lundi 9 août 2010
Netanyahu a parlé et...
Eh bien non. Il affirme qu'Israël a respecté le droit international, que le gouvernement israélien s'est plusieurs fois entretenu avec "des personnes haut placées" dans le gouvernement turc, et que l'opération du 31 mai a été lancé en dernier ressort pour faire respecter le blocus contre Gaza et la possibilité de faire rentrer des armes dans la Bande.
Bref, pas de quoi s'étonner. En outre, au contraire de la commission Vinograd qui enquêtait de manière extensive sur la guerre de 2006, la commission Turkel n'a pour seul mandat que la légalité de l'opération et ne s'intéresse donc pas au processus de décision qui a été souvent critiqué.
vendredi 25 septembre 2009
Satisfaction / Sobriété / Circonspection -- Netanyahu / Obama / Abbas
Je prends un peu de temps pour dire quelques mots sur la rencontre trilatérale que Barack Obama a réussi à mettre en place avec lui-même, Benjamin Netanyahu et Mahmoud Abbas à la Maison Blanche mardi. A vrai dire, il n'y a pas grand chose à dire.
Obama a dit qu'il fallait aller au-delà des mots et passer à l'action, qu'il y avait des obstacles et des différences de points de vue qu'il fallait dépasser. Son émissaire George Mitchell a essayé tant bien que mal de dire que le gel des colonies n'était qu'un des obstacles, alors que c'est le point focal des désaccords actuels.
Le plus intéressant peut-être est la photo retenue par la Maison Blanche. On y voit un Netanyahu satisfait, un Obama sobre et Abbas circonspect. Netanyahu a toutes les raisons d'être satisfait ; il n'a rien lâché aux requêtes du Président américain et pourtant il est couronné par cette victoire diplomatique. Obama est sobre, parce que même s'il a réussi à réunir les deux dirigeants, ce qui est une petite réussite sachant qu'une rencontre à ce niveau n'avait pas eu lieu depuis près d'un an, il reste beaucoup de travail. Abbas est dans une position difficile, car il est politiquement isolé et cette rencontre ne le renforce pas vraiment. Il ne sort pas mieux armé, aucune garantie n'a été donnée, aucun avancement tangible n'est à signaler. Bref, il ne peut qu'espérer que l'administration américaine arrive à faire pression sur les Israéliens. La route sera longue...
lundi 20 juillet 2009
De belles paroles dont la mise en application relève de l'impossible
* Les conditions demandées par Netanyahu sont très difficiles à accepter pour les Palestiniens. Même, le père du Premier ministre le dit. Un des principaux points de contention est que les Palestiniens reconnaissent le caractère juif de l'Etat d'Israël.
* Dans l'entourage du dirigeant israélien, il se dit qu'il n'y a aucun Palestinien avec qui mettre en place un dialogue constructif. Le phénomène n'est pas nouveau. Yasser Arafat était devenu un pariah aux yeux des dirigeants israéliens.
Certes, les Israéliens ont adopté une approche de bas en haut en relâchant quelque peu le régime des check points en Cisjordanie, mais il est assez difficile d'imaginer que ce type de geste politique, aussi louable soit-il, puisse suffire à satisfaire les désirs de paix.
mardi 16 juin 2009
Il l'a fait... (mis à jour)
Il affirme dans un premier temps :
Mais, nous devons dire la vérité dans son intégralité : sur notre territoire vit une importante communauté palestinienne. Nous ne voulons pas les diriger, nous ne voulons pas gouverner leurs vies, nous ne voulons pas leur imposer notre drapeau ou notre culture.
Dans ma vision de la paix, dans ce petit territoire qu'est le nôtre, deux peuples vivent côte à côte librement, en amitié et avec un respect mutuel. Chacun aura son propre drapeau, son propre hymne et son propre gouvernement. Aucun ne menacera la sécurité ou la survie de l'autre.
Plus loin, il lâche le morceau :
Si nous recevons cette garantie concernant la démilitarisation [d'un Etat palestinien] et les besoins de sécurité d'Israël, et si les Palestiniens reconnaissent Israël comme l'Etat du peuple juif, alors nous serons prêts pour un futur accord de paix en vue de trouver une solution où un Etat palestinien démilitarisé existerait aux côtés de l'Etat juif.
Pour Netanyahu, c'est un énorme pas en avant, puisque c'est la première fois qu'il reconnaît la nécessité d'un Etat palestinien comme un évènement qui serait bénéfique tant pour Israël que pour les Palestiniens. Toutefois, les conditions sont nombreuses et contraignantes :
* La question des réfugiés doit être réglée, mais hors des frontières d'Israël. C'est un dossier qui, jusqu'au bout, restera épineux, plus du côté israélien que palestinien d'ailleurs, car il est peu probable que toute la diaspora palestinienne accoure si on leur offre la possibilité de revenir.
* La reconnaissance du caractère juif d'Israël est problématique, car cela aliène les Arabes non-juifs qui vivent en Israël.
* La démilitarisation de l'Etat pourrait être une solution, mais comment la mettre en place ? Comment les Palestiniens pourraient-ils être assurés de leur sécurité et de leur indépendance s'ils ne peuvent pas compter sur une armée lorsque nécessité fait loi ? Et surtout, dans le contexte actuel, comment démilitariser le Hamas ?
Un autre point important, selon moi, de son discours est l'ouverture qu'il fait aux Etats arabes. Il les encourage à dynamiser l'économie palestinienne autant que faire ce peut, mais il leur tend la main pour discuter de la paix entre eux :
Je me tourne vers les dirigeants arabes ce soir et je leur dis : "Rencontrons nous. Parlons de la paix et faisons la paix. Je suis prêt à vous rencontrer n'importe quand. Je suis prêt à aller à Damas, à Riyadh, à Beyrouth, n'importe où, même à Jérusalem".
Il faudra voir comment cela prend forme politiquement et si Netanyahu pourra soutenir de telles positions dans une coalition gouvernementale fragile et franchement pas partisane de ces options, mais le Premier ministre a fait un premier pas.
***UPDATE***
En relisant mon post et à la lecture d'autres articles, je me demande si je ne me suis finalement pas trop focalisé sur l'énonciation par Netanyahu de l'objectif de la solution à deux Etats. Stephen Walt, certes c'est Walt et on connait bien ses positions, a fait quelques commentaires sur le discours du Premier ministre israélien. Pour lui, c'est presque une charade. Bibi n'a fait que répondre à Barack Obama en offrant le strict minimum. Les conditions posées sont inacceptables pour les Palestiniens, il ne fait aucune mention de l'Initiative de Paix de la Ligue Arabe, il ne fait pas mention des politiques d'Israël qui ont peut-être un rôle dans la situation actuelle, il présente le peuple juif comme opprimé et le peuple arabe comme vengeur... Une longue liste.
Selon lui, on peut tirer trois leçons du discours d'Obama et de celui de Netanyahu :
1. La pression américaine peut marcher sur Israël
2. Le chemin à parcourir est long et le gouvernement israélien fera tout pour ralentir le processus, espérant dans le même temps qu'Obama se tourne vers d'autres sujets.
3. C'est bien beau tout ça, mais la politique américaine est encore loin d'être équitable dans le dossier.
Je pense qu'il a raison sur certains points, mais il diminue quand même dramatiquement la portée de l'évolution chez Netanyahu. Etait-il obligé de faire un tel positionnement ? Pas sûr. Pourquoi aurait-il dit que les politiques israéliennes qu'il a soutenues sont au moins en partie responsables de la situation actuelle ? Cela aurait été se tirer dans le pied. Pourquoi n'a-t-il pas clairement défini les limites de l'Etat palestinien qu'il entrevoit ? Parce qu'on ne fait pas deux choses à la fois.
Certains commentateurs ont reproché à Obama d'avoir eu un propos trop vague et pas suffisamment spécifique dans son discours du Caire du début du mois. Walt n'en faisait pas partie, mais par contre, il fait partie de ceux qui estiment que le discours de Netanyahu en manquait, alors même que l'intention, quasi identique, était de lancer un mouvement - du moins je l'espère - pas encore de définir précisément les politiques avant même d'être dans la salle de négociations.
mardi 19 mai 2009
La citation du jour après la rencontre Obama-Netanyahu
“President ‘Yes We Can’ sitting down with Prime Minister ‘No You Won’t.’ ”
Je vous conseille de lire la conférence de presse conjointe des deux dirigeants. Plusieurs points sont intéressants :
* Obama reconnaît la menace existentielle que pose une arme nucléaire iranienne pour Israël.
* Obama appelle en présence de Netanyahu à la fin des colonies (settlements).
* Obama privilégie le processus israélo-palestinien, car il considère que cela jouerait en faveur de la communauté pour gérer le problème iranien.
* Avec l'Iran, il va poursuivre les efforts diplomatiques jusqu'à la fin de l'année avant de voir où ils en sont. En attendant, d'ici aux élections iraniennes le mois prochain, il ne s'attend pas à peu de progrès.
* Il a réitéré l'importance de l'Iran sur l'échiquier.
* Netanyahu appelle à une reprise des négociations de paix "aussi rapidement que possible".
* Il ne soutient la rhétorique de la solution à deux Etats avec des circonvolutions qui donnent :
Nous sommes prêts à faire notre part. Nous espérons que les Palestiniens leur part aussi. Si nous reprenons les négociations, comme nous l'envisageons, je pense que les Palestiniens devront reconnaître Israël comme un Etat juif, devront également permettre à Israël d'avoir les moyens de se défendre. Si ces conditions sont remplies, si les conditions de sécurité d'Israël sont remplies, et s'il y a une reconnaissance de la légitimité d'Israël, sa légitimité permanente, alors je pense que nous pouvons envisager un arrangement où les Palestiniens et les Israéliens vivent côte à côte avec dignité, en sécurité et en paix.
Et d'ajouter que la terminologie se fera d'elle même avec les négociations...
jeudi 26 mars 2009
Position difficile pour Kadima en Israël
Selon Haaretz, l'élément déclencheur a été le changement de position du parlementaire Benjamin Ben-Eliezer, qui était opposé à un ralliement avec Netanyahu. Une rencontre avec un conseiller du prochain Premier ministre aurait dégagé la voie pour cette coalition. Netanyahu et Barak semblaient s'être déjà mis d'accord sur les modalités de cette coalition. Elles incluent plusieurs ministères. Parmi les postes annoncés, Ben-Eliezer deviendrait ministre de l'Industrie et du commerce et Barak resterait à la Défense (alors même qu'il avait annoncé qu'il ne garderait pas ce poste s'il n'avait pas 20 sièges à la Knesset - les Travaillistes n'en ont que 13).
Au Likud, certains membres ne sont pas franchement enthousiastes de ce compromis, car ils ont l'impression que "Bibi" en donne trop aux Travaillistes. Chez les Travaillistes, l'ambiance est également timorée. Pour le vote sur le ralliement au gouvernement, Barak a organisé une convention du parti. 680 représentants ont voté pour contre 570 contre. Mais, c'est le Kadima qui a fait part de la plus grande irritation à l'égard de cet accord. Tzipi Livni s'est montrée particulièrement corrosive. "C'est un gouvernement qui n'a aucune valeur de base, ce qui est fondamental en politique, a-t-elle déclaré. La stabilité n'est pas une valeur en soi. Malheureusement, ce que nous avons vu est une nouvelle fois un horrible jeu politique." Ehud Olmert a également fait part de sa déception. Le futur ancien Premier ministre ne voulait pas que le parti de Barak rejoigne la coalition, car il ne croyait pas que "Bibi" puisse la mettre sur place d'ici le 3 avril. En effet, le parti religieux Yahadut Hatorah n'envisageait pas de rejoindre le gouvernement - à cause de désaccords avec le leader d'Israel Beiteinu Avigdor Lieberman -, ce qui empêchait le chef du Likud d'atteindre les 61 votes nécessaires à la Knesset pour obtenir la majorité.
Olmert n'a pas non plus caché son agacement à l'annonce de ce ralliement pour l'évolution du processus de paix. "Ceux qui vont dans un gouvernement dont les principes ne font pas mention de deux Etats pour deux peuples sont délibéremment responsables de l'isolement d'Israël, un isolement sans précédent depuis sa création", a-t-il affirmé. Mercredi, lors d'une réunion à Jérusalem, Benjamin Netanyahu s'est positonné comme "un partenaire pour la paix", sans mentionner la solution à deux Etats. Processus de paix qui sera d'autant plus compliqué qu'Avigdor Lieberman devrait, selon toute vraisemblance, devenir le prochain ministre des Affaires étrangères. A ce sujet, selon un nouveau sondage de J Street, un lobby pro-Israël à Washington mais aux antipodes d'AIPAC, un tiers des Juifs-Américains verraient leur lien avec Israël affaibli si Lieberman arrivait aux AE.
Dans toute cette cohue, une question me taraude, que va faire Kadima ? Poids lourd à la Knesset peut-être, mais affaibli, car très isolé. Le parti se retrouve entouré à sa gauche et à sa droite par la majorité. Certes, ils ont 28 sièges à la Knesset, mais je doute que ce soit suffisant pour diriger une opposition constructive. Ils récupèreront quelques votes ci et là des Travaillistes, mais leur position va être très compliquée à gérer. Ils se retrouvent sans base arrière. Il semble improbable qu'ils aillent chercher des soutiens à l'extrême droite ou à l'extrême gauche de l'échiquier politique. Ce sera intéressant de voir comme Kadima s'habitue à cette position, en plus toute nouvelle pour eux, puisque le jeune parti a toujours été au pouvoir. Le parti centriste va-t-il résister à l'épreuve du feu ?
lundi 16 mars 2009
Eh si Netanyahu faisait de la provoc...
Mais, la relation avec les Etats-Unis en patirait sérieusement également. Netanyahu avait déjà des problèmes avec le Démocrate Bill Clinton - mais un Congrès républicain -, il risque d'y avoir encore plus de frictions avec un Président démocrate Barack Obama et un Congrès démocrate. On imagine mal de bonnes relations avec Lieberman dans le lot.
Mais, cette coalion Likud-Israel Beiteinu serait ouverte à un changement si d'autres partis intégraient le gouvernement, comme Kadima par exemple. Lieberman renoncerait même à son poste si Kadima rentrait dans la coalition. Tzipi Livni n'a pas beaucoup bougé depuis la dernière fois que j'ai parlé des négociations. Pour intégrer le gouvernement, elle soumet deux conditions fondamentales :
* Une reconnaissance d'une solution à deux Etats de la part de Netanyahu
* Un partage de pouvoir avec une rotation du poste de Premier ministre
Eh si le bloc des droites faisait de la provoc ? Eh s'il savait que la solution de Lieberman aux Affaires étrangères n'était pas viable ? Eh si l'objectif était de forcer la main à Kadima en leur disant que s'il ne rejoigne la coalition, Israël va se retrouver complètement isoler diplomatiquement ?
vendredi 27 février 2009
Les uns semblent s'unir, les autres pas
La déclaration, lue par le porte-parole de l'Autorité palestinienne Ahmed Qurei, expose la volonté des treize groupes palestiniens inclus dans les négociations de former un gouvernement d'accord national. Petite note : on lira - et j'ai fait l'erreur - que les Palestiniens veulent former un gouvernement d'"unité nationale". En fait, Marc Lynch rectifie sur son blog. Qurei parle de gouvernement al-tawafuq al-watani, littéralement d'"accord national". Deux notions différentes, car s'il avait voulu parler de gouvernement d'"unité nationale", il aurait très probablement dit al-tawafuq al-wahdat - corrigez-moi si je me trompe.
En tout cas, Qurei a annoncé la création de cinq commissions chargées d'étudier les points de dissension actuels :
* Une pour la formation d'un gouvernement d'unité, les questions de sécurité et les statuts de l'OLP.
* Une sur les élections et la tenue d'un scrutin présidentiel et législatif
* Une sur la réconciliation nationale pour marquer l'entrée dans une phase de tolérance et mettre un terme aux divisions internes
* Une sur les institutions - si j'ai bien compris, mais je ne suis pas absolument sûr et je n'arrive pas à trouver de sources détaillant les cinq comités.
* Une sur la libération de prisonniers politiques retenus en Cisjordanie et à Gaza.
La déclaration annonce également la fin des campagnes médiatiques pour dénoncer l'autre. J'ai relaté l'une de ces nombreuses attaques il y a quelques jours à peine. Tout le monde va se mettre au travail à partir du 10 mars et devra avoir terminé à la fin du mois. Il va falloir s'attendre à beaucoup de négociations tant les divisions semblent profondes et les vues sur ces dossiers opposées. Mais, ils font l'effort...
... au contraire des Israéliens. Tzipi Livni et Benjamin Netanyahu se sont de nouveau rencontrés aujourd'hui et sont ressortis sans trouver d'accord sur un gouvernement de coalition. Visiblement, c'était la dernière session. Un peu de spin pour Netanyahu qui considère avoir fait d'énormes compromis à la différence de sa collègue. Pour Livni, les différences sont simplement "trop grandes". On se dirige donc vers un gouvernement similaire à celui que "Bibi" a dirigé en 1996, c'est-à-dire une coalition des partis de droite, d'extrême droite et les partis religieux.
En plus des frictions déjà présentées entre le parti Shas et Israël Beiteinu, Haaretz rapporte la rivalité entre le parti Shas et Yahadut Hatorah, deux partis ultra-orthodoxes, pour le poste de ministre du Logement. C'est un porte-feuille crucial pour les deux, car leurs électeurs sont directement touchés par ces dossiers. L'un ou l'autre tiendra donc à s'assurer du confort et de l'extension des colonies...
samedi 21 février 2009
Pourquoi Netanyahu veut-il un gouvernement d'union nationale?
La question que beaucoup se demandent, dont Levy, est de savoir pourquoi Netanyahu envisage une coalition centriste, alors qu'il a 65 sièges - donc une majorité à la Knesset - en formant un bloc avec les partis de droite et d'extrême droite. "Parce qu'il a peur, juge Levy. Maintenant, au moment de vérité, quand il a la possibilité d'appliquer son idéologie, il se montre frileux et veut diluer son gouvernement avec des éléments qui sont étrangers à sa doctrine."
Après une liste de scénarios aussi plausibles que dangereux avec une coalition de droite, Levy conclut que Netanyahu a peur de lui-même. "La vérité est que Netanyahu sait que cet horizon est horrible. Il veut Kadima et les Travaillistes dans son gouvernement pour le retenir, pour l'empêcher de mettre en pratique sa doctrine. C'est justement la raison pour laquelle ils ne doivent pas rejoindre sa coalition. Rendez à Netanyahu ce qui est à Netanyahu. Voyons voir comment cela se termine pour lui. Et pour nous."
Scénario toutefois dangereux à tant de niveaux, mais surtout pour le processus de paix. Le parti Shas, pourtant minoritaire dans la coalition d'Ehud Olmert, était suffisamment indispensable au maintien du gouvernement pour imposer des décisions mondialement condamnées d'étendre les colonies. Alors, on a du mal à imaginer ce à quoi ressemblerait une coalition où l'on met pêle-mêle tous les partis d'extrême droite et partis religieux.
N'oublions toutefois pas que tous ces partis ne s'apprécient pas forcément ; les relations sont notamment tendues entre le parti Shas et Avigdor Lieberman. Les premiers accusent Lieberman de vouloir institutionnaliser le mariage civil, actuellement interdit en Israël, et de vouloir autoriser la vente de porc, contraire à la religion juive. Lieberman remet en cause la citoyenneté des partisans ultra-orthodoxes du Shas qui ne font pas leur service militaire, symbole d'une citoyenneté pleine en Israël (il est d'ailleurs intéressant de voir que le slogan du Beiteinu "pas de loyauté, pas de citoyenneté" originellement dirigé contre les Arabes Israéliens s'adresse également aux ultra-orthodoxes).
Pour Levy, "Bibi" a peur. Peut-être, mais un autre aspect peut également jouer. Lorsqu'il était au pouvoir entre 1996 et 1999, il avait à faire, comme aujourd'hui, à un Président américain démocrate. Les relations avec Bill Clinton ont été particulièrement difficiles, tant le Premier ministre israélien de l'époque était réticent à accéder aux demandes de la Maison Blanche sur le processus de paix. Mais, le chef du Likud pouvait jouer sur une autre stratégie. A l'époque, le Congrès était Républicain et Netanyahu savait le Congrès beaucoup plus favorable à sa cause que la Maison Blanche. Le contexte a changé, car la Maison Blanche comme le Capitole sont Démocrates. Il sera donc bien plus difficile pour le prochain Premier ministre israélien de faire fi des demandes de Barack Obama.
On peut envisager que Netanyahu prenne ce détail en compte et mesure ses options. Il sait à quel point la relation avec les Etats-Unis est cruciale pour Israël et il sait également qu'elle serait exténuante avec une coalition de droite. Il a d'ailleurs répété pendant la campagne qu'un de ses principaux regrets lorsqu'il était Premier ministre était de ne pas avoir formé une coalition centriste. Même si Livni et Barak ont refusé de le rejoindre pour le moment, l'issue des négociations pourrait indiquer un rassemblement du centre, indique Gerald Steinberg, de l'Université Bar-Ilan en Israël, au Council on Foreign Relations. Il rappelle pertinemment que si Kadima rejoint le Likud, à deux, ils ont 59 sièges et qu'ils pourraient très bien prendre quelques sièges chez les Travaillistes pour obtenir la majorité de 60 sièges, zappant donc l'influence conquise par Lieberman lors du dernier scrutin avec ses 15 sièges.
Est-ce envisageable ? C'est difficile à dire. Est-ce souhaitable ? Plus qu'une coalition de droite en tout cas. Steinberg reste toutefois prudent. Kadima comme les Travaillistes font également leur calcul politique et n'ont pas forcément un intérêt électoral à se lancer dans un tel périple. Selon Steinberg, les deux partis parient sur un gouvernement de droite incapable de durer, miné par une crise économique rampante en Israël, par de pressions de plus en plus fortes des Etats-Unis et de l'Europe. A la suite de quoi ils pourront revenir renforcés par les déboires du gouvernement. Est-ce envisageable ? Oui. Est-ce souhaitable ? Non, car pendant que le gouvernement se casse la figure, le processus de paix s'enlise irrémédiablement.
Le meilleur scénario serait que Kadima et les Travaillistes dans leur ensemble rejoignent une coalition menée par le Likud. En effet, les deux partis se retrouveraient avec 43 voix dans la coalition contre 29 pour le Likud, une certaine position de force qui pourrait jouer à l'avantage du processus de paix et de décisions de politique interne, comme sur les colonies. Aussi favorable que serait ce scénario, il est illusoire, car Netanyahu ne se laisserait jamais duper à ce point.
vendredi 13 février 2009
La saga des élections israéliennes...
Livni a désormais un mois pour former un gouvernement de coalition capable de réunir au moins 61 voix à la Knesset, sans quoi le Président peut demander à un autre candidat de se pourvoir de cette mission. Le problème est que les résultats ne donnent pas de majorité à la Ministre. A la suite de l’annonce de la démission d’Ehud Olmert en novembre dernier, elle était chargée de réunir un nouveau gouvernement, ce qu’elle n’a pas été capable de réaliser. Cette fois-ci, elle bénéficie de la légitimité des urnes, mais il n’est pas certain que cela suffise.
En théorie, une coalition de partis de droite pourrait réunir 65 sièges contre 55 pour une alliance de partis du centre et de la gauche. Le score élevé d’Avigdor Lieberman, leader du parti d’extrême droite Israël Beiteinu et qui bénéficiera de 15 sièges, conjugué au score très raisonnable du parti religieux Shas qui prend 11 sièges font peser la balance à droite. Les Travaillistes ont souffert le plus gros revers de l’histoire, ne remportant que 13 sièges.
La mission pour Livni va désormais être de convaincre Lieberman. Pour beaucoup, il est perçu comme extrémiste et opposé au processus de paix comme l’envisage Livni, mais dans un souci de calcul politique, Kadima se lance dans une opération de spins pour tenter de convaincre que Lieberman est avant tout un pragmatique. Sans une présence du chef du Beiteinu, aucune coalition n’est possible. Livni avait refusé que le Shas fasse partie du gouvernement qu’elle était censée mettre sur pied ; certes, Shaul Mofaz, Ministre des Transports et faucon du Kadima, a rencontré le parti Shas, mais le symbole était fort que cette rencontre n’ait pas eu lieu avec Livni.
Lieberman est un homme courtisé ces jours-ci. Rencontré par la candidate vainqueur, il a reçu Netanyahu plus tard dans la journée d’hier. Le calcul de « Bibi » est de former une contre-coalition pour que Shimon Peres, actuel Président israélien, soit contraint dans un mois de lui demander de former un gouvernement. En théorie, il en a plus les moyens que sa rivale.
Situation incongrue qui a amené les deux candidats à crier victoire après les résultats. Officiellement, Tzipi Livni a gagné les élections et appelle Netanyahu à se rallier à sa coalition. En pratique, il est tout à fait envisageable que le leader du Likud devienne le prochain Premier ministre. Cela étant, jusqu’aux derniers sondages, il était donné gagnant et pourtant il n’a pas gagné ; peut-être en sera-t-il autant dans les complexes tractations politiques qui s’engagent en ce moment en Israël.
dimanche 26 octobre 2008
Vers des élections anticipées en Israël : bonne ou mauvaise nouvelle ?
Soyons partisans et ne prenons en compte qu'une chose : une solution de paix et la création d'un Etat palestinien. C'est clairement biaisé, car la vie israélienne est bien plus complexe que cela et c'est d'ailleurs bien là tout le problème. Néanmoins, aucun candidat sérieux ne peut se présenter sans qu'un plan de paix ne soit au goût du jour.
Cette nouvelle a un aspect positif : la coalition gouvernementale ne sera pas amenée à être tellement écartelée qu'elle piochera très à gauche avec le parti Meretz, qui avait donné son accord, et un parti religieux, le parti Shas ou Yahadut Hatorah, tous deux ont refusé de s'allier avec Livni. C'est une bonne nouvelle, car le parti Shas, dans la coalition d'Olmert, a été un des poisons des négociations sur le dossier palestinien, refusant systématiquement de négocier sur Jérusalem et menaçant de se retirer de la coalition (et donc de l'exploser) si jamais ses demandes n'étaient pas entendues - d'où de malvenus plans d'extensions de colonies.
Toutefois, cette nouvelle peut être problématique. Si l'élection devait se tenir aujourd'hui, à en croire les sondages, le vainqueur serait Benjamin Netanyahu du Likoud. Quand il était premier ministre, il n'a pas insufflé un grand vent de confiance pour la résolution du dossier israélo-palestinien. Autre contexte, autre approche ? Peut-être, mais c'est incertain.
Nous nous retrouverons donc aujourd'hui confronter à une élection à trois : Ehoud Barak pour les Travaillistes, Tzipi Livni pour Kadima et Benjamin Netanyahu pour le Likoud. Les chances de Barak sont très minces ; Livni peut gagner, mais elle devra attirer l'électorat de Netanyahu, ce qui ne sera pas chose aisée. Elle a toutefois l'avantage de posséder une tribune non négligeable pendant encore quelques temps, ce qui lui permettra sans doute de bénéficier de plus de couverture médiatique que son rival. A suivre ...