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lundi 13 décembre 2010

Lectures et commentaires 13-12-2010

Voici une nouvelle salve d'articles avec pas mal de variétés. Bonne lecture !

* Avions de combat : la désunion européenne / Le Monde
* 11 European Nations Pool for Maritime R&D / Defense News
* Les ministres de la Défense de l’UE parlent de mutualisations et de coopérations entre les armées des Etats membres / Zone militaire
* Le P-DG de Dassault broie du noir / Défense ouverte
* Shadi Hamid - Egypt election 'blunder' by Mubarak's NDP / BBC News
* Turkey poised to replace UAE as major trading partner with Iran / Today's Zaman
* Benjamin Wiacek - La Guerre de Saada au Yémen, un conflit international ? / Revue Averroès
* Chris Dalby - NATO-SCO: Partners, if not Allies / Huffington Post
* La France défend les secrets de ses entreprises / Le Figaro
* Hugh Miles - Anecdotal Evidence / LRB blog
* U.S. Drops Bid to Sway Israel on Settlements / New York Times
* Johan Bergenas - Fighting Security Challenges With Regional Cooperation / World Politics Review
* Le Rafale au Brésil, c'est fini ! / Défense Ouverte
* Les cinq plus grands scandales de vente d'armes / Slate.fr
* Al-Qaeda’s Latest Weapon: Poison Perfume / Danger Room
* Mohamed ElBaradei: 'Egyptians Have Had Enough' / Der Spiegel

lundi 18 octobre 2010

La guerre : ne serait-on pas suffisamment holistique ?

Dans une étude publiée par le Strategic Studies Institute, Antulio J. Echevarria II décortique le "paradoxe de préparation" (preparation paradox) et en analyse ses faiblesses. Ce paradoxe est ici appliqué aux Etats-Unis. Il consiste à affirmer que la supériorité conventionnelle américaine invite ses ennemis à favoriser une approche de guerre irrégulière. L'argument se fonde sur l'idée que la préparation actuelle à un type de conflits est source de vulnérabilités.

Echevarria est d'avis que ce paradoxe part de deux suppositions erronées. La première est que les adversaires américains peuvent être rassemblés au sein d'un seul groupe identifiable, ce qui est faux. La seconde est que les adversaires des Etats-Unis peuvent s'adapter et se transformer plus facilement. Ainsi identifie-t-il deux types d'adversaires : les acteurs armés non-étatiques (insurgés, groupes terroristes etc.) et les Etats. Dans cette logique, il apparaît évident que nous n'avons pas à faire à des adversaires de même catégorie, de même force ni de même envergure. Leurs approches du combat sont différentes et leurs moyens encore plus.

dimanche 7 mars 2010

Al Qa'ida en Iraq n'a plus de poids (mis à jour)



Je viens d'écouter le journal de RFI. Qu'entends-je ? Plusieurs tirs de mortiers à Baghdad et Baqouba ont troublé l'ouverture du vote ce matin. Ces actions ont été revendiquées par Al Qa'ida, qui après "avoir gâché" (mot de la journaliste) feront tout pour mettre à mal les élections.

Remettons quelques points au clair. Vu le peu d'intérêt des médias français à l'égard de l'Iraq, il n'est pas étonnant que ce type d'analyses puisse avoir cours. Pour autant, c'est faux !

En premier lieu, et c'est presque un détail mais caractéristique de la situation aujourd'hui, aucun attentat à la voiture piégée - bien plus sanglant et donc dans l'idéologie de chaos du mouvement - n'a eu lieu et il y a de fortes chances pour qu'il n'y en ait pas. En effet, il est interdit d'utiliser sa voiture ! Si vraiment AQ avait foi en ses capacités à frapper férocement le processus électoral, elle ne s'arrêterait pas à un tel contre-temps.

jeudi 4 mars 2010

Alain Chouet (ex-DGSE) : al-Qa'ida est morte, le problème demeure en Arabie Saoudite



Le Sénat vient de mettre à jour son flux RSS et toutes les vidéos du colloque "Moyen Orient à l'heure du nucléaire" qui s'est tenu fin janvier ont été ajoutées. Je ne sais pas depuis quand elles sont en ligne, mais en tous cas, je vous les conseille. Pour le moment, j'ai juste regardé l'intervention d'Alain Chouet, ancien directeur de la DGSE (2000-2002). Il parle d'Al Qa'ida et n'a pas la langue dans sa poche. Pour lui, le cœur du problème n'est pas en Afghanistan, au Pakistan, en Iraq, en Somalie ou au Yémen, il est en Arabie Saoudite. Je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il dit, mais il soulève de très bonnes questions.

mercredi 3 mars 2010

Outsurgency et zawahirisme : comment affronter Al Qa'ida

Small Wars Journal vient de publier un article assez intéressant de James Roberts, qui travaille au Département de la Défense sur les conflits de basse intensité et les opérations spéciales. Il propose une nouvelle approche pour appréhender Al Qa'ida. Sa thèse principale est qu'il est vain de vouloir combattre le terrorisme, car ce n'est qu'un moyen d'action. La seule manière d'en venir à bout est de combattre le "isme" qui se cache derrière, ce qu'il appelle le zawahirisme inspiré par Ayman al-Zawahiri, le numéro 2 du mouvement. L'inspiration de la guerre révolutionnaire de Mao est ici évidente ; pour Roberts, si les terroristes avaient des tanks ou des armes nucléaires, ils privilégieraient ces moyens, car le terrorisme n'est pas le moyen pour atteindre ses objectifs.

Selon lui, le zawahirisme est à l'origine d'une outsurgency (j'ai cherché comment traduire ce néologisme, mais je n'ai pas trouvé). Une outsurgency est "un ensemble de franchises dispersées, plates et peu reliées entre elles, et d'individus isolés tous inspirés par une idéologie qui se transmet grâce aux nouveaux médias et à l'Internet". La différence avec une insurgency (insurrection) est que l'appel n'est pas local, mais s'adresse à toute la Ummah.

mardi 12 janvier 2010

L'implantation difficile d'Al Qa'ida dans la zone israélo-palestinienne (mise à jour)

Le think tank Washington Instute for Near East Politics (WINEP) a sorti il y a quelques jours une longue étude sur l'implantation de groupes inspirés par Al Qa'ida en Israël et dans les Territoires palestiniens. J'ai déjà parlé de l'existence de ce phénomène, qui demeure assez marginal, mais qui soulève bien des questions. En effet, dans un univers religieux déjà chargé, radical et violent, comment expliquer une présence d'AQ ? Le Hamas tient la bande de Gaza d'une main de fer et cela est donc assez surprenant. Dans l'ensemble, lorsque l'idéologie d'AQ trouve terre à sa graine, c'est plutôt dans une zone de non-droit ou dans une zone où l'atmosphère religieuse est peu radicale, voire peu présente.

L'étude de Yoram Cohen et Matthew Levitt prend ce sujet avec beaucoup de pincettes. Ils ne tiennent surtout pas à enfler une menace qui reste très peu perceptible et très concentrée. Les exemples cités sont souvent presque anecdotiques, notamment lorsqu'ils évoquent les actions parfois d'individus isolés en Cisjordanie ou d'Arabes israéliens. (La nuit porte parfois conseil et je me suis dit qu'il serait bon de rajouter un point sur le salafisme prêché à Gaza et celui prêché en Cisjordanie) L'étude remarque une différence importante entre les deux zones. En Cisjordanie, le la communauté salafiste focalise ses efforts principalement sur la prêche et les activités prosélytes (salafiya dawiya). En d'autres termes, bien que leur rhétorique soit teintée d'extrémisme, ils en viennent rarement aux actions. A l'inverse, à Gaza, cette communauté concentre principalement ses efforts sur des actions violentes liées au jihad contre les infidels (salafiya jidahiya).

Le point intéressant de cette étude est son interrogation sur la capacité de groupuscules inspirés d'AQ à émerger à Gaza. Il n'y a certes pas d'argumentaire révolutionnaire, mais je ne pense pas l'avoir déjà vu présenter aussi clairement. Plusieurs facteurs jouent, dont voici les principaux :
  • L'occupation qui est évidemment un facteur aggravant,
  • La corruption ambiante,
  • Les moyens de communication, notamment Internet, qui permettent de rentrer en contact avec des idéologies hyper radicales.

En fait, on apprend que de nombreux membres de ces groupes sont des anciens du Hamas qui ont quitté le groupe nationaliste, parce qu'ils ne le trouvaient plus assez radical dans la mise en place de la charia et vis-à-vis d'Israël. Pour autant, les auteurs ne se veulent pas alarmistes ; il est, selon eux, peu probable qu'AQ s'implante dans la zone. Cela se voit déjà dans le fait que les communications ont jusqu'à présent plus fonctionné dans le sens Gaza vers AQ plutôt que l'inverse. Plusieurs raisons toutefois justifient cette position qui me paraissent pertinentes :
* La relation entre le Hamas et Al Qa'ida est très tumultueuse et le groupe palestinien ne permettra pas à AQ de faire sa niche à Gaza.
* Peu de Palestiniens ont envie de voir leur cause diluer dans une cause globale. Bien des membres de ces groupuscules sont avant tout guidés par un jihad local plutôt que global, ce qui s'oppose à ce qui est prôné par AQ. En outre, ce que recherchent les Palestiniens, c'est leur souveraineté politique et le contrôle de leur vie.

Si les communications établies jusqu'à aujourd'hui ont peu émané d'Al Qa'ida, les auteurs estiment que cela peut se justifier par le fait que le groupe terroriste conserve ses soupçons sur la validité des revendications de ces groupes et également le fait qu'ils veulent peut-être attendre qu'un ou plusieurs groupes se voient véritablement et sérieusement établis pour installer une chaîne de communication plus institutionnelle.

Pour finir, les auteurs n'écartent néanmoins pas le potentiel pour qu'Al Qa'ida puisse se faire son trou, notamment à Gaza. En effet, ils expliquent que le Hamas peut parfois utiliser des techniques, comme les hommages publiques à un kamikaze après un attentat-suicide, qui pourrait brouiller les lignes de séparation entre les deux. Al Qa'ida pourrait instrumentaliser ces méthodes de sorte qu'il parvienne à combiner, à l'insu du Hamas, le "jihad proche" et le "jihad lointain". Je reste sceptique sur ce point, notamment parce que les attentats suicides se font rarissimes et parce que le Hamas ne semble pas dans une logique vertement irrationnelle et frontale contre Israël, comme pourrait l'indiquer leur politique d'empêcher des groupes palestiniens de tirer des roquettes depuis Gaza.

dimanche 10 janvier 2010

Pour mieux comprendre les difficultés de lutter contre le jihadisme aujourd'hui

Je viens de lire deux articles absolument passionnants sur Al Qa'ida et le jihadisme. Le premier est signé Bruce Hoffman, un des plus grands experts du terrorisme actuel. Sa tribune dans le Washington Post détaille la nouvelle stratégie d'AQ en 5 points :

  • AQ cherche à inonder d'informations et à distraire les services de renseignements pour qu'ils leur soient le plus difficile possible de lier les différents morceaux du puzzle et ainsi qu'AQ puisse jouer de la confusion pour perpétrer ses attaques.
  • AQ a accru sa rhétorique sur la guerre économique : le groupe prône la banqueroute de l'Occident et revendique l'explosion financière de ces derniers mois. Ce n'est que pure propagande, mais cela suffit pour convaincre son auditoire.
  • AQ continue de s'attaquer à ce qu'Hoffman appelle "l'alliance globale contre le terrorisme". Cela peut prendre la forme d'attentats sur le sol national, comme à Madrid et à Londres, ou d'attaques ciblées contre les troupes et les convois en Afghanistan, surtout quand l'opinion publique est critique à l'égard la participation du pays à la guerre.
  • AQ continue à cibler, à déstabiliser et à exploiter les pays faillis et les zones de non-droit.
  • AQ cherche de plus en plus des recrues tant des pays non-musulmans pour les déployer plus facilement en Occident en vue d'attentats.
De son côté, Thomas Rid, un des jeunes fleurons du milieu, explique dans The Wilson Quarterly comment l'état des lieux fractionné des mouvements jihadistes mondiaux sert à sa survie. En effet, il montre que "la guerre sainte" se développe sous trois formes différentes :

  • Les insurrections islamistes locales contre les régimes apostats ou "à la botte" des Occidentaux.
  • Le terrorisme couplé avec le crime organisé que l'on voit en Afghanistan, en Indonésie, mais également en Europe, qui mélange le jihad avec le narco-trafic par exemple.
  • La jeunesse musulmane désaffectée de la deuxième ou troisième génération appartenant à la diaspora.

Les deux premiers types sont souvent guidés par des intérêts particuliers, alors que le dernier type est remarquable par la quête d'identité de ses membres. Rid note que malgré l'attraction que le label globalisant Al Qa'ida peut représenter auprès de certaines insurrections locales, comme pour Al Qa'ida au Maghreb Islamique ou Lashkar-i-Taiba au Pakistan, il y a souvent une forte dichotomie entre le jihad global et local qui peut parfois générer de véritables oppositions autant de la part des uns - on pense à Ayman Al Zawahiri condamnant le nationalisme - que des autres - l'exemple du Hamas décapitant les mouvements inspirés de l'idéologie d'AQ à Gaza nous vient à l'esprit.

De ce parcours au cœur des motivations des différents mouvements jihadistes conduit Thomas Rid à tirer un constat qui donne à réfléchir sur les stratégies de contre-terrorisme : l'aspect éclaté du jihad actuel obvie la présence d'un centre de gravité unique, ce qui par conséquent, et c'est bien là que se trouve le cœur du problème, exclut l'existence d'un point de vulnérabilité critique unique.

jeudi 7 janvier 2010

La lutte anti-terroriste n'est pas la panacée au Yémen

L’attentat avorté du 25 décembre lors d’un vol Amsterdam-Detroit* et la vague d’engagements politiques de la part des pays occidentaux soulève de nombreuses questions. Il est important de se demander si un soutien en matière de contre-terrorisme est une bonne solution pour ce pays.

L’attention soudaine que reçoit le Yémen est pernicieuse. D’un côté, il faut s’en satisfaire, car la résurgence d’Al Qa’ida dans ce pays est évidente et dangereuse. Si le problème n’était pas passé inaperçu aux yeux d’observateurs attentifs, les politiques avaient leurs yeux rivés sur l’Afghanistan et le Pakistan en raison du caractère imminent de la situation. Ce regain d’intérêt pour ce pays très pauvre ne peut qu’être un rappel de la résilience de « la Base », dont on pensait la menace éteinte en 2003 après les attaques ciblées contre son leadership. Force est de constater que les ressources ont été mobilisés sur d’autres théâtres laissant le Yémen en grande partie face à son destin. Un destin d’autant plus compliqué qu’Al Qa’ida dans la Péninsule Arabique (AQPA) est son problème le moins pressant. Sana’a doit aujourd’hui gérer trois situations particulièrement difficiles :

1. Depuis la réunification du pays en 1990, le gouvernement central peine à maintenir son contrôle sur la région sud du pays qui est dominé par un mouvement séparatiste très bien implanté. Le pays a connu une guerre civile en 1994 entre le nord et le sud avec la victoire du nord, mais les séparatistes n'ont jamais vraiment accepté ni la défaite ni l'unification nationale.

2. Depuis 2004, la rébellion Al Houthi est active dans la province de Sa’dah, au nord-ouest du pays. De confession chiite – bien que proches des rites sunnites – ses revendications ne sont que marginalement religieuses et reflètent plus une volonté d’autonomie économique et territoriale. Des affrontements particulièrement violents entre les forces de sécurité gouvernementales et les Al Houthin enveniment la situation depuis le mois d’août.

3. La présence d’Al Qa’ida au Yémen est presque anecdotique pour le gouvernement central. Bien qu’elle soit douloureuse pour l’Occident après les attentats contre le destroyer USS Cole en 2000 et contre le pétrolier français Limbourg en 2002, Sana’a a peu souffert des attaques de la branche yéménite. En effet, le groupe, même après sa fusion avec la branche saoudienne pour former AQPA en janvier 2009, a lancé peu d’attaques contre des intérêts gouvernementaux ne suscitant de fait qu’un risque mesuré pour la capitale qui se satisfait du statu quo.

Il serait problématique qu’AQPA puisse utiliser le Yémen comme son sanctuaire. Jusqu’à présent, le leadership d’Al Qa’ida n’a pas encore migré dans ce pays côtier, mais si des mesures efficaces ne sont pas prises dès aujourd’hui, il y a fort à parier que des mouvements seront à l’ordre du jour à mesure que les dirigeants seront mis sous pression dans les régions frontalières de l’Afghanistan et du Pakistan.

Pour autant, les gouvernementaux occidentaux auraient tort de ne se focaliser que sur la lutte contre Al Qa’ida. Les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont d’ores et déjà fait part de leur volonté d’accroître leur partenariat avec le gouvernement yéménite en matière de lutte anti-terroriste. Cela se traduira par une augmentation de subventions, une collaboration accrue sur le renseignement, mais également par la formation d’unités de contre-terrorisme.

Si les gouvernementaux occidentaux restreignent leurs efforts à ce champ d’action, les effets pourraient être contre-productifs. Tout d’abord, l’implantation d’AQPA dans les tribus locales est très avancée et ses membres s’efforcent de ne pas aliéner les populations locales, voire même de les soutenir dans leurs actions contre le gouvernement central. En outre, des répressions massives pourraient rallier les populations locales à la cause d’AQPA plutôt que de les en éloigner, car il faut bien comprendre qu’ils n’ont pas d’autre alternative viable. De plus, il est tout à fait concevable qu’une grande partie de l’aide apportée au Yémen pour lutter contre cette nébuleuse ne soit détournée pour les affrontements contre la rébellion Al Houthi ou les séparatistes, le Pakistan ayant déjà montré la voie dans cette pratique. Enfin, une politique purement coercitive n’a aucune chance de fonctionner dans un pays hyper fragile politiquement et économiquement. Une vague de contre-terrorisme à court terme doit nécessairement se conjuguer avec des efforts de développement dans le pays, une mission qui pourrait être entreprise par le CCG, particulièrement préoccupé par la situation au Yémen.


* et non Amsterdam-Yémen comme c'était indiqué auparavant.

mardi 5 janvier 2010

Deux Jordaniens au coeur de l'attaque contre la CIA en Afghanistan (mise à jour 2)

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Plus tôt dans la journée, je lisais qu'en plus des sept agents de la CIA tués dans l'attentat contre une base à Khost en Afghanistan, un huitième homme avait été tué. Il a été identifié comme un espion jordanien du General Intelligence Department (GID), bien que les médias officiels jordaniens l'aient salué pour "son travail humanitaire". Sharif Ali bin Zeid, de son nom, est en outre un cousin lointain du roi Abdallah de Jordanie. L'entente sur le renseignement entre Washington et Amman n'est pas nouvelle et elle a été très utile aux Américains en Iraq et aujourd'hui en Afghanistan.

Ce soir, je viens de voir qu'un autre Jordanien vient se rajouter à l'histoire : un double-agent. Humam Khalil Abu-Mulal al-Balawi serait l'auteur de l'attentat contre les huit agents. Al Balawi aurait été arrêté par les autorités jordaniennes il y a plus d'un an après avoir été accusé d'avoir participé à de nombreuses attaques terroristes en Iraq. Il est originaire de Zarqa, la même région qu'Abou Mousab Al Zarqawi. Les services pensaient l'avoir détourné de l'extrémisme et l'ont envoyé en Afghanistan pour infiltrer les rangs d'Al Qa'ida. Visiblement, il aurait réussi dans sa mission, mais aurait en fait mené les Américains et les Jordaniens en bateau.



Pour appâter les agents de la CIA et du GID, il a contacté son officier traitant prétextant avoir des informations de la plus haute importance à confier au sujet de la localisation d'Ayman Al Zawahiri, le numéro 2 d'Al Qa'ida. L'agent de la CIA en aurait informé tous les principaux agents responsables de cellule d'AQ en Afghanistan pour assister à la rencontre. Selon des informations de la NBC, une des agentes les plus informées sur le groupe de Ben Laden aurait péri dans l'attentat. C'est un réel coup dur pour la CIA dans sa lutte contre AQ.

***MISE A JOUR***

Selon des informations obtenues par Al Jazeera auprès des autorités jordaniennes, al Balawi n'était pas un double agent, mais un informateur de premier rang. Difficile de discerner le vrai du faux dans cette histoire, car la Jordanie peut tout simplement chercher à ne pas montrer qu'elle a commis une erreur avec ce recrutement hautement risqué.

***MISE A JOUR 2***

Al Qa'ida a revendiqué l'attaque contre la base de la CIA. Selon l'agence SITE, AQ aurait perpétré cet attentat en représailles des attaques de drones menées par les Américains dans la zone frontalière entre l'Afghanistan et le Pakistan.

samedi 2 janvier 2010

Pourquoi des représailles précipitées contre le Yemen seraient mauvaises

Depuis l'attentat raté du 25 décembre, le Yémen attire une attention médiatique sans précédent. Je reviendrai dans un prochain post sur les dangers de cette surmédiatisation soudaine. Pour le moment, je vais me concentrer sur une tribune de Micah Zenko du Council on Foreign Relations dans The Guardian. D'une manière très convaincante, il explique pourquoi les Etats-Unis ne devraient pas se précipiter pour bombarder des cibles d'Al Qa'ida au Yémen. En effet, l'administration Obama considère des représailles militaires. Zenko ne semble pas s'opposer à de telles actions, mais il juge nécessaire de bien jauger les tenants et les aboutissants de frappes aériennes. Selon lui, les risques d'une action contre-productive sont plus grands lorsque les décisions sont prises dans l'urgence. Pour appuyer son propos, il prend trois exemples :
* les représailles contre la Libye en 1986 suite à l'attentat dans une boîte de nuit à Berlin qui a tué deux militaires américains : elles ont eu un effet minime, ont même renforcé le soutien libyen au terrorisme et preuve à l'appui n'ont pas empêché l'attentat de Lockerbie en 1988.
* les représailles contre l'Iraq après la tentative d'assassinat contre George H. W. Bush en 1993 : elles ont été un succès, mais il est très difficile de mesurer leur rôle.
* les représailles contre Al Qa'ida au Soudan en 1998 après les attentats-suicides contre les ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya : les frappes aériennes ont ciblé ce qui s'est révélé être une usine pharmaceutique où Al Qa'ida était suspecté de produire du gaz innervant.

A contrario, suite à l'attentat contre le destroyer USS Cole en 2000 dans le port d'Aden, les autorités américaines et yéménites ont coopéré pendant deux ans pour construire un dossier solide qui a amené à des représailles en novembre 2002 et à la mort de Qaed Salim Sinan al-Harethi, qui était responsable de l'attentat.

Dans un article publié pour la revue universitaire Studies in Conflict & Terrorism en 1987, Jerrold Post allait plus loin dans son analyse. Selon lui, les représailles militaires contre un groupe ou une organisation terroriste ont beaucoup plus de chances d'être contre-productives lorsqu'elles ne sont pas bien préparées. En effet, il explique que de telles actions ont souvent tendance à renforcer l'unité du groupe, à réduire les dissensions internes, à exagérer l'importance du groupe et à valider leurs visions du monde, donc à pérenniser leur engagement. Pour Post, une fois membre d'un groupe ou d'une organisation, l'individu oublie sa personne et considère sa sécurité et celle du groupe comme intrinsèquement liées. Dès lors que la sécurité du groupe est mise en danger, c'est celle de chacun des membres qui est menacée. S'attaquer à un des membres ou au chef du groupe ou de l'organisation peut être une possibilité, mais elle risque de provoquer l'effet contraire à celui espéré. Il faut bien connaître la structure du groupe pour anticiper les éventuelles retombées des représailles.

Toutefois, si cela n'est qu'un élément d'une stratégie plus globale de contre-terrorisme fondée sur une politique de long terme consistant à délégitimer le poids du combat mené par le groupe et à oblitérer l'intérêt d'un individu à rejoindre une telle structure, des représailles peuvent se justifier. Cela signifie de passer d'une politique réactive à une politique pro-active à multiples facettes.

Ces considérations ne sont toutefois pas les seules questions qu'il faut se poser. La légitimité de frappes aériennes est-elle justifiée ? Qui mèneraient ces attaques ? Cela ne risquerait-il pas d'enflammer la situation avec les sécessionnistes au sud et avec les Houthi ?

mardi 22 décembre 2009

L'autorité étatique a tendance à être contestée au Moyen Orient

Gregory Gause a publié un papier intelligent dans le quotidien émirati The National. Il se penche sur la nouvelle montée en puissance des acteurs non-étatiques au Moyen Orient. En effet, il montre que la légitimité de l'Etat est de plus en plus remise en question dans plusieurs pays de la régione et que cela les déstabilise durablement.

Le phénomène n'est pas nouveau, puisque les Frères musulmans en Égypte ou les Baasistes ont joué un rôle de premier plan depuis des décennies. Cela étant, cela se fondait dans une vague pan-arabiste très forte menée de front par Gamal Nasser. De même, cette tendance a décru au fur et à mesure que les Etats sont devenus forts et se sont appropriés leur territoire. Cela ne s'est souvent pas fait dans les circonstances les plus réjouissantes.

Aujourd'hui, plusieurs pays sont touchés par ces forces extra-gouvernementales qui s'opposent à l'autorité du gouvernement et imposent leurs propres structures et leur propre appartenance identitaire. Quatre pays sont particulièrement touchés par ce phénomène : l'Iraq, le Liban, les Territoires palestiniens et le Yémen. Dans chacun, un ou plusieurs groupes armés non-étatiques empêchent l'autorité centrale de gouverner sur tout le territoire. Gause note que le risque de voir les États aujourd'hui forts s'écrouler sont réduits, car les islamistes ont été domptés, l'influence de l'Iran est réduite et il n'y a pas d'intervention militaire extérieure. C'est en effet ce dernier facteur qui mérite notre intérêt. Des quatre pays cités, tous souffrent (ou ont souffert) d'intervention militaire ou de présence de groupes étrangers, que ce soit les forces de coalition en Iraq, Israël dans les Territoires palestiniens et au Liban, et Al Qa'ida au Yémen. Aujourd'hui, l'Iraq n'arrive toujours pas à rompre avec les oppositions entre Sunnites et Chiites - sans parler des autres minorités -, le Liban essaie tant bien que mal de gérer le Hezbollah qui conserve son pouvoir de violence, puisqu'il n'est pas prêt à déposer les armes, le Hamas continue d'être un élément perturbateur dans la politique intra-palestinienne et le gouvernement central yéménite doit faire face à une multitude de crises intérieures.

Bref, rien de bien beau dans ces pays. Diane Davis dans le dernier numéro de Contemporary Security Policy pourrait être en accord avec cet état de fait. En effet, elle explique que le nombre de "communautés imaginées" (très bon concept de Benedict Anderson) a augmenté ces dernières années. La question qu'elle pose est intéressante : cela est-il du à l'affaiblissement des gouvernements centraux et à la puissance montante de ces acteurs armés non-étatiques (AANE) ou du au fait que les AANE alimentent la faiblesse du gouvernement central ? Une chose est certaine, c'est qu'ils représentent un défi pour le gouvernement, gardien unique de la notion weberienne de " violence légitime". Pour Davis, trois constats sont à tirer :
* la montée en puissance des AANE est une réponse à l'incapacité de l'Etat central à répondre aux préoccupations de certains citoyens, ce qui conduit certaines "communautés imaginées" à se doter de leur propre moyen de coercition. Le Hezbollah peut rentrer dans cette catégorie.
* les AANE ne sont pas nécessairement intéressés par la prise de pouvoir et peuvent être le porte-parole d'une cause économique, comme les Houthi par exemple, ou d'un sentiment d'insécurité grandissant, comme ce fut le cas de manière violente en Iraq entre 2004 et 2006 notamment.
* la création de cette multitude de "communautés imaginées" viennent se cogner avec la "communauté imaginée" nationale. On assiste donc à des affrontements entre différentes forces qui ont toutes développées leur pouvoir de coercition. Pour éviter cela, on arrive à des compromis comme au Liban où le Hezbollah est autorisé par le gouvernement à conserver ses armes.

vendredi 4 décembre 2009

Etude sur l'implantation d'Al Qa'ida au Yémen



A croire que quand une crise éclate dans un pays sous-étudié, c'est à ce moment que des recherches et analyses intéressantes sont publiées. Preuve en est avec le nouveau papier du think tank australien Lowy Institute for International Policy intitulé "Al-Qa'ida, Tribes and Instability in Yemen". Les auteurs, Sarah Phillips et Rodger Shanahan, se penchent sur l'implantation d'AQ au Yémen, autrement appelé Al Qa'ida en Péninsule Arabique (AQPA).

AQPA s'est installée au Yémen pour deux principales raisons. Ils ont besoin d'une présence dans la région pour s'attaquer à "l'ennemi proche" suite au durcissement des Saoudiens à l'encontre du groupe. De plus, le pays connait de multiples crises et le gouvernement central n'a pas de contrôle sur le territoire, ce qui laisse à AQPA la possibilité de s'infiltrer. Les auteurs estiment également que cette base au Yémen, si elle venait à se développer, pourrait servir de base arrière aux cadres d'AQ de plus en plus sous pression au Pakistan (voir la vidéo). Il n'est en outre pas inutile de penser que leur présence au Yémen leur ouvre la voie maritime et la possibilité d'attaquer des cargaisons passant par Bab al-Mandab.

Les auteurs développent un raisonnement tout particulièrement intéressant, lorsqu'ils décryptent les interactions entre AQPA et les tribus locales. Selon eux, AQPA fait preuve de prudence pour ne pas aliéner les populations locales, comme ce fut le cas en Iraq par exemple. Plusieurs points sont énoncés :
* ne pas mettre en danger les tribus yéménites : même si leadership d'AQPA est probablement caché dans la région sud de Marib, le groupe n'a mené aucune attaque d'ampleur contre les infrastructures pétrolières qui pourrait engendrer des représailles du gouvernement.
* établir des liens sur le long terme : plus AQPA participe à la vie sociale des communautés locales et plus elle augmente sa propension à se réfugier au sein des populations. Cette technique a également primé au Pakistan.
* insister sur les contentieux locaux plutôt que globaux : lorsqu'AQPA aborde le problème de l'exploitation pétrolière au Yémen, elle préfère critiquer le manque de redistribution aux populations locales plutôt que de critiquer l'Occident pour soutenir des régimes avares et illégitimes, que les extrémistes appellent les régimes takfiri.
* faire appel à l'honneur tribal : AQPA critique les tribus qui se rallient au président yéménite et d'une certaine manière, le groupe se pose en alternative. L'éthique de résistance affirmée par AQPA trouve un certain écho au Yémen, car beaucoup de Yéménites ont combattu en Afghanistan contre les Soviétiques ainsi qu'en 1994 pendant la guerre civile.

Pour autant, l'alliance entre AQPA et les tribus locales est loin d'être scellée, car le groupe terroriste n'offre aux autochtones qu'un statut ancillaire. De même, la ligne idéologique d'AQPA reste très rigide et risque de rentrer en confrontation avec les lignes politiques des autochtones. Une autre tension pourrait également faire surface quant à la nécessité de s'insérer dans le débat local pour légitimer sa présence et les ambitions globales d'AQ.

Les deux auteurs estiment que si les Yéménites n'offrent aucun crédit au gouvernement, ils n'en sont pas arrivés au point de considérer AQPA comme une alternative crédible. Il faudrait donc cibler le leadership d'AQPA - en passant par les forces de sécurité gouvernementales - et s'occuper des problèmes locaux plutôt que de laisser AQPA prendre du terrain sur ce plan. L'Arabie Saoudite, en tant que cible privilégiée du groupe, devrait également prendre plus de responsabilité pour aider le Yémen à éradiquer la menace radicale, mais avec retenu pour empêcher que les Saoudiens ne servent que leurs intérêts au détriment de ceux de leurs voisins.

Pour le moment, la menace qu'AQPA représente à l'échelle internationale demeure assez marginale, mais si le problème n'est pas sapé dès maintenant, il n'est pas impensable de voir ce pays devenir le nouveau refuge d'Al Qa'ida.

jeudi 19 novembre 2009

Distanciation entre Al Qa'ida et les Frères musulmans

Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po, détaille, dans un article pour Current Trends in Islamist Ideology, la distanciation progressive entre les Frères musulmans égyptiens, iraqiens et palestiniens et Al Qa'ida. L'article n'est pas particulièrement novateur, mais il remet à plat quelques fondamentaux à connaître.

Pour commencer, les deux organisations s'opposent sur leur vision du jihad. Al Qa'ida soutient une vision globale de libération des Musulmans de régimes non-islamiques, que ce soit "les juifs et les croisés" ou les régimes musulmans apostats. Les FM ont une vision plus réduite du jihad qui repose sur des activités de missionnaires et de lutte politique organisée. Ils ont officiellement renoncé à la violence pour renverser les régimes.

Pour les Ikhwan égyptiens, les origines sont communes, puisqu'Abdallah Azzam faisait au départ partie des FM avant de partir en Afghanistan et avec Oussama Ben Laden - au départ lui-même un émissaire des FM - de rompre avec les idéaux des Frères musulmans pour créer ce qui deviendra Al Qa'ida. Abu Musab al-Suri et Ayman al-Zawahiri sont deux autres éminents membres de AQ qui viennent des Ikhwan.

La branche iraqienne a rapidement suivi le projet de reconstruction politique américain, ce qui lui a valu d'être une cible privilégiée d'Abou Musab al-Zarqaoui et d'Al Qa'ida en Mésopotamie.

La partie la plus intéressante de l'article de Filiu concerne la relation entre le Hamas, branche palestinienne des FM, et Al Qa'ida. Dès 1996, Ben Laden a associé sa cause à celle de la résistance palestinienne. Pour autant, ce que Filiu ne dit pas, c'est que ce soutien aux Palestiniens a été intermittent au mieux. Ils ont cependant salué les "martyres" du Hamas à plusieurs reprises.

Ce n'est qu'après les attentats du 11 septembre 2001 que Ben Laden a utilisé la lutte palestinienne comme un moyen de faire avancer le jihad global. Cela a résulté dans l'attentat anti-israélien de Mombasa en novembre 2002, mais qui n'a eu que très peu d'échos chez les Palestiniens. Sous l'impulsion d'al-Zarqaoui, AQ s'implante en Jordanie et en août 2005 tire une roquette sur Israël, ce qui n'a pas plu au Hamas qui était occupé à profiter au maximum du retrait unilatéral israélien de Gaza au même moment. Lors des élections palestiniennes début 2006, Zawahiri s'en est pris au Hamas pour avoir embrassé "les infidèles" en participant au scrutin.

L'opposition entre le Hamas et Al Qa'ida a également eu lieu par proxy. En 2006, le groupe palestinien chasse le Fatah de Gaza et purge le territoire de tous les groupes autres que lui, dont "l'Armée de l'islam" qui revendiquent des liens avec AQ et qui a en particulier capturé un journaliste de la BBC. Ces purges n'ont pas été appréciées par le leadership d'AQ qui a même accusé le Hamas de "renier sa religion". AQ a adouci ses attaques après le revers infligé par Dr. Fadl, un des fondateurs de "la Base", qui est devenu un des grands critiques d'Al Qa'ida.

Il semble peu envisageable aujourd'hui pour Al Qa'ida de développer son réseau à Gaza, sans même parler de la Cisjordanie. Le passage à tabac violent de Jund Ansar Allah en août le confirme d'ailleurs. Le seul lieu de Palestiniens où AQ a eu un impact est dans les camps de réfugiés au Liban. On se souvient des mois de lutte entre Fatah al-Islam et l'armée libanaise à l'été 2007. Même s'ils ont perdu, Filiu estime que les liens idéologiques sont encore forts.

Pour Filiu, Al Qa'ida s'éloigne de plus en plus de la réalité des Musulmans et de ceux que l'organisation cherche à cibler. A contrario, les FM ont véritablement réussi à gagner du terrain en politique en défendant une ligne nationaliste et en s'ancrant au plus près des attentes de la population.

jeudi 20 août 2009

L'épisode alqa'idesque à Gaza

J'aimerais revenir sur les évènements du weekend qui ont vu l'affrontement entre le Hamas et Jund Ansar Allah (les Soldats des Compagnons de Dieu). Ce n'est pas la première fois que le Hamas doit combattre des mouvements rebelles à Gaza. Ce fut déjà le cas avec Jaish al-Islam, qui s'est fait connaître par les enlèvements du soldat israélien Gilad Shalit - qu'ils ont donné au Hamas après - et du journaliste de la BBC Alan Johnston en 2007.

Ces groupes sont des dissidents de l'autorité du Hamas. Le Crisis Group a consacré un rapport à ce sujet il y a quelques années. Certains, comme Jaish al-Islam, sont plus dans une lutte de pouvoir - pour JaI, on pourrait même se demander si le groupe ne relève pas plus du gang. D'autres, comme Jund Ansar Allah, critiquent le Hamas sur le plan religieux. L'objectif de ce groupe salafiste était d'instaurer un émirat islamique régi par la Chariah à Gaza. Vendredi dernier, le Sheikh Abu al-Nour al-Maqdisi a prêté allégeance à Al Qa'ida. Il est difficile d'établir des liens entre ce groupe et le groupe d'Oussama Ben Laden. Il semblerait que les partisans de ce groupe aient combattu en Iraq et en Afghanistan.

Il y a deux implications à cet évènement :
* Certes, l'objectif de détruire ce groupe a guidé les actions radicales du Hamas, et on pourrait en déduire que le groupe nationaliste palestinien ne tolère aucune opposition. Mais, on peut également réaffirmer qu'il n'y aucune sympathie du Hamas pour Al Qa'ida, fait déjà établi par ailleurs.
* Toutefois, on peut également tirer la conclusion que l'idéologie d'Al Qa'ida a réussi à pénétrer Gaza. Certains diront que ce n'est pas surprenant à la lumière des actions israéliennes, mais dans un environnement où le Hamas règne en maître despotique, c'est notable. Dans quelle mesure est-elle présente ? Dans quelle mesure défie-t-elle l'autorité du Hamas ? Cela a-t-il un impact sur les pratiques du Hamas ? Au niveau religieux notamment, remarque-t-on une radicalisation des discours religieux liés à cette montée du salafisme ?

La NEFA Foundation a récupéré deux vidéos d'al-Maqdisi datées de la semaine dernière. Elles sont sans équivoque sur la radicalité idéologique et sur les intentions.

jeudi 13 août 2009

Détérioration de la situation et désintérêt problématiques au Yémen (mis à jour 2)

La situation au Yémen ne cesse de se détériorer. Depuis quelques jours, les affrontements entre les forces de sécurité du gouvernement et les rebelles chiites Houthi se sont intensifiés. Les violences n'ont jamais été aussi fortes depuis la signature d'un cessez-le-feu en 2008. Les informations sur la situation sur place manquent, mais visiblement il y a des dizaines de morts. L'armée yéménite utilise l'armée de l'Air et l'armée de Terre pour en finir avec ces insurgés.

Les Houthi représentent un réel problème pour l'autorité yéménite. Ce groupe chiite est en faveur de la restauration d'une autorité cléricale chiite qui était en vigueur jusqu'à la révolution de 1962. L'affrontement entre ce groupe armé et le gouvernement date de cette époque, mais les racines datent de bien avant. Les Houthi se revendiquent de la branche Zaidi du chiisme. Ils ont été à la tête du Yémen pendant plusieurs centaines d'années. En 1962, avec l'appui notamment de l'Arabie Saoudite, les Sunnites ont renversé le pouvoir plongeant les Chiites dans le désarroi. Ils sont depuis concentrés dans la province de Saada au nord du pays.

Depuis 2004, les campagnes d'affrontement entre forces gouvernementales et combattants Houthi sont fréquentes. En 2007, un cessez-le-feu avait été décrété, qui n'a jamais été respecté. En 2008, le Qatar a joué l'intermédiaire entre les deux parties, qui se sont plus ou moins tenus jusqu'à aujourd'hui.

Le problème Houthi vient s'ajouter à deux autres inquiétudes au Yémen : la présence d'Al Qa'ida et les séparatistes au sud. Trois épines donc qui affaiblissent considérablement le poids du gouvernement central. Tariq Alhomayed dans Asharq Alawsat estime qu'il est avant tout nécessaire de régler la question séparatiste. C'est pour lui la priorité, car le mouvement séparatiste est celui qui bénéficie du plus de soutien. Une fois ce dossier réglé, les rebelles Houthi ne devraient pas être trop gênants, car leur soutien est beaucoup moins important. Une solution apportée à ces deux problèmes servirait à renforcer l'intégrité territoriale du Yémen et de fait limiter la possible création d'une zone de libre droit pour Al Qa'ida. Le processus a l'air simple, mais il est en fait semé d'embuches.

Des embuches que l'on trouve notamment dans le fait que tout le monde se désintéresse de la question yéménite (et somalienne). Mutlaq Musa’ed Al-Ajmi écrit dans une tribune pour Yemen Times que le monde arabe ne bouge même pas le petit doigt pour venir en aide au Yémen. Aucun leader arabe, ni les Secrétaires généraux de la Ligue arabe et du Conseil de Coopération du Golfe n'est venu à Sanaa. Seul le général David Petraeus de CENTCOM est venu rendre visite au Président Ali Abdullah Saleh pour annoncer plus de coopération dans la lutte contre le terrorisme et un soutien à la stabilité et à l'unité du pays.


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L'éditorialiste se plaint également que les dirigeants arabes ignorent la question somalienne. Sans un effort international contre la piraterie dans le Golfe d'Aden, cette pratique ancestrale n'aurait fait que se banaliser. De plus, le Yémen reçoit régulièrement des centaines de réfugiés somaliens qui fuient leur pays. Un autre phénomène ignoré des chancelleries arabes. Bref, une situation extrêmement préoccupante qui n'intéresse tristement personne, alors que les enjeux locaux, régionaux et globaux sont potentiellement explosifs.

***UPDATE***

Le gouvernement yéménite a annoncé les conditions pour un cessez-le-feu. Voici les conditions requises :
1. Se retirer de tous les districts de Saada et démanteler tous les check points [entre la province et la capitale] empêchant la libre circulation.
2. Descendre des montagnes et mettre fin au banditisme et aux actes de destruction.
3. Rendre tous les équipements civils et militaires dont ils se sont emparés.
4. Clarifier la situation des [six] étrangers kidnappés [en juin], soupçonnés d'avoir été enlevés par les rebelles.
5. Donner aux autorités tous ceux qui kidnappent à Saada.
6. Aucune intervention de quelque sorte dans les affaires des autorités locales.

Autant dire qu'avec des conditions aussi contraignantes, les choses ne sont pas prêtes d'avancer rapidement...

***UPDATE 2***

Suite au commentaire de Nefermaât et d'une réflexion que je me suis faite ce matin, j'aimerais clarifier un point. J'ai peut-être donné l'impression d'une opposition entre de méchants rebelles contre un gentil gouvernement. Si c'est le cas, je tiens à rectifier le coche. Le Président Saleh n'a rien d'un enfant de coeur. A titre d'exemple, pour rallier le soutien occidental, il a présenté la lutte contre les Houthi comme s'inscrivant dans la lutte contre le terrorisme, alors que ça n'en est pas du tout. L'offensive actuelle émane du gouvernement, non des Houthi.

De l'autre côté, le groupe chiite n'est pas tout noir non plus. Certaines demandes sont tout à fait légitimes. Ils demandent par exemple une liberté de culte et la fin de l'interférence de la prêche du sunnisme salafiste dans leur province. Ils demandent également plus de justice sociale et la fin de la corruption.

Certes, entre les mots et les actions, il y a souvent un gouffre, mais je tenais à préciser ces points.

samedi 4 juillet 2009

AQIM en veut à la France pour le niqab

Je l'attendais ce communiqué. NEFA Foundation a traduit un communiqué d'Al Qa'ida au Maghreb Islamique (AQIM) sur la loi contre le niqab. Ils appellent comme d'habitude à la résistance et à frapper les intérêts français peu importe l'endroit, le moyen, la date.

Plusieurs points sont intéressants dans ce communiqué. En France, on parle beaucoup plus souvent de la bourqa que du niqab, voire tout simplement, beaucoup de gens ne font pas la différence. N'ayant suivi cette polémique que de loin, tant ce débat m'agace, je ne sais pas à quel point les médias font la différence. La bourqa vient principalement d'Afghanistan et du Pakistan ; c'est vraiment la grille. Le niqab est plus dans les pays du Golfe et on voit juste les yeux. A ma connaissance, en France, c'est plus le niqab que la bourqa qu'on a, mais la seconde est plus "choc". Le fait est que dans le communiqué, AQIM ne parle que du niqab. Normal, la bourqa n'existe pas au Maghreb, mais ce détail a son importance.

Je me permets également de traduire un passage qui me semble intéressant :
Les Français commettent ces oppressions à une époque où nous voyons leurs femmes arriver dans nos pays et remplir les plages et les routes en étant habillées de manière dénudée, en conflit ouvert avec les émotions des Musulmans et en pleine moquerie des enseignements de la religion islamique, de ses mœurs et de ses traditions

Tout ceci pour Allah est l'ultime point d'extrémisme et de racisme et la forme la plus apparente de terrorisme religieux et d'incitation à la haine.


Clairement pas du tout la même manière de voir les choses...

dimanche 31 mai 2009

al-Libi est mort

Ibn Al Sheikh Al Libi est mort le 11 mai. Il se serait suicidé dans sa cellule en Libye. Al Libi était un membre d'Al Qa'ida qui a été souvent cité ces dernières années. C'est lui qu'il a affirmé sous torture qu'il y avait une connexion entre Al Qa'ida et l'Irak, ce qui a permis au gouvernement américain d'ajouter cet élément à la liste de mensonges pour partir renverser le régime de Saddam Hussein. Scott MacLeod du TIME consacre un post du blog du magazine à son sujet comme l'exemple des ratés de l'administration Bush sur le terrorisme.

Il a été arrêté en novembre 2001 par la police pakistanaise et était alors considéré comme le membre d'Al Qa'ida le plus haut gradé capturé depuis le 11 septembre. Il aurait été détenu dans un premier temps dans la prison de Bagram en Afghanistan avant d'être transféré sur le porte-avions USS Bataan, puis en Egypte, avant d'être envoyé à Guantanamo et finalement dans une prison en Libye.

Son témoignage liant l'Irak et Al Qa'ida aurait été obtenu sous torture avec l'utilisation de la fameuse technique de waterboarding - et très certainement d'autres, mais c'est officiellement la plus controversée. Avoeu repris par Colin Powell dans son intervention du 5 février 2003 à l'ONU.

Mais, le post du TIME est particulièrement intéressant, car le cas Al Libi semble réunir tous les éléments d'erreur de l'administration Bush. Selon un rapport bipartisan déclassifié du Sénat américain cité par Human Rights Watch, les auteurs avaient conclu qu'Al Libi avait menti pour éviter la torture. De plus, un rapport des services de renseignements informait les autorités américaines en 2002 qu'il ne fallait pas utiliser le témoignage d'Al Libi, car trop d'éléments étaient inconsistants.

Ibn Al Sheikh Al Libi est donc mort, suicidé. Doit-on voir une coïncidence avec le fait que des avocats américains avaient demandé l'autorisation à la Libye de l'interroger ?

Note de lecture sur un article à propos de Al-Takfir wa'l Hijra

Je mentirais si je disais que j'étais très familier avec le mouvement Al Takfir wa'l Hijra (ATWH). J'en ai certes entendu parler, mais sans plus. Intrigué par un article universitaire sur le sujet et le fait qu'il soit égyptien, je me suis penché sur cette étude dans la revue Studies in Conflict & Terrorism. L'auteur, Jeffrey Cozzens, consultant pour Applied Marine Technology, Inc. et spécialiste des questions de terrorisme, analyse le mouvement égyptien en essayant de mieux le comprendre, tant les sources et informations sont rares et parcimonieuses.

ATWH est un mouvement séparatiste des Frères Musulmans égyptiens créé par Shukri Mustapha dans les années 1970. Il a connu un sérieux revers après la mort de son fondateur en 1978. ATWH est intéressant dans ses idéaux, car il se distingue de nombreux groupes radicaux islamistes. Et notamment sur qui est takfir, apostat. Pour de nombreux groupes ou mouvements, takfir fait référence aux Etats uniquement, alors que pour Mustapha, takfir désigne autant les Etats que les individus. De plus, ATWH ne reconnaît aucune des quatre écoles sunnites d'interprétation de l'islam. En effet, Mustapha estime qu'elles n'ont aucune légitimité à interpréter la parole de Dieu. Pour lui, chaque Musulman doit être en droit d'interpréter la parole de Dieu sans se référer à un érudit. Il s'oppose à la prière dans les mosquées publiques, car elles sont régies par les règles de l'Etat. Bref, un mouvement assez particulier.

L'article reste assez obscur pour les néophytes et s'intègre dans un débat assez cloisonné, à savoir si ce qui est écrit aujourd'hui sur ATWH a un sens ou pas en se fondant sur des connaissances historiques. Cozzens cite plusieurs sources qui s'inscrivent dans la lignée que ATWH est très actif, qu'ATWH est en lien avec Al Qa'ida, qu'ATWH pratique la taqiyyah, lorsqu'on dissimile sa foi pour éviter les persécutions. Cozzens conclut que tous ces arguments sont éventuellement possibles, mais qu'ils ne correspondent pas aux sources disponibles. En s'appuyant sur des sources historiques, il trouve peu probable que les propositions soient vraies, car elles indiqueraient un volte-face absolu du groupe par rapport à ses principes originaux. Ce qui l'amène à conclure d'ailleurs qu'il n'y a aujourd'hui aucun successeur militant du ATWH original, ni de mouvement ou groupe actif terroriste suivant les principes originels d'ATWH.

vendredi 27 février 2009

Dennis Blair nous parle des menaces actuelles

Le nouveau chef du Directorate of National Intelligence a effectué sa première estimation des menaces actuelles devant la Commission de la Chambre des Représentants sur le Renseignement. Bien entendu, le Moyen Orient a convoité une large partie du rapport. L'idée n'est pas d'être exhaustif, mais plutôt de souligner certains points intéressants.

- Sur l'Arabie Saoudite, Dennis Blair explique que les efforts de contre-terrorisme menés par les autorités du Royaume ont fortement handicapé les mouvements fondamentalistes sur le territoire, mais Riyad doit maintenant faire face à des menaces venues de l'extérieur et notamment du Yémen. Les arrestations de nombreux militants d'Al Qa'ida laissent penser que des actions seront menées. De plus, l'Arabie Saoudite fait partie des cibles historiques du groupe, car le pouvoir en place est jugé comme indigne et doit être remplacé par un gouvernement islamiste. Il réitère la montée de la menace yéménite en décrivant le pays comme "une potentielle base régionale pour Al Qa'ida".

- Étonnamment, Blair évoque le Hezbollah comme un groupe capable de frapper les intérêts américains. C'est assez surprenant, car le groupe libanais n'a pas attaqué les Etats-Unis ou un autre pays occidental depuis les années 1980, mais il estime que si la survie du groupe en dépend, le Hezbollah pourrait s'en prendre aux Etats-Unis, notant toutefois que le groupe mesurerait précautionneusement la portée de tels actes.

- Sur l'Iran, le chef du DNI consacre pas mal de temps qu'il résume dans un paragraphe suffisamment clair :
Les buts de longue date de la politique étrangère iranienne sont de maintenir le régime islamique en place, de sauvegarder la souveraineté de l'Iran, de défendre ses ambitions nucléaires et d'étendre son influence dans la région et dans le monde islamique. Les dirigeants iraniens perçoivent les développements dans la région - le retrait de Saddam et des Taliban, les défis auxquels doivent faire face les Etats-Unis en Irak et en Afghanistan, l'influence croissante du Hamas et du Hezbollah, et, jusqu'à récemment, des revenus pétroliers élevés - comme autant d'opportunités et de liberté de poursuivre son objective de devenir une puissance régionale. Cette perception a généré une politique étrangère iranienne plus affirmée dans laquelle Téhéran s'est focalisé sur un accroissement de ses liens en Irak, en Afghanistan et dans le Levant pour mieux influencer et exploiter les développements régionaux en matière politique, économique et sécuritaire. La politique étrangère iranienne s'est égalent affirmée au travers de sa volonté d'acquérir la capacité de constuire des armes nucléaires.

- Sur l'Irak, il attribue une amélioration de la situation à plusieurs facteurs :
* Les opérations menées par les forces de coalition et les mesures de sécurité menées par la population (les Fils d'Irak notamment) ont permis une forte diminution de la violence. La coalition, en tant que "garant politiquement neutre de la sécurité", a facilité l'action de l'armée irakienne pour lutter contre les violences "ethnosectaires".
* Les mouvements insurrectionnels sunnites continuent de diminuer. Nombreux sont ceux qui se sont ralliés aux initiatives lancées par les Américains pour protéger eux-mêmes leurs quartiers.
* L'influence d'AQI ne cesse de décroitre.
* La menace de violence des groupes chiites se réduit également. La décision de déposer les armes de Moqtada al-Sadr début 2008 a été particulièrement significative, car Jaish al-Mahdi (l'armée du Mahdi) était très active.
* Les capacités de l'armée irakienne se sont dans le même temps accrues.

Trois menaces demeurent sur l'Irak:
* Des disputes sur les frontières : c'est particulièrement probant dans le nord, à Kirkuk par exemple, une des quatre provinces où les élections n'ont pas eu lieu, car la situation demeure trop tendue.
* La perception d'une oppression policière : si le prisme d'une violence "ethnosectaire" de la police s'installe au sein de la population, cela peut raviver des violences.
* Une augmentation de soutiens étrangers aux milices.

- Blair a détaillé une position très intéressante sur le programme nucléaire iranien. "Bien que nous ne sachions pas si l'Iran a actuellement l'intention de développer des armes nucléaires, nous estimons que Téhéran conserve au minimum l'option ouverte d'en développer." Position prudente quelque peu dans la lignée du NIE de 2007 auquel il fait d'ailleurs référence. Selon lui, le fait que l'Iran ait arrêté son programme militaire en 2003 fait suite aux pressions internationales et pourrait suggérer que Téhéran est plus sensible aux pressions que précédemment estimé. Il indique également que seule une décision politique peut arrêter le programme, "et une telle décision est bien évidemment réversible".

Il est insistant sur le fait que deux activités cruciales pour le développement d'armes nucléaires se poursuivent : l'enrichissement de l'uranium et des missiles balistiques.

jeudi 18 décembre 2008

Le mouvement du "réveil d'Anbar" en Irak décortiqué


John McCary, un ancien du Pentagon aujourd'hui consultant à Washington, se penche longuement sur le phénomène du "réveil d'Anbar" dans un excellent article publié par The Washington Quarterly. McCary répète une théorie peu entendue aux Etats-Unis et dans les médias généralistes dans l'ensemble que ce n'est pas le "surge" qui a fait baisser la violence dans la province d'Anbar en Irak.

Selon lui, le mouvement du "réveil d'Anbar" est né dès 2005 et le "surge" n'a finalement que profiter des conditions déjà existantes pour aider à l'amélioration de la situation. Donc, comment est né ce mouvement sunnite ? McCary suggère deux raisons. Tout d'abord, il y a eu un changement de stratégie au sein des tribus sunnites. Au départ, elles avaient deux ennemis : les Etats-Unis et Al Qa'ida. L'armée américaine souffrait d'une plus mauvaise réputation. Un changement s'est opéré lorsque les chefs de tribu se sont rendus compte que la violence inouïe d'Al Qa'ida était plus problématique pour leur existence que la présence américaine. Ensuite, le mouvement a véritablement été structuré en 2006 au moment où les débats publics sur le retrait des troupes américaines commençaient à battre son plein. Ironiquement, indique l'auteur, c'est la menace de retrait des troupes américaines plutôt que son augmentation qui a réuni les tribus pour qu'elles s'allient.

L'auteur poursuit son raisonnement en expliquant que l'argent apporté par les Américains a été un facteur important, mais pas décisif. Pourquoi donc les Sunnites de la zone se sont ralliés à une cause anti-Al Qa'ida ? McCary explique que les Irakiens ont souvent tendance à prêter allégeance à plusieurs groupes et que tous ces groupes avaient décidé de s'unir contre Al Qa'ida. Ainsi, l'organisation radicale se retrouvait isolée, car entre un groupe importé et sa tribu, un Irakien fera le choix du local. Ainsi analyse McCary, les Américains n'auraient jamais pu lancer leur programme sans l'appui unanime des chefs de tribu.
 

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