des interrogés affirmaient que la Turquie pouvait être un modèle.

mercredi 20 avril 2011

Un nouvel équilibre des forces au Moyen Orient ?

Je m'excuse pour l'intermittence de mon blogging. Je suis pris dans la rédaction d'un long papier sur la Politique Européenne de Voisinage, ce qui me laisse peu de temps pour maintenir ce blog. Pour info, je suis relativement actif sur Twitter, donc n'hésitez pas à me rejoindre pour voir ce que je lis et également à me faire partager vos lectures. 

Au même titre que les régimes autoritaires de la région, les jeux d'influence étaient fondés sur un statu quo, des positions figées peu à même à évoluer. L'état de fait, de manière caricaturale, était assez simple. Les Etats-Unis étaient la seule puissance étrangère d'importance. Ils déployaient un parapluie de sécurité sur le Golfe que ces Etats étaient prêts à accepter et à entretenir. Washington pouvait compter sur plusieurs pays alliés de poids, l'Egypte, la Jordanie et l'Arabie Saoudite, sans parler évidemment d'Israël.

Israël était le centre d'attention régional. L'Egypte et la Jordanie sont les deux seuls pays arabes de la région à reconnaître l'Etat hébreu et les pays du Golfe ont assoupli leur politique à son égard. De l'autre côté, les opposants à Israël sont très vocaux, notamment la Syrie et l'Iran. L'Iran d'ailleurs, dont l'avènement comme puissance régionale est plus un renouveau qu'une nouveauté. Sans évoquer le "croissant chiite" dont la pertinence est à nuancer, l'Iran pouvait compter sur des alliés solides à Damas et au Liban avec le Hezbollah. Dans le même temps, les relations avec les pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) étaient mi-figue mi-raisin, alternant le cordial et l'inimitié.

Dans le Golfe, l'Arabie Saoudite possédait une position privilégiée. Hôtesse des deux sites les plus importants de l'islam, porte-drapeau des intérêts sunnites dans la région, l'Arabie Saoudite jouait sur une politique prudente mais ferme. Le Qatar est récemment devenu l'acteur qui monte, cherchant à être le médiateur de toutes les crises avec un succès mitigé, le seul fut l'accord pour le Liban en 2006. Sur la Libye, le Qatar s'est fortement engagé en faveur des rebelles, reconnaissant le Conseil national de transition comme l'autorité libyenne légitime.

mardi 15 mars 2011

BHL et "la fellation aux dictateurs"



On se souvient de Berlusconi qui avait fait le baise-main à Mouammar Qadhafi l'an dernier, mais dans un élan lyrique avec une chemise grande ouverte, marque de fabrique de l'intellectualisme un peu fumeux de Bernard Henri-Lévy, ce dernier a déclaré sur Al Jazeera que désormais, "la loi du peuple" règne dans le monde arabe et qu'il sera difficile "de faire une fellation aux dictateurs du monde arabe quand on est un gouvernement européen"...

jeudi 10 mars 2011

Premier communiqué du gouvernement Sharaf en Egypte

Le cabinet des ministres a publié son premier communiqué officiel depuis la prise de position d'Essam Sharaf à la tête du gouvernement.

Retenons quelques points importants :
1. Selon le communiqué, la police a une mission essentielle à la stabilité du pays et doit reprendre complètement le travail. Les citoyens doivent coopérer avec elle. C'est une tautologie, mais peut-on espérer que la police soit mieux perçue simplement parce qu'il y a un nouveau gouvernement ? Comme je l'ai déjà souligné, sans réforme en profondeur de la police, il semble très peu probable que la population lui fasse confiance et croit qu'elle ait son intérêt à cœur. D'ailleurs, l'une des branches de la police, les services de sécurité, est mise sous pression depuis plusieurs jours et les activistes en demandent son démantèlement, la considérant comme la personnification des abus du régime d'Hosni Moubarak.

2. Le communiqué met en avant à plusieurs reprises le rôle de la justice s'agissant d'actes de vandalisme sur les bâtiments publics, de répression, de la liberté de culte. On sent qu'il y a une volonté de promouvoir le judiciaire comme garant du nouveau régime. C'est déjà le cas dans les amendements proposés. Le gouvernement joue sur la position d'indépendance que les juges sont censés arborer, sur la tradition arabe de garantir un système judiciaire fort et sur le fait que le système judiciaire était une moquerie sous Moubarak. Cette responsabilité n'est-elle pas toutefois démesurée ?
3. A plusieurs reprises, le communiqué en appelle à la fin des grèves, des manifestations et autres rassemblements publics qui entravent le bon fonctionnement de l'économie et le rétablissement de la stabilité dans le pays. On se souvient que le conseil suprême des forces armées en avait fait autant, sans succès. Hier encore, un sit-in se tenait place Tahrir et une mobilisation est en train de prendre de l'ampleur pour une grande marche vendredi pour dénoncer les violences sectaires.

vendredi 4 mars 2011

Les premiers indicateurs de l'Egypte post-Moubarak : un nouveau Premier ministre et des amendements constitutionnels



Le chemin est encore long avant de changer de régime en Egypte, mais les premiers pas sont importants : un nouveau Premier ministre et des amendements importants dans la Constitution.

En raison des pressions de plus en plus fortes pour sa démission, Ahmed Shariq s'est exécuté et a présenté sa lettre de démission au Conseil suprême des forces armées. Le groupe des jeunes révolutionnaires avait rencontré peu auparavant les officiers supérieurs pour suggérer des remplaçants à Shariq et Essam Sharaf a été retenu. Al Ahram dresse son portrait. Il possède un doctorat en ingénierie du transport de l'université de Purdue aux Etats-Unis. Il a enseigné notamment à l'université du Caire et a travaillé comme consultant aux Emirats Arabes Unis avant d'être nommé ministre des Transports en 2004. Poste qu'il quitta en 2006 ne pouvant plus supporter la corruption qui régnait et l'inertie du gouvernement. Il est retourné à l'université du Caire. Devenu opposant à Moubarak, il a mené plusieurs manifestations lors des révoltes du mois passé, ce qui lui a valu d'être très apprécié de la jeunesse. Contrairement à d'autres figures de proue, Sharaf fait presque figure de jeune, il n'est âgé que de 59 ans.

Cette nomination est importante à plusieurs égards. Tout d'abord, le fait que Sharaf soit nommé est le résultat de tractations entre les militaires et le groupe des jeunes révolutionnaires, qui semble être de plus en plus instrumental dans l'après-Moubarak. Ensuite, c'est la première fois depuis le coup d'Etat des officiers libres de 1952 qu'un membre de l'opposition - ou du moins non-affilié au régime - se retrouve nommé à ce poste.
En phase de transition, son rôle sera toutefois assez limité, mais cette position qui va devenir très médiatique peut lui permettre de renforcer sa position comme dirigeant égyptien en vue des élections.

Des élections dont la date reste encore inconnue, mais qui pourraient intervenir dès le mois de juin. Ces élections parlementaires seraient suivies par l'élection présidentielle durant l'été. Autant dire un calendrier extrêmement restreint pour créer des partis politiques, des réseaux, faire campagne et instaurer une ère de changement.

Surtout, les amendements proposés n'affectent pas le processus électoral, ce qui serait problématique pour le scrutin de juin. Le conseil des forces armées peut néanmoins édicter un décret pour changer le système, mais il devrait alors agir diligemment, ce qui de toute manière laisserait peu de temps pour les partis de prendre forme.

jeudi 3 mars 2011

Deux réflexions sur la réforme de la police en Egypte

Hier, je publiais un post sur la réforme de la police en Egypte. Je viens de voir qu'Andrew Exum sur Abu Muqawama en avait fait de même et également Jason Fritz sur Ink Spot. Les deux posts sont à lire ainsi que les commentaires très pertinents. Ce serait tellement bien si en France on pouvait aussi avoir des officiers, ou anciens officiers, qui pourraient intervenir en commentaires...

Bernard Lewis livre son analyse de la situation au Moyen Orient

Lorsque l'on étudie l'histoire et la politique du Moyen Orient, on est rapidement confronté à un choix idéologique : soit on est pro-Edward Saïd, soit on est pro-Bernard Lewis. Le schisme est absolu et problématique, car il enferme les études moyen-orientales. La nouvelle génération d'étudiants du Moyen Orient va peut-être permettre de dépasser cette confrontation, mais rien n'est moins certain. Je me souviens m'être trouvé circonspect en me rendant compte qu'une micro-minorité d'ouvrages de Bernard Lewis avait été traduite en français, contrairement aux éditions, ré-éditions et autres produits de Saïd. Autant dire qu'en France, ceux qui ont été bercés dans la tradition de Lewis sont quasi-inexistants. Pis encore, mais ce n'est pas exclusif à la France, Lewis est taxé d'une mauvaise réputation, trop conservateur, pro-Israël, pro-sioniste, anti-démocratie arabe etc. Malheureusement, ceux qui le vilipendent connaissent généralement peu les textes de Lewis et n'ont pas analysé sa réflexion, pourtant très creusée. Au même titre, les pro-Saïd ne veulent souvent pas admettre les raccourcis idéologiques que l'auteur prend. Il est indispensable de lire les deux, mais surtout de rester ouvert d'esprit.

La réflexion de Lewis a toutefois ses limites. Elles sont assez évidentes dans un long entretien qu'il a livré il y a quelques jours au Jerusalem Post. Je ne peux qu'en recommander la lecture complète. J'ai lu des commentaires bien évidemment critiques, qui sortaient de son contexte une ou deux citations. Rappelons une chose essentielle : Bernard Lewis est un historien et il le dit lui-même, il étudie le passé et ne prédit pas l'avenir.

mercredi 2 mars 2011

La réforme du secteur de la police en Egypte



On fait grand cas aujourd'hui des réformes politiques et économiques nécessaires en Egypte, mais trop peu de la réforme du secteur de la police. Le Washington Post a consacré un article très pertinent sur l'absence totale de confiance que les Egyptiens ont pour les forces de sécurité. Une confiance perdue bien avant les révoltes des dernières semaines, mais un sentiment renforcé par les centaines de morts et de blessés.

Que ce soit dans les pays en phase de reconstruction après une guerre ou dans les phases post-autoritaires, un des secteurs fondamentaux à réformer est la police. En effet, elle est souvent accusée d'être corrompue, d'avoir participé à des actes violant les droits de l'homme, bafouant les libertés individuelles, d'avoir agi brutalement sans raison, d'avoir maintenu un régime de peur pour protéger le pouvoir en place, de ne pas être l'incarnation du pilier de la justice. Elle n'a jamais bénéficié du respect qui pourrait incomber à sa fonction. Toutes ces pratiques sont devenues inhérentes au fonctionnement de ces forces de sécurité et il ne suffit pas d'un changement politique pour en altérer les pratiques. D'une manière totale, la police fait partie du régime. Ainsi, si l'on veut changer de régime, faut-il également lancer une importante et complexe réforme de ce secteur.

Plusieurs aspects sont essentiels dans ce processus :

lundi 28 février 2011

Amr Moussa réfléchit à sa candidature présidentielle

Il fallait s'y attendre, Amr Moussa devrait être candidat. Comme je l'expliquais il y a quelques jours, il est l'homme politique le plus apprécié des Egyptiens à l'heure actuelle. Dans un entretien à El Pais, il avait précisé qu'il ne se présenterait qu'en fonction des circonstances. De quelles circonstances parlaient-ils précisément ? Peut-être d'amendements constitutionnels... Les premiers travaux de la commission chargée d'amender la constitution ont été révélés samedi. Une annonce qui en aurait déclenché une autre, celle affirmant que Moussa avait pris la décision qu'il serait candidat, mais qu'il annonçait le bon moment. Pour autant, l'actuel Secrétaire général a dénoncé cette annonce aujourd'hui en expliquant qu'il n'avait pas encore décidé. Affaire à suivre...

Eviter le populisme économique en Egypte

Michele Dunne, de la Carnegie, a publié un article extrêmement intéressant sur l'évolution de la politique économique en Egypte. Elle explique que le seul point potentiellement positif de la présidence Moubarak a été les réformes économiques enclenchées. Malheureusement, le manque de réformes politiques a desservi l'ouverture de l'économie. Dans un pays embourbé dans la corruption et les manœuvres en tous genres, les réformes n'ont donc profité qu'à une minorité d'élites dirigeantes. La population, elle, n'a pas vu la couleur de l'argent, n'a pas bénéficié des investissements étrangers. Néanmoins, les demandes du peuple ne doivent pas générer l'avènement d'une politique économique populiste et contre-productive.

Dans une remarquable analyse, David Lynch de Business Week revient sur les tentatives de réformes, mais qui sont souvent restées insuffisantes. En effet, toute chose égale par ailleurs, le Vietnam a considérablement mieux embrassé son ouverture économique que l'Egypte. On peut chercher nombre d'explications, mais fort est de constater que 12% du PIB égyptien émanent de subsides et autres taxes, ce qui n'incite pas à accélérer les réformes : 5 milliards de dollars des taxes de passage au canal de Suez ; 1,5 milliard des Etats-Unis ; 8 milliards en provenance des Egyptiens travaillant pour les compagnies pétrolières dans le Golfe ; et environ 9 milliards récupérés grâce aux puits de pétrole (29e producteur au monde). 

vendredi 25 février 2011

Amr Moussa, le plus populaire en Egypte


Deux sondages d'opinion révèlent qu'Amr Moussa est la personnalité politique préférée des Egyptiens pour diriger le prochain gouvernement. Un premier sondage publié par le Washington Institute for Neast East Policy (WINEP) indiquait que l'actuel Secrétaire général de la Ligue arabe recevait 26% des faveurs d'opinion, très loin devant Mohamed ElBaradei ou Ayman Nour. Ce premier sondage avait été réalisé quelques jours avant la chute de Moubarak. On voit donc Moubarak obtenir 16% des suffrages et Omar Souleiman 17%.

Le second sondage a été réalisé pour la chaîne Al-Aan. En tête figure de nouveau Amr Moussa avec 49% des interrogés favorables à cet ancien ministre des Affaires étrangères. Il est très loin devant Ahmad Zeweil, prix Nobel de chimie, avec 13% et Omar Souleiman avec 9%. ElBaradei et Nour sont à 2%.

Il est bien difficile de tirer des leçons de ces sondages, mais très clairement Moussa bénéficie d'une forte popularité. Plusieurs explications sont possibles :
* Il n'a plus fait partie du régime de Moubarak depuis 2001, ce qui le fait apparaître comme un homme de l'extérieur
* Il est resté connu du public égyptien, car le siège de la Ligue arabe est au Caire et cette organisation bénéficie d'une plus grande presse que l'AIEA où était ElBaradei.
* Il est réputé pour être franc, indépendant et direct, trois qualités qui seront nécessaires pour nettoyer le régime. Il est communément admis que Moubarak a poussé Moussa à la Ligue arabe, car il le percevait comme un challenger potentiel.

En bref, Moussa pourrait être l'homme de la situation, un homme de l'extérieur qui n'a jamais quitté le pays et qui le connaît donc très bien. Il y possède des réseaux importants, il est connu de la population et n'apparaît pas comme un homme trop impliqué dans le pouvoir de Moubarak. Néanmoins, il faut rester prudent, car son âge peut être son principal problème. Amr Moussa est en effet âgé de 74 ans. La révolte égyptienne a été menée par la jeunesse égyptienne, qui représente une part de la population extrêmement importante. Acceptera-t-elle d'avoir un leader aussi âgé à sa tête ? Cette hypothèse n'est pas impossible, mais il faudrait alors qu'il s'entoure de figures nouvelles, qui, elles, répondraient à la demande d'une nouvelle génération d'hommes politiques.

Foreign Policy sort son e-book sur les récentes révoltes

Hyper productif sur les révoltes en Afrique du Nord et au Moyen Orient, Foreign Policy publie un ebook, qui est disponible sur son site, le tout pour précisément 3,72 euros. L'ouvrage part d'un article datant de janvier 2010 et s'aventure un peu partout au Moyen Orient jusqu'aux récents événements en Tunisie et en Egypte. En tout, un peu plus de 220 pages qui offrent d'excellentes analyses. On pourra peut-être reprocher le caractère prématuré de cet ouvrage, car les événements sont très, très loin d'être terminés, mais l'intérêt est toutefois largement à la hauteur de la micro-somme demandée. 

Bref, ne passez surtout pas à côté !

mardi 15 février 2011

Ashton en Egypte ou pas ?

La semaine dernière, le gouvernement égyptien faisait savoir à la Haute Représentante pour la politique étrangère de l'UE, Catherine Ashton, qu'il serait bienvenu de sa part de ne pas venir au Caire en février. La raison invoquée ? Un emploi du temps en politique intérieur très chargé... Aucun doute là-dessus...

C'était la semaine dernière. Depuis, Hosni Moubarak a quitté le pouvoir. Ashton a d'ailleurs très vite réagi après l'annonce d'Omar Souleiman. La haute représentante avait de toute manière prévu un voyage dans la région. Les deux lieux clefs étaient la Tunisie et l'Egypte. La Tunisie était confirmée, l'Egypte non. Que faire donc ? On imagine évidemment que la priorité du gouvernement égyptien n'est pas d'accueillir de hauts dignitaires étrangers. Cela nécessite une mobilisation bureaucratique et un déploiement sécuritaire que le régime égyptien voulait éviter. Aujourd'hui, la situation a peu changé et Ashton se retrouve dans une situation cocasse.

En effet, sa tournée dans la région a bien commencé. Elle était hier en Tunisie et aujourd'hui en Israël et dans les Territoires palestiniens. Et l'Egypte ? Et bien, peut-être, en gros, si les diplomates européens arrivent à forcer le passage. A suivre donc...

vendredi 11 février 2011

Ashton changerait-elle de stratégie ? Elle était sur Al Jazeera

L'UE a été beaucoup critiqué pour sa passivité lors des événements en Tunisie et en Egypte. Catherine Ashton a été particulièrement visé pour être trop absente, trop renfermée derrière l'accord des 27. On l'a voyait peu et elle ne publiait que des communiqués.

Un peu plus d'une heure après l'annonce de Souleiman, elle était en direct sur Al Jazeera English, donc clairement sans l'accord des 27, pour commenter la situation. Bon, rien de transcendant, mais peut-être oserait-elle enfin prendre la parole en tant que Haute Représentante plutôt que porte-parole des Etats-membres ?

Elle a offert le soutien de l'UE dans le processus de transition et a mis à disposition des Egyptiens l'expertise européenne en matière de démocratie et de droits de l'homme. Elle a répété à plusieurs reprises qu'il en revenait au peuple égyptien de décider de son avenir - implicitement que l'UE ne voulait pas être perçue comme faisant de l'ingérence dans les affaires égyptiennes. Le journaliste lui a demandé de raconter ce qui s'était passé dans les couloirs, si l'UE avait appliqué une quelconque pression. Ashton a gentiment évité la question.  

Moubarak démissionne

Je suis scotché devant Al Jazeera English depuis l'annonce par Omar Souleiman qu'Hosni Moubarak avait démissionné. Absolument incroyable !

jeudi 10 février 2011

Excellent entretien de Michelle Dunne au sujet de l'Egypte


Watch the full episode. See more Need To Know.

Michelle Dunne, de la Carnegie, a donné une excellente interview à l'émission "Need to Know" de PBS. J'ai beaucoup de respect pour elle et ses travaux sont très pertinents et éclairants. Elle était en outre parmi les experts invités à la Maison Blanche pour discuter de la situation en Egypte.

mercredi 9 février 2011

En Egypte, le paradoxe de la transition

Les événements en Egypte présentent un étonnant paradoxe. La mobilisation est organisée par la foule, mais la transition est gérée par les Etats-Unis et dans une moindre mesure l'Union Européenne. Comment en est-on arrivé à ce que Washington et Bruxelles s'arrogent ce rôle que les Egyptiens ne leur ont jamais attribué ? Il semble que l'absence de leader médiatique crée un besoin d'étincelles pour maintenir une mobilisation massive. En outre, l'Egypte expose le dilemme consistant à être une révolte sans leader et à rejeter ceux qui pourraient être à sa tête, ce qui ne permet pas de faire avancer les demandes formulées. Ainsi les puissances étrangères se sont-elles mobilisées pour jouer les médiateurs. 
 

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