Comme beaucoup de personnes, je ne connaissais pas l'existence du groupe Jundallah qui est l'auteur d'un double attentat retentissant contre les Pasdaran, l'unité d'élite des Gardes Révolutionnaires iraniens hier. Donc, je me suis enquis d'en savoir plus à leur sujet et notamment sur les questions des relations entre Jundallah, le Pakistan et les Etats-Unis, deux Etats que l'Iran accuse.
Dans un article publié en décembre dernier par la revue peer-reviewed Strategic Analysis, Sumita Kumar analyse les relations irano-pakistanaises et le rôle des Etats-Unis. Les relations entre les deux pays sont assez complexes. Quelques points pourraient laisser penser que les deux pays ne sont pas en mauvais terme. L'Iran est le premier pays à avoir reconnu l'indépendance du Pakistan ; Téhéran a soutenu Islamabad dans les guerres de 1965 et 1971.
Il y a trois niveaux d'étude dans l'analyse de Kumar : le nucléaire, l'énergie et les dissidents. Sur le nucléaire, le Pakistan a fourni de nombreuses informations à l'Iran via le réseau du Dr. Khan. Dans l'ensemble, Islamabad soutient les intentions nucléaires de Téhéran et ce dans la logique que la "bombe islamique" n'a pas vocation à rester confinée à l'Iran. Il semble toutefois que les Etats-Unis aient convaincu le Pakistan de stopper son soutien.
Dans le domaine énergétique, l'Inde, l'Iran et le Pakistan sont impliqués dans un projet de gazoduc, le fameux IPI qui est extrêmement important aux yeux des trois pays, mais que les Etats-Unis aimeraient contrer, car ce gros projet va à l'encontre de la politique d'isolement de l'Iran recherchée par Washington. Malgré les appels du pied américains, Islamabad ne semble pas enclin à répondre favorablement aux attentes américaines.
Le sujet du jour reste l'éventuel soutien pakistanais et américain à Jundallah. Ce groupe fait partie de la minorité baloutche en Iran qui représente entre 1 et 4 millions de personnes, quasiment tous sunnites. Ils habitent principalement à la frontière poreuse avec le Pakistan ; l'économie est mauvaise et la région peu développée. Le pouvoir central a du mal à maîtriser cette province qui est apparemment devenu un terreau pour les trafiquants en tous genres. On évoque des liens avec Al Qa'ida, mais Jundallah a toujours nié. Pour Chris Zambelis dans Terrorism Monitor, rien ne prouve un lien et surtout il y a des indicateurs quant au fait que Jundallah veut s'éloigner de la mouvance extrémiste sunnite. En effet, le nom du groupe est teinté de connotation religieuse, "les brigades de Dieu", et la récente introduction du nom "Le Mouvement de Résistance du Peuple d'Iran" laisse à penser que le groupe baloutche veut réintroduire la notion de combat ethnique auprès de l'opinion internationale et s'éloigner des connotations alqa'idesques.
Plusieurs sources indiqueraient également un soutien pakistanais et américain à Jundallah, mais des questions demeurent. Pour Kumar, des incertitudes demeurent sur le niveau d'implication et de soutien d'Islamabad. Pour Chris Zambelis, Jundallah se voit pris en sandwich entre le Pakistan et l'Iran ; selon lui, le projet IPI est tellement important pour les deux pays qu'ils ne veulent pas courir le risque qu'un groupe de rebelles vienne contrecarrer leurs plans. Quant au soutien américain, ABC révélait que Washington encourageait et conseillait Jundallah, mais que cela se faisait de manière discrète - sans financement direct, mais via les exilés iraniens (enquête que Laura Rozen a décortiquée). Seymour Hersh dans The New Yorker parlait également des liens qui existaient entre les deux parties, mais il est difficile de vérifier la véracité de ses propos et surtout de quel type de lien il s'agit. Pour Kumar, cela va jusqu'à des entraînements avec les Américains sur la base de Bagram en Afghanistan en 2006, mais on peut se demander qui sont ses sources. Bref, on rentre ici dans les affaires les plus sombres et secrètes possibles et rien n'indique qu'il n'y ait pas de la désinformation de tous les côtés, Iraniens, Baloutches, Pakistanais et Américains.
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lundi 19 octobre 2009
lundi 27 octobre 2008
Le raid américain en Syrie est entouré de mystères
Hier dans la soirée, un raid américain a tué huit personnes à la frontière entre la Syrie et l'Irak. Qualifié de "succès" par les Américains et de "crime de guerre" par les Syriens, l'objectif de l'armée américaine était d'arrêter des "combattants étrangers" entrant en Irak. Du côté du site d'analyses Stratfor (plus accessible librement) comme chez Joshua Landis sur Syria Comment, le raid s'explique mal.
Selon Stratfor, ce n'est pas la première fois que les Etats-Unis mènent des raids à la frontière, mais c'est la première fois que la Syrie est aussi bruyante. Pourquoi ? La question reste en suspens. Selon Joshua Landis, spécialiste de la Syrie, les relations entre les Etats-Unis et la Syrie sont tendues, mais beaucoup moins qu'à une certaine époque. En décembre dernier, alors qu'il commandait l'armée américaine en Irak, le général Petraeus soulignait les améliorations à la frontière entre la Syrie et l'Irak, perçue auparavant comme un gruyère où passaient des centaines d'insurgés sunnites.
Autre souci. Pourquoi maintenant ? Les combats d'insurgés ont largement diminué. Selon des sources anonymes américaines citées dans la presse, les personnes visées étaient des membres d'Al Qaïda. Peut-être était-ce l'objectif, mais une fois encore, les combattants d'Al Qaïda sont beaucoup moins nombreux qu'il y a deux ans. Landis pense que l'opération émane non pas de la Maison Blanche mais de l'état major. Petraeus était certes prêt à se rendre à Damas pour négocier une meilleure coopération sur le renseignement entre Américains et Syriens, mais le refus persistant de Damas pourrait être à l'origine de cette attaque. Autre hypothèse envisagée par le retraité colonel Lang sur son blog : le Pentagon laisse un grand champ d'action aux forces spéciales en charge du contre-terrorisme et il est possible qu'ils aient obtenu des renseignements suffisants (acting intelligence en anglais) pour mener une action contre le suspect-terroriste.
Il ne faut pas oublier que l'armée américaine a conduit le même type d'opérations au Pakistan contre des combattants ennemis réfugiés de l'autre côté de la frontière. Cela provoque la rage d'Islamabad, car les Etats-Unis agissent contre l'accord du gouvernement pakistanais. Il est tout à fait envisageable que les Américains aient agi de la sorte en Syrie. N'ayant plus grand chose à perdre et ne voyant pas les régimes voisins prendre les mesures nécessaires, les Etats-Unis décident unilatéralement de prendre les opérations en main.
Pourquoi maintenant ? Pour une raison de timing assez simple. Damas ne va rien promettre à Washington avant l'arrivée d'une nouvelle administration, donc il n'y a rien à gagner dans de sempiternelles négociations. Autant frapper pour montrer que les Etats-Unis ne sont pas prêts à ménager le régime syrien s'il entrave les intérêts américains.
Décidément, la Syrie a un talent pour que les opérations étrangères (ou peut-être pas) soient enveloppées d'une épaisse couche de secrets.
Selon Stratfor, ce n'est pas la première fois que les Etats-Unis mènent des raids à la frontière, mais c'est la première fois que la Syrie est aussi bruyante. Pourquoi ? La question reste en suspens. Selon Joshua Landis, spécialiste de la Syrie, les relations entre les Etats-Unis et la Syrie sont tendues, mais beaucoup moins qu'à une certaine époque. En décembre dernier, alors qu'il commandait l'armée américaine en Irak, le général Petraeus soulignait les améliorations à la frontière entre la Syrie et l'Irak, perçue auparavant comme un gruyère où passaient des centaines d'insurgés sunnites.
Autre souci. Pourquoi maintenant ? Les combats d'insurgés ont largement diminué. Selon des sources anonymes américaines citées dans la presse, les personnes visées étaient des membres d'Al Qaïda. Peut-être était-ce l'objectif, mais une fois encore, les combattants d'Al Qaïda sont beaucoup moins nombreux qu'il y a deux ans. Landis pense que l'opération émane non pas de la Maison Blanche mais de l'état major. Petraeus était certes prêt à se rendre à Damas pour négocier une meilleure coopération sur le renseignement entre Américains et Syriens, mais le refus persistant de Damas pourrait être à l'origine de cette attaque. Autre hypothèse envisagée par le retraité colonel Lang sur son blog : le Pentagon laisse un grand champ d'action aux forces spéciales en charge du contre-terrorisme et il est possible qu'ils aient obtenu des renseignements suffisants (acting intelligence en anglais) pour mener une action contre le suspect-terroriste.
Il ne faut pas oublier que l'armée américaine a conduit le même type d'opérations au Pakistan contre des combattants ennemis réfugiés de l'autre côté de la frontière. Cela provoque la rage d'Islamabad, car les Etats-Unis agissent contre l'accord du gouvernement pakistanais. Il est tout à fait envisageable que les Américains aient agi de la sorte en Syrie. N'ayant plus grand chose à perdre et ne voyant pas les régimes voisins prendre les mesures nécessaires, les Etats-Unis décident unilatéralement de prendre les opérations en main.
Pourquoi maintenant ? Pour une raison de timing assez simple. Damas ne va rien promettre à Washington avant l'arrivée d'une nouvelle administration, donc il n'y a rien à gagner dans de sempiternelles négociations. Autant frapper pour montrer que les Etats-Unis ne sont pas prêts à ménager le régime syrien s'il entrave les intérêts américains.
Décidément, la Syrie a un talent pour que les opérations étrangères (ou peut-être pas) soient enveloppées d'une épaisse couche de secrets.
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