Dans le dernier numéro de la revue universitaire Middle East Policy, Kristian Coates Ulrichsen analyse les défis internes et externes pour la sécurité régionale dans le Golfe. Il se focalise ici sur les pays arabes, excluant donc l'Iran. Sa théorie est que la région n'a pas connu les mêmes transformations post-Guerre Froide que d'autres régions, comme l'Europe de l'est, c'est-à-dire que l'adaptation aux défis de sécurité était liée à des réformes politiques, mais que les défis sont actuellement suffisamment imposants pour que le Golfe envisage de nouvelles approches et stratégies.
Quatre facteurs peuvent être à l'origine de changements :
* L'impact de l'explosion des NTIC, qui créent "une communauté imaginaire" et donc un espace virtuel pour se mobiliser parfois pour de bonnes causes, parfois pas.
* Le Golfe devient le centre du Moyen Orient avec son économie florissante et de fait établit des liens privilégiés avec de nouveaux partenaires, comme la Chine, l'Inde et la Russie.
* La présence de pétrole et de gaz naturel est source d'intérêt, mais également de pauvreté et de mauvaise redistribution.
* Le manque de consensus interne entre les différents pays du CCG sur les menaces potentielles, que sont l'Iran et le Yémen, ou sur comment intégrer l'Irak post-occupation dans le champ sécuritaire régional.
Le chercheur de la LSE explicite son propos à propos de l'Iran et du Yémen notamment. Sur l'Iran, il rapporte à quel point la théorie même erronée du "croissant chiite" est encore présente chez les dirigeants arabes (ils devraient lire l'excellent article de Laurence Louër). De plus, les liens privilégiés avec les Etats-Unis peuvent être problématiques à deux niveaux. Tout d'abord, le fait que chaque pays ait des accords bilatéraux avec Washington peut être une source d'empêchement pour l'émergence d'un corps régional. De plus, cela embrigade à leur insu les pays arabes du Golfe dans les différends irano-américains ; Téhéran jouant en plus sur le fait que si les élites acceptent le soutien américain, les populations sont réticentes, ce qui peut se transformer en instabilité.
Sur le Yémen, l'instabilité grandissante dans le pays est une source tout à fait envisageable d'instabilité régionale. En plus, les combattants qui sont partis en Irak pour faire le jihad vont revenir dans leur pays et si les pays du CCG peuvent les en empêcher, cela ne fait que repousser les problèmes à la périphérie, autrement dit le faible et corrompu Yémen.
En plus de ces défis à court terme, Coates Ulrichsen voit trois défis à long terme :
* Les générations suivantes vont vouloir la même part du gâteau que leurs parents, ce qui devient insoutenable pour les régimes, ce qui va renforcer un chômage galopant et peut être source de tensions. Il faut donc un nouveau contrat social post-pétrole.
* Les régimes doivent sécuriser l'accès à l'eau, à la nourriture et à l'énergie. L'eau est notamment un facteur très préoccupant dans la région. Les pays ne prennent pas de mesures assez ambitieuses pour pallier aux défis à venir.
* Le réchauffement global risque de très fortement toucher la région, ce qui peut s'avérer problématique si on part du principe que les régimes qui redistribuent le moins équitablement les ressources sont les plus vulnérables. Cette question est pourtant quasi absente des discours sur la sécurité régionale.
En conclusion, l'auteur esquisse trois équilibres à trouver :
* entre les visions parfois contradictoires des préoccupations de sécurité nationales et régionales.
* entre les réformes politiques et économiques au compte-gouttes et les profonds problèmes systémiques qui sapent les solutions de long terme.
* entre la demande en constante augmentation d'accès aux ressources naturelles et son affaiblissement.
Un dernier point que l'auteur souligne en fin d'article, les régimes arabes du Golfe doivent s'adapter aux sociétés post-pétrole, donc réformer leurs économies, ainsi que faire un point d'honneur à valoriser la sécurité humaine, notamment chez les femmes.
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lundi 22 juin 2009
samedi 20 juin 2009
La sécurité collective dans le Golfe, pourquoi pas?
Je suis un fervent partisan des théories de Barry Buzan sur les organisations de sécurité régionales, donc voir un texte sur la nécessité d'une telle institution dans le Golfe attire nécessairement mon attention. Le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) a été fondé en 1981 par les pays du Golfe (Arabie Saoudite, EAU, Bahreïn, Qatar, Oman et Koweït) pour se protéger dans l'hypothèse d'un débordement de la Guerre Iran-Irak. Pourtant, jamais le CCG n'a réussi à s'imposer dans la région, ni à se développer. Peut-être faudrait-il pour cela créer une nouvelle institution. C'est en substance ce qu'estime Mohammed Jabber Al-Ansari dans une tribune pour le think tank Carnegie Endowment for International Peace.
Le doyen du College for Higher Studies au Bahreïn souhaiterait voir émerger des Accords d'Helsinki du Golfe, en référence à ceux signés en 1975. Pour lui, la situation requiert de prendre des mesures dans ce sens pour établir un nouvel ordre dans la région. Avant de négocier pour l'institution d'une organisation de sécurité collective - très Adlerien comme concept - l'auteur estime que trois obstacles doivent être surmontés :
* Il faut savoir si tous les membres du CCG sont prêts à défendre les mêmes intérêts ou pas, s'ils sont prêts à parler comme "un acteur unique". Je pense que c'est beaucoup demander, car c'est quasiment inatteignable et pas nécessaire, au regard par exemple de l'OTAN.
* Il faut analyser l'émergence de l'Irak comme Etat fort et se demander comment Baghdad peut avoir une influence positive sur la sécurité de la région.
* Il faut enfin se demander comment l'Iran peut devenir un contributeur de la stabilité de la région. L'attitude ambivalente de Téhéran est souvent source de confusion dans le Golfe. Toutefois, comme le note al-Ansari, "l'Iran n'a jamais causé autant de souffrance au monde arabe que le régime de Saddam Hussein".
Toutefois, le doyen n'est pas naïf et sait qu'un tel projet ne peut se réaliser sans soutiens extérieurs. Il faudrait donc coopérer avec les Etats-Unis, l'Union Européenne, la Russie, le Japon, la Chine et l'Inde, mais également avec la Ligue Arabe - et il souligne l'importance du leadership égyptien.
Pour lui, l'"OSC du Golfe" pourrait intervenir dans le différend américano-iranien. C'est envisageable, mais ce n'est pas là que je la verrai jouer un rôle-clé. Par contre, je pense que cette organisation pourrait contribuer à la stabilité de l'Irak une fois le retrait américain terminé pour éviter qu'une étincelle ne relance la violence.
Le doyen du College for Higher Studies au Bahreïn souhaiterait voir émerger des Accords d'Helsinki du Golfe, en référence à ceux signés en 1975. Pour lui, la situation requiert de prendre des mesures dans ce sens pour établir un nouvel ordre dans la région. Avant de négocier pour l'institution d'une organisation de sécurité collective - très Adlerien comme concept - l'auteur estime que trois obstacles doivent être surmontés :
* Il faut savoir si tous les membres du CCG sont prêts à défendre les mêmes intérêts ou pas, s'ils sont prêts à parler comme "un acteur unique". Je pense que c'est beaucoup demander, car c'est quasiment inatteignable et pas nécessaire, au regard par exemple de l'OTAN.
* Il faut analyser l'émergence de l'Irak comme Etat fort et se demander comment Baghdad peut avoir une influence positive sur la sécurité de la région.
* Il faut enfin se demander comment l'Iran peut devenir un contributeur de la stabilité de la région. L'attitude ambivalente de Téhéran est souvent source de confusion dans le Golfe. Toutefois, comme le note al-Ansari, "l'Iran n'a jamais causé autant de souffrance au monde arabe que le régime de Saddam Hussein".
Toutefois, le doyen n'est pas naïf et sait qu'un tel projet ne peut se réaliser sans soutiens extérieurs. Il faudrait donc coopérer avec les Etats-Unis, l'Union Européenne, la Russie, le Japon, la Chine et l'Inde, mais également avec la Ligue Arabe - et il souligne l'importance du leadership égyptien.
Pour lui, l'"OSC du Golfe" pourrait intervenir dans le différend américano-iranien. C'est envisageable, mais ce n'est pas là que je la verrai jouer un rôle-clé. Par contre, je pense que cette organisation pourrait contribuer à la stabilité de l'Irak une fois le retrait américain terminé pour éviter qu'une étincelle ne relance la violence.
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jeudi 16 avril 2009
Les relations entre l'Iran et l'Arabie Saoudite depuis la chute de Saddam Hussein
La RAND a publié il y a peu une étude qui tombe à point nommé sur les relations entre l'Iran et l'Arabie Saoudite depuis la chute de Saddam Hussein. Pourquoi à point nommé? Parce que cette relation, cardinale dans la région, est source de nombreux débats et est plus complexe qu'on ne le pense. Les deux pays se définissent comme des leaders régionaux. L'Arabie Saoudite porte la double casquette de leader arabe et islamique, l'Iran, notamment depuis la Révolution islamique, conteste la deuxième casquette, mais aussi le leadership de la région. Ces dernières années, Téhéran a pris une place progressivement proéminente au Moyen Orient, ce qui n'est pas pour plaire aux Sunnites arabes. Encouragés par Washington dans cette direction, les pays dits "modérés" que sont l'Egypte, la Jordanie et les pays du CCG se seraient mis en coalition contre l'Iran chiite. Il semble toutefois que ce soit plus un voeu de certains pays de la région, notamment l'Egypte, et de Washington plutôt qu'un fait avéré.
Dans ce contexte, la RAND publie cette analyse d'une centaine de pages dans la volonté de repenser cette relation:
* l'idée d'un bloc arabe contre l'Iran n'est pas aussi évidente, car les pays arabes ne sont pas forcément friands d'une Arabie Saoudite toute puissante non plus.
* L'attitude de l'Arabie Saoudite à l'égard de l'Iran est marquée par un pragmatisme certain. Si l'on retrouve souvent des tactiques de rollback et de containment chez les Saoudiens, les deux pays sont amenés à s'entendre sur certains dossiers.
* Le sectarisme sunnite/chiite est à pondérer. En effet, officiellement, les deux gouvernements se retiennent de tout commentaire vertement sectaire. Cela étant, l'Arabie Saoudite n'a que mépris pour sa population chiite et l'Iran est critique à l'égard de l'Arabie Saoudite.
* Un facteur par contre correspond aux idées reçues, c'est celui de l'existence de factions politiques. En Arabie Saoudite, il y a deux écoles, celle de la confrontation avec le Prince Bandar bin Sultan et celle de la conciliation avec le Roi Abdallah.
L'objectif de l'étude est d'étudier cette relation bilatérale pour expliquer certaines évolutions régionales de ces dernières années. Plusieurs points sont conclus :
* L'Arabie Saoudite veut s'affirmer comme une force pour contrebalancer la puissance iranienne, alors que l'Iran aimerait un système où Téhéran est au centre, ce qui implique une reconnaissance par les Saoudiens de la suprématie iranienne.
* Un Irak affaibli est source de rivalités entre l'Arabie Saoudite et l'Iran. Cela était particulièrement prégnant en 2005-2006, à l'époque où les affrontements sunnites/chiites étaient intenses.
* Plutôt que d'adopter une politique de confrontation, Riyadh s'oriente sur un plus grand engagement via le CCG pour essayer de modérer le comportement iranien, notamment sur le dossier nucléaire. Cela étant, les Saoudiens jouent un double jeu en étant diplomatique via le CCG et en s'armant de manière conventionnelle pour lutter contre la force de frappe iranienne.
* Le Levant est, bien plus que l'Irak, une zone de rivalité forte entre les deux pays. En effet, jusqu'à la guerre de 2006 au Liban, l'Arabie Saoudite était perçue comme le leader régional sur le dossier israélo-palestinien. Et c'est par un groupe chiite non-arabe, le Hezbollah, que les Saoudiens se trouvaient remplacer. Cela a été le départ d'une vraie compétition pour le leadership.
Un chapitre est particulièrement intéressant, car rarement traité, sur la manière dont les pays du CCG se comportent vis-à-vis de l'Iran. Tous perçoivent l'Iran comme une menace. Ils ont tendance à surestimer la puissance militaire de Téhéran. La menace n'est pas tant directe qu'indirecte : Téhéran en tant que porte-drapeau de la cause palestinienne, soutien au Hezbollah et au Hamas, capable de mobiliser les Chiites désœuvrés et oubliés des régimes du Golfe. C'est perçu comme une remise en cause de la légitimité des régimes en place.
De plus, l'Iran renforce ses relations bilatérales avec certains membres, comme le Qatar, tout en instrumentalisant un isolement saoudien. A l'instar du Qatar, Oman bénéficie de bonnes relations avec l'Iran et est conciliant à l'égard du régime chiite. Pour Bahreïn, les relations sont fluctuantes, car Téhéran n'est pas toujours très clair sur ses intentions vis-à-vis du petit royaume, étant accusé de considérer Bahrein comme faisant partie de l'Iran. Le Koweït est le pays le plus proche de la stratégie saoudienne dans le Golfe. Les EAU ont des relations historiquement difficiles avec l'Iran en raison de différends territoriaux, mais jouent souvent le rôle de médiateur entre Riyadh et Téhéran.
Dans ce contexte, la RAND publie cette analyse d'une centaine de pages dans la volonté de repenser cette relation:
* l'idée d'un bloc arabe contre l'Iran n'est pas aussi évidente, car les pays arabes ne sont pas forcément friands d'une Arabie Saoudite toute puissante non plus.
* L'attitude de l'Arabie Saoudite à l'égard de l'Iran est marquée par un pragmatisme certain. Si l'on retrouve souvent des tactiques de rollback et de containment chez les Saoudiens, les deux pays sont amenés à s'entendre sur certains dossiers.
* Le sectarisme sunnite/chiite est à pondérer. En effet, officiellement, les deux gouvernements se retiennent de tout commentaire vertement sectaire. Cela étant, l'Arabie Saoudite n'a que mépris pour sa population chiite et l'Iran est critique à l'égard de l'Arabie Saoudite.
* Un facteur par contre correspond aux idées reçues, c'est celui de l'existence de factions politiques. En Arabie Saoudite, il y a deux écoles, celle de la confrontation avec le Prince Bandar bin Sultan et celle de la conciliation avec le Roi Abdallah.
L'objectif de l'étude est d'étudier cette relation bilatérale pour expliquer certaines évolutions régionales de ces dernières années. Plusieurs points sont conclus :
* L'Arabie Saoudite veut s'affirmer comme une force pour contrebalancer la puissance iranienne, alors que l'Iran aimerait un système où Téhéran est au centre, ce qui implique une reconnaissance par les Saoudiens de la suprématie iranienne.
* Un Irak affaibli est source de rivalités entre l'Arabie Saoudite et l'Iran. Cela était particulièrement prégnant en 2005-2006, à l'époque où les affrontements sunnites/chiites étaient intenses.
* Plutôt que d'adopter une politique de confrontation, Riyadh s'oriente sur un plus grand engagement via le CCG pour essayer de modérer le comportement iranien, notamment sur le dossier nucléaire. Cela étant, les Saoudiens jouent un double jeu en étant diplomatique via le CCG et en s'armant de manière conventionnelle pour lutter contre la force de frappe iranienne.
* Le Levant est, bien plus que l'Irak, une zone de rivalité forte entre les deux pays. En effet, jusqu'à la guerre de 2006 au Liban, l'Arabie Saoudite était perçue comme le leader régional sur le dossier israélo-palestinien. Et c'est par un groupe chiite non-arabe, le Hezbollah, que les Saoudiens se trouvaient remplacer. Cela a été le départ d'une vraie compétition pour le leadership.
Un chapitre est particulièrement intéressant, car rarement traité, sur la manière dont les pays du CCG se comportent vis-à-vis de l'Iran. Tous perçoivent l'Iran comme une menace. Ils ont tendance à surestimer la puissance militaire de Téhéran. La menace n'est pas tant directe qu'indirecte : Téhéran en tant que porte-drapeau de la cause palestinienne, soutien au Hezbollah et au Hamas, capable de mobiliser les Chiites désœuvrés et oubliés des régimes du Golfe. C'est perçu comme une remise en cause de la légitimité des régimes en place.
De plus, l'Iran renforce ses relations bilatérales avec certains membres, comme le Qatar, tout en instrumentalisant un isolement saoudien. A l'instar du Qatar, Oman bénéficie de bonnes relations avec l'Iran et est conciliant à l'égard du régime chiite. Pour Bahreïn, les relations sont fluctuantes, car Téhéran n'est pas toujours très clair sur ses intentions vis-à-vis du petit royaume, étant accusé de considérer Bahrein comme faisant partie de l'Iran. Le Koweït est le pays le plus proche de la stratégie saoudienne dans le Golfe. Les EAU ont des relations historiquement difficiles avec l'Iran en raison de différends territoriaux, mais jouent souvent le rôle de médiateur entre Riyadh et Téhéran.
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jeudi 26 février 2009
Dennis Ross, le "Keyser Soze" du Département d'Etat (suite)
Donc, le Département d'Etat a fait son travail suite au tohubohu qu'a provoqué l'annonce du poste de Dennis Ross comme "conseiller spécial pour le Golfe et l'Asie du sud-ouest". Robert Wood commence plutôt bien au briefing d'hier matin ; ils ont déterminé ce qu'ils entendaient derrière cette vague appelation :
Ca commence déjà à ne plus être très clair, voire même contradictoire avec ce qui a été dit dans l'annonce officelle, qui parle de "deux guerres", donc très probablement l'Irak et l'Afghanistan. Le problème étant que dans la liste présentée, l'Afghanistan ne fait plus partie du lot. Point soulevé après où la confusion prend place :
La confusion est évidente et visiblement, le Département ne s'attendait guère à ce que l'annonce provoque une telle polémique. N'exagérons rien non plus, à part quelques journalistes tenaces et bloggeurs acharnés, la question n'attire pas foule.
A la décharge de Wood, le journaliste fait erreur lorsqu'il prétend que le CIA Factbook inclut l'Afghanistan dans l'Asie du sud-ouest. Rien de tel. Par contre, on trouve une telle référence sur le site de la CIA. Tout comme sur le site de Foggy Bottom (cf. mon précédent post sur la question), l'Asie du sud-ouest est évoquée en relation avec le trafic d'héroïne, mais l'Afghanistan ou le Pakistan ne figurent pas dans cette région lorsqu'ils sont traités sous un angle politique. Au Département d'Etat, ils sont sous la responsabilité du Bureau pour l'Asie Centrale et du Sud, de manière tout à fait logique.
En fait, la confusion sur le terme d'Asie du sud-ouest est simplement liée au fait que c'est un terme très peu usité, car en Occident, on parle de Moyen Orient. A l'ONU, ils ont voulu changer le terme de "Moyen Orient", car c'était perçu comme trop occident-centré.
Il n'en reste pas moins que sur le dossier iranien, la question mérite d'être posée : qui va coordonner les négociations si elles s'ouvrent entre les Etats-Unis et l'Iran sur l'Afghanistan ? De plus, doit-on déduire de ce flou artistique que Ross sera le point focal pour l'articulation d'une politique cohérente de Washington sur l'Iran ?
QUESTION: Have your ace geographers been able to determine what Southwest Asia is and thereby figure out what exactly Dennis Ross’s mandate is?
MR. WOOD: I’m so shocked that you asked that question. Let me give you my best – our best read of this. From our standpoint, the countries that make up areas of the Gulf and Southwest Asia include Bahrain, Iran, Iraq, Kuwait, Oman, Qatar, Saudi Arabia, UAE, Yemen, and those are the countries.
QUESTION: Not – not Afghanistan and Pakistan?
MR. WOOD: Look, Ambassador Ross will look at the entire region, should he be asked to, including Afghanistan. But this is something that would be worked out. You were – you asked the question yesterday about Ambassador Holbrooke and whether there was going to be some kind of, I don’t know, conflict over who is working in – on that particular issues in that country.
Look, Ambassador Ross and Ambassador Holbrooke will work together where necessary if they need to, if there’s some kind of overlap. But that’s, in essence, the State Department’s geographical breakdown of Southwest Asia.
Ca commence déjà à ne plus être très clair, voire même contradictoire avec ce qui a été dit dans l'annonce officelle, qui parle de "deux guerres", donc très probablement l'Irak et l'Afghanistan. Le problème étant que dans la liste présentée, l'Afghanistan ne fait plus partie du lot. Point soulevé après où la confusion prend place :
QUESTION: Okay. So it does not – it is not the same breakdown as the military uses?
MR. WOOD: No, the military uses a different breakdown, but I’d have to refer you to them for their specific breakdown.
(...)
QUESTION: So if Ambassador Ross is special envoy – special advisor for Gulf and Southwest Asia, what is the difference between Gulf and Southwest Asia?
MR. WOOD: Look --
QUESTION: For me, this is Gulf.
MR. WOOD: Well, it may be for you. For others, it may be different. I’d have to – I’ve given you what the Department’s position is with regard to the geographic makeup of the region.
QUESTION: Okay. But on Iran, like for instance, if someone – if the United States wanted to engage Iran on, for instance, Afghanistan, and you’ve said before from this podium that Afghanistan could play – Iran, sorry, could play a helpful role in Afghanistan – who would be kind of handling that? Would that be the special advisor for Southwest Asia in Iran, or would it be the special advisor for Afghanistan and Pakistan? Because Ambassador Holbrooke has said that he thought Iran could play a helpful role, and that suggests that he might be handling that kind of dialogue.
MR. WOOD: Well, this is—again, this is speculation. You know, we’ll have to see what happens if, indeed, we get to that point about who handles an issue with regard to Iran. It really depends on, you know, a variety of factors. I can’t – it’s hypothetical, so I just can’t give you an answer specifically on that. So --
(...)
QUESTION: Yes. You know, I’m a little confused because in your statement to announce Dennis Ross’s appointment as the Southwest Asia person, you referred to two wars in the region. So which is the other war? Iraq – was Afghanistan part of that and then you took it away because of Holbrooke’s complaints or --
MR. WOOD: No.
QUESTION: Just a wee bit confused here.
MR. WOOD: No, there are two wars that are raging in that region, and I’m talking about the larger region.
QUESTION: But that was included within the Southwest Asia that you demarcated in the statement.
MR. WOOD: Right. Like I said, Afghanistan is one of those issues where you have a lot of individuals who have some interests and equities in dealing with it. And as I said, if we get to a point where there is a need to have both Ambassador Ross and Ambassador Holbrooke engaging on different elements of it, they will. And they will certainly – you know, they’ll do that. But we are very clear in that statement, I think, in terms of where we see wars raging and the need to have appropriate people working on these issues.
QUESTION: Because in the CIA fact book, a book which a lot of people use, Southwest Asia does include Afghanistan. So --
MR. WOOD: Well, that’s the CIA. I’m giving you – again, I gave you what the State Department’s position is on the region.
QUESTION: Well, it sounds like you – it sounds like you have a turf battle brewing, if not already begun. Maybe you should lock Holbrooke and Ross up in a room and fight it out?
MR. WOOD: That’s your characterization. There’s no turf war going on here.
QUESTION: Well, no, Robert, because I believe that originally, Afghanistan was included in this – in Dennis’s (inaudible) here, and it’s interesting that it’s been taken out, so --
QUESTION: So was it removed, though, because – with the wars referring to the war in Afghanistan? I mean, was it removed because --
MR. WOOD: I just spelled this out for you. I don’t have anything more to say on it.
La confusion est évidente et visiblement, le Département ne s'attendait guère à ce que l'annonce provoque une telle polémique. N'exagérons rien non plus, à part quelques journalistes tenaces et bloggeurs acharnés, la question n'attire pas foule.
A la décharge de Wood, le journaliste fait erreur lorsqu'il prétend que le CIA Factbook inclut l'Afghanistan dans l'Asie du sud-ouest. Rien de tel. Par contre, on trouve une telle référence sur le site de la CIA. Tout comme sur le site de Foggy Bottom (cf. mon précédent post sur la question), l'Asie du sud-ouest est évoquée en relation avec le trafic d'héroïne, mais l'Afghanistan ou le Pakistan ne figurent pas dans cette région lorsqu'ils sont traités sous un angle politique. Au Département d'Etat, ils sont sous la responsabilité du Bureau pour l'Asie Centrale et du Sud, de manière tout à fait logique.
En fait, la confusion sur le terme d'Asie du sud-ouest est simplement liée au fait que c'est un terme très peu usité, car en Occident, on parle de Moyen Orient. A l'ONU, ils ont voulu changer le terme de "Moyen Orient", car c'était perçu comme trop occident-centré.
Il n'en reste pas moins que sur le dossier iranien, la question mérite d'être posée : qui va coordonner les négociations si elles s'ouvrent entre les Etats-Unis et l'Iran sur l'Afghanistan ? De plus, doit-on déduire de ce flou artistique que Ross sera le point focal pour l'articulation d'une politique cohérente de Washington sur l'Iran ?
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dimanche 17 août 2008
Hostilité iranienne contre ses voisins du Golfe
Deux commentaires se sont récemment fait écho dans la presse arabe. Tareq Alhomayed dans Asharq Alawsat et Joseph Kechichian dans Gulf News. Le sujet : la méprise iranienne à l'égard de ses voisins du Golfe. Lors d'une récente conférence, Manuchehr Mohammadi, un ministre adjoint (difficile de savoir comment traduire "deputy foreign minister for education and research") a soulevé "la déception" des pays du Golfe en affirmant que la stabilité dans la région ne pouvait se faire tant que les royautés seraient au pouvoir.
Selon la presse iranienne, il aurait dit que "le Moyen Orient restera un centre de développement et de crises tant que les régimes royaux dans le Golfe restent en place, et les conflits ne seront pas résolus sans la disparition de ces régimes traditionnels". Il y a quelques jours, il a tenu, par voix de presse, à nier ces propos.
Le secrétaire général du Golf Cooperation Council, organisation qui réunit les pays du Golfe - à l'exception de l'Iran -, a fait part de sa "déception" à l'encontre de ces affirmations officielles. Alhomayed est déçu de la tiédeur de la réponse : "Quand les pays du Golfe ont-ils déjà cru que le régime iranien les percevait comme des voisins ou avec respect ?" Le rédacteur en chef de Asharq Alawsat rappelle que le GCC a été fondé justement pour lutter contre l'influence iranienne au moment du conflit Iran-Irak. Joseph Kechichian remarque que l'Iran n'a cessé d'interférer dans les affaires des pays du Golfe. Par exemple, en 1981, l'Iran a fomenté un coup d'Etat au Bahrein pour assassiner le Sheikh Eissa et instaurer une théocratie.
Les deux commentateurs expliquent qu'il fait partie des objectifs de la révolution iranienne d'étendre la ferveur révolutionnaire et d'installer des régimes théocratiques. Y renoncer signifierait un abandon de la révolution, ce qui est "impensable" pour Alhomayed.
Ils s'accordent également sur le manque d'engagement et de clarté dans les positions des pays du Golfe sur les affaires régionales, laissant carte blanche à l'Iran pour répandre sa présence au Moyen Orient, que ce soit en Irak, au Liban ou en Palestine.
Cela va de pair avec l'attitude à adopter face à Téhéran. "Les peuples du Golfe doivent déterminer s'ils sont des Arabes apeurés par l'Iran ou des Arabes dévoués à la stabilité de leur territoire et de leur peuple", juge Alhomayed. Kechichian abonde dans le même sens, conseillant aux pays du Golfe d'adopter une position forte et mettant des mesures de rétorsion contre des ingérences iraniennes, sans provoquer outre-mesure leur voisin. "L'Iran est une puissance importante qui mérite d'être traitée avec le plus grand respect, mais seulement si elle traite ses voisins arabes du Golfe dans le même sens", estime-t-il.
Selon la presse iranienne, il aurait dit que "le Moyen Orient restera un centre de développement et de crises tant que les régimes royaux dans le Golfe restent en place, et les conflits ne seront pas résolus sans la disparition de ces régimes traditionnels". Il y a quelques jours, il a tenu, par voix de presse, à nier ces propos.
Le secrétaire général du Golf Cooperation Council, organisation qui réunit les pays du Golfe - à l'exception de l'Iran -, a fait part de sa "déception" à l'encontre de ces affirmations officielles. Alhomayed est déçu de la tiédeur de la réponse : "Quand les pays du Golfe ont-ils déjà cru que le régime iranien les percevait comme des voisins ou avec respect ?" Le rédacteur en chef de Asharq Alawsat rappelle que le GCC a été fondé justement pour lutter contre l'influence iranienne au moment du conflit Iran-Irak. Joseph Kechichian remarque que l'Iran n'a cessé d'interférer dans les affaires des pays du Golfe. Par exemple, en 1981, l'Iran a fomenté un coup d'Etat au Bahrein pour assassiner le Sheikh Eissa et instaurer une théocratie.
Les deux commentateurs expliquent qu'il fait partie des objectifs de la révolution iranienne d'étendre la ferveur révolutionnaire et d'installer des régimes théocratiques. Y renoncer signifierait un abandon de la révolution, ce qui est "impensable" pour Alhomayed.
Ils s'accordent également sur le manque d'engagement et de clarté dans les positions des pays du Golfe sur les affaires régionales, laissant carte blanche à l'Iran pour répandre sa présence au Moyen Orient, que ce soit en Irak, au Liban ou en Palestine.
Cela va de pair avec l'attitude à adopter face à Téhéran. "Les peuples du Golfe doivent déterminer s'ils sont des Arabes apeurés par l'Iran ou des Arabes dévoués à la stabilité de leur territoire et de leur peuple", juge Alhomayed. Kechichian abonde dans le même sens, conseillant aux pays du Golfe d'adopter une position forte et mettant des mesures de rétorsion contre des ingérences iraniennes, sans provoquer outre-mesure leur voisin. "L'Iran est une puissance importante qui mérite d'être traitée avec le plus grand respect, mais seulement si elle traite ses voisins arabes du Golfe dans le même sens", estime-t-il.
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