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jeudi 10 juin 2010

Pourquoi négocier avec l'Iran ?

Charles Kupchan du Council on Foreign Relations et de l'Université de Georgetown donne quatre raisons pour justifier d'un engagement avec l'Iran. Dans la continuité de son nouveau livre, How Enemies Become Friends, qui est sur ma liste de lectures, il explique que tout adversaire peut être amené à négocier si une bonne diplomatie est appliquée.

Voici ses quatre raisons :
1. De nouvelles sanctions ne peuvent avoir un intérêt que si elles viennent en complément d'un front uni sur le plan diplomatique. C'est ce que la nouvelle résolution encourage.

2. Les risques liés à l'abandon de la diplomatie sont tellement élevés qu'il y a tout intérêt à continuer. En effet, on en arriverait à deux possibilités : accepter un Iran nucléaire ou intervenir militairement. Deux options qui ne tentent personne de raisonnablement constitué, estime-t-il. Je suis d'accord, mais le risque demeure que si l'Iran arrive à faire un pied de nez au P5+1 jusqu'à obtenir un niveau de technologie suffisant pour construire des engins nucléaires, cela constituerait un précédent extrêmement problématique. Oui, la Corée du Nord l'a bien fait, mais les pressions internationale et médiatique étaient moins pesantes et elle a eu la délicatesse de se retirer du TNP en 2003 avant de compléter son programme.

mardi 17 mars 2009

Le retour de la Syrie sur la scène internationale

La semaine dernière, je faisais part de la lecture d'un article de Bret Stephens dans Commentary se positionnant contre un dialogue américano-syrien. En toute logique - ou presque -, je me penche sur la position inverse soutenue par Eyal Zisser, professeur à l'Université de Tel Aviv, dans le nouveau numéro de la revue universitaire Mediterranean Politics. L'article traite du retour diplomatique de la Syrie et se pose la question à savoir jusqu'où ce come-back peut mener.

L'auteur explique qu'historiquement, la Syrie a été incapable de profiter des occasions présentées pour améliorer sa situation. Aujourd'hui, pour la première fois depuis la prise de pouvoir de Bachar al-Assad en 2000, Damas peut faire avancer ses pions. Zisser rappelle le contexte dans lequel le dirigeant syrien a succédé à son père. Hafez al-Assad a légué à son fils des relations détendues avec l'Europe et les Etats-Unis. Un processus était en route avec Israël. Autant d'états de fait qui se sont écroulés à cause des évènements qui ont suivis : les attentats du 11 septembre, l'Intifada en 2002, la guerre en Irak, le renouveau de l'affrontement entre le Hezbollah et Israël. Et autant de relations abimés et d'autres renforcées, avec l'Iran et le Hezbollah.

Pour autant, la Syrie connait actuellement un regain de prestige sur la scène internationale. Zisser impute ce changement à plusieurs raisons. Avec Washington, l'arrivée de Barack Obama peut indiquer un changement de position. Les relations entre les deux pays s'étaient particulièrement endommagées après qu'une opération des forces spéciales américaines ait été menée sur le sol syrien en septembre 2008. Le régime syrien s'est montré chaleureux envers Obama. Avec l'Union Européenne, l'auteur remarque que la Syrie est devenue le pays à courtiser surtout après que Nicolas Sarkozy ait fait de Bachar al-Assad un invité d'honneur le 14 juillet, le lendemain du lancement de l'Union Pour la Méditerranée. Trois raisons pour ce revirement :
* Les négociations même si indirectes avec Israël
* La signature des accords de Doha en mai sur le Liban
* Plusieurs changements internes en Europe, comme le départ de Jacques Chirac, profondément anti-syrien, au profit de Sarkozy

Pourquoi alors la situation ne serait-elle pas propice ? Zisser explique que l'objectif syrien n'est souvent pas de faire avancer les choses, mais de maintenir le statu quo à l'intérieur du pays. De plus, l'approche de Damas est dans une logique du tout ou rien, qui paralyse souvent les avancées. Cela étant, l'auteur, certes prudent, envisage l'existence d'une Syrie plus active qui pourrait exploiter les différentes pistes de paix. Il faut pour cela que les Etats-Unis s'engagent plus et dans le même temps, l'auteur estime que al-Assad n'a ni la volonté ni les capacités pour faire imposer des décisions difficiles. L'auteur reste pragmatique :

En dehors de ce qui vient d'être dit, à la lumière de l'inefficacité montrée par les Américains et les Européens dans leur conduite à l'égard de la Syrie ces dernières années, il est possible qu'une idée de dialogue avec Damas ne soit pas une si mauvaise nouvelle après tout. De toute manière, le dialogue est préférable aux tensions et à la violence. De plus, le dialogue peut ouvrir des portes ou peut-être au moins préparer le terrain pour une percée une fois les conditions affinées. Toutefois, nous devons persister à avoir une vision réalistique et sobre de ce qui peut être ou non atteint avec les Syriens. En ce moment, il semblerait qu'il y ait bien peu à attendre.

jeudi 5 mars 2009

Etrats-Unis/Iran : "arrêter de ne pas parler"

James Dobbins, aujourd'hui à la RAND Corporation, écrit dans le Washington Post que le meilleur moyen pour les Etats-Unis de commencer à dialoguer avec l'Iran est "d'arrêter de ne pas parler". Il explique que l'administration Obama est face à un dilemme avec Téhéran. Barack Obama a clairement annoncé qu'il fallait discuter avec l'Iran ce qui mettrait fin au gel diplomatique qui existe entre les deux pays à la suite de la prise de l'ambassade américaine à Téhéran en 1979. Le problème est qu'il y a des élections présidentielles en juin et les Américains craignent que le dialogue irano-américain ne renforce la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, qui est souvent présenté comme en difficulté pour ce scrutin, au détriment d'autres candidats plus appréciés par l'Occident, notamment Mohammad Khatami, officiellement candidat depuis un mois. D'un autre côté, le programme nucléaire iranien impose l'urgence.

Dobbins conseille donc de commencer par une étape simple : lever l'interdiction de dialogue avec les Iraniens. Son idée consiste à autoriser les diplomates à rencontrer et discuter avec leurs homologues iraniens à toute occasion où des intérêts sont en commun. Les plus évidents sont l'Irak et l'Afghanistan. L'auteur prévient qu'il ne faut pas tenir une conférence de presse à chaque fois qu'une rencontre s'effectue, que ces dialogues n'ont pas vocation à solutionner les tensions entre les deux pays, mais juste pour enclencher un processus.

Les différends ne peuvent être réglés par cette voie. A l'instar de Dennis Ross, il se positionne en faveur de négociations secrètes entre Téhéran et Washington pour enterrer la hache de guerre. Avant cela, tout simplement discuter.

vendredi 16 janvier 2009

Hillary Clinton donne les orientations de la diplomatie américaine

Je viens de lire le discours qu'Hillary Clinton a délivré mardi devant la commission des Affaires Etrangères du Sénat. Quelques petits passages à noter :

Tout d'abord, nous devons assurer la sécurité de notre peuple, de notre nation et de nos alliés. Deuxièmement, nous devons promouvoir croissance économique et partage de la prospérité chez nous comme à l'étranger. Enfin, nous devons renforcer la position de leadership global de l'Amérique - en s'assurant que nous restons une force positive dans le monde, que ce soit en travaillant à préserver la santé de la planète ou en accroissant la dignité et les opportunités pour des peuples en marge dont les progrès et la prospérité nous seront bénéfiques.

(...)
Aujourd'hui, en 2009, la leçon primordiale des vingt dernières années est que nous devons combattre les menaces et saisir les opportunités pour notre interdépendance. Et pour être efficace dans cette tache, nous devons construire un monde avec plus de partenaires et moins d'adversaires. L'Amérique ne peut résoudre seule les problèmes les plus urgents, et le monde ne peut les résoudre sans l'Amérique.

(...)
Je crois que le leadership américain a été voulu, mais l'est toujours. Nous devons utiliser ce que l'on appelle le "smart power". (...) Avec le "smart power", la diplomacy sera à l'avant-garde de notre politique étrangère.

(...)
Nous devons également utiliser les Nations Unies et d'autres institutions internationales dès que c'est approprié et possible. Aussi bien les Présidents démocrates que républicains ont compris depuis des décennies que ces institutions, quand elles fonctionnent bien, améliorent notre influence. Et quand elles ne fonctionnent pas bien - dans les cas du Darfour et de la farce sur l'élection du Soudan dans l'ancienne Commission des Droits de l'Homme de l'ONU par exemple - nous devons travailler avec des amis qui partagent les mêmes idées pour s'assurer que ces institutions reflètent les valeurs qui motivaient leur création."

(...)
Trop souvent, nous voyons les maladies qui nous empestent plus que les possibilités qui nous font face. Nous voyons les menaces qui doivent être gérées ; les mauvais points qui doivent être corrigés ; les conflits qui doivent être calmés. Mais, pas les partenariats qui peuvent être promus ; les droits qui peuvent être renforcés ; les innovations qui peuvent être encouragées ; les peuples à qui l'on peut donner des pouvoirs. Après tout, c'est la réelle possibilité de progrès - de cette vie meilleure, libérée de la peur, de l'envie et de la discorde - qui offre notre plus message le plus captivant au reste du monde.

(...)
J'aimerais prendre un moment pour souligner l'importance d'une approche du bas vers le haut (bottom-up approach) pour assurer que l'Amérique reste une force positive dans le monde. Le Président-élu et moi croyons forcement en cela.

Sur le Moyen Orient plus spécifiquement :
Nous devons activement poursuivre une stratégie au Moyen Orient qui adresse les besoins sécuritaires d'Israël et des aspirations légitimes politiquement et économiquement des Palestiniens ; qui défie efficacement l'Iran pour en finir avec son programme nucléaire d'armement et son soutien à la terreur (terror) et persuadé l'Iran et la Syrie d'abandonner leur comportement dangereux et de devenir des acteurs régionaux constructifs ; quie renforce nos relations avec l'Egypte, la Jordanie, l'Arabie Saoudite et d'autres pays arabes, ainsi qu'avec la Turquie, et avec nos partenaires dans le Golfe pour les impliquer dans l'établissement d'une paix durable dans la région.

Aussi inextricables les problèmes du Moyen Orient peuvent paraître - et beaucoup de Présidents, dont mon mari, ont passé des années à essayer de trouver une résolution - nous ne pouvons abandonner la paix. Le Président-élu et moi comprenons et comprenons profondément le désir d'Israël à se défendre dans les circonstances actuelles et de se libérer des tirs de roquettes du Hamas.Cependant, nous sommes conscients des coûts tragiques et humanitaires des conflits au Moyen Orient, et sommes endoloris par la souffrance des civils palestiniens et israéliens. Cela ne doit que renforcer notre détermination à trouver un accord de paix juste et durable qui apporte une vraie sécurité à Israël, des relations normalisées et positives avec ses voisins, et l'indépendance, le progrès économique et la sécurité aux Palestiniens dans leur propre Etat. Nous exercerons tous les efforts possibles pour soutenir le travail des Israéliens et des Palestiniens qui recherchent ce résultat. Il est critique non seulement aux parties concernées mais à nos intérêts profonds de saper les forces aliénantes et l'extrémisme violent à travers le monde.

mardi 22 juillet 2008

Soldats US : La promotion de la démocratie n'est pas une priorité

Petit aparté qui certes conserve un intérêt pour le Moyen Orient. Selon un récent sondage publié par The Center for US Global Engagement (pdf), les officiers engagés dans l'armée américaine estiment que l'usage de moyens non-militaires (diplomatie, éducation, programmes d'aide au développement, nourriture...) doit primer sur le recours à la force. Parmi les officiers, ce sentiment est partagé à 52%, 36% jugeant que la proportion actuelle est adéquate. Ils sont 80% à considérer les efforts non-militaires comme importants pour la sauvegarde de la sécurité nationale. La différence est minime avec les officiers de haut rang. 57% favorisent les efforts diplomatiques et 82% les considèrent importants.

Une donnée tout à fait intéressante dans ce sondage est que les officiers, quelque soit leur rang, ne pensent pas que la promotion de la démocratie doit être une priorité essentielle. Ils ne sont que 50% à le penser et cette position arrive en dernier dans les résultats, loin derrière un meilleur entraînement en contre-insurrection (87%), une augmentation des efforts de coopération et de diplomatie (83%) et une amélioration des capacités militaires de réponse rapide (81%), pour ne citer que les plus plébiscitées. Le président George Bush a pourtant privilégié la promotion de la démocratie dans son agenda en matière de politique étrangère.

lundi 30 juin 2008

Abscence des Américains, mais pas inutilité de leur rôle

Brian Katulis et Maria Rudman écrivent dans une tribune publiée par la newsletter Middle East Progress que les Etats-Unis conservent un rôle essentiel dans la politique du Moyen Orient. Si cette prise de position peut paraître étonnante quand les Américains sont engagés en Irak, quand la Secrétaire d'Etat Condoleezza Rice ne cessent de se rendre dans la région, quand Barak Obama, candidat démocrate à la présidence américaine, annonce une tournée au Moyen Orient.

Pourtant, plusieurs récentes avancées dans la politique régionale se sont conclues sans intervention de Washington. Le premier concerne l'accord trouvé entre les différentes factions politiques libanaises sous la houlette du Qatar. Puis, la Turquie a relancé les négociations de paix entre Israël et la Syrie officiellement gelées depuis sept ans. Enfin, l'Egypte a réussi à trouver un terrain d'entente entre le Hamas et Israël pour que les deux parties décrètent un cessez-le-feu.

Certes, aucune de ces étapes n'est irréversible - preuve en est avec le cessez-le-feu entre Gaza et Israël. Il n'empêche que la diplomatie américaine est absente de ces occasions. Pour les chercheurs du think tank américain The Center for American Progress :
L'absence troublante des Etats-Unis ne doit pas suggérer qu'ils sont inutiles ou incapables ; plutôt cela doit renforcer l'idée que pour aboutir à des progrès et à une stabilité dans la région, une Amérique qui s'allie avec d'autres pays, qui garde un œil sur l'horizon et qui aide à diriger les négociations est essentielle.
Une critique que les deux auteurs ne formulent pas, mais tout l'indique, est que les Etats-Unis doivent travailler avec des partenaires dans la région, plutôt que de faire cavalier seul. Les Etats-Unis ont besoin "d'une gestion détaillée des différents champs d'action au Moyen Orient - et une vision de la destination finale - ce qui a clairement manqué".

Ils tiennent également à souligner que les enjeux actuels ne peuvent être jetés sur la prochaine administration américaine comme une patate chaude. Sept mois sans activité diplomatique, c'est impensable, affirment-ils. Les auteurs ne prônent pas des actions de grande envergure qui pourraient seller l'héritage de George Bush. Au contraire, ils envisagent une diplomatie des petits pas. Sur l'Iran par exemple, ils encouragent les Américains à continuer de travailler avec plusieurs pays occidentaux sur des sanctions à l'ONU comme des sanctions économiques, mais insistent qu'il faut coordonner les efforts avec les puissances régionales, notamment la Turquie et l'Arabie Saoudite. Sur la question israélo-arabe, Katulis et Rudman estiment que l'administration Bush doit continuer à essayer de trouver un accord d'ici à la fin de l'année mais également préparer les différents acteurs régionaux à une transition avec la prochaine administration toute en douceur si les négociations actuelles n'aboutissent pas.

Ils concluent en affirmant que la diplomatie américaine dans la région ne peut fonctionner que si le gouvernement, à Washington, "prête attention aux détails et que s'il a une approche globale - assurer la coordination entre les différents départements (ministères), la responsabilité pour les actions prises et le suivi adéquat des mécanismes". Pour réussir, les Américains doivent s'attarder sur "les petits détails autant que sur l'objectif final pour atteindre ce dernier".
 

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