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lundi 22 septembre 2008

5 points de tension et 10 défis en Irak, selon le CAP

Le think tank américain The Center for American Progress a publié un rapport sur l'Irak intitulé 'La Transition politique irakienne après le surge'. Il a été co-écrit par deux chercheurs du CAP Brian Katulis et Peter Juul et Marc Lynch, professeur à l'université de George Washington.

Cette analyse s'inscrit dans un débat sur l'impact du surge. Efficace ou non ? Ce à quoi les auteurs répondent avec beaucoup de prudence. Il a permis une réduction de la violence, mais il "a échoué dans son objectif principal : arriver à une consolidation durable du pouvoir parmi les différentes forces politiques irakiennes". Selon le rapport, le surge a eu l'effet inverse. Il a renforcé le gouvernement dominé par les Chiites.

Les auteurs énumèrent cinq points de tension en Irak :
* centralisateurs VS. décentralisateurs : ceux qui promeuvent un pouvoir central contre ceux qui soutiennent un renforcement de l'importance des provinces.
* ceux qui ont le pouvoir VS. les challengers : certains groupes, comme le Dawa, l'ISCI et les factions kurdes, ont profité de leur présence au gouvernement pour accumuler du pouvoir, alors que d'autres groupes, comme les Fils d'Irak et les Sadristes entre autres cherchent à en obtenir plus.
* Sunnites VS. Chiites : les tensions ont diminué, mais restent saillantes.
* Arabes VS. Kurdes : les tensions sont particulièrement palpables à Kirkouk.
* factions religieuses VS. factions laïques : opposition entre les groupes qui se concentrent sur la nature religieuse du régime irakien et ceux qui perçoivent la politique comme un moyen d'inclure des structures religieuses durables dans le pays.

Le rapport indique également dix défis que l'Irak doit désormais affronter et qui n'ont pas été résolus par le surge. Mais, attention, préviennent les auteurs, cela doit se faire selon les termes des Irakiens, sans que les Américains n'imposent de solution :
1. l'accord de sécurité américano-irakien
2. les élections et les pouvoirs provinciaux
3. les réfugiés et les déplacés en Irak
4. le démembrement et l'intégration des milices et d'autres groupes armés
5. une révision constitutionnelle
6. Kirkouk et d'autres territoires disputés et l'Article 140
7. mise en application de la réforme sur la "débaasificaion"
8. mise en application de l'amnistie
9. le pétrole et les lois de partage de ses revenus
10. la capacité de l'Etat, la gouvernance et l'anti-corruption

Pour les auteurs, les Etats-Unis n'ont pas à ingérer sur certaines des dossiers, qui n'ont pas d'impact sur la sécurité nationale américaine. "Les Etats-Unis doivent revoir leur approche en matière de sécurité nationale en s'écartant des tranchées des disputes intra-irakiennes sur le pouvoir et en se refocalisant sur les intérêts centraux de sa sécurité nationale."

lundi 30 juin 2008

Abscence des Américains, mais pas inutilité de leur rôle

Brian Katulis et Maria Rudman écrivent dans une tribune publiée par la newsletter Middle East Progress que les Etats-Unis conservent un rôle essentiel dans la politique du Moyen Orient. Si cette prise de position peut paraître étonnante quand les Américains sont engagés en Irak, quand la Secrétaire d'Etat Condoleezza Rice ne cessent de se rendre dans la région, quand Barak Obama, candidat démocrate à la présidence américaine, annonce une tournée au Moyen Orient.

Pourtant, plusieurs récentes avancées dans la politique régionale se sont conclues sans intervention de Washington. Le premier concerne l'accord trouvé entre les différentes factions politiques libanaises sous la houlette du Qatar. Puis, la Turquie a relancé les négociations de paix entre Israël et la Syrie officiellement gelées depuis sept ans. Enfin, l'Egypte a réussi à trouver un terrain d'entente entre le Hamas et Israël pour que les deux parties décrètent un cessez-le-feu.

Certes, aucune de ces étapes n'est irréversible - preuve en est avec le cessez-le-feu entre Gaza et Israël. Il n'empêche que la diplomatie américaine est absente de ces occasions. Pour les chercheurs du think tank américain The Center for American Progress :
L'absence troublante des Etats-Unis ne doit pas suggérer qu'ils sont inutiles ou incapables ; plutôt cela doit renforcer l'idée que pour aboutir à des progrès et à une stabilité dans la région, une Amérique qui s'allie avec d'autres pays, qui garde un œil sur l'horizon et qui aide à diriger les négociations est essentielle.
Une critique que les deux auteurs ne formulent pas, mais tout l'indique, est que les Etats-Unis doivent travailler avec des partenaires dans la région, plutôt que de faire cavalier seul. Les Etats-Unis ont besoin "d'une gestion détaillée des différents champs d'action au Moyen Orient - et une vision de la destination finale - ce qui a clairement manqué".

Ils tiennent également à souligner que les enjeux actuels ne peuvent être jetés sur la prochaine administration américaine comme une patate chaude. Sept mois sans activité diplomatique, c'est impensable, affirment-ils. Les auteurs ne prônent pas des actions de grande envergure qui pourraient seller l'héritage de George Bush. Au contraire, ils envisagent une diplomatie des petits pas. Sur l'Iran par exemple, ils encouragent les Américains à continuer de travailler avec plusieurs pays occidentaux sur des sanctions à l'ONU comme des sanctions économiques, mais insistent qu'il faut coordonner les efforts avec les puissances régionales, notamment la Turquie et l'Arabie Saoudite. Sur la question israélo-arabe, Katulis et Rudman estiment que l'administration Bush doit continuer à essayer de trouver un accord d'ici à la fin de l'année mais également préparer les différents acteurs régionaux à une transition avec la prochaine administration toute en douceur si les négociations actuelles n'aboutissent pas.

Ils concluent en affirmant que la diplomatie américaine dans la région ne peut fonctionner que si le gouvernement, à Washington, "prête attention aux détails et que s'il a une approche globale - assurer la coordination entre les différents départements (ministères), la responsabilité pour les actions prises et le suivi adéquat des mécanismes". Pour réussir, les Américains doivent s'attarder sur "les petits détails autant que sur l'objectif final pour atteindre ce dernier".
 

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