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mercredi 22 décembre 2010

Lectures et commentaires 22-12-2012

Au programme, pas mal de variétés, mais j'ai eu énormément de travail avant la fin de l'année, donc un chouïa moins d'articles que d'habitude. Volontairement, il n'y a pas d'articles sur l'Iraq, car je vais revenir dessus plus en détails dans un article ces jours-ci.

* Afghanistan Trip Report, Part I: BLUF / Abu Muqawama
* Censure à l'Institut du monde arabe : interdit de parler politique / Rue 89
* Egypt's Command Economy / Slate.com
* Muslim Brotherhood expels lone winning parliamentary candidate / Al Masry al Youm
* Hussein Agha and Robert Malley - Nothing Left to Talk About / New York Times
* Mathieu Bouchard - L’importation du conflit israélo-arabe : de quoi parle-t-on? / MEDEA
* What’s Inside the New Nuke Arms Treaty / Danger Room
* The Falcons: Warriors against terrorism / Arab News
* Gonul Tol - Why Turkey is Not Turning Islamist / The Middle East Channel
* Stéphane Mantoux - Washington au pays de l’or noir : les liens entre politique de sécurité et politique énergétique aux Etats-Unis / Alliance Géostratégique
* Fareed Zakaria - The Year of Microterrorism - Person of the Year 2010 / TIME

jeudi 19 novembre 2009

Distanciation entre Al Qa'ida et les Frères musulmans

Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po, détaille, dans un article pour Current Trends in Islamist Ideology, la distanciation progressive entre les Frères musulmans égyptiens, iraqiens et palestiniens et Al Qa'ida. L'article n'est pas particulièrement novateur, mais il remet à plat quelques fondamentaux à connaître.

Pour commencer, les deux organisations s'opposent sur leur vision du jihad. Al Qa'ida soutient une vision globale de libération des Musulmans de régimes non-islamiques, que ce soit "les juifs et les croisés" ou les régimes musulmans apostats. Les FM ont une vision plus réduite du jihad qui repose sur des activités de missionnaires et de lutte politique organisée. Ils ont officiellement renoncé à la violence pour renverser les régimes.

Pour les Ikhwan égyptiens, les origines sont communes, puisqu'Abdallah Azzam faisait au départ partie des FM avant de partir en Afghanistan et avec Oussama Ben Laden - au départ lui-même un émissaire des FM - de rompre avec les idéaux des Frères musulmans pour créer ce qui deviendra Al Qa'ida. Abu Musab al-Suri et Ayman al-Zawahiri sont deux autres éminents membres de AQ qui viennent des Ikhwan.

La branche iraqienne a rapidement suivi le projet de reconstruction politique américain, ce qui lui a valu d'être une cible privilégiée d'Abou Musab al-Zarqaoui et d'Al Qa'ida en Mésopotamie.

La partie la plus intéressante de l'article de Filiu concerne la relation entre le Hamas, branche palestinienne des FM, et Al Qa'ida. Dès 1996, Ben Laden a associé sa cause à celle de la résistance palestinienne. Pour autant, ce que Filiu ne dit pas, c'est que ce soutien aux Palestiniens a été intermittent au mieux. Ils ont cependant salué les "martyres" du Hamas à plusieurs reprises.

Ce n'est qu'après les attentats du 11 septembre 2001 que Ben Laden a utilisé la lutte palestinienne comme un moyen de faire avancer le jihad global. Cela a résulté dans l'attentat anti-israélien de Mombasa en novembre 2002, mais qui n'a eu que très peu d'échos chez les Palestiniens. Sous l'impulsion d'al-Zarqaoui, AQ s'implante en Jordanie et en août 2005 tire une roquette sur Israël, ce qui n'a pas plu au Hamas qui était occupé à profiter au maximum du retrait unilatéral israélien de Gaza au même moment. Lors des élections palestiniennes début 2006, Zawahiri s'en est pris au Hamas pour avoir embrassé "les infidèles" en participant au scrutin.

L'opposition entre le Hamas et Al Qa'ida a également eu lieu par proxy. En 2006, le groupe palestinien chasse le Fatah de Gaza et purge le territoire de tous les groupes autres que lui, dont "l'Armée de l'islam" qui revendiquent des liens avec AQ et qui a en particulier capturé un journaliste de la BBC. Ces purges n'ont pas été appréciées par le leadership d'AQ qui a même accusé le Hamas de "renier sa religion". AQ a adouci ses attaques après le revers infligé par Dr. Fadl, un des fondateurs de "la Base", qui est devenu un des grands critiques d'Al Qa'ida.

Il semble peu envisageable aujourd'hui pour Al Qa'ida de développer son réseau à Gaza, sans même parler de la Cisjordanie. Le passage à tabac violent de Jund Ansar Allah en août le confirme d'ailleurs. Le seul lieu de Palestiniens où AQ a eu un impact est dans les camps de réfugiés au Liban. On se souvient des mois de lutte entre Fatah al-Islam et l'armée libanaise à l'été 2007. Même s'ils ont perdu, Filiu estime que les liens idéologiques sont encore forts.

Pour Filiu, Al Qa'ida s'éloigne de plus en plus de la réalité des Musulmans et de ceux que l'organisation cherche à cibler. A contrario, les FM ont véritablement réussi à gagner du terrain en politique en défendant une ligne nationaliste et en s'ancrant au plus près des attentes de la population.

dimanche 15 novembre 2009

Jeux de pouvoir au sein des Frères Musulmans égyptiens

Hossam Tamam a sorti un excellent article dans Al Ahram Weekly sur la situation actuelle au sein des Frères musulmans en Egypte. Cet article intervient à un moment particulièrement important, car il semble que les Ikhwan traversent une phase très difficile en ce moment et les commentaires pertinents sont rares tant l'organisation est secrète et opaque.

Tamam analyse les raisons de la crise actuelle et trouve deux accélérateurs principaux : la décision du Guide suprême Mohamed Mahdi Akef de démissionner avant que l'on apprenne qu'en fait il délégait certains de ses pouvoirs à son numéro 2, Mohamed Habib et l'affichage médiatique des dissensions pour une organisation connue pour sa discrétion interne. Les Frères musulmans tiendront des élections internes en janvier et Mahdi Akef a annoncé qu'il ne se présentait pas pour un second mandat.

L'auteur explique que l'origine de ces dissensions se trouve dans la difficulté à conserver un consensus entre toutes les tendances hétérogènes qui constituent les Ikhwan. Toutefois, nous pouvons distinguer deux grandes tendances :
* les réformistes qui s'occupent de l'aspect politique et de l'engagement sur les campus et dans les syndicats, où la présence des Frères est très forte.
* les conservateurs qui sont en charge des opérations de l'organisation ; ils sont en charge du recrutement, des nominations et des programmes d'endoctrinement.

Bien qu'ils s'opposent sur plusieurs points, leurs différences s'étaient trouvées complémentaires ces dernières années, alors que le prosélytisme et les activités des FM accroissaient. Cela a commencé à s'effriter à la suite de la nomination en 2004 de Mahdi Akef et des pressions extérieures. Pour une bureaucratie vieillissante et peu coutumière du changement, ces demandes ont provoqué des réflexions et des conclusions trop hâtives. Si Mahdi Akef a étendu les activités politiques des FM, l'organisation a décidé, contre toute attente, de sortir un programme politique, ce qu'elle avait toujours été réticente à faire hors période électorale, et elle prenait notamment position sur des questions qui étaient loin d'être tranchées entre les réformistes et les conservateurs. Ces derniers ont profité de l'occasion pour se débarrasser de certains éléments réformistes, de les décrédibiliser auprès de leurs bases et d'introduire des changements au programme. Deux modifications notables ont fait beaucoup de bruit : l'interdiction pour les Coptes et les femmes de se présenter aux élections et la subordination de la législature à une supervision religieuse.

Un deuxième événement a précipité la crise en 2008. Lors d'élections internes pour la désignation des membres du bureau de Guide, les conservateurs ont largement triomphé - après avoir effectué quelques modifications dans les règles du jeu. Ils ont réussi à faire entrer cinq Frères très conservateurs au bureau. Le Guide suprême est alors sorti de son rôle de médiateur et a soutenu les réformistes en tentant de faire rentrer un réformiste en vue de rééquilibrer les forces. Il a également cherché à influencer le choix de son successeur, qui semblerait, pour Mahdi Akef, être son second Mohamed Habib. D'où sa décision de lui déléguer certaines prérogatives en amont des élections dans quelques semaines. Ce geste symbolique a soulevé le courroux des conservateurs qui vont jusqu'à nier l'existence de ce passage de pouvoirs.

Hossam Tamam estime que cette crise est renforcée par le manque de dirigeant capable d'unifier les Frères. Le seul qui pourrait le faire, Khayrat el-Shater, est emprisonné jusqu'en 2014. Pour autant, il ne pense pas que les conséquences soient irréversibles pour les Ikhwan égyptiens. Cependant, il envisage des départs discrets et de véhéments désaccords de la part des réformistes. Pour lui, les Frères musulmans sont au bord d'un épisode maccarthyste, d'une chasses aux sorcières contre les réformistes, de la même manière que ce que le parti Wasat a pu connaître en 1996. Ainsi est-il possible que la période réformiste des FM s'éteigne petit à petit avec l'affaiblissement des membres les plus ouverts. Selon lui, les conséquences se feront sentir également en Jordanie et en Iraq. En Jordanie, la branche des FM est au bord d'une séparation en deux entités tant la crise interne est forte. En Iraq, le groupe semble prompt aux crises.

jeudi 3 juillet 2008

Les salafistes sur le devant de la scène

Khalil Al-Anani profite d'une tribune tout ce qu'il y a de plus académique pour tirer une sonnette d'alarme : la montée du salafisme dans le monde arabe est dangereuse. Ce chercheur au Brookings Institution a publié un commentaire dans l'hebdo anglophone Al Ahram Weekly en Egypte. Il inclut dans les salafistes les branches les plus conservatrices des Frères Musulmans en Jordanie comme en Egypte, le Hamas et les nouveaux élus koweitiens suite aux récentes élections. Les groupes les plus proches de l'actualité.

Ce qui le dérange n'est pas tant l'expansion du discours salafiste que l'idéologie même de la doctrine religieuse. Il indique trois raisons pour justifier des dangers du salafisme. Ce dernier impose une forme d'isolation au sein de la société arabe ; en effet, ses partisans débattent plus sur l'après-vie que sur les problèmes sociaux actuels. Ensuite, Al-Anani estime que le salafisme "est politiquement 'anti-social', car ses supporters se désintéressent souvent d'un quelconque engagement politique". Pour répondre aux enjeux actuels, les salafistes "trouvent des interprétations 'mystiques' pour les conditions sociales et économiques qui se détériorent dans le monde arabe". La troisième raison, c'est une question d'ordre culturel, le manichéisme à son apogée. "En fonctionnant ainsi, ils finissent par aliéner toute personne d'une autre croyance ou d'un autre avis", écrit-il.

Deux raisons justifient un regain de forme du salafisme. Tout d'abord la persistance de l'autoritarisme des régimes arabes, et plus particulièrement leur traitement répressif des groupes islamistes modérés. Par conséquent, les groupes dits modérés "se marginalisent, aussi bien intellectuellement que dans la manière de s'organiser, et ils semblent avoir perdu tout espoir de regagner de l'influence".

Ensuite, les régimes arabes tolèrent la mouvance salafiste. Ils voient dans ces groupes un moyen de contrer l'influence d'organisations plus modérés ; l'auteur citant l'Egypte, la Jordanie et le Koweit comme exemple. Selon lui, le peu d'engagement politique de ces groupes rend doublement service au pouvoir : ils contrebalancent la place des modérés et ne menacent pas le gouvernement.

Ce qu'il y a de plus à craindre, estime Al-Anani, c'est le potentiel cocktail Molotov qu'un regain de la mouvance salafiste implique. "Les salafistes sont attachés à aliéner tous les autres groupes politiques et religieux" et si cela devait arriver, un mélange détonant d'interprétations littérales du Coran et "le zèle militant de groupes djihadistes bien organisés" pourrait être catastrophique.

Difficile d'expliquer véritablement la source de désaffection des groupes politiques et religieux modérés, conclut le chercheur, mais en tout cas, "soit ils se reconnectent à la population, soit ils ne deviennent plus pertinents du tout".
 

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