Mahmoud Abbas a annoncé qu'il ne se représenterait pas pour les prochaines élections prévues le 24 janvier prochain. Le New York Times donne la parole à six experts sur comment interpréter ce geste politique. J'ai déjà traité de la question il y a quelques jours.
Le Times offre des perspectives intéressantes, dont celles de Ronen Bergman de Yedioth Ahronoth et de Daoud Kuttab, professeur à Princeton. Une des raisons invoqués par Abou Mazen est sa frustration vis-à-vis de l'administration de Barack Obama et l'incapacité américaine à faire pression sur Israël, voire même à baisser les bras devant l'Etat hébreu. Bergman utilise une expression yiddish pour expliquer le retour de bâton infligé à Obama: Rebbe gelt. Pour le journaliste israélien, ce camouflé au président américain est symptomatique de son manque d'expérience en politique étrangère. Il a voulu trop faire trop vite et s'est heurté à un mur.
Comme le précise Kuttab, il a été très mal perçu par le leadership palestinien, mais également par la population que les Américains exigent d'Abbas de se rétracter sur le rapport Goldstone, qu'Hillary Clinton fasse preuve d'une grande maladresse diplomatique sur les colonies et que l'administration Obama donne des signes de pudeur à l'égard d'Israël.
Pour Abou Mazen, le prix à payer est élevé. Comme l'explique Bergman, il pensait trouver un partenaire avec Obama et s'est donc positionné de manière sévère contre Benjamin Netanyahu. En vain et avec pertes et fracas pour lui.
Toutefois, le Président de l'Autorité palestinienne n'a pas démissionné et il est possible qu'il joue son va-tout pour essayer de s'instaurer comme l'homme providentiel, indispensable à toute réussite du processus. C'est loin d'être acquis. Comme l'explique Marc Lynch, un départ réel d'Abbas pourrait ne pas être une si mauvaise nouvelle pour le processus de paix. A tort ou à raison, cela pourrait bousculer le processus de manière positive. Les plus pessimistes diraient qu'il est tellement inexistant que toute solution est bonne à prendre.
Dans toute cette histoire, je suis quelque peu partagé. Je pense effectivement que les Etats-Unis ont voulu trop faire trop vite, mais je m'inscris en faux contre des personnes comme Stephen Walt qui considère que l'on court à la catastrophe. Il est certain qu'Obama a fait des erreurs et qu'il aurait pu mieux manoeuvrer certains épisodes des dix derniers mois. Pour autant, dans cette marée de critiques, on oublie que la position de Netanyahu s'est très légèrement assouplie à certains moments sous la pression américaine. Oui, cela n'est pas significatif ; oui, le discours actuel est moins virulent qu'au départ. Pour autant, il ne faut pas oublier que le soutien inconditionnel des Etats-Unis à Israël est une politique structurellement ancrée dans les deux pays et qu'inverser la tendance demande du temps, des efforts et un soutien! Les uns et les autres sont dans leur droit de le critiquer, mais pas sous des traits aussi caricaturaux et oublieux de la réalité des relations israélo-américaines.
Je suis pour ma part impressionné par le fait qu'Obama ait pris à bras le corps ce nid d'abeilles en début de premier mandat. Il est évident qu'il va se piquer - c'est déjà fait - et qu'il va commettre des erreurs, mais je crains que l'on tombe dans la prophétie auto-réalisatrice sur la mort annoncée du processus de paix. Si l'on ne donne aucun gage à l'administration américaine, elle n'a aucune chance d'y arriver.
Par ailleurs, blâmer les Etats-Unis est un raccourci. Ils peuvent accélérer et arbitrer, mais pas créer la dynamique. Les Israéliens aussi sont responsables de ce marécage et ils ne sont pas épargnés par les critiques. J'espère que la position du gouvernement Netanyahu s'infléchira petit à petit - cela ne peut se faire autrement, ce sera long et fastidieux - et que des décisions intelligentes seront prises, comme la levée du blocus, pour marquer un signe.
Les Palestiniens ne sont pas en reste. Si les Occidentaux ont probablement trop soutenu Abbas, ce dernier a trop compté sur le soutien occidental en oblitérant complètement qu'il était avant tout important qu'il se présente comme un leader auprès de son peuple plutôt que d'être bien vu à l'étranger. Le Hamas, lui, est complètement oublié dans cet épisode. Il refuse tout, d'autant plus qu'il sait que cela affaiblit mortellement la popularité et la crédibilité de Mahmoud Abbas. Pourquoi faire un pas dans la bonne direction quand on sert ses intérêts en ne rien faisant ? Les divisions intra-palestiniennes sont une tumeur qui empêche l'unité palestinienne et la possibilité de créer un front fort pour un Etat palestinien et contre l'intransigeance israélienne.
Finalement, dans la situation actuelle, on se retrouve avec un Président américain affaibli, un Président palestinien sans autorité et un Premier ministre israélien confortable. Le premier est critiqué de toutes parts pour sa trop grande timidité, alors qu'aucun de ses prédécesseurs n'était allé aussi loin aussi tôt ; le second n'a jamais été un dirigeant influent parmi les siens et cela n'est pas prêt de changer ; le dernier n'est politiquement pas menacé, mais si jamais il voulait vraiment faire quelque chose - ce qui n'est pas dit - la fragilité de sa coalition le rattraperait. Sans oublier, le Hamas, qui se renforce sans rien faire. Bref, encore une fois, il n'y a pas de dirigeant capable d'agir.
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vendredi 6 novembre 2009
mardi 27 octobre 2009
Et si Mahmoud Abbas partait vraiment
Il établit quatre points d'analyse:
* ce serait un coup de pied dans le statu quo. Il est vrai qu'une certaine routine s'est installée, où les discussions s'enchaînent sans déboucher sur des avancées et sans que l'on sache si les mentalités changent - pas de signe avant-coureur en tout cas.
* cela pourrait être le renouvellement tant attendu pour le Fatah et l'Autorité palestinienne, car le groupe autour d'Abbas est à la tête depuis presque deux décennies maintenant (depuis les négociations pour les accords d'Oslo en 1993).
* cela pourrait être l'action politique qui permettrait la réunification entre Gaza et la Cisjordanie, car Abou Mazen est un frein réel à la réconciliation intra-palestinienne, estime Lynch. Je pense qu'il est trop optimiste à ce sujet. Il n'est pas impossible que le Hamas ne trouve pas en Abbas un leader capable de leur tenir tête, mais cela ne veut pas dire qu'un départ du président palestinien pourrait influencer positivement les relations entre le Fatah et le Hamas.
* le retrait de Mahmoud Abbas serait un cas rarissime dans la politique arabe, car Lynch n'a pas réussi à trouver le moindre dirigeant arabe en place qui a volontairement renoncé au pouvoir.
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vendredi 25 septembre 2009
Satisfaction / Sobriété / Circonspection -- Netanyahu / Obama / Abbas
Je prends un peu de temps pour dire quelques mots sur la rencontre trilatérale que Barack Obama a réussi à mettre en place avec lui-même, Benjamin Netanyahu et Mahmoud Abbas à la Maison Blanche mardi. A vrai dire, il n'y a pas grand chose à dire.
Obama a dit qu'il fallait aller au-delà des mots et passer à l'action, qu'il y avait des obstacles et des différences de points de vue qu'il fallait dépasser. Son émissaire George Mitchell a essayé tant bien que mal de dire que le gel des colonies n'était qu'un des obstacles, alors que c'est le point focal des désaccords actuels.
Le plus intéressant peut-être est la photo retenue par la Maison Blanche. On y voit un Netanyahu satisfait, un Obama sobre et Abbas circonspect. Netanyahu a toutes les raisons d'être satisfait ; il n'a rien lâché aux requêtes du Président américain et pourtant il est couronné par cette victoire diplomatique. Obama est sobre, parce que même s'il a réussi à réunir les deux dirigeants, ce qui est une petite réussite sachant qu'une rencontre à ce niveau n'avait pas eu lieu depuis près d'un an, il reste beaucoup de travail. Abbas est dans une position difficile, car il est politiquement isolé et cette rencontre ne le renforce pas vraiment. Il ne sort pas mieux armé, aucune garantie n'a été donnée, aucun avancement tangible n'est à signaler. Bref, il ne peut qu'espérer que l'administration américaine arrive à faire pression sur les Israéliens. La route sera longue...
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mercredi 5 août 2009
Le Fatah, son congrès et la lutte armée
Pinhas Inbari du Jerusalem Center for Public Affairs se pose la question : est-ce que le Congrès du Fatah va mettre fin à la lutte armée du Fatah contre Israël ? Le Fatah tient à Bethléem son 6e Congrès et le premier en 20 ans. Deux sujets dominent les débats : les relations avec Israël et celles avec le Hamas. Il semblerait que ce Congrès, longtemps retardé pour causes de divisions internes, ne débouchera pas sur de nouvelles positions. L'objectif semble de conforter Mahmoud Abbas dans sa position de leader du Fatah et de l'Autorité palestinienne en amont des élections de 2010.
Dans son discours, Mahmoud Abbas a prôné le rassemblement national, mais a parlé du Hamas comme "des faiseurs de coups" en référence aux affrontements en 2007 qui se sont terminés par une séparation entre la Cisjordanie pour le Fatah et Gaza pour le Hamas. Quant à Israël, il préconise le dialogue, mais conserve l'option de la "résistance", qui implique tant des protestations non-violentes que la lutte armée.
Pour Inbari, la question demeure la lutte armée. En effet, il explique que le Fatah a deux documents, le Programme politique et "l'Ordre interne". Le premier est publique et l'autre non. Selon Inbari, le premier servirait à satisfaire la communauté internationale ; le second reflète les vraies positions du Fatah. Difficile de véritablement savoir, mais les différences entre les deux documents sont intrigantes. Par exemple, le Programme politique évoque la solution à un Etat, mais également la solution à deux Etats, alors que l'Ordre interne ne parle que de la première. Alors que le Programme politique tend la main à la communauté internationale pour trouver un accord et travailler avec elle, l'Ordre interne exclut tout compromis et ne reconnait ni les accords passés ni les prochains qui "renoncent aux droits des Palestiniens sur leur territoire". En d'autres, Inbari, lui-même palestinien, estime que le Fatah va conserver sa tradition de lutte armée et que le Programme politique ne sert qu'à satisfaire la communauté internationale.
Dans son discours, Mahmoud Abbas a prôné le rassemblement national, mais a parlé du Hamas comme "des faiseurs de coups" en référence aux affrontements en 2007 qui se sont terminés par une séparation entre la Cisjordanie pour le Fatah et Gaza pour le Hamas. Quant à Israël, il préconise le dialogue, mais conserve l'option de la "résistance", qui implique tant des protestations non-violentes que la lutte armée.
Pour Inbari, la question demeure la lutte armée. En effet, il explique que le Fatah a deux documents, le Programme politique et "l'Ordre interne". Le premier est publique et l'autre non. Selon Inbari, le premier servirait à satisfaire la communauté internationale ; le second reflète les vraies positions du Fatah. Difficile de véritablement savoir, mais les différences entre les deux documents sont intrigantes. Par exemple, le Programme politique évoque la solution à un Etat, mais également la solution à deux Etats, alors que l'Ordre interne ne parle que de la première. Alors que le Programme politique tend la main à la communauté internationale pour trouver un accord et travailler avec elle, l'Ordre interne exclut tout compromis et ne reconnait ni les accords passés ni les prochains qui "renoncent aux droits des Palestiniens sur leur territoire". En d'autres, Inbari, lui-même palestinien, estime que le Fatah va conserver sa tradition de lutte armée et que le Programme politique ne sert qu'à satisfaire la communauté internationale.
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mardi 16 septembre 2008
Ross : Rice devrait se pencher sur les présidentielles palestiniennes
Dennis Ross, ancien conseiller de Bill Clinton sur le Moyen Orient, écrit dans une tribune accordée au Washington Post, que la Secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice devrait réorienter ses efforts sur le problème de la succession au poste de président palestinien.
Le mandat d'Abou Mazen se termine le 9 janvier 2009. Récemment, il a indiqué qu'il avait l'intention de rester à son poste jusqu'aux élections parlementaires de 2010, estimant que les élections présidentielles devaient se tenir en même temps que les élections législatives. Il avait déjà évoqué l'idée il y a quelques mois. Il a même présenté un décret à ce sujet. Dans le même temps, le Hamas a fait savoir qu'il ne reconnaîtrait l'autorité d'Abbas après le 9 janvier.
Cela pourrait donc précipiter les Territoires palestiniennes dans une nouvelle crise autant politique que, ne l'espérons pas, militaire. Les Egyptiens semblent en voie de proposer la constitution d'un gouvernement transitoire purgé de membres des factions rivales Fatah et Hamas en attendant la tenue d'élections anticipées.
Dans une tribune publiée hier, Dennis Ross présente deux autres alternatives. Avant tout, il estime que Condi Rice se focalise sur le mauvais dossier, en l'occurrence d'amener Palestiniens et Israéliens à s'accorder sur des questions aussi épineuses que Jérusalem et le retour des réfugiés. "Bien que cela soit désirable, cela ne fait pas partie jeu", juge-t-il, ajoutant que les deux seules personnes qui croient à un accord immédiat sont Rice et le Premier ministre israélien Ehud Olmert.
Ross pense que la réunion à l'ONU à la fin du mois constitue le moment parfait pour négocier avec les dirigeants arabes sur la question de la présidence palestinienne. Tous seront à New York et selon Ross, aucun n'a intérêt à voir un vide politique s'installer en Palestine et pas plus ce vide comblé par le Hamas.
Deux possibilités font donc jour pour Ross :
* Que le Quartette s'accorde avec les pays arabes pour appuyer le décret d'Abbas que les présidentielles doivent se tenir en même temps que les législatives, ce qui donnerait "une couverture et une raison [à Abbas] de rester au pouvoir".
* Que le Quartette et les pays arabes soutiennent l'idée que des élections présidentielles ne pourront se tenir qu'une fois que la sécurité à Gaza le permettra. Cela impliquerait une présence des forces de police de l'Autorité palestinienne et d'observateurs internationaux sur place.
Sans favoriser l'une des deux options, Ross semble pencher pour la seconde, car elle mettrait le Hamas sur la défensive. "Le Hamas devrait soit permettre une certaine présence de l'Autorité palestinienne et d'observateurs pour les élections, soit la bloquer et perdre toute légitimité pour sa cause ou ses attaques contre Abbas", avance-t-il.
Le mandat d'Abou Mazen se termine le 9 janvier 2009. Récemment, il a indiqué qu'il avait l'intention de rester à son poste jusqu'aux élections parlementaires de 2010, estimant que les élections présidentielles devaient se tenir en même temps que les élections législatives. Il avait déjà évoqué l'idée il y a quelques mois. Il a même présenté un décret à ce sujet. Dans le même temps, le Hamas a fait savoir qu'il ne reconnaîtrait l'autorité d'Abbas après le 9 janvier.
Cela pourrait donc précipiter les Territoires palestiniennes dans une nouvelle crise autant politique que, ne l'espérons pas, militaire. Les Egyptiens semblent en voie de proposer la constitution d'un gouvernement transitoire purgé de membres des factions rivales Fatah et Hamas en attendant la tenue d'élections anticipées.
Dans une tribune publiée hier, Dennis Ross présente deux autres alternatives. Avant tout, il estime que Condi Rice se focalise sur le mauvais dossier, en l'occurrence d'amener Palestiniens et Israéliens à s'accorder sur des questions aussi épineuses que Jérusalem et le retour des réfugiés. "Bien que cela soit désirable, cela ne fait pas partie jeu", juge-t-il, ajoutant que les deux seules personnes qui croient à un accord immédiat sont Rice et le Premier ministre israélien Ehud Olmert.
Ross pense que la réunion à l'ONU à la fin du mois constitue le moment parfait pour négocier avec les dirigeants arabes sur la question de la présidence palestinienne. Tous seront à New York et selon Ross, aucun n'a intérêt à voir un vide politique s'installer en Palestine et pas plus ce vide comblé par le Hamas.
Deux possibilités font donc jour pour Ross :
* Que le Quartette s'accorde avec les pays arabes pour appuyer le décret d'Abbas que les présidentielles doivent se tenir en même temps que les législatives, ce qui donnerait "une couverture et une raison [à Abbas] de rester au pouvoir".
* Que le Quartette et les pays arabes soutiennent l'idée que des élections présidentielles ne pourront se tenir qu'une fois que la sécurité à Gaza le permettra. Cela impliquerait une présence des forces de police de l'Autorité palestinienne et d'observateurs internationaux sur place.
Sans favoriser l'une des deux options, Ross semble pencher pour la seconde, car elle mettrait le Hamas sur la défensive. "Le Hamas devrait soit permettre une certaine présence de l'Autorité palestinienne et d'observateurs pour les élections, soit la bloquer et perdre toute légitimité pour sa cause ou ses attaques contre Abbas", avance-t-il.
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