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mercredi 17 mars 2010

SIPRI : Les ventes d'armes au Moyen Orient entre 2005-2009

Le SIPRI, think tank suédois, a publié un rapport sur les ventes d'armes dans le monde entre 2005 et 2009 qui nous apprend quelques éléments intéressants.

Tout d'abord, l'Allemagne est désormais le troisième exportateur d'armes au monde. C'est assez paradoxal, lorsque l'on sait à quel point l'engagement militaire allemand - s'il est important aujourd'hui - va considérablement décroître, car les Allemands en ont terminé avec leur période humanitariste et de recours aux forces armées pour la stabilisation qu'ils étaient enclins à prôner dans les années 1990.

Plus spécifiquement sur le Moyen Orient, on apprend sans grande surprise que le Golfe est bien implanté, puisque les EAU sont le quatrième importateur (6% des achats mondiaux) derrière la Chine, l'Inde et la Corée du Sud et juste devant... la Grèce (no comment...). Les deux plus importants clients des Emirats sont les Etats-Unis et la France. D'ailleurs, les Emirats sont les premiers clients français, puisque Paris y a fait 25% de ses ventes. Ce classement aussi élevé résulte de l'achat 34 Mirage-2000 à la France et 72 F-16s aux Etats-Unis. Il est toutefois envisageable que cette tendance ne soit pas que temporaire suite aux nombreux contrats que les EAU continuent de signer. Bien évidemment, tout cet attirail militaire est avant tout lié à sa proximité géographique avec l'Iran.

dimanche 15 novembre 2009

Le trafiquant d'armes derrière l'affaire Iran-Contra



Le New York Times a publié un profil de Adnan Khashoggi, qui est un trafiquant d'armes notoire quelque peu sur le retrait ces temps-ci, mais qui fut un grand joueur, notamment dans l'affaire Iran-Contra. Même Queen a écrit une chanson suite à leur prestation sur un des yachts du trafiquant.

jeudi 9 juillet 2009

La France, l'Irak et les armes

Les derniers jours ont été chargés! Pas trop le temps de blogger. Je reviendrai plus tard sur les propos pas fut-fut de Joe Biden. En attendant, une petite info qui a failli me passer sous le nez concernant la visite éclair de François Fillon en Irak.

La France va envoyer un attaché de défense à Baghdad, le colonel Luc Batignes. Une petite recherche Google m'a montré qu'il a notamment tenu le même poste à Beyrouth. L'Irak serait apparemment intéressé par du matériel militaire français, révèle Georges Malbrunot dans Le Figaro. L'armée de l'Air irakienne aurait ses yeux sur 6 hélicoptères Panthers SAR, 18 Mirage F1 modernisés, 14 hélicoptères légers Fennec, et 6 petits avions Médévac. L'armée de Terre pourrait également se pencher sur du matériel d'occasion, mais c'est moins certain.

Mais, les Français ne sont pas les seuls. Les Américains, les Britanniques, les Italiens et les Polonais sont déjà dans le coup.

vendredi 27 mars 2009

La France repart en Irak comme avant le blocus...

Visiblement, la France ne va pas trop changer sa position en Irak par rapport à celle d'avant le blocus. Armes, pétroles et contrats. J'ai déjà discuté du rush français à Bagdad en prévenant qu'il ne fallait pas retomber dans les travers des années 1970-1980 où la France vendait beaucoup plus d'armes en Irak qu'elle ne faisait de politique.

Que ne vois-je pas dans Le Monde ? La France et l'Irak ont signé un contrat de 360 millions d'euros pour la vente de 24 Eurocopters, ce qui constitue la première vente d'armes depuis 1990.

Cette annonce fait suite à une commission mixte qui s'est tenu au Quai d'Orsay présidée par Christine Lagarde, ministre de l'Economie et Hussein Shahrestani, ministre irakien du pétrole. Ce dernier a d'ailleurs précisé que Total était en bonne place pour remporter des contrats de modernisation et d'exploitation des puits de pétrole irakiens. Cette rencontre a été suivie par un entretien au Medef avec une centaine de dirigeants d'entreprise, a expliqué le porte-parole du Quai d'Orsay dans son point-presse du 26 mars. Voici le passage du briefing :

(Où en êtes-vous du projet d'ouverture d'un consulat ou antenne consulaire à Bassorah ? Estimez-vous que les relations avec l'Irak ont franchi un seuil avec l'annonce de la vente d'hélicoptères militaires ? D'autres contrats civils ou militaires sont-ils prévus ? Quel est le montant des

échanges commerciaux franco-irakiens actuellement ?)


Les relations entre la France et l'Irak ont franchi une étape décisive avec les deux visites de Bernard Kouchner en Irak en août 2007 et mai 2008. Cette dynamique a été consacrée par la visite du président de la République à Bagdad le 10 février dernier. La tenue de la commission mixte franco-irakienne à Paris et la venue du ministre irakien de la Défense à Paris sont la conséquence directe de cette relance de nos relations bilatérales.

S'agissant de l'ouverture d'un consulat à Bassorah, le principe en est décidé et nous en examinons actuellement les meilleures modalités de mise en oeuvre. Nous poursuivons également la transformation de notre bureau d'ambassade à Erbil en consulat général et allons élargir les missions de notre ambassade à Bagdad, avec la nomination prochaine d'un conseiller commercial et d'un attaché de défense.

L'acquisition de 24 hélicoptères militaires de transport auprès d'Eurocopter ainsi que les demandes qui nous sont adressées dans le domaine de la formation d'officiers constituent un signal fort auquel nous souhaitons répondre dans un esprit d'ouverture, en ayant à l'esprit l'amélioration récente de la situation en Irak et notre soutien au renforcement de l'Etat, comme l'a indiqué le président de la République lors de sa visite en Irak.

Le montant des exportations françaises vers l'Irak s'est élevé à 250 millions d'euros en 2007, dernier chiffre consolidé, en progression importante par rapport à 2006.

Je profite de votre question pour faire un point sur la réunion de la commission mixte franco-irakienne qui s'est tenue le 24 mars sous la présidence de Christine Lagarde et du ministre irakien du pétrole, Hussein Shahrestani, que Bernard Kouchner a reçu au Quai d'Orsay, et qui s'est prolongée par une rencontre au Medef entre la délégation irakienne et une centaine d'entreprises françaises.

Cette réunion a été l'occasion de confirmer un certain nombre de décisions comme l'ouverture de l'assurance crédit à court terme avec la perspective d'une ouverture à moyen terme, le lancement de négociations en vue de la conclusion dans les tous prochains mois d'un accord de protection des investissements et le déplacement du Premier ministre en Irak d'ici l'été, accompagné d'une délégation d'hommes d'affaires.

En marge de la réunion, trois accords ont été signés entre la COFACE et la Trade Bank of Irak, entre le ministère de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi et la ville de Bagdad pour la formation de techniciens dans le domaine du traitement de l'eau, et pour la création d'un Conseil franco-irakien des chefs d'entreprise. Christine Lagarde a annoncé la présence d'un stand français soutenu par UbiFrance à la foire internationale d'Erbil en octobre.
Il est toujours plus facile de faire des affaires que de la politique. Espérons juste que la France ne va pas reprendre ses activités pré-blocus. Certes, le gouvernement irakien actuel n'est pas Saddam Hussein et c'est un paramètre essentiel, mais l'Irak n'est pas encore un Etat considéré stable, les Américains ne sont pas encore partis que Paris vend déjà des armes, sans se soucier que peut-être après le retrait américain, ces armes pourraient être utilisés dans des conflits internes. Mais, me dira-t-on, "si on ne le fait pas, quelqu'un d'autre le fera". Tristement, c'est vrai...

dimanche 1 mars 2009

Décryptage de la relation russo-iranienne













Les Etats-Unis et l'Europe aimeraient que la Russie soit plus coopérative sur l'Iran. Ils aimeraient que Moscou abonde plus dans leur sens et que les Russes s'allient dans leur opposition aux politiques de la République islamique. Ruslan Pukhov, Centre for Analysis of Strategies and Technologies, décrit précisément le comportement russe sur la question iranienne et dans une tribune au Moscow Times justifie les ventes d'armes à l'Iran.

Moscou pourrait en effet vendre des très controversés missiles sol-air S-300 à Téhéran. Aux dernières nouvelles, les négociations de vente sont gelées jusqu'à la prochaine rencontre entre le Président russe Dmitry Medvedev et son homologue américain Barack Obama. Israël redoute tout particulièrement ces missiles, parce que leur force de frappe rend quasiment nulle toute chance de raid aérien sur le sol iranien.

Pour Pukhov, il n'y a aucune raison de contrer cette vente. Tout d'abord, parce que la Russie chercherait plus à utiliser une potentielle relation avec l'Iran comme une force de négociation avec les Etats-Unis et l'Europe qu'à établir des liens soudés. Les Iraniens ne seraient pas dupes et se souviennent qu'en 1995, Moscou a signé l'accord Gore-Chernomyrdin qui entre autres limitait les ventes d'armement à Téhéran. Pukhov oublierait-il que dès 1997, des premiers rapports de presse faisaient état de négociations entre l'Iran et la Russie sur de l'armement ? De plus, n'écrit-il pas en fin que la relation russo-iranienne est marquée par de nombreux intérêts communs : opposition aux avancées des Etats-Unis et de l'OTAN dans le Caucase, en Asie Centrale et au Moyen Orient et lutte contre le radicalisme sunnite ?

Il ajoute qu'il ne comprend pas la raison pour laquelle on veut lier la vente de S-300 au programme nucléaire, alors que les deux constituent des dossiers bien différents ? Pas faux, la vente de S-300 au Kazakhstan par exemple n'a pas l'air de soulever autant de boucliers. Pour Pukhov, l'Occident est trop bornée dans sa vision. "Même si l'Iran a l'intention de développer des armes nucléaires dans le futur, elles seraient utilisées pour sa propre défense, pas pour détruire Israël", écrit-il. Certes, mais que faire de la course à l'armement que cela créerait invariablement au Moyen Orient ?

Donc, pas d'opposition politique et en plus, le marché iranien est ouvert. Les ventes d'armes à l'Inde et à la Chine diminuent beaucoup, car la Chine a sa propre industrie et le marché indien est soumis à une rude concurrence. Le marché iranien représenterait entre 300 et 500 millions de dollars par an et pour le moment, Moscou a l'attention de Téhéran. Se priver de cet avantage pourrait diriger l'Iran dans les bras des Chinois. De plus, la Russie aurait tort de se priver d'exploiter la situation, car l'Iran développe son industrie d'armement et des coopérations fructueuses s'établissent entre des entreprises russes et iraniennes. Dans le dernier numéro de Moscow Defense Brief, la revue publie un tableau des ventes d'armes réalisées par la Russie à l'Iran depuis 2000.

En fin, Pukhov avance une raison très étrange pour justifier l'engagement russe avec l'Iran. "Si Moscou affaiblit ses liens technologiques et militaires avec Téhéran, cela pourait ouvrir la porte de la réconciliation entre l'Iran et les Etats-Unis, écrit-il. Cela pourrait conduire l'Iran à augmenter ses relations militaires et commerciales avec les Etats-Unis et l'Europe de l'ouest". No comment...Comme le titre le dernier numéro de Moscow Defense Brief, "Brother in arms?", avec une photo tout sourire de Vladimir Poutine et Mahmoud Ahmadinejad en couverture.

dimanche 15 février 2009

La visite de Sarkozy en Irak et petite mise au point

Nicolas Sarkozy a tendance à ne jamais partir en visite sans intérêt économique. On le lui a déjà reproché et il a répondu que c'était essentiel. Certes, vouloir promouvoir les entreprises françaises à l'étranger, je suis d'accord, mais ce n'est peut-être pas la peine de faire l'apologie de régimes aux pratiques plus que discutables.

Mais, revenons à cette visite en Irak. C'est selon Le Figaro le "retour de la France en Irak". Pourquoi ce "retour" ? Pierre Rousselin le résume assez bien. "Autant il était justifié de s'opposer à la guerre, il y a six ans, autant il convenait de se tenir éloigné d'un Irak en plein chaos, autant il serait absurde, aujourd'hui, de s'en tenir là", écrit-il dans Le Figaro. Cette visite intervient à un moment très opportun. Deux semaines après des élections provinciales convaincantes et dans l'optique d'un retrait prochain des Etats-Unis.

Que cache cette visite ? Le Président français l'a lui-même expliqué en conférence de presse avec son homologue irakien Jalal Talabani :

Nous souhaitons collaborer sur le plan économique, en matière d’énergie, en matière de reconstruction, nous pouvons vous aider à former vos élites. Nous sommes prêts à former davantage de vos étudiants. Nous pouvons vous aider s’agissant des forces de police, de sécurité. Nous pouvons collaborer pour former et équiper aussi l’armée irakienne. Et nous pouvons également vous aider, sur le plan diplomatique, à retrouver la pleine souveraineté internationale de l’Irak.


Il y a dans ces propos la diplomatie française, ou du moins ce qu'elle voudrait être : une puissance économique, une puissance au fort "soft power", une puissance militaire et une puissance politique.

Sur le premier point, le raisonnement français est de se dire que le retrait américain et le renforcement de la souveraineté irakienne avec un Premier ministre nationaliste fort sont des signes propices à de possibles contrats à signer. Sur le second point, c'est l'inépuissable "rayonnement culturel de la France". Former des élites pour qu'elles soient plus réceptives à la France une fois au pouvoir.

Sur le troisième point, il y a matière à débattre. Toutes choses égales par ailleurs, la France n'est pas une force militaire de premier plan, mais avec un budget de la Défense qui représente 2,43% du PIB (Nick Witney compile des indices très intéressants à ce sujet dans un rapport au European Council on Foreign Relations), une industrie militaire bien placée, une présence sur de nombreux théâtres d'opérations, la France peut se présenter comme une force militaire de premier plan. Plus spécifiquement au Moyen Orient, la France va ouvrir une base militaire à Abou Dhabi, ce qui fera de la France le seul pays avec les Etats-Unis à posséder une présence militaire dans la région. D'ailleurs, si quelqu'un sait où ça en est, ça m'intéresse.

Sur le dernier point, Nicolas Sarkozy souhaite renforcer la présence française dans la région. On l'a bien vu pendant la crise à Gaza où il faisait des pieds et des mains pour s'impliquer court-circuitant presque la présidence européenne des Tchèques. Il est d'ailleurs intéressant de noter que Sarkozy ne fait pas mention de l'Europe une seule fois dans sa conférence de presse.

Donc, un "retour", oui, on peut le voir comme ça. Et Pierre Rousselin de continuer, "le moment est donc venu pour la France de retrouver le fil de ses relations anciennes avec l'Irak". J'espère une chose : que la France ne retrouve pas le fil de ses relations anciennes avec l'Irak. Faut-il rappeler que Paris est à l'origine de la centrale nucléaire Osirak, un des piliers du programme nucléaire militaire irakien. Faut-il rappeler que la France a été parmi les principaux fournisseurs d'armes au régime de Saddam Hussein dans les années 1970-1980. A lire l'indispensable The Death Lobby: How The West Armed Iraq qui démonte le mythe que les Américains vendaient des tonnes d'armes à l'Irak d'Hussein. C'est mal parti, car en octobre dernier, des rapports de presse faisaient état de négociations sur la reprise de ventes d'équipements militaires entre les deux pays.

Pour finir, je tiens à faire une petite mise au point sur "l'opposition" française à la guerre en Irak. Avant toute chose, je conseille l'excellent article de David Styan dans Modern and Contemporary France sur les relations entre la France et l'Irak entre 1991 et 2003 (Pour les intéressés, je l'ai). Il y a un débat à savoir si les liens économiques et militaires étroits entre la France et l'Irak pourraient être une des causes principales du "non" français. Styan pense que non, d'autres pensent que cela a joué. Difficile de se prononcer avec certitude.

Donc, cette "opposition", sur laquelle la France se gargarise tant. Oui, la France s'est opposée à la guerre en Irak. Oui, cette guerre était illégale. Non, la France n'a pas maintenu son opposition très longtemps. Non, la guerre n'est pas restée très longtemps illégale. C'est un point peu soulignée, mais le 22 mai 2003 est passée la résolution 1483, en premier lieu importante, car elle lève les "interdictions" - sauf sur les importations d'armes - imposées sur l'Irak depuis 1990. Seule la Syrie s'est abstenue, la France a voté pour. Cette résolution édicte entre autres :
* "qu’il importe de désarmer l’Iraq de ses armes de destruction massive et, à terme, de confirmer le désarmement de l’Iraq".
* la reconnaissance des "pouvoirs, responsabilités et obligations spécifiques de ces États [Etats-Unis, Grande Bretagne et Irlande du Nord] en tant que puissances occupantes agissant sous un commandement unifié (l’« Autorité »), en vertu du droitinternational applicable" . Auparavant, "l'Autorité" était désignée par les "Puissance occupantes".
*
la demande "à tous les États Membres de refuser de donner refuge aux membres de l’ancien régime iraquien présumés responsables de crimes et d’atrocités et de soutenir toute action visant à les traduire en justice".

Cette résolution a été saluée par tous les membres permanents et non-permanents du Conseil de Sécurité comme le renouveau de l'unité au sein du Conseil, la voix du compromis. Personne n'a mentionné une quelconque opposition à la guerre. Personne, et pourtant cette résolution légalise la guerre et l'action menée.

 

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