Martin Kramer sur Middle East Strategy at Harvard vient nous éclairer sur ce qu'est l'Asie du sud-ouest et la genèse de la confusion dont je me suis délecté dans des posts précédents. Pour rappel, Dennis Ross a été nommé conseiller spécial pour l'Asie du sud-ouest et le Golfe. Le problème était que Robert Wood, le porte-parole du Département d'Etat par intérim, ne savait pas définir les pays inclus dans l'Asie du sud-ouest.
Donc le terme "Asie du sud-ouest" n'est pas nouveau dans la terminologie utilisée par les Américains. Le concept date de 1979 et l'invasion de l'Afghanistan par l'Union Soviétique. Pour se justifier, les stratégistes de la Guerre froide cherchaient à montrer que cette région était cruciale pour les intérêts américains, car elle se trouvait au sud de l'URSS, qui avait des projets d'extension dans la zone. Donc, très rapidement, Zbigniew Brzezinski et Jimmy Carter ont utilisé le terme pour bien faire comprendre l'importance qu'il fallait attacher à l'invasion soviétique et le danger qu'elle représentait pour les intérêts américains.
L'Asie du sud-ouest correspondait en gros à "l'arc de crise" de Brzezinski qui allait du sous-continent indien à la Turquie en passant par le sud et la Péninsule arabique ainsi que la Corne de l'Afrique. Donc, un gros territoire, mais surtout comme le note Kramer, non pas un espace géographique, mais un espace stratégique dans la logique de Guerre froide. Cette définition a été reprise par la CIA et le Pentagon, mais peu par le Département d'Etat, qui préfère Moyen Orient (Middle East), voire parfois Proche-Orient (Near East). D'ailleurs, il y a un Bureau pour les affaires du Proche-Orient.
D'où la confusion, car si l'Asie du sud-ouest du Département d'Etat incluait le Pakistan et l'Afghanistan, alors il y aurait une interférence avec Richard Holbrooke, émissaire spécial pour cette zone. Mais, alors pourquoi le Département d'Etat s'est-il accordé sur une définition a minima visiblement sans Afghanistan et Pakistan, alors que le communiqué de presse parlait de deux guerres ? Les spéculations indiquent qu'Holbrooke aurait fait pression pour que cela soit changé.
Un éclaircissement très intéressant, qui ne cache pas la confusion. Une nouvelle définition qui n'est pas géographique, ni même stratégique, mais qui émane de différends internes.
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mardi 3 mars 2009
dimanche 7 décembre 2008
Mesurer les risques d'engagement au Moyen Orient
Dans un post sur son blog, Martin Kramer offre un argument peu usité ces temps-ci, surtout en Europe : le fait que le dialogue fait du mal. L'universitaire explique en quoi au Moyen Orient, engager des discussions avec une autre partie le légitime et donc le rend plus fort.
Selon Kramer, il est nécessaire que les supporters du dialogue et des négociations avec l'Iran, le Hamas et le Hezbollah le prennent en compte. L'islam radical est une réalité qu'il ne faut pas balayer d'un geste de la main. Les partisans du dialogue estiment que l'Iran, le Hamas et le Hezbollah sont conduits par des aspirations de réparations contre des humiliations ou des injustices et qu'une fois réparations faites, ils se rangeront.
Kramer tire ici la sonnette d'alarme. Le schéma de pensée des Islamistes se définit ainsi, selon lui :
Ce qui conduit au deuxième risque évoqué par Martin Kramer : une concession ne sera pas perçue comme un engagement pour une résolution, mais comme un signe de faiblesse et que les tactiques utilisées jusqu'à présent fonctionnent et qu'il n'y a aucune raison d'en changer. Il ne se positionne contre l'engagement, mais il estime essentiel de se poser la question des conséquences de ces dialogues. "Au Moyen Orient, l'idée qu'il n'y a 'aucun mal à parler' est complètement incompréhensible", écrit-il. "Il importe à qui l'on parle, parce que vous légitimez vos interlocuteurs. Cela explique le refus arabe de normaliser les relations avec Israël."
Martin Kramer ne pense que la promotion incessante de la paix et de la démocratie soient les meilleurs véhicules d'une résolution des conflits et que cela passe par une volonté d'alterner "soft power", "hard power" et "will power". Trois concepts que l'on ne peut guère traduire, mais qui sont empreints de réalisme plutôt que d'idéalisme.
Selon Kramer, il est nécessaire que les supporters du dialogue et des négociations avec l'Iran, le Hamas et le Hezbollah le prennent en compte. L'islam radical est une réalité qu'il ne faut pas balayer d'un geste de la main. Les partisans du dialogue estiment que l'Iran, le Hamas et le Hezbollah sont conduits par des aspirations de réparations contre des humiliations ou des injustices et qu'une fois réparations faites, ils se rangeront.
Kramer tire ici la sonnette d'alarme. Le schéma de pensée des Islamistes se définit ainsi, selon lui :
les ennemis de l'islam - l'Amérique, l'Europe, les Chrétiens, les Juifs, Israël - possèdent beaucoup plus de pouvoir que les Musulmans croyants en ont. Mais, si les Musulmans retrouvent leur foi, nous pouvons nous réapproprier le vaste pouvoir que nous exercions dans le passé, quand l'islam dominait le monde comme l'Occident le domine aujourd'hui. Les Islamistes croient qu'au travers de la foi - caractérisé par un sacrifice de soi et par le martyr - ils peuvent renverser l'histoire.
Ce qui conduit au deuxième risque évoqué par Martin Kramer : une concession ne sera pas perçue comme un engagement pour une résolution, mais comme un signe de faiblesse et que les tactiques utilisées jusqu'à présent fonctionnent et qu'il n'y a aucune raison d'en changer. Il ne se positionne contre l'engagement, mais il estime essentiel de se poser la question des conséquences de ces dialogues. "Au Moyen Orient, l'idée qu'il n'y a 'aucun mal à parler' est complètement incompréhensible", écrit-il. "Il importe à qui l'on parle, parce que vous légitimez vos interlocuteurs. Cela explique le refus arabe de normaliser les relations avec Israël."
Martin Kramer ne pense que la promotion incessante de la paix et de la démocratie soient les meilleurs véhicules d'une résolution des conflits et que cela passe par une volonté d'alterner "soft power", "hard power" et "will power". Trois concepts que l'on ne peut guère traduire, mais qui sont empreints de réalisme plutôt que d'idéalisme.
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