Les commentaires de Joe Biden sur une hypothétique attaque d'Israël sur l'Iran ont causé une controverse qui dépasse la portée de ses propos. Sur l'émission d'ABC "This Week", le vice-président américain a affirmé que les Etats-Unis n'avaient aucun droit de regard sur les décisions d'Israël vis-à-vis de l'Iran. "Si le gouvernement de Netanyahu décide de prendre une voie d'action différente de celle poursuivie à présent, c'est leur droit souverain. Ce n'est pas notre choix." Et d'ajouter, "nous ne pouvons dicter à une nation souveraine ce qu'ils peuvent et ne peuvent pas faire quand ils ont pris une résolution, s'ils ont pris une résolution qu'une menace existentielle pèse sur eux et que leur survie est menacée par un autre pays."
Il n'en fallait pas plus pour déclencher les foudres. On ne compte pas le nombre de personnes qui ont estimé que Biden avait donné "un feu vert" à Israël pour se charger de l'Iran. Certes, Barack Obama s'est empressé le lendemain de clarifier la situation. Dans un entretien à CNN, il a déclaré que les propos de son VP n'était absolument pas "un feu vert". "Je pense que ce le vice-président Biden a énoncé un fait catégorique, qui est que nous ne pouvons pas dicter à d'autres pays ce que leurs intérêts sécuritaires sont. Ce qui est également vrai est que la politique des Etats-Unis pour résoudre le dossier des capacités nucléaires iraniennes passe par la voie pacifique via les canaux diplomatiques." Mais, le mal était-il déjà fait ?
Comme l'a écrit à juste titre Stephen Walt, Biden n'a fait qu'un truisme. Israël est un pays souverain, donc oui, Israël prend ses propres décisions et les Etats-Unis ne peuvent que conseiller ou déconseiller, mais pas interférer. (Certains diront que Washington ne se prive pourtant pas de le faire ailleurs.)
La deuxième raison que Walt donne est que cela importe peu de savoir si Israël donne son feu vert ou pas, puisque dans tous les cas de figure, une attaque israélienne sur l'Iran impliquerait forcément les Etats-Unis, tant parce que Washington est le principal allié d'Israël, mais aussi parce que les armes pour perpétrer une telle offensive serait américaine. Même si les Etats-Unis veulent donc se détacher de potentiels raids israéliens, cela leur retombera forcément dessus d'uen manière ou d'une autre.
Mais, il y a autre chose également. Je rejoins Marc Lynch et Jim Sleeper, certes Biden ne dit rien d'erroné, mais n'avait-il pas mesuré la portée de tels propos, la manière dont cela pouvait, voire allait, être interprété ? En théorie, ce qu'il dit est très juste, mais politiquement, c'est tendre la perche pour se faire battre.
Biden est connu pour ses gaffes en pagaille et comme suggère Sleeper, peut-être que Biden, très expérimenté en politique étrangère, n'a pas l'habitude d'être vice-président plutôt qu'un simple sénateur et qu'il ne mesure la portée mondiale que ses propos peuvent avoir. Pour Frida Ghitis, une autre perception est envisageable. Peut-être est-ce une stratégie du bon flic/mauvais flic, où l'un parle de diplomatie et l'autre se montre plus ferme. C'est possible, mais en tout cas, officiellement et officieusement, l'administration américaine est contre une attaque contre l'Iran, qu'elle vienne d'eux ou des Israéliens. De toute manière, il semble que les Israéliens, au cas où ils attaquent, ne demandent pas l'accord de Washington, car ils craignent un refus.
Du buzz donc, car Biden n'a rien dit de faux, mais juste politiquement, c'était risqué. A moins effectivement que ce ne soit une stratégie...
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vendredi 10 juillet 2009
dimanche 24 août 2008
Le plan de Joe Biden pour l'Irak
Le sénateur démocrate du Delaware Joe Biden est donc le colistier de Barack Obama pour la course à la Maison Blanche. C'est une formidable nouvelle. Joe Biden est un homme politique hors pair, un globe trotter sans repos, un baroudeur de Washington. Le point fort du sénateur est la politique étrangère. Il en a fait son cheval de bataille depuis des décennies - ça fait 36 ans qu'il est au Sénat. Il est aujourd'hui président de la commission des affaires étrangères du Sénat. Il y a deux ans, Biden, en collaboration avec Leslie Gelb du Council on Foreign Relations, avait proposé un plan pour résoudre la crise en Irak.
Le contexte de l'époque était catastrophique. Les tensions sectaires étaient à leur comble. On était en quasi état de guerre civile. Arrive Joe Biden avec sa stratégie de créer un Etat fédéral séparé en trois régions autonomes. Dans une tribune au New York Times, Biden et Gelb définissent leur projet en cinq points :
* "établir trois régions en grande partie autonomes avec un gouvernement central viable à Bagdad. Les régions kurde, sunnite et chiite seraient responsables de leurs propres lois locales, de l'administration et de la sécurité intérieure. Le gouvernement central se chargerait de la défense des frontières, des affaires étrangères et des revenus pétroliers."
* "attirer les Sunnites à rejoindre le système fédéral avec une offre qu'ils ne peuvent pas refuser. (...) Diriger leur région devrait être de loin préférable aux alternatives : être dominés par les Kurdes et les Chiites au sein du gouvernement central ou être les principales victimes d'une guerre civile." Le plan prévoyait également de leur garantir 20% des revenus pétroliers pour pallier à la pauvreté du sol de leur région.
* "assurer la protection des droits de la femme et des minorités ethniques et religieuses". L'administration américaine conditionnerait son soutien financier au respect de ces communautés.
* "Le président doit exiger de l'armée qu'elle dresse un plan de retrait et de redéploiement des troupes d'Irak d'ici 2008 (en conservant une présence réduite mais efficace pour combattre le terrorisme et assurer l'honnêteté des voisins). Nous devons éviter un retrait précipité qui conduirait à une explosion nationale, mais nous ne pouvons pas maintenir une présence militaire américaine sur le long terme."
* "sous une tutelle internationale ou des Nations Unies, nous devons convenir d'une conférence régionale pour garantir le respect des frontières irakiennes et de son système fédéral."
Dans une tribune au Washington Post il y a tout juste deux ans, Biden réitérait son plan insistant que ce n'était pas un plan de partition, mais de fédéralisme.
En septembre 2007, le Sénat votait une résolution abondant dans le sens du projet de Joe Biden, un revers pour l'administration Bush, car de nombreux Républicains s'étaient ralliés à cette idée. Le vote était purement symbolique, car la résolution n'était pas contraignante. La résolution a été critiquée par l'administration Bush et par de nombreux hommes politiques irakiens, qui le considéraient comme une partition de l'Irak et une ingérence américaine. Gelb et Biden se sont expliqués dans une tribune au Washington Post début octobre regrettant les déformations de la Maison Blanche et de la classe politique irakienne à propos du plan, répétant qu'il n'était pas question de partition, mais de fédéralisme. Dans la tribune au Times, il ne séparait pas clairement les deux concepts répondant à ceux qui pouvaient affirmer que c'était une partition, qu'une "rupture est déjà en cours".
Aujourd'hui, il est difficile de savoir ce qu'il en est de ce plan et surtout de savoir si Biden maintient tel quel sa position. Son site Internet est inaccessible (aujourd'hui du moins) et il s'est montré discret sur ce sujet ces derniers mois. La décision de nommer Biden a suscité le scepticisme en Irak, car son plan est impopulaire sur place. De plus, la donne a changé, notamment en ce qui concerne les violences sectaires, ce qui pourrait handicaper la viabilité du plan qui se fondait sur un Irak déjà déchiré.
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