A la suite du déploiement du CCG au Bahreïn, l'Iran chiite s'est empressé de réagir et de condamner cette incursion. Aucune mention du CCG, juste de l'Arabie Saoudite. De son côté, l'Arabie Saoudite sunnite brandit le spectre de l'opposition sectaire entre Sunnites et Chiites et le CCG prévient contre toute ingérence - lire l'Iran. Dès lors, on se retrouve dans le cas des puissances régionales du Golfe qui s'opposent indirectement au Bahreïn. Du moins, est-ce la manière dont les événements sont présentés. Cette façon d'évoquer un affrontement indirect n'est nullement nouvelle. Au Yémen en 2009, de nombreuses analyses concluaient à une opposition irano-saoudienne. A l'époque déjà, cet argument semblait au moins extrêmement exagéré, voire une vue de l'esprit. Il en est de même aujourd'hui au Bahreïn.
Il est vrai que l'Arabie Saoudite est inquiète de la situation au Bahreïn et craint que les révoltes se propagent dans les zones chiites du pays, bien que les révoltes actuelles dans le monde arabe n'aient aucun caractère religieux. Au Bahreïn, le fait que la grande majorité des manifestants soient chiites est lié à leur statut inférieur au sein de la société ; il n'y a pas de revendications religieuses. C'était déjà le cas au Yémen. Il n'en reste pas moins qu'il est réducteur de voir l'intervention des troupes sous mandat du CCG sous le prisme d'une peur sunnite de voir le Bahreïn tomber aux mains des Chiites et de fait aux mains des Iraniens. Néanmoins, les pays sunnites savent que cette rhétorique parvient encore à convaincre. Il faut noter que les Bahreïnis chiites n'appellent pas à une unification avec l'Iran, ce que Téhéran accepterait probablement d'ailleurs.
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jeudi 17 mars 2011
mardi 28 décembre 2010
La crise de l'eau : source d'instabilité intérieure au Moyen Orient
John Alterman et Michael Dziuban du Center for Strategic and International Studies viennent de publier un papier extrêmement intéressant sur la crise de l'eau au Moyen Orient. De nombreuses études sur la situation hydrique du Moyen Orient anticipent des conflits entre pays pour la maîtrise de cette ressource naturelle, qui ne possède aucune alternative. Pour autant, Alterman souligne que jusqu'à présent, aucun conflit international n'a éclaté à cause de l'eau dans la région. Néanmoins, le point d'achoppement qu'il voit émerger est une instabilité intérieure grandissante au fur et à mesure que l'eau se raréfie. Son approche est, à ma connaissance, originale. Selon lui, les dirigeants régionaux utilisent l'eau comme un outil politique. L'eau ne fait bien entendu que partie d'un ensemble d'autres biens et services fournis aux populations quasi gratuitement sur le système d'un Etat-rentier. Le problème est que l'eau est une ressource finie et qu'elle ne connaît pas d'alternative. En Jordanie par exemple, le gouvernement utilise l'eau comme un catalyseur de tensions. De grandes familles sont en charge de l'agriculture et le gouvernement n'interfère quasiment pas les laissant libres tout en leur fournissant les ressources hydriques nécessaires.
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mercredi 22 décembre 2010
Lectures et commentaires 22-12-2012
Au programme, pas mal de variétés, mais j'ai eu énormément de travail avant la fin de l'année, donc un chouïa moins d'articles que d'habitude. Volontairement, il n'y a pas d'articles sur l'Iraq, car je vais revenir dessus plus en détails dans un article ces jours-ci.
* Afghanistan Trip Report, Part I: BLUF / Abu Muqawama
* Censure à l'Institut du monde arabe : interdit de parler politique / Rue 89
* Egypt's Command Economy / Slate.com
* Muslim Brotherhood expels lone winning parliamentary candidate / Al Masry al Youm
* Hussein Agha and Robert Malley - Nothing Left to Talk About / New York Times
* Mathieu Bouchard - L’importation du conflit israélo-arabe : de quoi parle-t-on? / MEDEA
* What’s Inside the New Nuke Arms Treaty / Danger Room
* The Falcons: Warriors against terrorism / Arab News
* Gonul Tol - Why Turkey is Not Turning Islamist / The Middle East Channel
* Stéphane Mantoux - Washington au pays de l’or noir : les liens entre politique de sécurité et politique énergétique aux Etats-Unis / Alliance Géostratégique
* Fareed Zakaria - The Year of Microterrorism - Person of the Year 2010 / TIME
* Afghanistan Trip Report, Part I: BLUF / Abu Muqawama
* Censure à l'Institut du monde arabe : interdit de parler politique / Rue 89
* Egypt's Command Economy / Slate.com
* Muslim Brotherhood expels lone winning parliamentary candidate / Al Masry al Youm
* Hussein Agha and Robert Malley - Nothing Left to Talk About / New York Times
* Mathieu Bouchard - L’importation du conflit israélo-arabe : de quoi parle-t-on? / MEDEA
* What’s Inside the New Nuke Arms Treaty / Danger Room
* The Falcons: Warriors against terrorism / Arab News
* Gonul Tol - Why Turkey is Not Turning Islamist / The Middle East Channel
* Stéphane Mantoux - Washington au pays de l’or noir : les liens entre politique de sécurité et politique énergétique aux Etats-Unis / Alliance Géostratégique
* Fareed Zakaria - The Year of Microterrorism - Person of the Year 2010 / TIME
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mercredi 17 mars 2010
SIPRI : Les ventes d'armes au Moyen Orient entre 2005-2009
Le SIPRI, think tank suédois, a publié un rapport sur les ventes d'armes dans le monde entre 2005 et 2009 qui nous apprend quelques éléments intéressants.
Tout d'abord, l'Allemagne est désormais le troisième exportateur d'armes au monde. C'est assez paradoxal, lorsque l'on sait à quel point l'engagement militaire allemand - s'il est important aujourd'hui - va considérablement décroître, car les Allemands en ont terminé avec leur période humanitariste et de recours aux forces armées pour la stabilisation qu'ils étaient enclins à prôner dans les années 1990.
Plus spécifiquement sur le Moyen Orient, on apprend sans grande surprise que le Golfe est bien implanté, puisque les EAU sont le quatrième importateur (6% des achats mondiaux) derrière la Chine, l'Inde et la Corée du Sud et juste devant... la Grèce (no comment...). Les deux plus importants clients des Emirats sont les Etats-Unis et la France. D'ailleurs, les Emirats sont les premiers clients français, puisque Paris y a fait 25% de ses ventes. Ce classement aussi élevé résulte de l'achat 34 Mirage-2000 à la France et 72 F-16s aux Etats-Unis. Il est toutefois envisageable que cette tendance ne soit pas que temporaire suite aux nombreux contrats que les EAU continuent de signer. Bien évidemment, tout cet attirail militaire est avant tout lié à sa proximité géographique avec l'Iran.
Tout d'abord, l'Allemagne est désormais le troisième exportateur d'armes au monde. C'est assez paradoxal, lorsque l'on sait à quel point l'engagement militaire allemand - s'il est important aujourd'hui - va considérablement décroître, car les Allemands en ont terminé avec leur période humanitariste et de recours aux forces armées pour la stabilisation qu'ils étaient enclins à prôner dans les années 1990.
Plus spécifiquement sur le Moyen Orient, on apprend sans grande surprise que le Golfe est bien implanté, puisque les EAU sont le quatrième importateur (6% des achats mondiaux) derrière la Chine, l'Inde et la Corée du Sud et juste devant... la Grèce (no comment...). Les deux plus importants clients des Emirats sont les Etats-Unis et la France. D'ailleurs, les Emirats sont les premiers clients français, puisque Paris y a fait 25% de ses ventes. Ce classement aussi élevé résulte de l'achat 34 Mirage-2000 à la France et 72 F-16s aux Etats-Unis. Il est toutefois envisageable que cette tendance ne soit pas que temporaire suite aux nombreux contrats que les EAU continuent de signer. Bien évidemment, tout cet attirail militaire est avant tout lié à sa proximité géographique avec l'Iran.
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jeudi 4 mars 2010
Alain Chouet (ex-DGSE) : al-Qa'ida est morte, le problème demeure en Arabie Saoudite
Le Sénat vient de mettre à jour son flux RSS et toutes les vidéos du colloque "Moyen Orient à l'heure du nucléaire" qui s'est tenu fin janvier ont été ajoutées. Je ne sais pas depuis quand elles sont en ligne, mais en tous cas, je vous les conseille. Pour le moment, j'ai juste regardé l'intervention d'Alain Chouet, ancien directeur de la DGSE (2000-2002). Il parle d'Al Qa'ida et n'a pas la langue dans sa poche. Pour lui, le cœur du problème n'est pas en Afghanistan, au Pakistan, en Iraq, en Somalie ou au Yémen, il est en Arabie Saoudite. Je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il dit, mais il soulève de très bonnes questions.
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vendredi 4 décembre 2009
Etude sur l'implantation d'Al Qa'ida au Yémen
A croire que quand une crise éclate dans un pays sous-étudié, c'est à ce moment que des recherches et analyses intéressantes sont publiées. Preuve en est avec le nouveau papier du think tank australien Lowy Institute for International Policy intitulé "Al-Qa'ida, Tribes and Instability in Yemen". Les auteurs, Sarah Phillips et Rodger Shanahan, se penchent sur l'implantation d'AQ au Yémen, autrement appelé Al Qa'ida en Péninsule Arabique (AQPA).
AQPA s'est installée au Yémen pour deux principales raisons. Ils ont besoin d'une présence dans la région pour s'attaquer à "l'ennemi proche" suite au durcissement des Saoudiens à l'encontre du groupe. De plus, le pays connait de multiples crises et le gouvernement central n'a pas de contrôle sur le territoire, ce qui laisse à AQPA la possibilité de s'infiltrer. Les auteurs estiment également que cette base au Yémen, si elle venait à se développer, pourrait servir de base arrière aux cadres d'AQ de plus en plus sous pression au Pakistan (voir la vidéo). Il n'est en outre pas inutile de penser que leur présence au Yémen leur ouvre la voie maritime et la possibilité d'attaquer des cargaisons passant par Bab al-Mandab.
* ne pas mettre en danger les tribus yéménites : même si leadership d'AQPA est probablement caché dans la région sud de Marib, le groupe n'a mené aucune attaque d'ampleur contre les infrastructures pétrolières qui pourrait engendrer des représailles du gouvernement.
* établir des liens sur le long terme : plus AQPA participe à la vie sociale des communautés locales et plus elle augmente sa propension à se réfugier au sein des populations. Cette technique a également primé au Pakistan.
* insister sur les contentieux locaux plutôt que globaux : lorsqu'AQPA aborde le problème de l'exploitation pétrolière au Yémen, elle préfère critiquer le manque de redistribution aux populations locales plutôt que de critiquer l'Occident pour soutenir des régimes avares et illégitimes, que les extrémistes appellent les régimes takfiri.
* faire appel à l'honneur tribal : AQPA critique les tribus qui se rallient au président yéménite et d'une certaine manière, le groupe se pose en alternative. L'éthique de résistance affirmée par AQPA trouve un certain écho au Yémen, car beaucoup de Yéménites ont combattu en Afghanistan contre les Soviétiques ainsi qu'en 1994 pendant la guerre civile.
Pour autant, l'alliance entre AQPA et les tribus locales est loin d'être scellée, car le groupe terroriste n'offre aux autochtones qu'un statut ancillaire. De même, la ligne idéologique d'AQPA reste très rigide et risque de rentrer en confrontation avec les lignes politiques des autochtones. Une autre tension pourrait également faire surface quant à la nécessité de s'insérer dans le débat local pour légitimer sa présence et les ambitions globales d'AQ.
Les deux auteurs estiment que si les Yéménites n'offrent aucun crédit au gouvernement, ils n'en sont pas arrivés au point de considérer AQPA comme une alternative crédible. Il faudrait donc cibler le leadership d'AQPA - en passant par les forces de sécurité gouvernementales - et s'occuper des problèmes locaux plutôt que de laisser AQPA prendre du terrain sur ce plan. L'Arabie Saoudite, en tant que cible privilégiée du groupe, devrait également prendre plus de responsabilité pour aider le Yémen à éradiquer la menace radicale, mais avec retenu pour empêcher que les Saoudiens ne servent que leurs intérêts au détriment de ceux de leurs voisins.
Pour le moment, la menace qu'AQPA représente à l'échelle internationale demeure assez marginale, mais si le problème n'est pas sapé dès maintenant, il n'est pas impensable de voir ce pays devenir le nouveau refuge d'Al Qa'ida.
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jeudi 3 décembre 2009
Les délégations de l'UE changent de nom
Avec l'implémentation du Traité de Lisbonne au 1er décembre, le nom des délégations européennes hors-UE ont changé d'appelation. Ainsi par exemple, en Arabie Saoudite, "la délégation de la Commission européenne" s'appelle désormais "la délégation de l'Union Européenne". Cela traduit la volonté du traité de renforcer l'image d'une Europe (plus) unifiée sur le plan de la politique extérieure.
Quel changement en pratique ? Reste à voir. C'est en tout cas un bon moment pour rappeler que l'UE possède 130 délégations à travers le monde. Ca, c'était pour la petite info.
Du concret alors ? Il faudra probablement attendre que les choses s'instaurent à Bruxelles avant que cela n'ait des répercussions dans les délégations. Pour le moment, il y a de fortes chances que ce soit juste un changement de nom.
Quel changement en pratique ? Reste à voir. C'est en tout cas un bon moment pour rappeler que l'UE possède 130 délégations à travers le monde. Ca, c'était pour la petite info.
Du concret alors ? Il faudra probablement attendre que les choses s'instaurent à Bruxelles avant que cela n'ait des répercussions dans les délégations. Pour le moment, il y a de fortes chances que ce soit juste un changement de nom.
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vendredi 20 novembre 2009
L'engagement saoudien au Yémen
C'est un des meilleurs articles que j'ai lu sur le sujet. Roula Khalaf du Financial Times décortique l'implication saoudienne au Yémen. Elle revient sur le pseudo affrontement par proxy entre l'Iran et l'Arabie Saoudite.
En effet, l'Iran dénonce le "terrorisme d'Etat" de l'Arabie Saoudite au Yémen. L'Arabie Saoudite n'a jamais entretenu de bonnes relations avec les rebelles Houthi chiites, donc perçus comme hérétiques par le wahhabisme d'Etat de l'Arabie Saoudite. Toutefois, Riyadh accuse désormais l'Iran d'interférer au Yémen (voir la vidéo à ce sujet) et Sanaa n'en dit forcément pas moins.
Cependant, comme l'explique Khalaf, il y a très peu d'indices de cet engagement et au mieux Téhéran sympathise avec la cause Houthi, mais sans plus. J'ai déjà évoqué le sujet très tendance de l'influence iranienne sur les Chiites dans le Golfe. De plus, les rebelles ne sont pas guidés par un zèle religieux, mais par des demandes économiques et territoriales. Par contre, elle n'écarte pas que l'Arabie Saoudite perçoive réellement le conflit au travers de ce paradigme. Dans tous les cas, que ce soit en promouvant la "diplomatie du chéquier" ou en intervenant militairement, l'Arabie Saoudite ne fait qu'empirer le problème.
Pour ma part, j'ai plutôt l'impression que les Saoudiens aident les Yéménites à prendre les Houthi en sandwich et que le présumé engagement iranien est un prétexte pour tenter de justifier une intervention militaire auprès de l'opinion internationale. Ils peuvent suivre le programme en huit leçons pour écraser un groupe rebelle. Testé et approuvé par le gouvernement sri-lankais !*
* La pire des solutions, mais le désintérêt général pour le Yémen est aussi patent que celui pour le Sri Lanka. Il y a toutefois une différence majeure, c'est que le conflit entre le gouvernement yéménite et les Houthi a de fortes chances pour avoir des conséquences régionales non négligeables, contrairement au Sri Lanka. Pour autant, personne ne s'est vraiment ému de la situation pour le moment et le Yémen étant considéré comme un refuge d'Al Qa'ida - plus à raison qu'à tort, mais cela importe peu dans le cas présent - je doute que les gouvernements occidentaux et moyen-orientaux ne montent à la tribune pour dénoncer les pratiques militaires contre les rebelles.
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mercredi 18 novembre 2009
La défense collective dans le Golfe?
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Avec un peu de retard, j'ai lu quelques réactions du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) sur l'attaque saoudienne à sa frontière sud contre les rebelles Houthi. Selon Arab News, Riyadh contrôle désormais toute sa frontière. Outre le fait que les pays du CCG ont soutenu les interventions militaires saoudiennes, qu'ils se sont prononcés en faveur de l'unité du Yémen, une déclaration m'a interpellé. Lors d'un sommet du CCG il y a quelques jours, le communiqué final annonçait qu'une attaque contre l'Arabie Saoudite était considérée comme une attaque contre tous les pays du CCG.
Se dirige-t-on vers la défense collective dans le Golfe ?
Avec un peu de retard, j'ai lu quelques réactions du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) sur l'attaque saoudienne à sa frontière sud contre les rebelles Houthi. Selon Arab News, Riyadh contrôle désormais toute sa frontière. Outre le fait que les pays du CCG ont soutenu les interventions militaires saoudiennes, qu'ils se sont prononcés en faveur de l'unité du Yémen, une déclaration m'a interpellé. Lors d'un sommet du CCG il y a quelques jours, le communiqué final annonçait qu'une attaque contre l'Arabie Saoudite était considérée comme une attaque contre tous les pays du CCG.
Se dirige-t-on vers la défense collective dans le Golfe ?
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mardi 27 octobre 2009
Ca barde toujours au Yémen
Un petit point sur la situation au Yémen. Les affrontement continuent entre l'armée yéménite et les rebelles houthi. Il semblerait que les voisins saoudiens se soient directement emmêlés à la frontière.
Et grande nouvelle selon le Daily Telegraph. "La rébellion Houthi s'est transformée d'un désaccord local à un conflit sectaire de premier plan aux répercussions internationales", lit-on. Ah bon?! Je ne savais pas que l'actualité yéménite était au top des préoccupations du moment et encore moins que la lecture religieuse chiite vs. sunnites permettait de comprendre tout le problème au Yémen. Il y a tellement peu d'articles sur la question, tellement peu d'accès pour les médias que l'on mélange conflits territoriaux, religieux et Al Qa'ida.
***UPDATE***
Il y a quelques jours, Barah Mikaïl de l'IRIS a donné une interview vidéo intéressante sur le dossier yéménite.
Et grande nouvelle selon le Daily Telegraph. "La rébellion Houthi s'est transformée d'un désaccord local à un conflit sectaire de premier plan aux répercussions internationales", lit-on. Ah bon?! Je ne savais pas que l'actualité yéménite était au top des préoccupations du moment et encore moins que la lecture religieuse chiite vs. sunnites permettait de comprendre tout le problème au Yémen. Il y a tellement peu d'articles sur la question, tellement peu d'accès pour les médias que l'on mélange conflits territoriaux, religieux et Al Qa'ida.
***UPDATE***
Il y a quelques jours, Barah Mikaïl de l'IRIS a donné une interview vidéo intéressante sur le dossier yéménite.
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mercredi 21 octobre 2009
Robert Lacey parle des femmes et des terroristes en Arabie Saoudite
Une petite interview avec Robert Lacey sur son dernier ouvrage au sujet de l'Arabie Saoudite. Dans cette vidéo, il parle du rôle de la femme dans la société saoudienne et du programme de réhabilitation des terroristes mis en place par Riyadh. Rien de très profond en quatre minutes, mais un rapide tour d'horizon.
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dimanche 31 mai 2009
Quelle influence a l'Iran dans les pays du Golfe?
Depuis la guerre en Irak, l'Iran a renforcé sa position au Moyen Orient. En Irak, son influence peut parfois virer à l'ingérence. Elle est également très forte au Liban avec le Hezbollah. Qu'en est-il des pays du Golfe où les Chiites sont présents ? Au Bahreïn, ils sont majoritaires mais depuis toujours dirigés par la famille sunnite Al Khalifa. En Arabie Saoudite et au Koweït, ils représentent une importante minorité. L'Iran peut-elle utiliser ses populations pour faire avancer ses pions dans la région ? La réponse de Laurence Louër : non.
Dans un excellent article pour la revue de contre-terrorisme CTC Sentinel, la chercheur au CERI explique pourquoi l'influence de Téhéran dans le Golfe est limitée. La révolution iranienne de 1979 a stigmatisé l'opposition entre les deux principaux groupes chiites, tous deux originaires d'Irak. D'un côté, il y a Al Da'wa et de l'autre le Mouvement du message, mené par l'Ayatollah Mohammed al-Shirazi, qu'on appelle les Shiraziyeen. Dans les années 1960 et 1970, souvent pour des raisons politiques, ils se sont étendus ou exilés dans les pays du Golfe. Selon Louër, leurs différences idéologiques sont mineures, tout se joue sur la puissance politique.
Avec la révolution de 1979, leur opposition a pris un autre accent. Dans un premier temps, les deux groupes cherchaient à se positionner en faveur de Téhéran et de profiter de la nouvelle influence iranienne pour prendre eux-mêmes de l'importance dans leur pays respectif. Cela coïncidait avec la volonté iranienne d'exporter la révolution et de soutenir les mouvements chiites. Dans un second temps, les Shiraziyeen se sont distancés de l'Iran. Ils ont critiqué la violence du régime et Shirazi a mis au défi la légitimité religieuse de Khomeini puis de Khamenei, remettant ainsi en cause le principe de wilayat al-faqih, qui implique que l'Ayatollah iranien est le chef religieux des Chiites. Cette étape va donc créer un fossé entre les Shiraziyeen et l'Iran de manière durable. De son côté, Al Da'wa va continuer sa politique de soutien à l'Iran.
Que ce soit au Bahreïn, au Koweït ou en Arabie Saoudite, les Shiraziyeen vont beaucoup mieux s'organiser que Al Da'wa, au point même qu'en Arabie Saoudite, l'influence de ces derniers est quasi nulle. Les Shiraziyeen veulent clairement marquer qu'ils ne sont pas des pions de Téhéran et il semble acquis que l'Iran n'a pas d'influence sur eux. Cela est renforcé par le fait qu'au niveau local, les Shiraziyeen ont obtenu des avancées politiques sans le soutien de Téhéran. En effet, ils sont tous représentés et plus ou moins acceptés politiquement, l'Arabie Saoudite demeure le plus problématique. Leur liberté de culte est tolérée, notamment au Bahreïn, mais cela depuis la création de l'Etat au XVIIIe siècle.
Louër indique toutefois que l'Iran reste très présente dans le schéma des deux côtés. Pour les Shiraziyeen, ils ont utilisé la menace iranienne depuis 2003 pour dire que le meilleur moyen de la contenir était de donner plus de libertés et de droits aux Chiites. Du côté des régimes sunnites, ils cherchent à contenir l'influence iranienne en donnant plus de droits et de libertés aux minorités chiites. Il est toutefois peu probable que ce chemin continue jusqu'à une égalité complète entre Sunnites et Chiites dans ces pays, mais il est tout autant improbable que les Shiraziyeen en viennent à embrasser l'influence iranienne.
Dans un excellent article pour la revue de contre-terrorisme CTC Sentinel, la chercheur au CERI explique pourquoi l'influence de Téhéran dans le Golfe est limitée. La révolution iranienne de 1979 a stigmatisé l'opposition entre les deux principaux groupes chiites, tous deux originaires d'Irak. D'un côté, il y a Al Da'wa et de l'autre le Mouvement du message, mené par l'Ayatollah Mohammed al-Shirazi, qu'on appelle les Shiraziyeen. Dans les années 1960 et 1970, souvent pour des raisons politiques, ils se sont étendus ou exilés dans les pays du Golfe. Selon Louër, leurs différences idéologiques sont mineures, tout se joue sur la puissance politique.
Avec la révolution de 1979, leur opposition a pris un autre accent. Dans un premier temps, les deux groupes cherchaient à se positionner en faveur de Téhéran et de profiter de la nouvelle influence iranienne pour prendre eux-mêmes de l'importance dans leur pays respectif. Cela coïncidait avec la volonté iranienne d'exporter la révolution et de soutenir les mouvements chiites. Dans un second temps, les Shiraziyeen se sont distancés de l'Iran. Ils ont critiqué la violence du régime et Shirazi a mis au défi la légitimité religieuse de Khomeini puis de Khamenei, remettant ainsi en cause le principe de wilayat al-faqih, qui implique que l'Ayatollah iranien est le chef religieux des Chiites. Cette étape va donc créer un fossé entre les Shiraziyeen et l'Iran de manière durable. De son côté, Al Da'wa va continuer sa politique de soutien à l'Iran.
Que ce soit au Bahreïn, au Koweït ou en Arabie Saoudite, les Shiraziyeen vont beaucoup mieux s'organiser que Al Da'wa, au point même qu'en Arabie Saoudite, l'influence de ces derniers est quasi nulle. Les Shiraziyeen veulent clairement marquer qu'ils ne sont pas des pions de Téhéran et il semble acquis que l'Iran n'a pas d'influence sur eux. Cela est renforcé par le fait qu'au niveau local, les Shiraziyeen ont obtenu des avancées politiques sans le soutien de Téhéran. En effet, ils sont tous représentés et plus ou moins acceptés politiquement, l'Arabie Saoudite demeure le plus problématique. Leur liberté de culte est tolérée, notamment au Bahreïn, mais cela depuis la création de l'Etat au XVIIIe siècle.
Louër indique toutefois que l'Iran reste très présente dans le schéma des deux côtés. Pour les Shiraziyeen, ils ont utilisé la menace iranienne depuis 2003 pour dire que le meilleur moyen de la contenir était de donner plus de libertés et de droits aux Chiites. Du côté des régimes sunnites, ils cherchent à contenir l'influence iranienne en donnant plus de droits et de libertés aux minorités chiites. Il est toutefois peu probable que ce chemin continue jusqu'à une égalité complète entre Sunnites et Chiites dans ces pays, mais il est tout autant improbable que les Shiraziyeen en viennent à embrasser l'influence iranienne.
jeudi 16 avril 2009
Les relations entre l'Iran et l'Arabie Saoudite depuis la chute de Saddam Hussein
La RAND a publié il y a peu une étude qui tombe à point nommé sur les relations entre l'Iran et l'Arabie Saoudite depuis la chute de Saddam Hussein. Pourquoi à point nommé? Parce que cette relation, cardinale dans la région, est source de nombreux débats et est plus complexe qu'on ne le pense. Les deux pays se définissent comme des leaders régionaux. L'Arabie Saoudite porte la double casquette de leader arabe et islamique, l'Iran, notamment depuis la Révolution islamique, conteste la deuxième casquette, mais aussi le leadership de la région. Ces dernières années, Téhéran a pris une place progressivement proéminente au Moyen Orient, ce qui n'est pas pour plaire aux Sunnites arabes. Encouragés par Washington dans cette direction, les pays dits "modérés" que sont l'Egypte, la Jordanie et les pays du CCG se seraient mis en coalition contre l'Iran chiite. Il semble toutefois que ce soit plus un voeu de certains pays de la région, notamment l'Egypte, et de Washington plutôt qu'un fait avéré.
Dans ce contexte, la RAND publie cette analyse d'une centaine de pages dans la volonté de repenser cette relation:
* l'idée d'un bloc arabe contre l'Iran n'est pas aussi évidente, car les pays arabes ne sont pas forcément friands d'une Arabie Saoudite toute puissante non plus.
* L'attitude de l'Arabie Saoudite à l'égard de l'Iran est marquée par un pragmatisme certain. Si l'on retrouve souvent des tactiques de rollback et de containment chez les Saoudiens, les deux pays sont amenés à s'entendre sur certains dossiers.
* Le sectarisme sunnite/chiite est à pondérer. En effet, officiellement, les deux gouvernements se retiennent de tout commentaire vertement sectaire. Cela étant, l'Arabie Saoudite n'a que mépris pour sa population chiite et l'Iran est critique à l'égard de l'Arabie Saoudite.
* Un facteur par contre correspond aux idées reçues, c'est celui de l'existence de factions politiques. En Arabie Saoudite, il y a deux écoles, celle de la confrontation avec le Prince Bandar bin Sultan et celle de la conciliation avec le Roi Abdallah.
L'objectif de l'étude est d'étudier cette relation bilatérale pour expliquer certaines évolutions régionales de ces dernières années. Plusieurs points sont conclus :
* L'Arabie Saoudite veut s'affirmer comme une force pour contrebalancer la puissance iranienne, alors que l'Iran aimerait un système où Téhéran est au centre, ce qui implique une reconnaissance par les Saoudiens de la suprématie iranienne.
* Un Irak affaibli est source de rivalités entre l'Arabie Saoudite et l'Iran. Cela était particulièrement prégnant en 2005-2006, à l'époque où les affrontements sunnites/chiites étaient intenses.
* Plutôt que d'adopter une politique de confrontation, Riyadh s'oriente sur un plus grand engagement via le CCG pour essayer de modérer le comportement iranien, notamment sur le dossier nucléaire. Cela étant, les Saoudiens jouent un double jeu en étant diplomatique via le CCG et en s'armant de manière conventionnelle pour lutter contre la force de frappe iranienne.
* Le Levant est, bien plus que l'Irak, une zone de rivalité forte entre les deux pays. En effet, jusqu'à la guerre de 2006 au Liban, l'Arabie Saoudite était perçue comme le leader régional sur le dossier israélo-palestinien. Et c'est par un groupe chiite non-arabe, le Hezbollah, que les Saoudiens se trouvaient remplacer. Cela a été le départ d'une vraie compétition pour le leadership.
Un chapitre est particulièrement intéressant, car rarement traité, sur la manière dont les pays du CCG se comportent vis-à-vis de l'Iran. Tous perçoivent l'Iran comme une menace. Ils ont tendance à surestimer la puissance militaire de Téhéran. La menace n'est pas tant directe qu'indirecte : Téhéran en tant que porte-drapeau de la cause palestinienne, soutien au Hezbollah et au Hamas, capable de mobiliser les Chiites désœuvrés et oubliés des régimes du Golfe. C'est perçu comme une remise en cause de la légitimité des régimes en place.
De plus, l'Iran renforce ses relations bilatérales avec certains membres, comme le Qatar, tout en instrumentalisant un isolement saoudien. A l'instar du Qatar, Oman bénéficie de bonnes relations avec l'Iran et est conciliant à l'égard du régime chiite. Pour Bahreïn, les relations sont fluctuantes, car Téhéran n'est pas toujours très clair sur ses intentions vis-à-vis du petit royaume, étant accusé de considérer Bahrein comme faisant partie de l'Iran. Le Koweït est le pays le plus proche de la stratégie saoudienne dans le Golfe. Les EAU ont des relations historiquement difficiles avec l'Iran en raison de différends territoriaux, mais jouent souvent le rôle de médiateur entre Riyadh et Téhéran.
Dans ce contexte, la RAND publie cette analyse d'une centaine de pages dans la volonté de repenser cette relation:
* l'idée d'un bloc arabe contre l'Iran n'est pas aussi évidente, car les pays arabes ne sont pas forcément friands d'une Arabie Saoudite toute puissante non plus.
* L'attitude de l'Arabie Saoudite à l'égard de l'Iran est marquée par un pragmatisme certain. Si l'on retrouve souvent des tactiques de rollback et de containment chez les Saoudiens, les deux pays sont amenés à s'entendre sur certains dossiers.
* Le sectarisme sunnite/chiite est à pondérer. En effet, officiellement, les deux gouvernements se retiennent de tout commentaire vertement sectaire. Cela étant, l'Arabie Saoudite n'a que mépris pour sa population chiite et l'Iran est critique à l'égard de l'Arabie Saoudite.
* Un facteur par contre correspond aux idées reçues, c'est celui de l'existence de factions politiques. En Arabie Saoudite, il y a deux écoles, celle de la confrontation avec le Prince Bandar bin Sultan et celle de la conciliation avec le Roi Abdallah.
L'objectif de l'étude est d'étudier cette relation bilatérale pour expliquer certaines évolutions régionales de ces dernières années. Plusieurs points sont conclus :
* L'Arabie Saoudite veut s'affirmer comme une force pour contrebalancer la puissance iranienne, alors que l'Iran aimerait un système où Téhéran est au centre, ce qui implique une reconnaissance par les Saoudiens de la suprématie iranienne.
* Un Irak affaibli est source de rivalités entre l'Arabie Saoudite et l'Iran. Cela était particulièrement prégnant en 2005-2006, à l'époque où les affrontements sunnites/chiites étaient intenses.
* Plutôt que d'adopter une politique de confrontation, Riyadh s'oriente sur un plus grand engagement via le CCG pour essayer de modérer le comportement iranien, notamment sur le dossier nucléaire. Cela étant, les Saoudiens jouent un double jeu en étant diplomatique via le CCG et en s'armant de manière conventionnelle pour lutter contre la force de frappe iranienne.
* Le Levant est, bien plus que l'Irak, une zone de rivalité forte entre les deux pays. En effet, jusqu'à la guerre de 2006 au Liban, l'Arabie Saoudite était perçue comme le leader régional sur le dossier israélo-palestinien. Et c'est par un groupe chiite non-arabe, le Hezbollah, que les Saoudiens se trouvaient remplacer. Cela a été le départ d'une vraie compétition pour le leadership.
Un chapitre est particulièrement intéressant, car rarement traité, sur la manière dont les pays du CCG se comportent vis-à-vis de l'Iran. Tous perçoivent l'Iran comme une menace. Ils ont tendance à surestimer la puissance militaire de Téhéran. La menace n'est pas tant directe qu'indirecte : Téhéran en tant que porte-drapeau de la cause palestinienne, soutien au Hezbollah et au Hamas, capable de mobiliser les Chiites désœuvrés et oubliés des régimes du Golfe. C'est perçu comme une remise en cause de la légitimité des régimes en place.
De plus, l'Iran renforce ses relations bilatérales avec certains membres, comme le Qatar, tout en instrumentalisant un isolement saoudien. A l'instar du Qatar, Oman bénéficie de bonnes relations avec l'Iran et est conciliant à l'égard du régime chiite. Pour Bahreïn, les relations sont fluctuantes, car Téhéran n'est pas toujours très clair sur ses intentions vis-à-vis du petit royaume, étant accusé de considérer Bahrein comme faisant partie de l'Iran. Le Koweït est le pays le plus proche de la stratégie saoudienne dans le Golfe. Les EAU ont des relations historiquement difficiles avec l'Iran en raison de différends territoriaux, mais jouent souvent le rôle de médiateur entre Riyadh et Téhéran.
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mercredi 18 mars 2009
La stratégie saoudienne de l'échec avec ses Chiites
Real Clear World a publié aujourd'hui une très intéressante tribune de Mai Yamani, une visiting scholar au centre d'études du Moyen Orient géré par le Carnegie à Beyrouth. Cette chercheuse saoudienne se penche sur les récents évènements de rébellion chiite en Arabie Saoudite sunnite. Le 24 février, près de 2000 Chiites ont manifesté à Médine pour célébrer l'anniversaire de la mort du prophète Muhammad. C'est une pratique interdite dans de nombreuses écoles religieuses musulmanes, car c'est considéré comme aduler une idole, faveur uniquement réservée à Allah. Forcément, les wahhabites sont particulièrement intransigeants là-dessus. Donc, des échauffourées ont éclaté entre les Chiites et la police religieuse saoudienne sunnite et son doux nom du Comité pour la Préservation de la Vertu et la Prévention du Vice.
La communauté chiite a ensuite essayé de rencontrer le roi Abdullah pour négocier la libération des prisonniers. En vain et ce une dizaine de jours après l'annonce de prometteuses réformes. Des manifestations ont eu lieu devant les ambassades saoudiennes de plusieurs pays européens.
Mai Yamani explique que le gouvernement saoudien va à contre-courant de ce qu'il devrait faire pour gérer la minorité chiite, car en les excluant, il ne fait qu'exporter le problème, alors même que les Chiites représentent une minorité de poids. En effet, elle est très majoritairement concentrée à l'est du pays, la principale zone où se trouvent les puits de pétrole.
De plus, le royaume perçoit le problème chiite non pas comme un défi local, mais comme une preuve de l'influence iranienne dans la région, crainte principale de Riyadh. Les évènements de Médine coïncideraient en plus avec les 30 ans de la révolution iranienne.
L'approche saoudienne est vouée à l'échec, estime Yamani. "Le choix des dirigeants saoudiens est clair : donner du pouvoir aux Chiites au sein du système, ou voir leur pouvoir croitre au travers d'alliances extérieures, explique-t-elle. La menace que cela représenterait n'est pas abstraite : les frontières de l'Arabie Saoudite sont très poreuses."
Elle rappelle en effet que les Chiites ont tenté de se soulever en 1979 avec la Révolution iranienne avec le soutien de l'Ayatollah Khomeini qui avait ses vues sur les deux villes saintes. Depuis la guerre en Irak, les Chiites de la région ont repris du poil de la bête sous la houlette de Téhéran.
Se rajoute à cela le fait que les Chiites ont depuis la création de l'État saoudien été conspués par le régime qui les considère encore aujourd'hui comme des "hérétiques". Si les femmes en Arabie vont voir leur première représentante à un poste de ministre, les Chiites en sont encore loin. Cela étant, jusqu'à présent, les Chiites n'avaient pas organisé, mais cela a changé. Ils ont créé un parti qui s'appelle Khalas, que Yamani traduit par le Salut, mais qui est également utilisé pour dire "c'est fini". Sans que ce soit la première fois, plusieurs leaders chiites appellent même à la sécession.
La communauté chiite a ensuite essayé de rencontrer le roi Abdullah pour négocier la libération des prisonniers. En vain et ce une dizaine de jours après l'annonce de prometteuses réformes. Des manifestations ont eu lieu devant les ambassades saoudiennes de plusieurs pays européens.
Mai Yamani explique que le gouvernement saoudien va à contre-courant de ce qu'il devrait faire pour gérer la minorité chiite, car en les excluant, il ne fait qu'exporter le problème, alors même que les Chiites représentent une minorité de poids. En effet, elle est très majoritairement concentrée à l'est du pays, la principale zone où se trouvent les puits de pétrole.
De plus, le royaume perçoit le problème chiite non pas comme un défi local, mais comme une preuve de l'influence iranienne dans la région, crainte principale de Riyadh. Les évènements de Médine coïncideraient en plus avec les 30 ans de la révolution iranienne.
L'approche saoudienne est vouée à l'échec, estime Yamani. "Le choix des dirigeants saoudiens est clair : donner du pouvoir aux Chiites au sein du système, ou voir leur pouvoir croitre au travers d'alliances extérieures, explique-t-elle. La menace que cela représenterait n'est pas abstraite : les frontières de l'Arabie Saoudite sont très poreuses."
Elle rappelle en effet que les Chiites ont tenté de se soulever en 1979 avec la Révolution iranienne avec le soutien de l'Ayatollah Khomeini qui avait ses vues sur les deux villes saintes. Depuis la guerre en Irak, les Chiites de la région ont repris du poil de la bête sous la houlette de Téhéran.
Se rajoute à cela le fait que les Chiites ont depuis la création de l'État saoudien été conspués par le régime qui les considère encore aujourd'hui comme des "hérétiques". Si les femmes en Arabie vont voir leur première représentante à un poste de ministre, les Chiites en sont encore loin. Cela étant, jusqu'à présent, les Chiites n'avaient pas organisé, mais cela a changé. Ils ont créé un parti qui s'appelle Khalas, que Yamani traduit par le Salut, mais qui est également utilisé pour dire "c'est fini". Sans que ce soit la première fois, plusieurs leaders chiites appellent même à la sécession.
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mardi 24 février 2009
Les réformes au royaume saoudien des prédictions
J'ai voulu attendre un peu avant de parler des changements dans le système politique saoudien. Une série de modifications de poste, certaines significatives, d'autres moins importantes. Ce n'est pas tant les réformes qui m'intéressent ici que la manière dont elles sont perçues. Une réaction semble unanime : saluons ce geste du roi Abdallah, ce sont ses premières réformes depuis sa prise de pouvoir en 2005. Mais, après, on navigue en eaux troubles.
Analyser l'Arabie Saoudite est déjà un business bien difficile, mais analyser la pensée politique saoudienne est aussi complexe qu'ouvrir un coffre-fort. Ainsi la presse regorge-t-elle d'interprétations aussi définitives que disparates. Les plus prudents, comme Simon Henderson du Washington Institute for Near East Policy, saluent les annonces, mais attendent de voir les réactions des milieux les plus conservateurs avant de se prononcer sur la portée réelle de ces annonces.
Karen Elliott House est très enthousiaste dans une tribune au Wall Street Journal. Ces changement "indiquent que [le roi Abdallah] a finalement trouvé la confiance nécessaire pour faire plus que parler de réformer son régime insatisfait", écrit-elle. Elle voit dans ces décisions un message clair du roi en place. Ce dernier a passé de nombreuses années, avant même de prendre la tête du royaume, à parler de dialogue inter-religieux, de tolérance, de rassemblements entre Sunnites et Chiites (fait particulièrement notable tant le wahhabisme est sévère à l'égard des suiveurs d'Ali). Le départ de personnes comme le Sheikh Saleh al-Luhaidan, à la tête du Conseil judiciaire, et du Sheikh Ibrahim al-Ghaith, chef de la tristement connue Commission de la Vertu et de la Prévention du Vice, seraient les indices, selon elle, qu'Abdallah a désormais la voie ouverte, car les remplaçants sont plus modérés.
Le troisième type d'interprétation est quelque prématuré, mais pour Barah Mikaïl de l'IRIS, c'est le début de la fin pour le wahhabisme en Arabie Saoudite. "On le voit, les réformes saoudiennes ainsi engagées font penser que le monarque et les stratèges d’Etat saoudiens ont une préoccupation majeure, présage-t-il sur affaires-stratégiques.info, à savoir : comment dégager à terme le royaume de son idéologie d’Etat officielle, le wahhabisme, tout en gardant néanmoins cette même dénomination intacte sur le plan officiel."
Les trois soulèvent en tout cas des points intéressants. Henderson et House expliquent que tout changement doit être un choix concerté en Arabie Saoudite. House, notamment, s'appuie sur le parcours du roi actuel, qui a attendu que son frère, le roi Fahd, meure plutôt que de pousser le clergé saoudien a le nommer plus tôt. Patience est vertu pour lui.
Comme l'explique Mikaïl, il ne faut pas oublier que, certes des ministères importants ont été modifiées, dont la santé et l'éducation, qu'une femme a été nommée à un poste et qu'elle affirme publiquement que "ce n'est que le début", mais le tryptique Intérieur-Défense-Affaires étrangères demeure plus que jamais en place et c'est lui qui fait tenir le royaume en place. La plus grande crainte du régime saoudien est de perdre certaines régions, notamment l'est riche en pétrole mais sous population chiite.
Mais, alors pourquoi ce changement? Pour le Daily Star, ce n'est ni plus ni moins que la poursuite lente mais progressive d'une ouverture politique en Arabie Saoudite. House voit ce changement comme une nécessité structurelle, car le royaume connait un gap générationnel énorme entre une population jeune et prometteuse et un leadership au mieux sexagénaire. Ce chamboulement s'inscrit, selon moi, dans ce que Marina Ottaway et Michele Dunne qualifient dans une étude au Carnegie Endowment en 2007, de "dilemme du roi". Elles expliquent que les régimes arabes arrivent à la conclusion que des réformes sont nécessaires pour conserver une économie compétitive, car le pétrole va ne plus suffire. Une autre source de réformes serait la pression extérieure, notamment des Etats-Unis et de l'Europe ; des réformes serviraient donc à apaiser leurs demandes d'ouverture plus qu'à créer une réelle ouverture. L'arrivée d'Obama pourrait-elle jouer un rôle ?
Mais, la question est de se demander où se trouve la limite entre des réformes de façade qui ne modifient pas fondamentalement le régime et des mesures qui vont permettre la création de conditions pérennes d'une remise en cause du pouvoir en place ?
Analyser l'Arabie Saoudite est déjà un business bien difficile, mais analyser la pensée politique saoudienne est aussi complexe qu'ouvrir un coffre-fort. Ainsi la presse regorge-t-elle d'interprétations aussi définitives que disparates. Les plus prudents, comme Simon Henderson du Washington Institute for Near East Policy, saluent les annonces, mais attendent de voir les réactions des milieux les plus conservateurs avant de se prononcer sur la portée réelle de ces annonces.
Karen Elliott House est très enthousiaste dans une tribune au Wall Street Journal. Ces changement "indiquent que [le roi Abdallah] a finalement trouvé la confiance nécessaire pour faire plus que parler de réformer son régime insatisfait", écrit-elle. Elle voit dans ces décisions un message clair du roi en place. Ce dernier a passé de nombreuses années, avant même de prendre la tête du royaume, à parler de dialogue inter-religieux, de tolérance, de rassemblements entre Sunnites et Chiites (fait particulièrement notable tant le wahhabisme est sévère à l'égard des suiveurs d'Ali). Le départ de personnes comme le Sheikh Saleh al-Luhaidan, à la tête du Conseil judiciaire, et du Sheikh Ibrahim al-Ghaith, chef de la tristement connue Commission de la Vertu et de la Prévention du Vice, seraient les indices, selon elle, qu'Abdallah a désormais la voie ouverte, car les remplaçants sont plus modérés.
Le troisième type d'interprétation est quelque prématuré, mais pour Barah Mikaïl de l'IRIS, c'est le début de la fin pour le wahhabisme en Arabie Saoudite. "On le voit, les réformes saoudiennes ainsi engagées font penser que le monarque et les stratèges d’Etat saoudiens ont une préoccupation majeure, présage-t-il sur affaires-stratégiques.info, à savoir : comment dégager à terme le royaume de son idéologie d’Etat officielle, le wahhabisme, tout en gardant néanmoins cette même dénomination intacte sur le plan officiel."
Les trois soulèvent en tout cas des points intéressants. Henderson et House expliquent que tout changement doit être un choix concerté en Arabie Saoudite. House, notamment, s'appuie sur le parcours du roi actuel, qui a attendu que son frère, le roi Fahd, meure plutôt que de pousser le clergé saoudien a le nommer plus tôt. Patience est vertu pour lui.
Comme l'explique Mikaïl, il ne faut pas oublier que, certes des ministères importants ont été modifiées, dont la santé et l'éducation, qu'une femme a été nommée à un poste et qu'elle affirme publiquement que "ce n'est que le début", mais le tryptique Intérieur-Défense-Affaires étrangères demeure plus que jamais en place et c'est lui qui fait tenir le royaume en place. La plus grande crainte du régime saoudien est de perdre certaines régions, notamment l'est riche en pétrole mais sous population chiite.
Mais, alors pourquoi ce changement? Pour le Daily Star, ce n'est ni plus ni moins que la poursuite lente mais progressive d'une ouverture politique en Arabie Saoudite. House voit ce changement comme une nécessité structurelle, car le royaume connait un gap générationnel énorme entre une population jeune et prometteuse et un leadership au mieux sexagénaire. Ce chamboulement s'inscrit, selon moi, dans ce que Marina Ottaway et Michele Dunne qualifient dans une étude au Carnegie Endowment en 2007, de "dilemme du roi". Elles expliquent que les régimes arabes arrivent à la conclusion que des réformes sont nécessaires pour conserver une économie compétitive, car le pétrole va ne plus suffire. Une autre source de réformes serait la pression extérieure, notamment des Etats-Unis et de l'Europe ; des réformes serviraient donc à apaiser leurs demandes d'ouverture plus qu'à créer une réelle ouverture. L'arrivée d'Obama pourrait-elle jouer un rôle ?
Mais, la question est de se demander où se trouve la limite entre des réformes de façade qui ne modifient pas fondamentalement le régime et des mesures qui vont permettre la création de conditions pérennes d'une remise en cause du pouvoir en place ?
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jeudi 29 janvier 2009
Thomas Friedman et "la solution à cinq Etats"
Ah, Thomas Friedman. C'est un peu grâce à lui qu'est né mon intérêt pour le Proche Orient, à la lecture de From Beirut to Jerusalem (un peu daté aujourd'hui, mais très intéressant). Dans sa dernière chronique pour le New York Times, Friedman nous présente une lettre fictive qu'enverrait le roi Abdallah d'Arabie Saoudite à Barack Obama pour lui proposer un plan de paix. Il est en quatre points et Friedman l'intitule "la solution à cinq Etats".
1. Retrait complet d'Israël de la Cisjordanie et de Jérusalem-est. Tout territoire gardé pour les colons (settlers) sera compensé au centimètre près.
2. Le Hamas et le Fatah forment un gouvernement d'unité nationale. Ce dernier accepte la présence de forces de police égyptiennes pour Gaza et jordaniennes pour la Cisjordanie en vue de sécuriser les frontières. La Palestine signera un programme d'assistance de sécurité de 5 ans avec l'Egypte et la Jordanie.
3. Le retrait israélien se fera sur cette période de cinq ans, à la même vitesse que les Palestiniens parviennent aux standards politiques et sécuritaires acceptés par tous les parties. Les Etats-Unis joueront le rôle de juge.
4. L'Arabie Saoudite prendra à sa charge la totalité du programme agrémenté d'un milliard de dollars à l'Egypte et à la Jordanie en échange de leur engagement dans le programme de sécurisation des frontières. Riyad prendrait également la charge des besoins budgétaires de l'Autorité palestinienne.
Friedman ajoute que le plan se ferait en conformité des résolutions 242 et 338. L'idée est que l'Egypte et la Jordanie étant les deux seuls pays de la région à reconnaître Israël, ils sont le mieux placés pour avoir un rôle dans cette phase de transition. Participation qui permettrait aux Israéliens et aux Palestiniens d'atteindre leurs objectifs respectifs. Ce plan s'inscrit en rupture avec la solution à deux Etats, considérée comme moribonde, car les deux camps n'ont plus confiance.
Il y a intérêt à ce que le prix du pétrole remonte, parce qu'une telle participation financière serait conséquente même pour un pays riche comme l'Arabie Saoudite. La lettre ne fait pas mention du retour des Palestiniens, ni du dossier sur Jérusalem (même si c'est implicite dans le retrait israélien). Plan certes intéressant, mais très utopique, car il faudrait imaginer une distribution des rôles et des pouvoirs complètement différente dans les Territoires palestiniens et en Israël.
1. Retrait complet d'Israël de la Cisjordanie et de Jérusalem-est. Tout territoire gardé pour les colons (settlers) sera compensé au centimètre près.
2. Le Hamas et le Fatah forment un gouvernement d'unité nationale. Ce dernier accepte la présence de forces de police égyptiennes pour Gaza et jordaniennes pour la Cisjordanie en vue de sécuriser les frontières. La Palestine signera un programme d'assistance de sécurité de 5 ans avec l'Egypte et la Jordanie.
3. Le retrait israélien se fera sur cette période de cinq ans, à la même vitesse que les Palestiniens parviennent aux standards politiques et sécuritaires acceptés par tous les parties. Les Etats-Unis joueront le rôle de juge.
4. L'Arabie Saoudite prendra à sa charge la totalité du programme agrémenté d'un milliard de dollars à l'Egypte et à la Jordanie en échange de leur engagement dans le programme de sécurisation des frontières. Riyad prendrait également la charge des besoins budgétaires de l'Autorité palestinienne.
Friedman ajoute que le plan se ferait en conformité des résolutions 242 et 338. L'idée est que l'Egypte et la Jordanie étant les deux seuls pays de la région à reconnaître Israël, ils sont le mieux placés pour avoir un rôle dans cette phase de transition. Participation qui permettrait aux Israéliens et aux Palestiniens d'atteindre leurs objectifs respectifs. Ce plan s'inscrit en rupture avec la solution à deux Etats, considérée comme moribonde, car les deux camps n'ont plus confiance.
Il y a intérêt à ce que le prix du pétrole remonte, parce qu'une telle participation financière serait conséquente même pour un pays riche comme l'Arabie Saoudite. La lettre ne fait pas mention du retour des Palestiniens, ni du dossier sur Jérusalem (même si c'est implicite dans le retrait israélien). Plan certes intéressant, mais très utopique, car il faudrait imaginer une distribution des rôles et des pouvoirs complètement différente dans les Territoires palestiniens et en Israël.
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samedi 27 décembre 2008
Les Taliban ouvrent-ils la voie de la négociation sur l'Afghanistan?
Avec un peu de retard (quelques jours), je viens de découvrir le plan en sept points que le Mollah Omar aurait transmis à l'Arabie Saoudite pour engager des négociations et trouver une solution à la situation actuelle en Afghanistan. L'information a été révélée par la chaîne iranienne Press TV et c'est Jala Ghazi, un journaliste du programme "Mosaic: World News from the Middle East" qui écrit un article à ce sujet sur le site New America Media.
Il n'explicite pas clairement les sept points, mais voilà les aspects essentiels que l'on relève à la lecture de l'article - qui prennent le contrepied de toutes les positions tenues jusqu'à présent par les Taliban :
* Auparavant, le Mollah Omar ne voulait discuter qu'après le retrait des troupes étrangères. Il se déclare en faveur d'une date de retrait. Je pense qu'il faut l'interpréter de la manière suivante : des négociations pourraient être envisageables même s'il reste des troupes mais uniquement si une date de retrait a été bloquée. Les négociations pourraient également avoir lieu si en plus, les forces étrangères étaient remplacées par des forces de maintien de la paix musulmanes en attendant de trouver un accord pour un gouvernement de consensus afghan.
* Les Taliban seraient prêts à partager le pouvoir avec les hommes en place.
* Le Mollah Omar demande que les Taliban soient incorporés à l'armée régulière et qu'une amnistie leur soient accordée.
Il y a autant de chances que tout cela se fasse que l'inverse. L'article explique notamment pourquoi des soldats musulmans sont un problème, non pas pour les Etats-Unis, mais pour les pays avoisinants. Selon l'auteur, il faudrait que les soldats viennent de pays plus lointains pour ne pas être perçus comme de potentielles menaces par les voisins.
Un autre facteur important est de savoir ce que les Taliban décideront avec Al Qa'ida. C'est un débat entre les Taliban nationalistes - enclins à lâcher l'organisation malgré le code pachtoune - et les Taliban islamistes - qui ne se disent pas prêts à renoncer à l'invitation fournie au groupe.
Mais, voilà que le Mollah Omar réagit à ces rapports de presse. En effet, le chef Taliban nie tout contact avec l'Arabie Saoudite ou d'autres pays. C'est "sans fondement et n'est rien d'autre que de la propagande planifiée par certains cercles". Qui croire ?
Il n'explicite pas clairement les sept points, mais voilà les aspects essentiels que l'on relève à la lecture de l'article - qui prennent le contrepied de toutes les positions tenues jusqu'à présent par les Taliban :
* Auparavant, le Mollah Omar ne voulait discuter qu'après le retrait des troupes étrangères. Il se déclare en faveur d'une date de retrait. Je pense qu'il faut l'interpréter de la manière suivante : des négociations pourraient être envisageables même s'il reste des troupes mais uniquement si une date de retrait a été bloquée. Les négociations pourraient également avoir lieu si en plus, les forces étrangères étaient remplacées par des forces de maintien de la paix musulmanes en attendant de trouver un accord pour un gouvernement de consensus afghan.
* Les Taliban seraient prêts à partager le pouvoir avec les hommes en place.
* Le Mollah Omar demande que les Taliban soient incorporés à l'armée régulière et qu'une amnistie leur soient accordée.
Il y a autant de chances que tout cela se fasse que l'inverse. L'article explique notamment pourquoi des soldats musulmans sont un problème, non pas pour les Etats-Unis, mais pour les pays avoisinants. Selon l'auteur, il faudrait que les soldats viennent de pays plus lointains pour ne pas être perçus comme de potentielles menaces par les voisins.
Un autre facteur important est de savoir ce que les Taliban décideront avec Al Qa'ida. C'est un débat entre les Taliban nationalistes - enclins à lâcher l'organisation malgré le code pachtoune - et les Taliban islamistes - qui ne se disent pas prêts à renoncer à l'invitation fournie au groupe.
Mais, voilà que le Mollah Omar réagit à ces rapports de presse. En effet, le chef Taliban nie tout contact avec l'Arabie Saoudite ou d'autres pays. C'est "sans fondement et n'est rien d'autre que de la propagande planifiée par certains cercles". Qui croire ?
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vendredi 26 décembre 2008
al-Faisal veut ranimer l'initiative de paix arabe au Moyen Orient
En échange de la reconnaissance d'Israël par tous les pays arabes et de la normalisation de leurs relations, l'Etat hébreu se retire jusqu'aux frontières d'avant la guerre des Six Jours en 1967, reconnait Jérusalem-est comme capitale de l'Etat palestinien et accepte un "juste retour des réfugiés en concordance avec la résolution 194 de l'ONU".
Israël a quelques soucis avec ses propositions :
- difficile de se retirer aux frontières de 1967. Logistiquement et humainement, ce serait un coût insurmontable pour Israël, d'où les propositions israéliennes de trouver un arrangement avec des compensations de terres dans le Negev contre quelques pourcentages de la Cisjordanie où les colons sont trop nombreux pour être éjectés.
- Jérusalem-est comme capitale de l'Etat palestinien, c'est nécessaire, mais il y a beaucoup d'oppositions internes.
- le "juste retour" est très problématique pour Israël, parce que personne ne sait exactement ce que cela veut dire et les Israéliens craignent une marée palestinienne qui viendrait poser un gros problème démographique. En même temps, pas sûr que toute la diaspora palestinienne soit prête à revenir en Palestine, car les conditions de vie seraient loin d'être idéales.
al-Faisal explique le processus de négociations. Comme l'Egypte et la Jordanie sont les deux seuls pays arabes reconnaissant officiellement Israël, ils ont été commissionnés par les autres pour négocier. Une fois un accord trouvé entre Israël, la Syrie, le Liban et la Palestine, alors seulement l'Arabie Saoudite entrera dans les négociations. Il y a du boulot.
Parmi les propositions du prince saoudien, l'une est notable : il appelle à un Moyen Orient dépourvu d'armes de destruction massive. Hypocrisie ou réelle politique ? Dans la tribune, al-Faisal estime que c'est le seul moyen pour mettre fin à l'ambigüité iranienne et pour clarifier la situation israélienne sur sa possession d'armes nucléaires.
dimanche 23 novembre 2008
L'Arabie Saoudite rejoint une mission de l'OTAN
Forcément, se faire kidnapper un tanker de 148 millions de dollars avec 110 millions de dollars de pétrole ne fait pas plaisir. Donc, l'Arabie Saoudite a décidé de s'allier à une mission navale de l'OTAN pour combattre la piraterie dans le Golfe d'Aden. L'action peut paraître étonnante, parce que le royaume n'a pas grand chose à faire avec l'OTAN, mais dans le contexte actuel, si de telles actions avec un tel succès venaient à se multiplier, les pays consommateurs de pétrole en pâtiraient autant que les producteurs de pétrole.
Le problème demeurant que les solutions actuelles ne peuvent véritablement enrayer le phénomène, car si les pirates se contrefichent des traités maritimes internationaux, des mandats de l'ONU et autres décisions régulatoires, les forces d'intervention sont liées par ces décisions. Le dossier devient de plus en plus inquiétant. Officiellement, il y a eu 91 attaques depuis le début de l'année et l'augmentation des troupes de pirates ainsi que de leurs moyens technologiques indiquent que les attaques vont croître.
Le problème demeurant que les solutions actuelles ne peuvent véritablement enrayer le phénomène, car si les pirates se contrefichent des traités maritimes internationaux, des mandats de l'ONU et autres décisions régulatoires, les forces d'intervention sont liées par ces décisions. Le dossier devient de plus en plus inquiétant. Officiellement, il y a eu 91 attaques depuis le début de l'année et l'augmentation des troupes de pirates ainsi que de leurs moyens technologiques indiquent que les attaques vont croître.
dimanche 27 juillet 2008
Les relations Sunnites-Chiites en Arabie Saoudite et leur implication pour les Musulmans
Dans une tribune publiée sur le site du centre de recherche Middle East Institute, Reza Zia-Ebrahimi estime que l'évolution des relations entre Sunnites et Chiites en Arabie Saoudite est déterminante à l'échelle de la communauté musulmane. En effet, selon lui, la prééminence des Saoudiens dans le monde sunnite pose le royaume comme le facteur dirigeant des tendances.
Zia-Ebrahumi, citoyen suisse et iranien, donc probablement chiite, considère que l'idée du "croissant chiite" est dénuée de sens, mais qu'elle indique une résurgence de tensions entre les deux communautés religieuses. Il est d'autant plus important que l'Arabie Saoudite change sa politique vis-à-vis de sa minorité chiite que le régime abrite les deux lieux les plus saints de l'islam et qu'il est des principaux financiers de mosquées sunnites dans le monde et transporteur de sentiments anti-chiites. La minorité chiite représente environ 10% de la population saoudienne et se concentre principalement à l'est, près des ressources pétrolières. Les relations entre le pouvoir sunnite, les acteurs domestiques influents sunnites et la minorité chiite ont souvent été tendues. Selon un rapport de l'International Crisis Group publié en 2005 sur les Chiites en Arabie Saoudite, la situation actuelle est inquiétante, mais pas irradiante. "Alors que les tensions sectaires sont potentiellement au plus haut depuis 1979 (au moment de la révolution en Iran ndlr), les risques aujourd'hui d'une confrontation sectaire violente semblent minces", indique le Crisis Group.
Zia-Ebrahumi écrit que le temps est venu que les Saoudiens montrent la voie du changement. Deux raisons à cela : 1. la guerre civile en Irak et l'influence régionale grandissante du Hezbollah ont ranimé des ambitions chiites laissées sous silence depuis le 11 septembre et l'union trans-communautaire contre la menace d'Al Qaïda dans le royaume. 2. le roi Abdallah emprunte la voie du dialogue inter-religieux. Une grande conférence, organisée par le royaume, s'est tenue en juillet à Madrid. L'auteur prend cette initiative comme un premier pas, mais nuance en affirmant "que la légitimité et la crédibilité de l'action du roi, dans une large mesure, dépend de l'état des relations Sunnites-Chiites au sein du royaume". Selon lui, l'avènement de ce dialogue inter-communautaire va forcer la question chiite à s'inviter au cœur des débats en Arabie et ce même si elle est très impopulaire dans l'ulama imprégnée d'idéologie wahabbite, fortement anti-chiite.
Zia-Ebrahumi, citoyen suisse et iranien, donc probablement chiite, considère que l'idée du "croissant chiite" est dénuée de sens, mais qu'elle indique une résurgence de tensions entre les deux communautés religieuses. Il est d'autant plus important que l'Arabie Saoudite change sa politique vis-à-vis de sa minorité chiite que le régime abrite les deux lieux les plus saints de l'islam et qu'il est des principaux financiers de mosquées sunnites dans le monde et transporteur de sentiments anti-chiites. La minorité chiite représente environ 10% de la population saoudienne et se concentre principalement à l'est, près des ressources pétrolières. Les relations entre le pouvoir sunnite, les acteurs domestiques influents sunnites et la minorité chiite ont souvent été tendues. Selon un rapport de l'International Crisis Group publié en 2005 sur les Chiites en Arabie Saoudite, la situation actuelle est inquiétante, mais pas irradiante. "Alors que les tensions sectaires sont potentiellement au plus haut depuis 1979 (au moment de la révolution en Iran ndlr), les risques aujourd'hui d'une confrontation sectaire violente semblent minces", indique le Crisis Group.
Zia-Ebrahumi écrit que le temps est venu que les Saoudiens montrent la voie du changement. Deux raisons à cela : 1. la guerre civile en Irak et l'influence régionale grandissante du Hezbollah ont ranimé des ambitions chiites laissées sous silence depuis le 11 septembre et l'union trans-communautaire contre la menace d'Al Qaïda dans le royaume. 2. le roi Abdallah emprunte la voie du dialogue inter-religieux. Une grande conférence, organisée par le royaume, s'est tenue en juillet à Madrid. L'auteur prend cette initiative comme un premier pas, mais nuance en affirmant "que la légitimité et la crédibilité de l'action du roi, dans une large mesure, dépend de l'état des relations Sunnites-Chiites au sein du royaume". Selon lui, l'avènement de ce dialogue inter-communautaire va forcer la question chiite à s'inviter au cœur des débats en Arabie et ce même si elle est très impopulaire dans l'ulama imprégnée d'idéologie wahabbite, fortement anti-chiite.
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