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vendredi 8 avril 2011

La politique des bases militaires : le cas américain au Bahreïn

Alexander Cooley and Daniel Nexon ont publié un excellent article dans Foreign Affairs sur la politique des bases militaires américaines. Le contexte évidemment appelle à une attention toute particulière à la 5e flotte qui se trouve à Bahreïn. Par ailleurs, ce petit Etat du Golfe accueille NAVCENT, la composante maritime de CENTCOM, et offre la base d'Isa pour l'Air Force. Aujourd'hui, avec les soulèvements dans les pays arabes, les Etats-Unis se retrouvent dans une position délicate. Vocaux sur la Libye, ils l'ont beaucoup moins été sur le Bahreïn - mais ils sont loin d'être les seuls. Les deux auteurs analysent cette position d'équilibriste et offrent quelques recommandations. 
 
Tout d'abord, petit retour historique. La présence américaine à Bahreïn précède l'indépendance du pays en 1971. En effet, déjà sous le protectorat britannique, la marine américaine était sur place. Au moment de l'indépendance, les Etats-Unis ont offert quatre millions de dollars à Manama pour conserver la présence d'une base. A la suite de la guerre du Kippour en 1973, la relation s'est tendue et même si les Américains et les Bahreïnis ont trouvé un compromis, les premiers n'ont pas fait de vague. Cette base s'est avérée particulièrement utile lors de la Guerre du Golfe en 1990 pour accueillir 20000 militaires. A la suite de la guerre en 1991, les deux parties ont signé un accord sur dix ans ; quatre ans plus tard, la présence américaine s'est renforcée avec l'installation du siège de la 5e flotte et de NAVCENT. L'accord a été renouvelé en 2001. 

jeudi 17 mars 2011

Au Bahreïn, l'étrange rencontre entre Monroe et Brezhnev

A la suite du déploiement du CCG au Bahreïn, l'Iran chiite s'est empressé de réagir et de condamner cette incursion. Aucune mention du CCG, juste de l'Arabie Saoudite. De son côté, l'Arabie Saoudite sunnite brandit le spectre de l'opposition sectaire entre Sunnites et Chiites et le CCG prévient contre toute ingérence - lire l'Iran. Dès lors, on se retrouve dans le cas des puissances régionales du Golfe qui s'opposent indirectement au Bahreïn. Du moins, est-ce la manière dont les événements sont présentés. Cette façon d'évoquer un affrontement indirect n'est nullement nouvelle. Au Yémen en 2009, de nombreuses analyses concluaient à une opposition irano-saoudienne. A l'époque déjà, cet argument semblait au moins extrêmement exagéré, voire une vue de l'esprit. Il en est de même aujourd'hui au Bahreïn.

Il est vrai que l'Arabie Saoudite est inquiète de la situation au Bahreïn et craint que les révoltes se propagent dans les zones chiites du pays, bien que les révoltes actuelles dans le monde arabe n'aient aucun caractère religieux. Au Bahreïn, le fait que la grande majorité des manifestants soient chiites est lié à leur statut inférieur au sein de la société ; il n'y a pas de revendications religieuses. C'était déjà le cas au Yémen. Il n'en reste pas moins qu'il est réducteur de voir l'intervention des troupes sous mandat du CCG sous le prisme d'une peur sunnite de voir le Bahreïn tomber aux mains des Chiites et de fait aux mains des Iraniens. Néanmoins, les pays sunnites savent que cette rhétorique parvient encore à convaincre. Il faut noter que les Bahreïnis chiites n'appellent pas à une unification avec l'Iran, ce que Téhéran accepterait probablement d'ailleurs.

mercredi 16 mars 2011

Le CCG part en guerre : premières observations et implications



J'ai déjà écrit ailleurs que le Conseil de Coopération du Golfe avait davantage privilégier l'aspect économique de l'organisation plutôt que l'aspect sécuritaire. Les raisons sont bien connues, la principale étant l'incapacité à se faire confiance. Une autre raison était l'impossibilité à s'accorder sur la définition des menaces. On envisageait des scénarios où le CCG pourrait se positionner en Iraq, au Yémen, contre l'Iran, mais l'éventualité de lutter contre une menace intra-étatique nous avait échappé. Le recours à la force commune "Peninsula Shield" au Bahreïn est remarquable à plusieurs égards.

* C'est la première fois que le CCG agit seul. En 1990, lors de l'invasion du Koweït par l'Iraq, le CCG était resté impuissant. En 2003, il était resté à l'écart de l'intervention, mais avait déployé des hommes à la frontière avec le Koweït pour combattre toute attaque en provenance d'Iraq, mais ils n'ont jamais été mis à l'épreuve. Ce déploiement est donc la première vraie intervention décidée par le CCG pour venir en soutien d'un de ses membres. A l'échelle internationale, c'est un fait extrêmement important. Si l'OTAN, l'UE, l'UA ont pu se déployer, elles se sont toujours efforcées de le faire dans le cadre d'un mandat de l'ONU.

lundi 4 janvier 2010

Le guide des élections au Moyen Orient en 2010

Alors quelles seront les élections au Moyen Orient en 2010 ? Petit tour d'horizon grâce au Election Guide. Bien entendu, plusieurs sont sujettes à d'éventuels reports et sait-on jamais on pourrait avoir des élections anticipées :

* Bahreïn :
Elections parlementaires : elles se tiendront en novembre.

* Egypte :
Elections de la Shura : elles auront lieu en mai.
Elections parlementaires : elles auront lieu en novembre.

* Iraq :
Elections parlementaires : après plusieurs reports, elles devraient avoir lieu le 7 mars.
Référendum : le même jour, les Iraqiens voteront sur le Status Of Forces Agreement (SOFA). Le vote était initialement prévu fin juillet 2009.

* Territoires palestiniens :
Elections législatives et présidentielles : elles devaient se tenir le 24 janvier, mais en raison des fortes tensions entre le Fatah et le Hamas, elles pourraient au plus tôt se tenir en juin, ce qui n'est toutefois pas encore certain.

dimanche 31 mai 2009

Quelle influence a l'Iran dans les pays du Golfe?

Depuis la guerre en Irak, l'Iran a renforcé sa position au Moyen Orient. En Irak, son influence peut parfois virer à l'ingérence. Elle est également très forte au Liban avec le Hezbollah. Qu'en est-il des pays du Golfe où les Chiites sont présents ? Au Bahreïn, ils sont majoritaires mais depuis toujours dirigés par la famille sunnite Al Khalifa. En Arabie Saoudite et au Koweït, ils représentent une importante minorité. L'Iran peut-elle utiliser ses populations pour faire avancer ses pions dans la région ? La réponse de Laurence Louër : non.

Dans un excellent article pour la revue de contre-terrorisme CTC Sentinel, la chercheur au CERI explique pourquoi l'influence de Téhéran dans le Golfe est limitée. La révolution iranienne de 1979 a stigmatisé l'opposition entre les deux principaux groupes chiites, tous deux originaires d'Irak. D'un côté, il y a Al Da'wa et de l'autre le Mouvement du message, mené par l'Ayatollah Mohammed al-Shirazi, qu'on appelle les Shiraziyeen. Dans les années 1960 et 1970, souvent pour des raisons politiques, ils se sont étendus ou exilés dans les pays du Golfe. Selon Louër, leurs différences idéologiques sont mineures, tout se joue sur la puissance politique.

Avec la révolution de 1979, leur opposition a pris un autre accent. Dans un premier temps, les deux groupes cherchaient à se positionner en faveur de Téhéran et de profiter de la nouvelle influence iranienne pour prendre eux-mêmes de l'importance dans leur pays respectif. Cela coïncidait avec la volonté iranienne d'exporter la révolution et de soutenir les mouvements chiites. Dans un second temps, les Shiraziyeen se sont distancés de l'Iran. Ils ont critiqué la violence du régime et Shirazi a mis au défi la légitimité religieuse de Khomeini puis de Khamenei, remettant ainsi en cause le principe de wilayat al-faqih, qui implique que l'Ayatollah iranien est le chef religieux des Chiites. Cette étape va donc créer un fossé entre les Shiraziyeen et l'Iran de manière durable. De son côté, Al Da'wa va continuer sa politique de soutien à l'Iran.

Que ce soit au Bahreïn, au Koweït ou en Arabie Saoudite, les Shiraziyeen vont beaucoup mieux s'organiser que Al Da'wa, au point même qu'en Arabie Saoudite, l'influence de ces derniers est quasi nulle. Les Shiraziyeen veulent clairement marquer qu'ils ne sont pas des pions de Téhéran et il semble acquis que l'Iran n'a pas d'influence sur eux. Cela est renforcé par le fait qu'au niveau local, les Shiraziyeen ont obtenu des avancées politiques sans le soutien de Téhéran. En effet, ils sont tous représentés et plus ou moins acceptés politiquement, l'Arabie Saoudite demeure le plus problématique. Leur liberté de culte est tolérée, notamment au Bahreïn, mais cela depuis la création de l'Etat au XVIIIe siècle.

Louër indique toutefois que l'Iran reste très présente dans le schéma des deux côtés. Pour les Shiraziyeen, ils ont utilisé la menace iranienne depuis 2003 pour dire que le meilleur moyen de la contenir était de donner plus de libertés et de droits aux Chiites. Du côté des régimes sunnites, ils cherchent à contenir l'influence iranienne en donnant plus de droits et de libertés aux minorités chiites. Il est toutefois peu probable que ce chemin continue jusqu'à une égalité complète entre Sunnites et Chiites dans ces pays, mais il est tout autant improbable que les Shiraziyeen en viennent à embrasser l'influence iranienne.

lundi 9 mars 2009

Le Maroc coupe les ponts avec l'Iran

La démarche est quelque peu surprenante. Vendredi, le Maroc a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec l'Iran. La raison ? Le ministre de l'Intérieur iranien a déclaré que le Bahreïn fut un temps la 14e province de l'Iran et que ce royaume avait toujours un siège au Parlement iranien. Cela a provoqué un éclat de colère dans le monde arabe sunnite, qui a condamné ses propos. Le Maroc a poussé la rhétorique en prenant des actions radicales.

En fait, il faut aller un peu plus loin pour trouver la raison de cette décision. Le Maroc accuse l'ambassade chiite iranienne à Rabat de vouloir "modifier les fondamentaux religieux du royaume" et donc met en danger l'unité du pays. En d'autres termes, le Maroc sunnite et très attaché à l'aspect religieux du royaume comme facteur de stabilité (les dirigeants marocains se réclament descendants directs du Prophète Mohammed) accuse les Iraniens chiites et apparemment à la recherche d'une plus large diffusion de leur courant de l'islam de prosélytisme.

Un article d'Associated Press cite Anthony Cordesman du CSIS expliquant que cette décision peut indiquer que les pays arabes sont prêts à tenir tête à l'Iran... du moins ceux qui ne sont pas directement menacés. En effet, les pays du Golfe essaient de trouver un équilibre, même de façade, avec Téhéran. Sans être directement lié, les Enjeux Internationaux sur France Culture traitaient il y a quelques jours des possibles implications d'un rapprochement irano-américain pour les pays du Golfe.

Le Maroc étant bien éloigné de l'Iran, une telle démarche est beaucoup moins problématique. Pour autant, et comme l'explique Cordesman, on peut voir ici une quasi-polarisation des pays arabes, entre ceux qui sont limitrophes de l'Iran et donc cherchent à amadouer la bête et les pays plus éloignés, de plus en plus inquiets de l'influence apparemment sans limite que Téhéran acquiert dans la région.

La réaction de Téhéran est très intéressante. L'Iran fait patte blanche en affirmant ne pas comprendre cette décision et la jugeant "sans fondement". La République islamique en appelle à l'unité des Musulmans, unité nécessaire pour faire face aux conspirations sionistes, peut-on lire dans le Tehran Times. Cette déclaration converge avec la position adoptée par l'Iran notamment depuis le début de l'opération Plomb Durci. Pendant que les pays arabes se montraient hésitants à se positionner très clairement et à prendre des mesures contre Israël, l'Iran s'est engouffré dans la brèche et s'est affirmé comme le leader de la cause palestinienne, au point que les dirigeants iraniens peuvent se targuer de sortir renforcés après l'offensive israélienne.
 

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