La lecture d'une analyse publiée sur Affaires Stratégiques critiquant l'Union Européenne pour son inaction dans la région MENA me pousse à réagir tant elle manque de profondeur. Ce post sera donc plus un commentaire à l'article - d'ailleurs, c'est ce que j'ai fait sur la page de l'article.
Cette analyse me laisse pantois. Outre les fautes (la Libye, pas la Lybie), les raccourcis (le débat européen ne se résume qu'à l'immigration, ce qui est faux, mais seule une analyse plus fine aurait permis de faire ressortir la tension qui existe entre ce débat sur l'immigration et sur la Politique Européenne de Voisinage), les clichés (l'UE est cantonnée à des missions humanitaires, quid des missions CSDP Artemis et Atalanta par exemple ?) et les attaques faciles, la question qui vient en tête est : et donc ?
Affichage des articles dont le libellé est libye. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est libye. Afficher tous les articles
mercredi 18 mai 2011
jeudi 12 mai 2011
Les 15 minutes de gloire de la Turquie dans le monde arabe
Mon collègue, Sinan Ülgen, a publié un long papier sur la politique étrangère de la Turquie en décembre en se posant cette question à savoir si ce n'était que quinze minutes de gloire, autrement dit, une influence éphémère ou bien un véritable changement dans la balance des puissances. La seule réponse qu'il indiquait était celle que le moment turc ne pouvait se poursuivre que si la Turquie mettait en place un certain nombre de réformes dans sa diplomatie, notamment promouvoir la démocratie.
Le "Printemps arabe" semblait offrir une excellente opportunité pour la Turquie d'asseoir son influence régionale. Les articles, analyses et autres tribunes décortiquant le modèle turc comme la voie à envisager pleuvaient. D'ailleurs, un sondage de l'institut turc Tesev paru début février venait corroborer l'idée que la Turquie était perçue comme un modèle au Moyen Orient. En effet, lors d'une enquête réalisée en 2010 dans plusieurs pays de la région, 66% des interrogés affirmaient que la Turquie pouvait être un modèle.
Le "Printemps arabe" semblait offrir une excellente opportunité pour la Turquie d'asseoir son influence régionale. Les articles, analyses et autres tribunes décortiquant le modèle turc comme la voie à envisager pleuvaient. D'ailleurs, un sondage de l'institut turc Tesev paru début février venait corroborer l'idée que la Turquie était perçue comme un modèle au Moyen Orient. En effet, lors d'une enquête réalisée en 2010 dans plusieurs pays de la région, 66% des interrogés affirmaient que la Turquie pouvait être un modèle.
mardi 26 avril 2011
Une objection à Pascal Boniface sur la R2P et l'intervention libyenne
Pascal Boniface de l'IRIS a publié une tribune dans Le Monde où il argumente que l'intervention en Libye dévie de son rôle original et que de la responsabilité de protéger (R2P), on vire vers le changement de régime.
Néanmoins, il semble omettre plusieurs points.
Passer de la responsabilité de protéger à l'ingérence classique revient à délégitimer la première. Il sera plus difficile à l'avenir de l'évoquer si elle n'apparaît que comme une ruse pour faire accepter ce qui était refusé, à savoir un changement de régime par la guerre. Les pays réticents à voter en faveur d'une intervention militaire pour protéger une population menacée verront leur suspicion renforcée. Ce qui se joue en Libye, au-delà de l'enjeu national et régional, c'est l'avenir du concept de la responsabilité de protéger.
M. Kadhafi est trop isolé sur le plan international pour se maintenir au pouvoir très longtemps. A terme, il tombera. Mais le prix à payer pour sa chute sera moins lourd s'il tombe victime de son isolement que par une solution militaire extérieure, qui viendrait délégitimer le concept de la responsabilité de protéger.Le développement de Pascal Boniface présente un point légitime. Si la R2P n'est perçue que comme un travesti du changement de régime, les chances que de nouvelles résolutions en ce sens soit approuvées à l'ONU sont réduites.
Néanmoins, il semble omettre plusieurs points.
vendredi 18 mars 2011
L'ONU autorise l'usage de la force en Libye : implications et questions importantes
Le Conseil de sécurité a approuvé la résolution 1973 ouvrant la porte à l'implémentation d'une zone d'exclusion aérienne (NFZ) et à des frappes ciblées. Pour la France, c'est un succès diplomatique après une difficile campagne, mais un succès mi-figue mi-raisin, car cinq grosses puissances se sont abstenues (Russie, Chine, Allemagne, Brésil et Inde). En outre, beaucoup de questions demeurent d'un point de vue opératif, mais également stratégique.
Au niveau opératif, plusieurs questions devront trouver une réponse rapidement. La première est de connaître les pays qui prendront part à l'opération de NFZ. Les informations semblent se recouper à ce sujet. La France et la Grande-Bretagne seront à la tête des opérations. Les Etats-Unis - dont l'engagement reste à clarifier -, le Canada, le Danemark et la Norvège fourniront du potentiel de frappe. Plusieurs pays européens fourniront des moyens logistiques : l'Italie avec sa base en Sicile - il semblerait qu'elle fournirait également des avions de combat -, la Grèce avec sa base à Souba et la Pologne avec des avions de transport. On peut envisager d'autres pays. De toute manière, maintenant que la résolution est passée, il semble très probable que les positions européennes s'affirment plus clairement. Catherine Ashton a déclaré que l'UE agirait dans la limite du mandat de la résolution et de ses compétences. Compétences qui devraient être clarifiées la semaine prochaine. Pour le moment, deux Etats-membres s'opposent à une intervention militaire, l'Allemagne et la République Tchèque - on parle également de la Bulgarie, de la Hongrie et de la Suède. Au niveau otanien, la Turquie a également fait savoir qu'elle ne soutenait pas cette action. Cinq de ses pays étant membres de l'OTAN, il est dès lors peu probable que l'Alliance soit impliquée directement dans les actions menées. Il semblerait que quelques pays arabes participent à l'opération, mais on ignore qui - les noms de la Jordanie, des Emirats Arabes Unis et du Qatar circulent - et avec quels moyens. Quelques analyses indiquent que la participation arabe est envisagée par certains pays.
Au niveau opératif, plusieurs questions devront trouver une réponse rapidement. La première est de connaître les pays qui prendront part à l'opération de NFZ. Les informations semblent se recouper à ce sujet. La France et la Grande-Bretagne seront à la tête des opérations. Les Etats-Unis - dont l'engagement reste à clarifier -, le Canada, le Danemark et la Norvège fourniront du potentiel de frappe. Plusieurs pays européens fourniront des moyens logistiques : l'Italie avec sa base en Sicile - il semblerait qu'elle fournirait également des avions de combat -, la Grèce avec sa base à Souba et la Pologne avec des avions de transport. On peut envisager d'autres pays. De toute manière, maintenant que la résolution est passée, il semble très probable que les positions européennes s'affirment plus clairement. Catherine Ashton a déclaré que l'UE agirait dans la limite du mandat de la résolution et de ses compétences. Compétences qui devraient être clarifiées la semaine prochaine. Pour le moment, deux Etats-membres s'opposent à une intervention militaire, l'Allemagne et la République Tchèque - on parle également de la Bulgarie, de la Hongrie et de la Suède. Au niveau otanien, la Turquie a également fait savoir qu'elle ne soutenait pas cette action. Cinq de ses pays étant membres de l'OTAN, il est dès lors peu probable que l'Alliance soit impliquée directement dans les actions menées. Il semblerait que quelques pays arabes participent à l'opération, mais on ignore qui - les noms de la Jordanie, des Emirats Arabes Unis et du Qatar circulent - et avec quels moyens. Quelques analyses indiquent que la participation arabe est envisagée par certains pays.
mardi 15 mars 2011
BHL et "la fellation aux dictateurs"
On se souvient de Berlusconi qui avait fait le baise-main à Mouammar Qadhafi l'an dernier, mais dans un élan lyrique avec une chemise grande ouverte, marque de fabrique de l'intellectualisme un peu fumeux de Bernard Henri-Lévy, ce dernier a déclaré sur Al Jazeera que désormais, "la loi du peuple" règne dans le monde arabe et qu'il sera difficile "de faire une fellation aux dictateurs du monde arabe quand on est un gouvernement européen"...
Libellés :
egypte,
libye,
moyen orient,
tunisie
mercredi 9 mars 2011
La Libye est-elle une crise humanitaire ?
J'ai peu de temps ces jours-ci, mais je vous recommande la lecture de cet article du blog de Foreign Policy, the Multilateralist qui s'interroge sur la crise en Libye en notamment sur la récurrence de la rhétorique de la "crise humanitaire" en Libye. Son dernier paragraphe est particulièrement pertinent :
The danger of thinking of the crisis almost exclusively in humanitarian terms is two-fold. First, this perspective could generate pressure for outside action that is ill-conceived and unsustainable. As the international experience in Bosnia between 1992 and 1995 demonstrated, intervening to avert humanitarian crisis--but without a clear political or military goal--can be disastrous. Perversely, military action designed around humanitarian need can be less effective in addressing those needs than intervention designed to achieve a decisive military victory. More broadly, a profligate use of the term "humanitarian crisis" may devalue the concept, making it hard for the public to distinguish between a situation in which hundreds of thousands are at risk and less grave, but still serious, episodes.
Libellés :
libye
jeudi 24 février 2011
L'hypocrisie de la Ligue arabe à l'encontre de la Libye
Pendant les révoltes tunisienne et égyptienne, la Ligue arabe était restée silencieuse, complètement absente de la scène. Bizarrement, cela ne semblait pas choquer grand monde. L'organisation reste également muette sur les événements en Algérie, au Bahreïn, en Jordanie, au Maroc et au Yémen. Il est alors presque surprenant qu'hier, lors d'une réunion exceptionnelle, les membres de l'organisation régionale aient décidé de condamner la Libye pour les répressions menées à l'encontre de la population. Certes, Muammar Qadhafi a poussé à l'extrême la situation facilitant la tâche aux dirigeants arabes, mais n'assiste-t-on pas à un cas de double standard ? Ou tout simplement à la poursuite d'une querelle intra-arabe, Qadhafi ayant toujours entretenu des relations houleuses avec ses voisins ?
Libellés :
libye,
ligue arabe
mardi 22 février 2011
La pertinence d'Arendt sur Qadhafi
Je donnais un cours sur le pouvoir et la domination la semaine dernière dans lequel j'ai évoqué la notion de pouvoir chez Hannah Arendt et j'ai notamment évoqué une citation que je trouve particulièrement pertinente sur la violence aveugle à laquelle le pouvoir libyen a recours :
"La règne de la pure violence s'installe quand le pouvoir commence à se perdre" (Sur la violence)
Il n'en reste pas moins que les affaires internationales ne sont pas aussi simples et que perte de pouvoir, sans parler de celle de légitimité - déjà bien entamée -, ne signifie pas, pour le moment, chute du pouvoir. Tristement.
"La règne de la pure violence s'installe quand le pouvoir commence à se perdre" (Sur la violence)
Il n'en reste pas moins que les affaires internationales ne sont pas aussi simples et que perte de pouvoir, sans parler de celle de légitimité - déjà bien entamée -, ne signifie pas, pour le moment, chute du pouvoir. Tristement.
Libellés :
libye
Inscription à :
Articles (Atom)