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mardi 26 avril 2011

Nouveau site en français sur le Yémen


Mon ami Benjamin vient de lancer avec une petite équipe de journalistes français et yéménites La Voix du Yémen, journal en ligne et en français sur le Yémen. Connaissant le travail de Benjamin via son excellent blog Echos du Moyen Orient et ses récents articles depuis Sana'a dans Libération, je ne peux que vous recommander d'y jeter un coup d’œil et de les rajouter à votre Twitter

lundi 24 janvier 2011

Des statistiques sur le système de sécurité et défense du Yémen

Comme beaucoup de pays au Moyen Orient, il n'y a pas de données officielles concernant la sécurité et la défense. Une récente enquête du Yemen Times se tente à cet exercice.

Selon les estimations, l'armée yéménite compterait 600000 soldats. Ce chiffre n'est malheureusement pas explicité, ce qui est dommage, car ce chiffre brut ne permet pas d'avoir une bonne compréhension de l'armée yéménite.

Les services de sécurité et de renseignements sont composés de quatre entités :

* L'appareil de sécurité nationale : Il a été créé en 2002 et constitue le relais d'informations concernant la sécurité de l'Etat.

* Le bureau de sécurité politique : C'est la plus vieille agence créée en 1990 pour unifier les services de renseignements du nord et du sud au moment de l'unification. Avec l'arrivée du précédent service, le bureau de sécurité politique s'occupe aujourd'hui principalement des questions de politique interne. Toutefois, il conserve un avantage important sur le premier, car il est mieux implanté, possède plus d'informations et de réseaux et est dirigé par des hauts cadres, alors que le premier est principalement constitué de jeunes arrivants.

jeudi 30 décembre 2010

Au Yemen, Saleh va-t-il battre le record du dirigeant le plus longtemps au pouvoir ?

Une proposition d'amendement de la Constitution yéménite pourrait ouvrir la possibilité au président Ali Abdullah Saleh d'être président à vie, du moins est-ce ainsi que c'est présenté dans la presse. L'amendement propose d'abroger la limite de mandat présidentiel actuellement de deux consécutifs. Le Président Saleh est loin d'être un grand démocrate et on peut effectivement se dire que si un tel amendement était approuvé, il en profiterait largement. Quand on sait que cela fait 32 ans qu'il est au pouvoir et qu'il n'a que 64 ans, la perspective de le voir président à vie fait froid dans le dos. Il pourrait rivaliser avec Mouammar al-Qaddafi en Libye.

Mais comment Saleh peut-il être président depuis 32 ans, puisque la constitution ne permet que deux mandats et que le Yémen n'a été réunifié qu'en 1990 ? Eh bien, Saleh était dirigeant du nord-Yémen de 1978 jusqu'à la réunification, où il a été accepté comme président du Yémen recomposé. Des élections présidentielles n'ont pas eu lieu avant 1999, où il a remporté une majorité stalinienne de 91,2%. En 2006, il a été réélu pour un second mandat avec une écrasante majorité de 77,2%.

Pour que cet amendement soit voté, il sera soumis à l'approbation du Parlement, puis au référendum qui se tiendra en même temps que les élections parlementaires en avril prochain.

mardi 28 décembre 2010

La crise de l'eau : source d'instabilité intérieure au Moyen Orient



John Alterman et Michael Dziuban du Center for Strategic and International Studies viennent de publier un papier extrêmement intéressant sur la crise de l'eau au Moyen Orient. De nombreuses études sur la situation hydrique du Moyen Orient anticipent des conflits entre pays pour la maîtrise de cette ressource naturelle, qui ne possède aucune alternative. Pour autant, Alterman souligne que jusqu'à présent, aucun conflit international n'a éclaté à cause de l'eau dans la région. Néanmoins, le point d'achoppement qu'il voit émerger est une instabilité intérieure grandissante au fur et à mesure que l'eau se raréfie. Son approche est, à ma connaissance, originale. Selon lui, les dirigeants régionaux utilisent l'eau comme un outil politique. L'eau ne fait bien entendu que partie d'un ensemble d'autres biens et services fournis aux populations quasi gratuitement sur le système d'un Etat-rentier. Le problème est que l'eau est une ressource finie et qu'elle ne connaît pas d'alternative. En Jordanie par exemple, le gouvernement utilise l'eau comme un catalyseur de tensions. De grandes familles sont en charge de l'agriculture et le gouvernement n'interfère quasiment pas les laissant libres tout en leur fournissant les ressources hydriques nécessaires.

lundi 4 janvier 2010

Et si le Yémen poussait le CCG à se pencher sur les dossiers de sécurité

Le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) a été fondé en 1981 en partie en réaction à la guerre Iran-Iraq pour mobiliser les efforts de tous les pays de la région au cas où la crise venait à s'étendre sur leurs territoires. Pour autant, les questions de sécurité ont rarement été au cœur des négociations du CCG. Plusieurs raisons peuvent justifier cela. Tout d'abord, il est très difficile de trouver un consensus interne sur ces questions. Cela se voit sur l'Iran, l'Iraq et le Yémen. Comme l'expliquait Kristian Coates Ulrichsen dans Middle East Policy, la région n'a pas connu les mêmes réformes politiques qui auraient pu conduire à une gestion plus importante des défis de sécurité d'après Guerre froide.

Cela étant, la situation actuelle au Yémen pourrait changer la donne. En effet, pour la première fois depuis l'invasion du Koweït en 1990, un pays du CCG se retrouve au front contre un ennemi armé, en l'occurrence l'Arabie Saoudite contre l'insurrection Al Houthi. L'organisation a d'ailleurs fait part de sa solidarité à l'égard de Riyadh en ajoutant même qu'une attaque l'Arabie Saoudite était considérée comme une attaque contre tous les membres. On a même parlé du déploiement d'une force de réaction rapide du CCG. L'inquiétude que le Yémen devienne un Etat failli avec ces trois fronts d'instabilité (AQPA, insurrection Al Houthi et les sécessionnistes) est grande parmi les pays du Golfe.

Comme le défend Abdullah Alshayji, professeur à l'université du Kuweït, dans une tribune pour Gulf News, cela peut inaugurer une nouvelle ère pour le CGG. En effet, il explique que les pays du Golfe ont renoncé à créer leurs propres moyens de défense, se reposant exclusivement sur la protection américaine et occidentale. Selon lui, la crise au Yémen est un test crucial pour déterminer la capacité du CCG à à créer un instrument viable et indépendant pour affronter les problèmes de sécurité dans la région.

samedi 2 janvier 2010

Pourquoi des représailles précipitées contre le Yemen seraient mauvaises

Depuis l'attentat raté du 25 décembre, le Yémen attire une attention médiatique sans précédent. Je reviendrai dans un prochain post sur les dangers de cette surmédiatisation soudaine. Pour le moment, je vais me concentrer sur une tribune de Micah Zenko du Council on Foreign Relations dans The Guardian. D'une manière très convaincante, il explique pourquoi les Etats-Unis ne devraient pas se précipiter pour bombarder des cibles d'Al Qa'ida au Yémen. En effet, l'administration Obama considère des représailles militaires. Zenko ne semble pas s'opposer à de telles actions, mais il juge nécessaire de bien jauger les tenants et les aboutissants de frappes aériennes. Selon lui, les risques d'une action contre-productive sont plus grands lorsque les décisions sont prises dans l'urgence. Pour appuyer son propos, il prend trois exemples :
* les représailles contre la Libye en 1986 suite à l'attentat dans une boîte de nuit à Berlin qui a tué deux militaires américains : elles ont eu un effet minime, ont même renforcé le soutien libyen au terrorisme et preuve à l'appui n'ont pas empêché l'attentat de Lockerbie en 1988.
* les représailles contre l'Iraq après la tentative d'assassinat contre George H. W. Bush en 1993 : elles ont été un succès, mais il est très difficile de mesurer leur rôle.
* les représailles contre Al Qa'ida au Soudan en 1998 après les attentats-suicides contre les ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya : les frappes aériennes ont ciblé ce qui s'est révélé être une usine pharmaceutique où Al Qa'ida était suspecté de produire du gaz innervant.

A contrario, suite à l'attentat contre le destroyer USS Cole en 2000 dans le port d'Aden, les autorités américaines et yéménites ont coopéré pendant deux ans pour construire un dossier solide qui a amené à des représailles en novembre 2002 et à la mort de Qaed Salim Sinan al-Harethi, qui était responsable de l'attentat.

Dans un article publié pour la revue universitaire Studies in Conflict & Terrorism en 1987, Jerrold Post allait plus loin dans son analyse. Selon lui, les représailles militaires contre un groupe ou une organisation terroriste ont beaucoup plus de chances d'être contre-productives lorsqu'elles ne sont pas bien préparées. En effet, il explique que de telles actions ont souvent tendance à renforcer l'unité du groupe, à réduire les dissensions internes, à exagérer l'importance du groupe et à valider leurs visions du monde, donc à pérenniser leur engagement. Pour Post, une fois membre d'un groupe ou d'une organisation, l'individu oublie sa personne et considère sa sécurité et celle du groupe comme intrinsèquement liées. Dès lors que la sécurité du groupe est mise en danger, c'est celle de chacun des membres qui est menacée. S'attaquer à un des membres ou au chef du groupe ou de l'organisation peut être une possibilité, mais elle risque de provoquer l'effet contraire à celui espéré. Il faut bien connaître la structure du groupe pour anticiper les éventuelles retombées des représailles.

Toutefois, si cela n'est qu'un élément d'une stratégie plus globale de contre-terrorisme fondée sur une politique de long terme consistant à délégitimer le poids du combat mené par le groupe et à oblitérer l'intérêt d'un individu à rejoindre une telle structure, des représailles peuvent se justifier. Cela signifie de passer d'une politique réactive à une politique pro-active à multiples facettes.

Ces considérations ne sont toutefois pas les seules questions qu'il faut se poser. La légitimité de frappes aériennes est-elle justifiée ? Qui mèneraient ces attaques ? Cela ne risquerait-il pas d'enflammer la situation avec les sécessionnistes au sud et avec les Houthi ?

mercredi 18 novembre 2009

La défense collective dans le Golfe?

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Avec un peu de retard, j'ai lu quelques réactions du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) sur l'attaque saoudienne à sa frontière sud contre les rebelles Houthi. Selon Arab News, Riyadh contrôle désormais toute sa frontière. Outre le fait que les pays du CCG ont soutenu les interventions militaires saoudiennes, qu'ils se sont prononcés en faveur de l'unité du Yémen, une déclaration m'a interpellé. Lors d'un sommet du CCG il y a quelques jours, le communiqué final annonçait qu'une attaque contre l'Arabie Saoudite était considérée comme une attaque contre tous les pays du CCG.

Se dirige-t-on vers la défense collective dans le Golfe ?

jeudi 13 août 2009

Détérioration de la situation et désintérêt problématiques au Yémen (mis à jour 2)

La situation au Yémen ne cesse de se détériorer. Depuis quelques jours, les affrontements entre les forces de sécurité du gouvernement et les rebelles chiites Houthi se sont intensifiés. Les violences n'ont jamais été aussi fortes depuis la signature d'un cessez-le-feu en 2008. Les informations sur la situation sur place manquent, mais visiblement il y a des dizaines de morts. L'armée yéménite utilise l'armée de l'Air et l'armée de Terre pour en finir avec ces insurgés.

Les Houthi représentent un réel problème pour l'autorité yéménite. Ce groupe chiite est en faveur de la restauration d'une autorité cléricale chiite qui était en vigueur jusqu'à la révolution de 1962. L'affrontement entre ce groupe armé et le gouvernement date de cette époque, mais les racines datent de bien avant. Les Houthi se revendiquent de la branche Zaidi du chiisme. Ils ont été à la tête du Yémen pendant plusieurs centaines d'années. En 1962, avec l'appui notamment de l'Arabie Saoudite, les Sunnites ont renversé le pouvoir plongeant les Chiites dans le désarroi. Ils sont depuis concentrés dans la province de Saada au nord du pays.

Depuis 2004, les campagnes d'affrontement entre forces gouvernementales et combattants Houthi sont fréquentes. En 2007, un cessez-le-feu avait été décrété, qui n'a jamais été respecté. En 2008, le Qatar a joué l'intermédiaire entre les deux parties, qui se sont plus ou moins tenus jusqu'à aujourd'hui.

Le problème Houthi vient s'ajouter à deux autres inquiétudes au Yémen : la présence d'Al Qa'ida et les séparatistes au sud. Trois épines donc qui affaiblissent considérablement le poids du gouvernement central. Tariq Alhomayed dans Asharq Alawsat estime qu'il est avant tout nécessaire de régler la question séparatiste. C'est pour lui la priorité, car le mouvement séparatiste est celui qui bénéficie du plus de soutien. Une fois ce dossier réglé, les rebelles Houthi ne devraient pas être trop gênants, car leur soutien est beaucoup moins important. Une solution apportée à ces deux problèmes servirait à renforcer l'intégrité territoriale du Yémen et de fait limiter la possible création d'une zone de libre droit pour Al Qa'ida. Le processus a l'air simple, mais il est en fait semé d'embuches.

Des embuches que l'on trouve notamment dans le fait que tout le monde se désintéresse de la question yéménite (et somalienne). Mutlaq Musa’ed Al-Ajmi écrit dans une tribune pour Yemen Times que le monde arabe ne bouge même pas le petit doigt pour venir en aide au Yémen. Aucun leader arabe, ni les Secrétaires généraux de la Ligue arabe et du Conseil de Coopération du Golfe n'est venu à Sanaa. Seul le général David Petraeus de CENTCOM est venu rendre visite au Président Ali Abdullah Saleh pour annoncer plus de coopération dans la lutte contre le terrorisme et un soutien à la stabilité et à l'unité du pays.


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L'éditorialiste se plaint également que les dirigeants arabes ignorent la question somalienne. Sans un effort international contre la piraterie dans le Golfe d'Aden, cette pratique ancestrale n'aurait fait que se banaliser. De plus, le Yémen reçoit régulièrement des centaines de réfugiés somaliens qui fuient leur pays. Un autre phénomène ignoré des chancelleries arabes. Bref, une situation extrêmement préoccupante qui n'intéresse tristement personne, alors que les enjeux locaux, régionaux et globaux sont potentiellement explosifs.

***UPDATE***

Le gouvernement yéménite a annoncé les conditions pour un cessez-le-feu. Voici les conditions requises :
1. Se retirer de tous les districts de Saada et démanteler tous les check points [entre la province et la capitale] empêchant la libre circulation.
2. Descendre des montagnes et mettre fin au banditisme et aux actes de destruction.
3. Rendre tous les équipements civils et militaires dont ils se sont emparés.
4. Clarifier la situation des [six] étrangers kidnappés [en juin], soupçonnés d'avoir été enlevés par les rebelles.
5. Donner aux autorités tous ceux qui kidnappent à Saada.
6. Aucune intervention de quelque sorte dans les affaires des autorités locales.

Autant dire qu'avec des conditions aussi contraignantes, les choses ne sont pas prêtes d'avancer rapidement...

***UPDATE 2***

Suite au commentaire de Nefermaât et d'une réflexion que je me suis faite ce matin, j'aimerais clarifier un point. J'ai peut-être donné l'impression d'une opposition entre de méchants rebelles contre un gentil gouvernement. Si c'est le cas, je tiens à rectifier le coche. Le Président Saleh n'a rien d'un enfant de coeur. A titre d'exemple, pour rallier le soutien occidental, il a présenté la lutte contre les Houthi comme s'inscrivant dans la lutte contre le terrorisme, alors que ça n'en est pas du tout. L'offensive actuelle émane du gouvernement, non des Houthi.

De l'autre côté, le groupe chiite n'est pas tout noir non plus. Certaines demandes sont tout à fait légitimes. Ils demandent par exemple une liberté de culte et la fin de l'interférence de la prêche du sunnisme salafiste dans leur province. Ils demandent également plus de justice sociale et la fin de la corruption.

Certes, entre les mots et les actions, il y a souvent un gouffre, mais je tenais à préciser ces points.
 

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