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lundi 2 novembre 2009

Après un an, certains découvrent qu'Obama n'est pas le Père Noël!

Quand je lis que les Palestiniens sont déçus par la politique américaine à l'égard du dossier israélo-palestinien, je me demande : attendaient-ils vraiment que cette question soit réglée en un an alors que le problème existe depuis soixante ans d'autant plus que le gouvernement israélien ne veut rien lâcher de trop compromettant pour sa stabilité et que la rixe entre le Fatah et le Hamas persiste sans sortie de crise en vue ?

Marc Lynch a une remarque pertinente à ce sujet :
Après un excellent départ [sur le dossier israélo-palestinien] marquant un engagement fort pour aboutir à une solution négociée à deux Etats et la bonne décision d'appeler à un gel des colonies israéliennes, son équipe a laissé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu traîner le processus dans les ronces jusqu'à sa mort. Il aurait dû se désengager de la bataille sur les colonies il y a des mois et il en paie maintenant le prix.

Il est certain que le problème n'est pas réglé et que l'administration américaine n'a pas réussi à faire infléchir la position israélienne, pour autant, elle a pris des positions sans précédent pour le moment pour une administration américaine. En outre, Obama a décidé de prendre le problème à bras le corps dès le début de son premier mandat. Bouger des mammouths cimentés dans des positions est une entreprise extrêmement complexe et cela prendra du temps pour que des progrès substantiels émergent. Personne n'espérait qu'il règle le problème en quelques mois! Enfin, je croyais que c'était clair pour tout le monde...

vendredi 25 septembre 2009

Satisfaction / Sobriété / Circonspection -- Netanyahu / Obama / Abbas


Je prends un peu de temps pour dire quelques mots sur la rencontre trilatérale que Barack Obama a réussi à mettre en place avec lui-même, Benjamin Netanyahu et Mahmoud Abbas à la Maison Blanche mardi. A vrai dire, il n'y a pas grand chose à dire.

Obama a dit qu'il fallait aller au-delà des mots et passer à l'action, qu'il y avait des obstacles et des différences de points de vue qu'il fallait dépasser. Son émissaire George Mitchell a essayé tant bien que mal de dire que le gel des colonies n'était qu'un des obstacles, alors que c'est le point focal des désaccords actuels.

Le plus intéressant peut-être est la photo retenue par la Maison Blanche. On y voit un Netanyahu satisfait, un Obama sobre et Abbas circonspect. Netanyahu a toutes les raisons d'être satisfait ; il n'a rien lâché aux requêtes du Président américain et pourtant il est couronné par cette victoire diplomatique. Obama est sobre, parce que même s'il a réussi à réunir les deux dirigeants, ce qui est une petite réussite sachant qu'une rencontre à ce niveau n'avait pas eu lieu depuis près d'un an, il reste beaucoup de travail. Abbas est dans une position difficile, car il est politiquement isolé et cette rencontre ne le renforce pas vraiment. Il ne sort pas mieux armé, aucune garantie n'a été donnée, aucun avancement tangible n'est à signaler. Bref, il ne peut qu'espérer que l'administration américaine arrive à faire pression sur les Israéliens. La route sera longue...

mardi 19 mai 2009

La citation du jour après la rencontre Obama-Netanyahu

Il y a mille et un articles sur la rencontre entre Obama et Netanyahu, mais je trouve qu'Aaron Miller David, du Woodrow Wilson Center, a la citation du jour dans le New York Times. Il a résumé la rencontre ainsi :

“President ‘Yes We Can’ sitting down with Prime Minister ‘No You Won’t.’ ”

Je vous conseille de lire la conférence de presse conjointe des deux dirigeants. Plusieurs points sont intéressants :
* Obama reconnaît la menace existentielle que pose une arme nucléaire iranienne pour Israël.
* Obama appelle en présence de Netanyahu à la fin des colonies (settlements).
* Obama privilégie le processus israélo-palestinien, car il considère que cela jouerait en faveur de la communauté pour gérer le problème iranien.
* Avec l'Iran, il va poursuivre les efforts diplomatiques jusqu'à la fin de l'année avant de voir où ils en sont. En attendant, d'ici aux élections iraniennes le mois prochain, il ne s'attend pas à peu de progrès.
* Il a réitéré l'importance de l'Iran sur l'échiquier.
* Netanyahu appelle à une reprise des négociations de paix "aussi rapidement que possible".
* Il ne soutient la rhétorique de la solution à deux Etats avec des circonvolutions qui donnent :
Nous sommes prêts à faire notre part. Nous espérons que les Palestiniens leur part aussi. Si nous reprenons les négociations, comme nous l'envisageons, je pense que les Palestiniens devront reconnaître Israël comme un Etat juif, devront également permettre à Israël d'avoir les moyens de se défendre. Si ces conditions sont remplies, si les conditions de sécurité d'Israël sont remplies, et s'il y a une reconnaissance de la légitimité d'Israël, sa légitimité permanente, alors je pense que nous pouvons envisager un arrangement où les Palestiniens et les Israéliens vivent côte à côte avec dignité, en sécurité et en paix.

Et d'ajouter que la terminologie se fera d'elle même avec les négociations...

samedi 21 mars 2009

Kristol voit un Obama faible sur l'Iran



Il est toujours intéressant de voir ce qui se passe chez les gens qui ne partagent notre opinion. En l'occurrence au Weekly Standard, autrefois foyer de néoconservateurs - a-t-il cessé de l'être ? - et son chroniqueur vedette William Kristol, désormais réduit à ne plus proliférer dans "les médias libéraux" (entendez de gauche), comme le méchant New York Times qui a trouvé assez judicieux de se séparer des services de Kristol.

Dans sa dernière tribune, il explique que Barack Obama fait profil bas sur l'Iran et affaiblit la position américaine vis-à-vis de Téhéran. Le Président américain s'est adressé au peuple iranien dans une vidéo à l'occasion du Nowruz, communément considéré comme le nouvel an iranien. Bill Kristol interprète ce message comme un signe de faiblesse mal calibré.

"Liberté" (liberty) n'est pas un mot que vous trouverez dans le message de nouvel an de Barack Obama "au peuple et aux dirigeants de la République islamique d'Iran". Pas plus que "liberté" (freedom). Pas plus que "démocratie". Pas plus que "droits de l'homme".

Vous ne trouverez pas non plus de quelconque expression de solidarité à l'égard du peuple iranien, bien qu'il y ait plus de sollicitude pour ses dirigeants. Le président prend du recul pour réassurer les mollahs que notre gouvernement leur veut du bien.

Vous trouverez un paragraphe adressé au "peuple et aux dirigeants de l'Iran" comme si le peuple et les dirigeants vivaient en harmonie et partageaient un besoin d'être rassuré que nous cherchons "un future avec... de meilleures opportunités de partenariat et de commerce".

Kristol n'y va pas par quatre chemins. Obama réitère la nécessité pour Téhéran d'arrêter son programme nucléaire, mais le chroniqueur voit une position faible où les menaces ne sont pas suivies de faits, au point qu'il voit dans le discours d'Obama un respect mutuel que les Iraniens perçoivent comme un signe de faiblesse. On retrouve ici le crédo aussi Machiavélien que néoconservateur "il vaut mieux être craint qu'être aimé".

Une petite recherche sur BBC Worldwide Monitoring, et je tombe sur un discours du Guide suprême Ali Khamenei qui s'est exprimé après l'intervention d'Obama et on retrouve toujours une forme de défiance. Sur les écrans iraniens, il a déclaré que "les changements dans les mots ne sont pas adéquats ; nous n'avons de toute manière pas vu beaucoup de changement à ce niveau non plus. Le changement doit être réel". Et de poursuivre en s'adressant à Obama, "ce changement dont vous ne cessez de parler est une vraie nécessité ; vous n'avez pas d'autre choix, vous devez changer. Si vous ne changez pas, alors la tradition divine va vous changer ; le monde va vous changer."

Bill Kristol va plus loin encore dans son raisonnement. A force de vouloir jouer la colombe, il estime qu'Obama va perdre toute crédibilité sur la scène internationale. "La question est, qui dans le monde va avoir du respect pour le Président Obama ?"

lundi 2 février 2009

Vers le "grand bargain" en Iran?

C'est ce qu'on appelle un buzz diplomatique. Les nouvelles ne cessent de s'accumuler en faveur d'un dialogue direct entre les Etats-Unis et l'Iran. La nouvelle ambassadrice américaine à l'ONU Susan Rice a affirmé que la nouvelle administration envisageait une "diplomatie directe" avec l'Iran. Cela ne constitue pas une remarque exceptionnelle, car c'est la position qu'Obama et Rice tenaient pendant la campagne présidentielle. Rice était alors le principal conseiller en politique étrangère du candidat démocrate. Néanmoins, le rappel de cet engagement est significative.

Autre buzz : la lettre à Khamenei. La rumeur se fait insistante. Il semblerait que l'administration Obama envisage d'envoyer une lettre au guide suprême iranien l'Ayatollah Ali Khamenei. L'objectif de cette missive serait de rompre le gel des relations diplomatiques entre les deux pays. Plusieurs brouillons auraient été rédigés. Apparemment, la lettre est en cours d'écriture depuis l'élection d'Obama début novembre en réponse à la lettre de félicitation de Mahmoud Ahmadinejad. Je veux bien être un peu crédule parfois, mais, je ne pense pas que la lettre du président iranien ait grand chose à voir dans toute cette histoire. Obama a toujours fait montre de sa volonté de renouer des contacts avec Téhéran. La lettre sera-t-elle vraiment envoyée ? A voir et surtout son contenu. Assiste-t-on à un changement majeur dans la politique américaine à l'égard de l'Iran ? Au fameux "grand bargain" prôné par les Leverett ?

Et le dernier buzz concerne les rencontres irano-américaines sponsorisées par Pugwash. Pugwash est une fondation de scientifiques qui travaillent sur la lutte contre la prolifération. Plusieurs rencontres ont été réalisées en 2008 avec des Américains et des Iraniens. Côté américain, Bill Perry, ancien secrétaire de la Défense sous Clinton, était présent. Il n'y avait personne de l'équipe Obama, mais des personnes présentes se sont entretenues avec la Maison Blanche par la suite.

J'en discutais avec une amie à Washington, bien introduite sur l'Iran. Elle me disait qu'il y a pas mal de choses à mettre en place avant de trop s'avancer. La première étant que plusieurs postes n'ont toujours pas été attribués, notamment l'assistant de la Secrétaire d'Etat pour le Proche Orient, ni celui ou celle qui travaillera spécifiquement sur l'Iran. Elle espère un "grand bargain", mais ne pense pas que cela se fasse immédiatement.

L'autre question est de savoir comment les Iraniens réagiraient à une ouverture américaine. Sur le blog du Moyen Orient du TIME, Scott MacLeod a écrit un post il y a quelques jours à ce sujet. Ahmadinejad a réitéré vertement que les politiques américaines étaient néfastes dans la région. Trois raisons à cela qui peuvent très bien correspondre à de possibles réticences de la part de l'Iran à renouer un dialogue avec Washington :
* Plusieurs dirigeants iraniens ne savent pas comment se comporter face à l'élection d'Obama. Une victoire de John McCain leur aurait facilité la tache.
* Ahmadinejad doit être dur si des négociations devaient s'ouvrir avec les Etats-Unis. Le principe étant de paraître intransigeant en entamant des négociations pour impressionner son interlocuteur de prime abord.
* Ahmadinejad se présente pour les élections présidentielles en juin. Les Iraniens les plus conservateurs verraient d'un très mauvais œil qu'Ahmadinejad soit conciliant avec Washington.

Les deux dernières raisons sont plus spécifiques au président iranien. La première peut vraiment s'appliquer à l'élite dirigeante. Une possible ambivalence peut naître de la position encore floue du leadership iranien.

Je rajouterai deux conditions avant que des progrès ne soient envisageables :
* Il faut attendre que l'administration Obama ait bien réparti les taches sur l'Iran. J'ai l'impression que tout le monde veut/va/pourrait traiter le dossier. Les angles d'approche ne sont pas toujours les mêmes, mais il faudra une personne pour coordonner l'effort global, ce qui n'est pour le moment pas vraiment le cas. Il semble que Susan Rice remplisse ce rôle. Pour le moment? de manière permanente? Donc pas d'émissaire spécial?
* Je doute que les Iraniens ne se lancent dans un changement d'attitude à l'égard des Etats-Unis avant les élections de juin prochain. Certes, le guide suprême demeure le point focal de la vie politique iranienne quant on en vient à la politique étrangère, mais les relations avec Washington peuvent avoir des répercussions en interne.

dimanche 1 février 2009

Le premier coup de force d'Obama sur al Arabiya

La semaine dernière, Barack Obama a donné sa première interview télé officielle à la chaîne régionale saoudienne Al Arabiya. Marc Lynch, qui blogge désormais pour Foreign Policy, a probablement la meilleure analyse sur le sujet :

"Cela signale l'importance du Moyen Orient pour le nouveau Président, son engagement à s'engager sur la paix arabo-israélienne, son authentique et nouvelle approche avec le monde musulman et sa reconnaissance de l'importance d'une réelle diplomatie publique", écrit Lynch. Il est vrai que le geste est d'un symbolisme incroyable. En plus, il ne faut pas attendre des décisions complexes ou des évènements malheureux pour que de le Président américain se présente sur une chaîne arabe. C'est ce qui est arrivé à plusieurs reprises sous l'administration Bush. Par contre, à l'instar de l'ancien Président, Obama a choisi Al Arabiya plutôt qu'Al Jazira. Plusieurs hypothèses pour cela :
- la chaîne est saoudienne, donc c'est un geste de bonne volonté de la part de Washington à l'égard de Riyad.
- Al Jazira est plus radical dans son propos. Lynch souligne toutefois qu'Obama devra relever le défi.

Lynch voit également un signe clair à Al Hurra, la chaîne en arabe financée par le Congrès américain. Dans le cadre de recherches sur la chaîne, je suis souvent tombé sur les avis de Lynch à son encontre. Il a souvent critiqué Al Hurra - et parfois a reconnu quelques progrès - mais là, il le dit : l'interview d'Obama sur Al Arabiya marque au fer rouge l'échec d'Al Hurra.

Dans un second post, Lynch continue son analyse. Il continue de saluer le geste, mais reconnait que certains problèmes sont déjà présents :
* Si George Mitchell veut entendre de nouvelles idées, il faudrait qu'il aille au-delà des arrêts autorisés, surtout que le monde arabe est très divisé sur le sujet israélo-palestinien comme l'ont montré les différents sommets arabes à ce sujet.
* La politique israélienne est peu encourageante, dans le sens où Benjamin Netanyahu pointe toujours en tête, alors même qu'il n'est pas le meilleur espoir pour la paix.
* Hillary Clinton a fait des remarques sur le droit d'Israël à se défendre qui sont venus contraster l'entretien d'Obama. A moins qu'ils essaient de jouer au good cop-bad cop.
* Pas un mot dans l'entretien sur l'Irak et les réformes démocratiques dans la région.

***UPDATE***

Robert Satloff, directeur de WINEP et animateur d'une émission sur Al Hurra, est déçu par le choix d'al Arabiya. "C'est regrettable qu'Obama n'ait pas donné sa première interview aux téléspectateurs arabes sur al-Hurra", écrit-il. "L'avantage comparatif d'al-Hurra sur le marché télévisuel arabe devrait être que c'est la chaîne à regarder pour tout apprendre sur les Etats-Unis, ses politiques, sa société et sa culture ; ce point ne peut être atteint que si le Président, la Maison Blanche et l'administration emploient de grands moyens dans le cadre de cette mission." Et de conclure en affirmant qu'il serait "triste si l'interview d'al Arabiya signalait un désintérêt similaire [à celui de Bush] pour le succès d'al Hurra de la part de la nouvelle administration".

jeudi 22 janvier 2009

Obama nomme George Mitchell comme émissaire pour le Moyen Orient

Barack Obama a décidé de nommer George Mitchell au poste d'émissaire spécial pour le Moyen Orient. Mitchell est surtout connu pour deux faits majeurs. Il a été émissaire spécial pour les Etats-Unis pour la résolution du conflit en Irlande du Nord qui aboutira à un accord de paix en 1988 et il était à la tête de la commission en charge d'expliquer les raisons de l'explosion de l'Intifada fin 2000. Autrement, je ne connais pas grand chose de ses positions sur le Moyen Orient et le dossier israélo-palestinien plus particulièrement. Dans le rapport Mitchell, la commission appelait à la fin des violences du côté palestinien et l'arrêt de la colonisation (settlement) du côté israélien.

Mitchell était à Jérusalem en conférence dans un centre de recherche le mois dernier, rapporte le Jerusalem Post. Selon Martin Kramer sur un blog du quotidien, Mitchell était venu en repérage pour collecter autant d'informations que possible pour combler ses trous de connaissance de la période 2000-2008.

Le JPost cite une passage marquant - bien que très banal - que Mitchell a prononcé lors d'une interview avec le quotidien au moment de son passage à Jérusalem :
Je comprends que les populations du Moyen Orient sont découragés. Je comprends vos sentiments. Mais de mon expérience en Irlande du Nord, je partage le sentiment que qu'il n'y a pas de conflit qui ne peut se finir. Les conflits sont créés par des êtres humains, et sont finis par des êtres humains. Cela peut prendre du temps, mais avec un leadership engagé, actif et fort, cela peut se dérouler au Moyen Orient.

Un détail attire l'oeil dans l'article. Un représentant du gouvernement israélien estime que l'arrivée de Mitchell correlée à celle de James Jones à la Sécurité Nationale sont problématiques pour Israël. Jones avait fait part de son agacement à voir les Israéliens incapables de démanteler les postes de contrôle illégaux.

Selon cette même source israélienne, Obama a peut-être favorisé un non-Juif à ce poste pour faire preuve d'équilibre. L'entourage d'Obama sur le Moyen Orient est servi en Juifs américains avec Dennis Ross, Martin Indyk et Daniel Kurtzer. Cette interprétation est plausible.

D'une "relation spéciale" à une "relation naturelle" entre Etats-Unis et Israël

Le chroniqueur israélien Akiva Eldra a publié une analyse assez intéressante dans Haaretz. Il est optimiste sur l'administration Obama pour trois raisons :
* Il a plusieurs conseillers juifs (son directeur de cabinet Rahm Emmanuel pour ne nommer que le plus proche) qui connaissent les trucs et astuces d'Israël et les arguments tempérant l'intérêt stratégique pour les Etats-Unis à s'aligner systématiquement avec l'Etat hébreu.
* Il semble que Brent Scowcroft, ancien conseiller en sécurité nationale de George Bush père, soit une importante influence sur la pensée du nouveau président américain. Scowcroft appelle à une redéfinition de la relation avec Israël. Petit aparté : j'ai vu que le dialogue America and the World entre Scowcroft et Zbigniew Brzezinski avaient été traduit en français, je salue l'initiative de l'éditeur).
* James Jones, nouveau conseiller en sécurité nationale d'Obama, est partisan d'une nouvelle approche avec Israël pour passer d'une "relation spéciale" à une "relation naturelle". Pas plus de détails à savoir ce que cela signifie vraiment et j'ai fait une rapide recherche qui me ramène toujours sur l'article d'Haaretz.

mardi 20 janvier 2009

Barack Obama est le nouveau président

Le candidat Barack Obama n'est plus. Le Président-élu Barack Obama. Le Président George Bush n'est plus. Le Président Barack Obama est désormais le nouveau Président des Etats-Unis d'Amérique.

Deux passages que j'ai retenus sur le vif :

To the Muslim world, we seek a new way forward, based on mutual interest and mutual respect.

(...)
To those leaders around the globe who seek to sow conflict, or blame their society's ills on the West - know that your people will judge you on what you can build, not what you destroy. To those who cling to power through corruption and deceit and the silencing of dissent, know that you are on the wrong side of history; but that we will extend a hand if you are willing to unclench your fist.

Une fois la cérémonie terminée après le chant de l'hymne national, Barack Obama et George Bush ont été les premiers à quitter le podium. Barack Obama est rentré en premier dans le Capitol. George Bush l'a suivi. La caméra change d'angle. On peut apercevoir Bush qui se retourne et fait fi de s'adresser à quelqu'un dans la foule et tendant le bras comme s'il le brandissait devant d'un large public et on peut distinctement lire sur ses lèvres : "Thank you". En politique, rien n'est laissé au hasard et ce plan ne l'était probablement pas.

L'ère Bush est terminée. Enfin. Oui, enfin, mais je ne me laisserai pas aller à l'indécence des commentaires de ces derniers jours. Bush a été vilipendé de tous bords, même par ceux qui n'avaient pas osé frapper à mains nues jusqu'alors. J'ai été choqué par la chronique de Bernard Guetta vendredi dernier sur France Inter. J'admire ce journaliste pour la pertinence et la finesse de ses analyses, mais j'ai trouvé que son "Bush a absolument tout raté" était inutile, vain et erroné. L'ère Bush est fini et beaucoup s'en réjouissent déjà. Evitons juste de bercer dans une diatribe de caniveau. Evitons. Laissons à l'histoire le temps de digérer cette difficile période, aux historiens et autres chercheurs le temps de bien l'analyser. Et voyons si vraiment tout a été une catastrophe. Il est possible que le constat soit cinglant, mais pas ultimement noirâtre. Parce que ce que tous les critiques modérés ou radicaux de Bush ont fait ces derniers jours est exactement ce qu'on lui reproche : le manichéisme.

vendredi 16 janvier 2009

Hillary Clinton donne les orientations de la diplomatie américaine

Je viens de lire le discours qu'Hillary Clinton a délivré mardi devant la commission des Affaires Etrangères du Sénat. Quelques petits passages à noter :

Tout d'abord, nous devons assurer la sécurité de notre peuple, de notre nation et de nos alliés. Deuxièmement, nous devons promouvoir croissance économique et partage de la prospérité chez nous comme à l'étranger. Enfin, nous devons renforcer la position de leadership global de l'Amérique - en s'assurant que nous restons une force positive dans le monde, que ce soit en travaillant à préserver la santé de la planète ou en accroissant la dignité et les opportunités pour des peuples en marge dont les progrès et la prospérité nous seront bénéfiques.

(...)
Aujourd'hui, en 2009, la leçon primordiale des vingt dernières années est que nous devons combattre les menaces et saisir les opportunités pour notre interdépendance. Et pour être efficace dans cette tache, nous devons construire un monde avec plus de partenaires et moins d'adversaires. L'Amérique ne peut résoudre seule les problèmes les plus urgents, et le monde ne peut les résoudre sans l'Amérique.

(...)
Je crois que le leadership américain a été voulu, mais l'est toujours. Nous devons utiliser ce que l'on appelle le "smart power". (...) Avec le "smart power", la diplomacy sera à l'avant-garde de notre politique étrangère.

(...)
Nous devons également utiliser les Nations Unies et d'autres institutions internationales dès que c'est approprié et possible. Aussi bien les Présidents démocrates que républicains ont compris depuis des décennies que ces institutions, quand elles fonctionnent bien, améliorent notre influence. Et quand elles ne fonctionnent pas bien - dans les cas du Darfour et de la farce sur l'élection du Soudan dans l'ancienne Commission des Droits de l'Homme de l'ONU par exemple - nous devons travailler avec des amis qui partagent les mêmes idées pour s'assurer que ces institutions reflètent les valeurs qui motivaient leur création."

(...)
Trop souvent, nous voyons les maladies qui nous empestent plus que les possibilités qui nous font face. Nous voyons les menaces qui doivent être gérées ; les mauvais points qui doivent être corrigés ; les conflits qui doivent être calmés. Mais, pas les partenariats qui peuvent être promus ; les droits qui peuvent être renforcés ; les innovations qui peuvent être encouragées ; les peuples à qui l'on peut donner des pouvoirs. Après tout, c'est la réelle possibilité de progrès - de cette vie meilleure, libérée de la peur, de l'envie et de la discorde - qui offre notre plus message le plus captivant au reste du monde.

(...)
J'aimerais prendre un moment pour souligner l'importance d'une approche du bas vers le haut (bottom-up approach) pour assurer que l'Amérique reste une force positive dans le monde. Le Président-élu et moi croyons forcement en cela.

Sur le Moyen Orient plus spécifiquement :
Nous devons activement poursuivre une stratégie au Moyen Orient qui adresse les besoins sécuritaires d'Israël et des aspirations légitimes politiquement et économiquement des Palestiniens ; qui défie efficacement l'Iran pour en finir avec son programme nucléaire d'armement et son soutien à la terreur (terror) et persuadé l'Iran et la Syrie d'abandonner leur comportement dangereux et de devenir des acteurs régionaux constructifs ; quie renforce nos relations avec l'Egypte, la Jordanie, l'Arabie Saoudite et d'autres pays arabes, ainsi qu'avec la Turquie, et avec nos partenaires dans le Golfe pour les impliquer dans l'établissement d'une paix durable dans la région.

Aussi inextricables les problèmes du Moyen Orient peuvent paraître - et beaucoup de Présidents, dont mon mari, ont passé des années à essayer de trouver une résolution - nous ne pouvons abandonner la paix. Le Président-élu et moi comprenons et comprenons profondément le désir d'Israël à se défendre dans les circonstances actuelles et de se libérer des tirs de roquettes du Hamas.Cependant, nous sommes conscients des coûts tragiques et humanitaires des conflits au Moyen Orient, et sommes endoloris par la souffrance des civils palestiniens et israéliens. Cela ne doit que renforcer notre détermination à trouver un accord de paix juste et durable qui apporte une vraie sécurité à Israël, des relations normalisées et positives avec ses voisins, et l'indépendance, le progrès économique et la sécurité aux Palestiniens dans leur propre Etat. Nous exercerons tous les efforts possibles pour soutenir le travail des Israéliens et des Palestiniens qui recherchent ce résultat. Il est critique non seulement aux parties concernées mais à nos intérêts profonds de saper les forces aliénantes et l'extrémisme violent à travers le monde.

mercredi 17 septembre 2008

« Passer d’un accroissement militaire à un accroissement diplomatique »

Pour LeCourant.info, j'ai fait une interview avec Bruce Jentleson, professeur de sciences politiques à l'Université de Duke, spécialiste de politique étrangère américaine et auteur notamment de American Foreign Policy : The Dynamics of Choice in the 21st Century, sur l'engagement américain en Irak à la suite du départ du général Petraeus et l'arrivée du général Odierno.

Le Courant : Pensez-vous que le surge a fonctionné ?

Bruce Jentleson : Je pense que cela a permis une amélioration de la situation par rapport à celle du début de l’année 2007, mais il n’a pas résolu les problèmes. Je pense qu’il faut passer d’un surge militaire à un surge diplomatique. La situation sur le terrain s’est améliorée, toutes les statistiques l’indiquent, mais ce n’est pas suffisant. Nous avons aujourd’hui besoin de diplomatie régionale, de diplomatie internationale et des initiatives à l’intérieur d’Irak pour qu’il y ait la moindre chance de stabilité.

LC : Aujourd’hui, quels sont les principaux défis en Irak ?

BJ : Les principaux défis aujourd’hui sont l’endiguement régional, c’est-à-dire limiter le conflit à l’Irak et éviter que le conflit ne s’étende à d’autres parties de la région et également limiter l’engagement d’autres pays en Irak ; c’est également la réconciliation et la stabilisation politique pour éviter d’incessants actes de violence entre les trois principaux groupes, les Chiites, les Sunnites et les Kurdes.

LC : Pensez-vous que le changement de commandement des armées en Irak -le départ du général Petraeus et l’arrivée du général Odierno- va affecter la situation ?

BJ : De petits changements. Tout le monde attend de voir ce que le résultat des élections [présidentielles américaines] sera. Il y a un changement de commandement au milieu du mois de septembre et dans deux mois, nous avons une élection et quelques mois après, un nouveau président. Si jamais il devait y avoir un changement dans la stratégie actuelle, ce ne serait pas dû à un changement de commandement, mais un changement émanant de l’administration Bush.

LC : Quels changements significatifs peut-on attendre d’une administration Obama ou d’une administration McCain ?

BJ : Avec McCain, ce sera assez similaire. Il croit que le surge résoudra tous les problèmes. Obama a dit quelque chose qui va plus ou moins dans le même sens de ce que j’ai dit précédemment. Il croit que la meilleure solution est de réduire notre présence militaire et d’accroître nos initiatives diplomatiques. Il n’a certes pas établi un calendrier de retrait précis, ce qui serait idiot étant donné que des événements peuvent se passer, il a établi une période de seize mois pour redéployer la plupart de nos troupes militaires et utiliser ce temps pour atteindre les objectifs en matière de diplomatie régionale et de stabilisation intérieure, tout en conservant une présence militaire et en prenant des initiatives diplomatiques. Les deux ont des approches vraiment différentes sur l’Irak.

dimanche 24 août 2008

Le plan de Joe Biden pour l'Irak

Crédit photo : AP

Le sénateur démocrate du Delaware Joe Biden est donc le colistier de Barack Obama pour la course à la Maison Blanche. C'est une formidable nouvelle. Joe Biden est un homme politique hors pair, un globe trotter sans repos, un baroudeur de Washington. Le point fort du sénateur est la politique étrangère. Il en a fait son cheval de bataille depuis des décennies - ça fait 36 ans qu'il est au Sénat. Il est aujourd'hui président de la commission des affaires étrangères du Sénat. Il y a deux ans, Biden, en collaboration avec Leslie Gelb du Council on Foreign Relations, avait proposé un plan pour résoudre la crise en Irak.

Le contexte de l'époque était catastrophique. Les tensions sectaires étaient à leur comble. On était en quasi état de guerre civile. Arrive Joe Biden avec sa stratégie de créer un Etat fédéral séparé en trois régions autonomes. Dans une tribune au New York Times, Biden et Gelb définissent leur projet en cinq points :
* "établir trois régions en grande partie autonomes avec un gouvernement central viable à Bagdad. Les régions kurde, sunnite et chiite seraient responsables de leurs propres lois locales, de l'administration et de la sécurité intérieure. Le gouvernement central se chargerait de la défense des frontières, des affaires étrangères et des revenus pétroliers."

* "attirer les Sunnites à rejoindre le système fédéral avec une offre qu'ils ne peuvent pas refuser. (...) Diriger leur région devrait être de loin préférable aux alternatives : être dominés par les Kurdes et les Chiites au sein du gouvernement central ou être les principales victimes d'une guerre civile."
Le plan prévoyait également de leur garantir 20% des revenus pétroliers pour pallier à la pauvreté du sol de leur région.

* "assurer la protection des droits de la femme et des minorités ethniques et religieuses". L'administration américaine conditionnerait son soutien financier au respect de ces communautés.

* "Le président doit exiger de l'armée qu'elle dresse un plan de retrait et de redéploiement des troupes d'Irak d'ici 2008 (en conservant une présence réduite mais efficace pour combattre le terrorisme et assurer l'honnêteté des voisins). Nous devons éviter un retrait précipité qui conduirait à une explosion nationale, mais nous ne pouvons pas maintenir une présence militaire américaine sur le long terme."

* "sous une tutelle internationale ou des Nations Unies, nous devons convenir d'une conférence régionale pour garantir le respect des frontières irakiennes et de son système fédéral."

Dans une tribune au Washington Post il y a tout juste deux ans, Biden réitérait son plan insistant que ce n'était pas un plan de partition, mais de fédéralisme.

En septembre 2007, le Sénat votait une résolution abondant dans le sens du projet de Joe Biden, un revers pour l'administration Bush, car de nombreux Républicains s'étaient ralliés à cette idée. Le vote était purement symbolique, car la résolution n'était pas contraignante. La résolution a été critiquée par l'administration Bush et par de nombreux hommes politiques irakiens, qui le considéraient comme une partition de l'Irak et une ingérence américaine. Gelb et Biden se sont expliqués dans une tribune au Washington Post début octobre regrettant les déformations de la Maison Blanche et de la classe politique irakienne à propos du plan, répétant qu'il n'était pas question de partition, mais de fédéralisme. Dans la tribune au Times, il ne séparait pas clairement les deux concepts répondant à ceux qui pouvaient affirmer que c'était une partition, qu'une "rupture est déjà en cours".

Aujourd'hui, il est difficile de savoir ce qu'il en est de ce plan et surtout de savoir si Biden maintient tel quel sa position. Son site Internet est inaccessible (aujourd'hui du moins) et il s'est montré discret sur ce sujet ces derniers mois. La décision de nommer Biden a suscité le scepticisme en Irak, car son plan est impopulaire sur place. De plus, la donne a changé, notamment en ce qui concerne les violences sectaires, ce qui pourrait handicaper la viabilité du plan qui se fondait sur un Irak déjà déchiré.


 

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