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mardi 27 octobre 2009

Et si Mahmoud Abbas partait vraiment

Mahmous Abbas a menacé de ne pas se représenter aux élections palestiniennes qui devraient se tenir le 24 janvier prochain. Marc Lynch sur son blog analyse l'impact éventuel d'une telle décision tout en restant lucide sur le fait qu'Abou Mazen a déjà tenu ce type de discours sans que ce ne soit suivi de faits.

Il établit quatre points d'analyse:
* ce serait un coup de pied dans le statu quo. Il est vrai qu'une certaine routine s'est installée, où les discussions s'enchaînent sans déboucher sur des avancées et sans que l'on sache si les mentalités changent - pas de signe avant-coureur en tout cas.
* cela pourrait être le renouvellement tant attendu pour le Fatah et l'Autorité palestinienne, car le groupe autour d'Abbas est à la tête depuis presque deux décennies maintenant (depuis les négociations pour les accords d'Oslo en 1993).
* cela pourrait être l'action politique qui permettrait la réunification entre Gaza et la Cisjordanie, car Abou Mazen est un frein réel à la réconciliation intra-palestinienne, estime Lynch. Je pense qu'il est trop optimiste à ce sujet. Il n'est pas impossible que le Hamas ne trouve pas en Abbas un leader capable de leur tenir tête, mais cela ne veut pas dire qu'un départ du président palestinien pourrait influencer positivement les relations entre le Fatah et le Hamas.
* le retrait de Mahmoud Abbas serait un cas rarissime dans la politique arabe, car Lynch n'a pas réussi à trouver le moindre dirigeant arabe en place qui a volontairement renoncé au pouvoir.

mardi 15 septembre 2009

Vers un report des élections palestiniennes?

Je sors un peu la tête de l'eau pour signaler cette nouvelle. L'Egypte a demandé aux Palestiniens de reporter les élections présidentielles et parlementaires pour négocier un accord de partage de pouvoir entre le Fatah et le Hamas. Elles sont prévues pour le 25 janvier. Les premiers ont accepté l'idée, mais certains autres partis de l'OLP ont refusé.

L'argument est sensé. Comment envisager des élections palestiniennes si la Cisjordanie et Gaza sont divisés entre deux zones gérées par deux partis qui ne se reconnaissent pas? Pour autant, je partage la réserve de Michael Collins sur le blog du Middle East Institute. Reporter les élections vient encore saper la crédibilité de l'Autorité palestinienne, car elle est incapable d'asseoir son autorité à Gaza depuis que le Hamas l'a éjectée en 2007. De plus, retarder les élections de quelques mois - le Fatah a accepté à condition qu'elles se tiennent au premier semestre - dans un contexte où le gouvernement israélien peine à montrer des flexions de position est risqué.

mardi 11 août 2009

Barghouti en prison mais au comité central du Fatah

Ca faisait un petit moment qu'on n'avait plus entendu parler de Marwan Barghouti. Barghouti est un personnage de la politique palestinienne particulièrement intéressant. Il est emprisonné en Israël depuis 2002 où il purge une peine à perpétuité pour avoir tué des Israéliens lors de la seconde Intifada. Il bénéficie d'une popularité énorme auprès des Palestiniens, qui le considèrent comme un vrai dirigeant charismatique, beaucoup plus que Mahmoud Abbas. Mais surtout, Barghouti est perçu par Israël comme un partenaire pour négocier. Il a grandi auprès d'Israéliens et parlent couramment l'hébreu. Il est pour une solution à deux Etats. Il est respecté par le Hamas. Autre fait très important, il est vierge de tout reproche sur la situation actuelle (élections de 2006, conflit avec le Hamas en 2007...). Il est celui qui pourrait redonner espoir. L'espoir de réunifier le peuple palestinien, l'espoir de voir un Etat palestinien enfin créé.

Preuve de sa popularité, il a été largement plébiscité lors du scrutin du Congrès du Fatah pour la formation du nouveau comité central. Il a reçu le troisième plus grand nombre de voix des candidats. Cela pourrait presque paraitre anecdotique, si l'on n'avait pas reparlé de sa libération. En effet, le ministre israélien des Minorités Avishay Braverman a demandé sa libération. Ce dernier estime que Barghouti est un partenaire pour la paix. Si jamais il sort, cela pourrait être un boost inespéré dans un contexte où le processus de paix semble de nouveau piétiner.

Le congrès du Fatah a été remarquable à deux autres égards. Il a sonné l'arrivée d'une nouvelle garde face aux cadres vieillissants. Ainsi par exemple Mohamed Dahlan a-t-il été élu, ce qui est toutefois problématique. Il hait le Hamas et vice-versa. Ils ont un lourd passif qui rend toute négociation entre eux en théorie impossible. Autre fait important, Ahmed Qorei n'a pas réuni suffisamment de voix pour être reconduit au comité central. C'est un coup dur pour ce vétéran du Fatah et chef de l'équipe de négociation palestinienne avec Israël et le Hamas. Je me demande qui va parler à la presse occidentale avec Saeb Erekat qui a été reconduit. Les deux étaient les plus médiatiques. Qui va prendre sa place ?

mercredi 5 août 2009

Le Fatah, son congrès et la lutte armée

Pinhas Inbari du Jerusalem Center for Public Affairs se pose la question : est-ce que le Congrès du Fatah va mettre fin à la lutte armée du Fatah contre Israël ? Le Fatah tient à Bethléem son 6e Congrès et le premier en 20 ans. Deux sujets dominent les débats : les relations avec Israël et celles avec le Hamas. Il semblerait que ce Congrès, longtemps retardé pour causes de divisions internes, ne débouchera pas sur de nouvelles positions. L'objectif semble de conforter Mahmoud Abbas dans sa position de leader du Fatah et de l'Autorité palestinienne en amont des élections de 2010.

Dans son discours, Mahmoud Abbas a prôné le rassemblement national, mais a parlé du Hamas comme "des faiseurs de coups" en référence aux affrontements en 2007 qui se sont terminés par une séparation entre la Cisjordanie pour le Fatah et Gaza pour le Hamas. Quant à Israël, il préconise le dialogue, mais conserve l'option de la "résistance", qui implique tant des protestations non-violentes que la lutte armée.

Pour Inbari, la question demeure la lutte armée. En effet, il explique que le Fatah a deux documents, le Programme politique et "l'Ordre interne". Le premier est publique et l'autre non. Selon Inbari, le premier servirait à satisfaire la communauté internationale ; le second reflète les vraies positions du Fatah. Difficile de véritablement savoir, mais les différences entre les deux documents sont intrigantes. Par exemple, le Programme politique évoque la solution à un Etat, mais également la solution à deux Etats, alors que l'Ordre interne ne parle que de la première. Alors que le Programme politique tend la main à la communauté internationale pour trouver un accord et travailler avec elle, l'Ordre interne exclut tout compromis et ne reconnait ni les accords passés ni les prochains qui "renoncent aux droits des Palestiniens sur leur territoire". En d'autres, Inbari, lui-même palestinien, estime que le Fatah va conserver sa tradition de lutte armée et que le Programme politique ne sert qu'à satisfaire la communauté internationale.

mercredi 8 avril 2009

Le Caire et un engagement décisif dans le processus de réconciliation palestinien

Le nouveau Arab Reform Bulletin vient de sortir. Un article notable sur le rôle de l'Egypte dans le processus de réconcilation intra-palestinien et comment faire pression sur le Hamas de Khaled Hroub, professeur à Cambridge.

Il explique que le Hamas joue aux acrobates. En effet, le groupe palestinien est de plus en plus sous pression depuis 2006. Avant d'être élu, le Hamas développait des activités de résistance avec un mélange de politique ; depuis son élection, il développe des activités politiques avec un mélange de résistance, car il a dû s'adapter à la situation de gouvernement. Développement politique certes, mais tout en maintenant les deux lignes directrices du mouvement : la résistance et le refus de reconnaître d'Israël. Le Hamas a dû faire face à ce dilemme à plusieurs reprises. Aujourd'hui, avec l'arrivée au pouvoir de Benjamin Netanyahu et l'attitude timorée vis-à-vis de la solution à deux Etats, le groupe palestinien se dit qu'il est possible de vendre sa position à l'international.

Mais, avant de vendre sa position à l'étranger, le Hamas doit faire face aux obstacles du Caire et du Fatah. Ces parties ont deux raisons pour que le Hamas fasse des concessions :
* L'arrivée d'un nouveau gouvernement marquée par un positionnement plus intransigeant, les Arabes et les Palestiniens doivent profiter de l'opportunité pour "embarrasser Israël internationalement et démontrer qu'il n'y a pas de partenaire pour la paix du côté israélien, contrairement au côté palestinien".
* L'Egypte et le Fatah veulent contraindre le Hamas à quitter ses concepts centraux et sa proximité avec l'Iran. Le problème étant que si le Hamas s'engouffre dans cette brèche, cela va créer un scission avec sa base. (Nathan Brown s'était posé cette question dans un récent rapport au Carnegie)

Mais, pourquoi l'Egypte veut-elle être tellement présente ? Hroub affirme que le partenaire le plus intransigeant vis-à-vis du Hamas et du consensus palestinien est l'Egypte. Selon lui, il est impensable au Caire que le consensus palestinien ne soit pas clair et défini sur la participation du Hamas. Il y a deux raisons à cela :
* l'Egypte ne peut pas se permettre le succès d'une expérience inspirée par les Frères Musulmans sur son palier.
* Le régime veut être un acteur régional. Plusieurs pays du Moyen Orient, dont le Qatar, l'Arabie Saoudite et la Turquie ont récemment connu des succès diplomatiques au contraire de l'Egypte. Il ne peut donc pas se permettre un échec.

vendredi 27 mars 2009

Les uns semblent s'unir, les autres pas (pas bis repetita)

J'ai utilisé exactement le même titre le mois dernier. A ce moment, ceux qui semblaient s'unir étaient les Palestiniens. Les pourparlers au Caire avançaient bien et Hamas, Fatah et autres petites fédérations devaient arriver à un accord d'ici la fin du mois de mars. Ceux qui semblaient se diviser étaient les Israéliens. Les Travaillistes et Kadima refusaient catégoriquement toute entrée dans une coalition dirigée par Benjamin Netanyahu.

Aujourd'hui, c'est le contraire. L'accord entre les Palestiniens est repoussé à après le sommet de Doha. Cette rencontre entre les pays arabes doit servir à réparer les divisions et à prendre à bras le corps les défis régionaux, explique le président qatari Shaikh Khalifa bin Zayed Al Nahyan. Cela retarde donc les négociations palestiniennes qui n'avaient nullement besoin de ce contretemps. Et pourtant, il y a quelques jours encore, le porte-parole du Hamas Fawzi Barhoum déclarait que les "réunions et discussions vont se terminer cette semaine et cristalliseront les positions finales en vue des questions les plus problématiques sur lesquelles nous n'avions pas trouvé d'accord pendant la première session de négociations". Le même qui aujourd'hui déclare que la porte de négociations ne va pas rester éternellement ouverte. Marc Lynch est inquiet. De plus en plus de membres du Hamas perdent patience et ne croient pas dans la médiation égyptienne. Ce à quoi se rajoute la position du Fatah qui continue de demander au Quarter de faire pression sur le Hamas, le refus catégorique de Washington (mais on peut rajouter l'Occident en général, à quelques exceptions près) de voir un gouvernement palestinien dont le groupe islamique fait partie, et enfin l'avènement d'un gouvernement israélien peu enclin à engager le dialogue avec le Hamas.

De l'autre côté, les Israéliens ont trouvé un accord. La plus grande crainte de Netanyahu de former une coalition uniquement composée de partis de droite, d'extrême droite et de partis religieux ne se réalisera pas, puisqu'Ehud Barak rejoint le gouvernement d'union nationale. Cela ne signifie cependant pas que les choses s'annoncent facile au sein de cette coalition. Loin de là...

lundi 9 mars 2009

Salam Fayyad démissionne dans le plus grand flou

L'AFP titre son article "Fayyad confiant sur un gouvernement de 'consensus' palestinien". En voyant un tel article, on se dit que le Premier ministre palestinien a fait une conférence de presse... eh bien non il a annoncé sa démission au plus tard à la fin mars, date de la fin des négociations entre le Fatah et le Hamas sur la formation d'un nouveau gouvernement.

Une analyse du Christian Science Monitor cite Ali Jarbawi, professeur à l'Université Bir Zeit en Cisjordanie. "Il y a des pourparlers au Caire et Fayyad pense que d'ici à la fin du mois il doit y avoir un nouveau cabinet, donc il démissionne pour ouvrir les portes pour qu'un tel gouvernement puisse prendre leur place", explique-t-il. "Il veut être clair que son cabinet n'est pas un frein pour qu'ils parviennent à un accord. Son message est 'Mettez-vous d'accord. Et si vous allez passer vos réunions à attaquer mon cabinet, alors je vais le retirer de votre vue."

Cette annonce est une vraie surprise et un coup dur pour les Israéliens et le Quartet. Fayyad est un indépendant qui ne fait partie ni du Hamas ni du Fatah. Position complexe, car de fait il n'est pas du tout aimé du Hamas, qui ne lui ont jamais reconnu une quelconque légitimité, et des partisans les plus durs du Fatah. D'ailleurs, plusieurs articles présentent cette démission comme un geste à l'égard du Hamas.

Il est très difficile de démêler le vrai du faux dans cette histoire. De nombreuses rumeurs circulent. La ligne officielle est qu'il a démissionné pour laisser les négociations continuer sans que sa présence puisse déranger quiconque. Une deuxième version avancée par le New York Times est que ce geste sert de "choc dans le système", un système dans lequel les Etats-Unis et Israël avaient l'impression que le soutien de Fayyad était invariablement acquis. Une troisième version relayée par Marc Lynch est de voir cette démission comme un geste stratégique. Fayyad reste dans l'ombre pendant les pourparlers Fatah-Hamas et va profiter de cet instant pour montrer qu'il est indispensable et lorsqu'il faudra former un nouveau gouvernement, il aura renforcé sa position. Une quatrième version dans Haaretz privilégie l'aspect tactique également. En gros, Fayyad aurait démissionné pour forcer le Hamas à assouplir sa position sur le futur ex-Premier ministre et faciliter une réaccession au même poste dans un gouvernement de coalition. Mais, Haaretz pense que sous la pression de l'Egypte, des Etats-Unis et de l'Europe, il n'est pas inenvisageable que cette démarche soit annulée (techniquement, Abbas n'a pas encore accepté la démission).

Fayyad était essentiel pour les Occidentaux. Sans lui, il n'est pas certain que l'Autorité palestinienne ait pu récolter les sommes gigantesques récoltées à la Conférence de Paris ou dernièrement à Sharm el-Sheikh. Fayyad est central dans leurs plans, car il est perçu comme neutre dans les frictions Hamas-Fatah. Un porte-parole de Javier Solana a déclaré au Financial Times qu'ils sont en faveur d'un gouvernement d'unité nationale, mais avec Salam Fayyad à un haut poste. Maintenant, dans l'arène, il n'y a vraiment plus que le Fatah et le Hamas.

vendredi 27 février 2009

Les uns semblent s'unir, les autres pas

Après des pourparlers sous les auspices du Caire, le Hamas et le Fatah ont annoncé, lors d'une conférence de presse conjointe, "la fin d'un chapitre noir dans notre histoire marqué par des divisions et nous sommes entrés dans une phase de réconciliation et d'unité".

La déclaration, lue par le porte-parole de l'Autorité palestinienne Ahmed Qurei, expose la volonté des treize groupes palestiniens inclus dans les négociations de former un gouvernement d'accord national. Petite note : on lira - et j'ai fait l'erreur - que les Palestiniens veulent former un gouvernement d'"unité nationale". En fait, Marc Lynch rectifie sur son blog. Qurei parle de gouvernement al-tawafuq al-watani, littéralement d'"accord national". Deux notions différentes, car s'il avait voulu parler de gouvernement d'"unité nationale", il aurait très probablement dit al-tawafuq al-wahdat - corrigez-moi si je me trompe.

En tout cas, Qurei a annoncé la création de cinq commissions chargées d'étudier les points de dissension actuels :
* Une pour la formation d'un gouvernement d'unité, les questions de sécurité et les statuts de l'OLP.
* Une sur les élections et la tenue d'un scrutin présidentiel et législatif
* Une sur la réconciliation nationale pour marquer l'entrée dans une phase de tolérance et mettre un terme aux divisions internes
* Une sur les institutions - si j'ai bien compris, mais je ne suis pas absolument sûr et je n'arrive pas à trouver de sources détaillant les cinq comités.
* Une sur la libération de prisonniers politiques retenus en Cisjordanie et à Gaza.

La déclaration annonce également la fin des campagnes médiatiques pour dénoncer l'autre. J'ai relaté l'une de ces nombreuses attaques il y a quelques jours à peine. Tout le monde va se mettre au travail à partir du 10 mars et devra avoir terminé à la fin du mois. Il va falloir s'attendre à beaucoup de négociations tant les divisions semblent profondes et les vues sur ces dossiers opposées. Mais, ils font l'effort...

... au contraire des Israéliens. Tzipi Livni et Benjamin Netanyahu se sont de nouveau rencontrés aujourd'hui et sont ressortis sans trouver d'accord sur un gouvernement de coalition. Visiblement, c'était la dernière session. Un peu de spin pour Netanyahu qui considère avoir fait d'énormes compromis à la différence de sa collègue. Pour Livni, les différences sont simplement "trop grandes". On se dirige donc vers un gouvernement similaire à celui que "Bibi" a dirigé en 1996, c'est-à-dire une coalition des partis de droite, d'extrême droite et les partis religieux.

En plus des frictions déjà présentées entre le parti Shas et Israël Beiteinu, Haaretz rapporte la rivalité entre le parti Shas et Yahadut Hatorah, deux partis ultra-orthodoxes, pour le poste de ministre du Logement. C'est un porte-feuille crucial pour les deux, car leurs électeurs sont directement touchés par ces dossiers. L'un ou l'autre tiendra donc à s'assurer du confort et de l'extension des colonies...

mardi 24 février 2009

Ils doivent être très bons au Fatah pour utiliser Google Earth

Le Hamas accuse le Fatah d'avoir aidé Israël dans son opération Plomb Durci. Comment? En utilisant Google Earth et en indiquant les cibles à viser. Israël revendiquait plutôt avoir eu recours à de l'HUMINT, mais non, l'informatique de base a encore joué. Le Fatah aurait montré aux Israéliens où se trouvaient les mosquées, les bâtiments administratifs, les ateliers et les tunnels, a affirmé Abu Abdullah, haut représent des services de renseignements du Hamas.

Donc, j'ai fait l'expérience comme je l'avais fait pour la localisation de Ben Laden. Je suis allé sur Google Earth et j'ai regardé un peu ce à quoi ressemblait Gaza. Je dois dire que les membres du Fatah sont doués, parce que c'est un travail titanesque tant les plans sont très flous. Il est vrai qu'ils étaient à Gaza jusqu'en 2007, donc ils doivent avoir une bien meilleure connaissance du terrain, mais cela me parait bien audacieux de penser que c'est la manière dont le Fatah a aidé Israël. Les Israéliens ne seraient-ils pas capables d'en faire de même? Après tout, ils étaient à Gaza jusqu'en 2005. De plus, ne pourrait-on pas imaginer que le Shin Bet a d'excellents satellites bien plus précis que ceux de Google Earth?

Pour autant, il est fort probable que le Fatah ait collaboré avec Israël. Si des images satellitaires peuvent indiquer où se trouvent les bâtiments officiels, il est beaucoup plus difficile de détecter les tunnels, les ateliers et mosquées où étaient stockées munitions. C'est là qu'entre le renseignement humain. Tout le processus est très bien expliqué dans un article du Middle East Times.

Les Israéliens ont eu recours à des agents palestiniens du Fatah infiltrés à Gaza. Ces espions auraient utilisé une technique assez simple. Elle consistait à se placer à côté des lieux à cibler et d'utiliser un téléphone portable, dont le signal était détecté par les satellites israéliens du renseignement.

Malheureusement, le Hamas a utilisé ces unités de contre-terrorisme et a également intercepté nombre de ces signaux, ce qui a coûté la vie à de nombreux agents palestiniens.

L'allégation de l'utilisation de Google Earth est probablement une opération de propagande anti-Fatah menée par le Hamas, comme les deux groupes rivaux ne cessent d'en faire depuis leur lutte fratricide en 2007. Tout ceci dans un contexte où Fatah et Hamas s'apprêtent à négocier au Caire pour déboucher sur un gouvernement d'unité nationale.

mardi 16 septembre 2008

Ross : Rice devrait se pencher sur les présidentielles palestiniennes

Dennis Ross, ancien conseiller de Bill Clinton sur le Moyen Orient, écrit dans une tribune accordée au Washington Post, que la Secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice devrait réorienter ses efforts sur le problème de la succession au poste de président palestinien.

Le mandat d'Abou Mazen se termine le 9 janvier 2009. Récemment, il a indiqué qu'il avait l'intention de rester à son poste jusqu'aux élections parlementaires de 2010, estimant que les élections présidentielles devaient se tenir en même temps que les élections législatives. Il avait déjà évoqué l'idée il y a quelques mois. Il a même présenté un décret à ce sujet. Dans le même temps, le Hamas a fait savoir qu'il ne reconnaîtrait l'autorité d'Abbas après le 9 janvier.

Cela pourrait donc précipiter les Territoires palestiniennes dans une nouvelle crise autant politique que, ne l'espérons pas, militaire. Les Egyptiens semblent en voie de proposer la constitution d'un gouvernement transitoire purgé de membres des factions rivales Fatah et Hamas en attendant la tenue d'élections anticipées.

Dans une tribune publiée hier, Dennis Ross présente deux autres alternatives. Avant tout, il estime que Condi Rice se focalise sur le mauvais dossier, en l'occurrence d'amener Palestiniens et Israéliens à s'accorder sur des questions aussi épineuses que Jérusalem et le retour des réfugiés. "Bien que cela soit désirable, cela ne fait pas partie jeu", juge-t-il, ajoutant que les deux seules personnes qui croient à un accord immédiat sont Rice et le Premier ministre israélien Ehud Olmert.

Ross pense que la réunion à l'ONU à la fin du mois constitue le moment parfait pour négocier avec les dirigeants arabes sur la question de la présidence palestinienne. Tous seront à New York et selon Ross, aucun n'a intérêt à voir un vide politique s'installer en Palestine et pas plus ce vide comblé par le Hamas.

Deux possibilités font donc jour pour Ross :
* Que le Quartette s'accorde avec les pays arabes pour appuyer le décret d'Abbas que les présidentielles doivent se tenir en même temps que les législatives, ce qui donnerait "une couverture et une raison [à Abbas] de rester au pouvoir".
* Que le Quartette et les pays arabes soutiennent l'idée que des élections présidentielles ne pourront se tenir qu'une fois que la sécurité à Gaza le permettra. Cela impliquerait une présence des forces de police de l'Autorité palestinienne et d'observateurs internationaux sur place.

Sans favoriser l'une des deux options, Ross semble pencher pour la seconde, car elle mettrait le Hamas sur la défensive. "Le Hamas devrait soit permettre une certaine présence de l'Autorité palestinienne et d'observateurs pour les élections, soit la bloquer et perdre toute légitimité pour sa cause ou ses attaques contre Abbas", avance-t-il.

Palestine : un gouvernement sans Fatah ni Hamas ?

Aussi improbable que celui puisse paraître, il semble que c'est ce que les Egyptiens vont proposer aux deux factions palestiniennes rivales, à en croire un article du quotidien israélien Haaretz. L'idée serait de constituer un gouvernement de transition sans aucun membre des deux factions pour résoudre le blocus de Gaza imposé après la prise de la Bande par le Hamas.

Le gouvernement de transition aurait deux missions : préparer des élections anticipées et engager la formation d'une force de sécurité "sur une base professionnelle, plutôt que factionnelle".

Ces informations émanent de "sources égyptiennes", donc rien d'officiel. Il faut également que les deux parties soient d'accord. On imagine que ce gouvernement prendrait place après la fin du mandat du président palestinien Mahmoud Abbas - membre du Fatah. A suivre...

jeudi 7 août 2008

Les Palestiniens sont les principales victimes de la rivalité entre le Fatah et le Hamas

Le quotidien anglophone libanais The Daily Star titre un édito, daté du 5 août, que "Le Hamas et le Fatah sont de plus grandes menaces pour les Palestiniens qu'Israël". Le quotidien n'est pas réputé pour être tendre à l'égard de l'Etat hébreu, mais il est vrai que la situation entre les deux factions palestiniennes est problématique.

"C'est une indication accablante de voir à quel point la situation s'est aggravée dans la Bande de Gaza dirigée par le Hamas alors que des militants du Fatah sur place doivent se tourner vers Israël pour se protéger de leurs rivaux palestiniens", lit-on dans les premières lignes de l'édito. Le quotidien appelle à l'entente nécessaire entre les deux groupes. "Trouver une solution à la cause palestinienne demande que toutes les factions maintiennent un semblant d'ordre et gardent les yeux rivés sur un Etat indépendant", écrit le journal. "Le Fatah comme le Hamas ont lamentablement échoué. Les deux ont placé les intérêts partisans avant les intérêts nationaux et donc ont été incapables de maintenir un front palestinien uni."

The Daily Star s'en prend plus particulièrement au Hamas, qui a exacerbé une situation déjà difficile à Gaza. En plus d'un blocus international pesant, le groupe ne respecte pas l'état de droit. Récemment, le Hamas a accusé le Fatah d'avoir posé une bombe à Gaza tuant cinq leaders du groupe et une petite fille. En réaction, le Hamas a lancé une chasse aux sorcières en arrêtant 200 activistes du Fatah. "Des deux côtés de la Palestine divisée", affirme le quotidien, "les civils doivent désormais ajouter le Fatah et le Hamas à la longue liste des menaces pour leur sécurité et leur bien-être".

Rami Khouri confirme que ces affrontements sont "incompréhensibles" dans une tribune au Daily Star mercredi. Le chroniqueur, reflétant la tendance féroce à l'encontre d'Israël, estime que "Israël et d'autres ennemis des Palestiniens seront contents de les [le Fatah et le Hamas] voir s'affronter". L'auteur américano-palestinien considère que les Palestiniens ont toujours manqué d'un bon leadership lorsqu'il a fallu prendre les bonnes décisions et font preuve d'une "immaturité politique", dont Israël, selon lui, est responsable, car l'Etat hébreu a tellement fragmenté la société palestinienne avec ses attaques "brutales" que les groupes palestiniens sont devenus des "desperados prêts à s'affronter pour maintenir une once de contrôle face à leurs vies de plus en plus restreintes et vides".

Le chroniqueur termine sur une note optimiste (un peu trop ?). "Quand ils atteindront le fond - et ils y sont presque - les Palestiniens trouveront de meilleurs dirigeants qui peuvent restaurer cohésion et crédibilité, et le respect de soi-même", espère-t-il.

 

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