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mardi 16 septembre 2008

Ross : Rice devrait se pencher sur les présidentielles palestiniennes

Dennis Ross, ancien conseiller de Bill Clinton sur le Moyen Orient, écrit dans une tribune accordée au Washington Post, que la Secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice devrait réorienter ses efforts sur le problème de la succession au poste de président palestinien.

Le mandat d'Abou Mazen se termine le 9 janvier 2009. Récemment, il a indiqué qu'il avait l'intention de rester à son poste jusqu'aux élections parlementaires de 2010, estimant que les élections présidentielles devaient se tenir en même temps que les élections législatives. Il avait déjà évoqué l'idée il y a quelques mois. Il a même présenté un décret à ce sujet. Dans le même temps, le Hamas a fait savoir qu'il ne reconnaîtrait l'autorité d'Abbas après le 9 janvier.

Cela pourrait donc précipiter les Territoires palestiniennes dans une nouvelle crise autant politique que, ne l'espérons pas, militaire. Les Egyptiens semblent en voie de proposer la constitution d'un gouvernement transitoire purgé de membres des factions rivales Fatah et Hamas en attendant la tenue d'élections anticipées.

Dans une tribune publiée hier, Dennis Ross présente deux autres alternatives. Avant tout, il estime que Condi Rice se focalise sur le mauvais dossier, en l'occurrence d'amener Palestiniens et Israéliens à s'accorder sur des questions aussi épineuses que Jérusalem et le retour des réfugiés. "Bien que cela soit désirable, cela ne fait pas partie jeu", juge-t-il, ajoutant que les deux seules personnes qui croient à un accord immédiat sont Rice et le Premier ministre israélien Ehud Olmert.

Ross pense que la réunion à l'ONU à la fin du mois constitue le moment parfait pour négocier avec les dirigeants arabes sur la question de la présidence palestinienne. Tous seront à New York et selon Ross, aucun n'a intérêt à voir un vide politique s'installer en Palestine et pas plus ce vide comblé par le Hamas.

Deux possibilités font donc jour pour Ross :
* Que le Quartette s'accorde avec les pays arabes pour appuyer le décret d'Abbas que les présidentielles doivent se tenir en même temps que les législatives, ce qui donnerait "une couverture et une raison [à Abbas] de rester au pouvoir".
* Que le Quartette et les pays arabes soutiennent l'idée que des élections présidentielles ne pourront se tenir qu'une fois que la sécurité à Gaza le permettra. Cela impliquerait une présence des forces de police de l'Autorité palestinienne et d'observateurs internationaux sur place.

Sans favoriser l'une des deux options, Ross semble pencher pour la seconde, car elle mettrait le Hamas sur la défensive. "Le Hamas devrait soit permettre une certaine présence de l'Autorité palestinienne et d'observateurs pour les élections, soit la bloquer et perdre toute légitimité pour sa cause ou ses attaques contre Abbas", avance-t-il.

dimanche 24 août 2008

Le plan de Joe Biden pour l'Irak

Crédit photo : AP

Le sénateur démocrate du Delaware Joe Biden est donc le colistier de Barack Obama pour la course à la Maison Blanche. C'est une formidable nouvelle. Joe Biden est un homme politique hors pair, un globe trotter sans repos, un baroudeur de Washington. Le point fort du sénateur est la politique étrangère. Il en a fait son cheval de bataille depuis des décennies - ça fait 36 ans qu'il est au Sénat. Il est aujourd'hui président de la commission des affaires étrangères du Sénat. Il y a deux ans, Biden, en collaboration avec Leslie Gelb du Council on Foreign Relations, avait proposé un plan pour résoudre la crise en Irak.

Le contexte de l'époque était catastrophique. Les tensions sectaires étaient à leur comble. On était en quasi état de guerre civile. Arrive Joe Biden avec sa stratégie de créer un Etat fédéral séparé en trois régions autonomes. Dans une tribune au New York Times, Biden et Gelb définissent leur projet en cinq points :
* "établir trois régions en grande partie autonomes avec un gouvernement central viable à Bagdad. Les régions kurde, sunnite et chiite seraient responsables de leurs propres lois locales, de l'administration et de la sécurité intérieure. Le gouvernement central se chargerait de la défense des frontières, des affaires étrangères et des revenus pétroliers."

* "attirer les Sunnites à rejoindre le système fédéral avec une offre qu'ils ne peuvent pas refuser. (...) Diriger leur région devrait être de loin préférable aux alternatives : être dominés par les Kurdes et les Chiites au sein du gouvernement central ou être les principales victimes d'une guerre civile."
Le plan prévoyait également de leur garantir 20% des revenus pétroliers pour pallier à la pauvreté du sol de leur région.

* "assurer la protection des droits de la femme et des minorités ethniques et religieuses". L'administration américaine conditionnerait son soutien financier au respect de ces communautés.

* "Le président doit exiger de l'armée qu'elle dresse un plan de retrait et de redéploiement des troupes d'Irak d'ici 2008 (en conservant une présence réduite mais efficace pour combattre le terrorisme et assurer l'honnêteté des voisins). Nous devons éviter un retrait précipité qui conduirait à une explosion nationale, mais nous ne pouvons pas maintenir une présence militaire américaine sur le long terme."

* "sous une tutelle internationale ou des Nations Unies, nous devons convenir d'une conférence régionale pour garantir le respect des frontières irakiennes et de son système fédéral."

Dans une tribune au Washington Post il y a tout juste deux ans, Biden réitérait son plan insistant que ce n'était pas un plan de partition, mais de fédéralisme.

En septembre 2007, le Sénat votait une résolution abondant dans le sens du projet de Joe Biden, un revers pour l'administration Bush, car de nombreux Républicains s'étaient ralliés à cette idée. Le vote était purement symbolique, car la résolution n'était pas contraignante. La résolution a été critiquée par l'administration Bush et par de nombreux hommes politiques irakiens, qui le considéraient comme une partition de l'Irak et une ingérence américaine. Gelb et Biden se sont expliqués dans une tribune au Washington Post début octobre regrettant les déformations de la Maison Blanche et de la classe politique irakienne à propos du plan, répétant qu'il n'était pas question de partition, mais de fédéralisme. Dans la tribune au Times, il ne séparait pas clairement les deux concepts répondant à ceux qui pouvaient affirmer que c'était une partition, qu'une "rupture est déjà en cours".

Aujourd'hui, il est difficile de savoir ce qu'il en est de ce plan et surtout de savoir si Biden maintient tel quel sa position. Son site Internet est inaccessible (aujourd'hui du moins) et il s'est montré discret sur ce sujet ces derniers mois. La décision de nommer Biden a suscité le scepticisme en Irak, car son plan est impopulaire sur place. De plus, la donne a changé, notamment en ce qui concerne les violences sectaires, ce qui pourrait handicaper la viabilité du plan qui se fondait sur un Irak déjà déchiré.


jeudi 21 août 2008

Al Qaïda a 20 ans : état des lieux

Peter Bergen fait partie des spécialistes respectés aux Etats-Unis sur Al Qaïda. Il est un des rares journalistes occidentaux à avoir rencontré Oussama Ben Laden (avec CNN). Il est devenu depuis un analyste qui apparait assez régulièrement devant des commissions parlementaires. Dans une récente tribune au Washington Post, il dresse un portrait de l'état de santé d'Al Qaïda à l'aube de ses vingt ans.

Pour lui, l'organisation a échoué dans son grand projet de "transformer le monde musulman en un caliphat islamiste militant". Bergen estime que les deux raisons pour lesquelles Al Qaïda échouera sont claires. Tout d'abord, Ben Laden perçoit toujours et invariablement les Etats-Unis comme son pire ennemi, alors que son objectif de chasser les Américains du Moyen Orient est un échec patent. Ensuite, parce qu'Al Qaïda se présente toujours comme le leader de tous les Musulmans, position grandement affaiblie en raison de multiples attentats visant des musulmans.

Le journaliste de CNN expose un récent débat qui s'est tenu à Washington entre deux spécialistes du terrorisme. Marc Sageman, ancien officier à la CIA, pense que la menace d'Al Qaïda est dans l'ensemble terminée et que désormais, ce sera un "djihad sans leader" qui primera, des groupes locaux sans attache à un groupe en particulier. Bruce Riedel, ancien CIA et désormais professeur à Georgetown University, estime qu'Al Qaïda ne se désintègre absolument pas, au contraire. Les services européens auraient tendance à pencher vers la position de Sageman et les Américains et Britanniques vers Riedel. Les Européens semblent ne pas relever de connexion directe entre les groupes terroristes et Al Qaïda. Les Anglo-saxons voient l'autre facette : c'est quand les débutants locaux prennent contact avec la cellule centrale d'Al Qaïda au Pakistan que la menace devient meurtrière.

En effet, rapporte Bergen, les services européens remarquent que les combattants ne partent plus en Irak pour faire leurs armes, mais au Pakistan. Bergen pense que les menaces majeures d'attentat sur le territoire américain sont réduites, car le territoire américain est plus difficile d'accès qu'avant 2001 et il faut des insiders pour pouvoir préparer des attaques de grande envergure.

Si Al Qaïda a perdu beaucoup de soutien dans le monde musulman, comme le montre de récents sondages, l'organisation a malgré tout inspiré et instigué un courant, ce qui est déjà un virus difficile à éradiquer.

mardi 12 août 2008

Avis militaire : le "surge" a marché

Peter Mansoor est univoque : le "surge" a fonctionné. Le "surge", c'est ce terme difficile à traduire utilisé par les Etats-Unis pour envoyer de nouvelles troupes en Irak. Ce ne sont pas des renforts, ce ne sont pas de nouveaux combattants, c'est une impulsion, en quelque sorte. Bref, le débat ne cesse de se poser à savoir si cette opération a fonctionné. Les uns la félicitent, les autres la trouvent surestimée.

Une chose reste certaine : les Etats-Unis sont entrés en guerre contre l'Irak en mars 2003 et au moins jusqu'en 2006, les voix dissidentes contre cette guerre restaient marginales aux Etats-Unis. Depuis, les critiques pleuvent comme des torrents. Le fait que l'efficacité du "surge" soit débattue est déjà une preuve de sa réussite. En effet, presque toutes les décisions américaines, qu'elles précèdent la guerre ou qu'elles aient été au coeur des stratégies pendant une partie de l'effort militaire, elles sont coupées en charpie. Le "surge", tout comme son instigateur le général Petraeus, trouvent un respect auprès des observateurs, même les sceptiques de l'invasion.

Peter Mansoor n'est pas un sceptique. Il était un proche de Petraeus jusqu'en mai dernier. Il n'est ainsi pas étonnant qu'il plébiscite la réussite de l'opération dans les colonnes du Washington Post. Selon lui, l'amélioration de la sécurité en Irak peut être quasi entièrement imputée au "surge". Il explique qu'avant l'arrivée de Petraeus, l'armée américaine avait tendance a transférer trop vite les responsabilités de sécurité aux Irakiens. Ces derniers étant mal formés, ils étaient rapidement soumis à des dangers élevés qu'ils ne savaient pas affronter.

Le "surge" a soutenu "le réveil sunnite" dans les provinces où Al Qaïda en Irak s'était solidement installé. "Le 'surge' n'a pas créé le premier 'réveil' tribal", écrit Mansoor, "mais il a été le catalyseur de leur expansion et de leur succès final". Des contrats établis avec les Sunnis pour rétablir l'ordre dans ces provinces, l'argent servait à nourrir les familles en attendant un renouveau du développement social et économique. Pour l'auteur, "les paiements ont généralement suivi les rébellions tribales et n'en ont pas été la cause, comme le prétendent certains".

Il étend les mérites du "surge" à une "confiance retrouvée" chez les Irakiens, qui sont prêts à protester contre l'armée du Mahdi dans les provinces chiites, poussant son leader Moktada al-Sadr à déclarer un cessez-le-feu. Ce dernier a pu être tenu en raison de l'amélioration des conditions de sécurité.

Le "surge" coïncide avec une rapide augmentation du nombre de soldats dans l'armée irakienne et les nouvelles troupes peuvent appuyer les Irakiens, les former, les entraîner et de fait améliorer leurs performances et leur efficacité. "La guerre en Irak n'est pas terminée", écrit Peter Mansoor, "mais notre effort de guerre repose sur de meilleures fondations. Au bout du compte, les Irakiens vont évidemment choisir leur futur. Le 'surge' a créé l'espace et le temps pour que la course au pouvoir et les ressources naturelles en Irak jouent un rôle sur la scène politique, avec des mots plutôt que des bombes".
 

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