dimanche 26 avril 2009

Le roi de Jordanie : résoudre le conflit israélo-palestinien est la clé



Je viens de découvrir que CNBC retransmettait l'émission Meet the Press de NBC le dimanche soir. Grand amateur de l'émission, cela a été une excellente découverte. J'en sors donc. En plus, David Gregory - qui remplace avec brio, je trouve, feu Tim Russert - accueillait le roi Abdallah de Jordanie. Le dirigeant jordanien a passé la semaine aux Etats-Unis à enchaîner les entretiens et rencontres avec différentes délégations politiques et militaires.

Plusieurs points m'ont marqué dans l'interview du roi Abdallah. A toute question sur le Moyen Orient, la solution est dans la résolution du conflit israélo-palestinien, auquel il a souvent fait référence en l'appelant "la Palestine et Jérusalem". Que ce soit le terrorisme, Al Qaïda ou l'Iran. Le roi Abdallah le reconnaît d'ailleurs volontiers. Un systématisme qui se justifie parfois, mais sur l'Iran, cela me parait caduc. Selon lui, si le dossier israélo-palestinien était résolu, les Iraniens recalculeraient leur choix de poursuivre un programme nucléaire! Cela me parait étrangement optimiste. Certes, le leadership iranien est devenu le champion de la cause palestinienne dans la région, mais de là à penser qu'une résolution du conflit lui ferait revoir ses plans, c'est un pas que je ne vois pas les Iraniens franchir si mécaniquement.

En effet, le roi Abdallah a fait référence à un document signé par les 57 nations dans le monde qui n'ont pas de relations diplomatiques avec Israël. Ce document indique que si Israël fait la paix avec les Palestiniens et autorise la création d'un Etat palestinien, ces pays reconnaitront l'Etat hébreu. Il a tenu le même discours à David Ignatius du Washington Post, la paix pour Israël est une paix avec 57 Etats. Et pour lui, une résolution du conflit israélo-palestinien ne peut se faire sans un engagement déterminant des Etats-Unis.

Le roi Abdallah a également indiqué qu'il écrivait ses mémoires, dont le titre pour le moment est The Last Best Chance. Elles sortiront apparemment en mai 2010. Son objectif avec cet ouvrage est de dire que c'est maintenant ou jamais qu'il faut arriver à un accord de paix, parce que le temps joue en notre défaveur. Selon lui, si rien n'est fait, rien n'est annoncé, d'ici "18 mois, il y aura un nouveau conflit entre Israël et un autre protagoniste". Je ne sais pas qui il vise précisément par "protagoniste". Pour appuyer cette hypothèse, il s'appuie sur le fait qu'il avait prédit la guerre au Liban en 2006 et celle de Gaza au début de l'année.

Autre volet intéressant de l'entretien, le présentateur a cuisiné le roi jordanien sur la torture. C'était caustique de voir le dirigeant jordanien faire des pieds et des mains pour ne pas affirmer publiquement que les Etats-Unis avaient commis des actes de torture - venant d'un pays qui en fait voir de bien pires à ses prisonniers serait un peu fort de café -, tout en essayant de ne pas froisser les bonnes relations qu'il a avec Washington et tout en ne niant pas que les Américains avaient commis des actes de torture, parce qu'il ne pouvait pas apparaître comme un vendu dans la presse arabe du lendemain.

Mais mieux encore, David Gregory a osé lui poser la question frontalement : "Est-ce que la Jordanie commet des actes de torture?" Bien entendu, le roi Abdallah a répondu que non. Quand Gregory lui a sorti le rapport de Human Rights Watch d'avril 2008 sur le fait que les Jordaniens avaient torturé des prisonniers que la CIA leur avait confié, le roi jordanien a dit qu'il avait demandé à son chef des renseignements à l'époque qui avait rejeté toute accusation de recours de la torture et donc il lui faisait confiance. Visiblement, la Jordanie est "intelligente" avec les terroristes et arrivent à les convaincre de travailler pour elle plutôt que contre.

Il était intéressant de voir que le roi Abdallah ne s'est pas lancé dans une diatribe contre Abou Ghraib ou Guantanamo et qu'il a reconnu que les situations de guerre nécessitent des choix parfois difficiles.

Le retour du chaos en Irak?

Alors que la situation en Irak semblait s'être améliorée, une réduction des attentats et donc des morts tant chez les civils, chez les insurgés que les militaires, un sentiment de stabilité en hausse, des élections provinciales plus que satisfaisantes dans l'ensemble, un leadership retrouvé... les indicateurs étaient nombreux, plusieurs évènements récents laissent penser que la situation reste extrêmement fragile.

Le gouvernement de Nouri al-Maliki est très réticent à trouver un terrain d'entente pour le retour des Baasistes en exil. De même, plusieurs incidents récents ont éclaté entre les forces de sécurité irakiennes et les Fils d'Irak sunnites. Depuis que les Américains ont donné aux Irakiens la gestion du programme en août dernier, "le Réveil sunnite" a dû avaler plusieurs cachets assoupissants. L'intégration dans l'armée et les forces de police est lente, les arrestations de membres du programme soulèvent des suspicions quant aux réelles intentions du gouvernement irakien à leur égard.

Le tout sur une recrudescence d'attentats. Depuis le mois de mars, on est repassé au-dessus de la barre des 200 victimes civiles irakiennes par mois, selon icasualties.org, ce qui n'était pas arrivé depuis décembre. Ces derniers jours, plusieurs attentats ont marqué l'actualité, dont un vendredi dans le nord de Bagdad faisant 75 victimes. Il semblerait en plus que ces attaques aient pour objectif de rallumer la flamme des affrontements entre Chiites et Sunnites devant des forces de sécurité qui doivent faire face à plus de responsabilités.

Sur le blog de Newsweek Checkpoint Baghdad, le journaliste Larry Kaplow voit plusieurs conséquences négatives éventuelles à ces récents évènements :
* Ces attentats pourraient faire couler les tentatives de reconnaissance du gouvernement irakien chiite par les anciens cadres baasistes.
* Cela pourrait retarder le retour d'Irakiens en exil, dont des docteurs et des ingénieurs qui seraient très utiles au pays.
* Nouri al-Maliki pourrait perdre la confiance de la population, voire pourrait être la source d'attaques parlementaires pour le destituer.
* La confiance acquise par les forces de sécurité irakiennes et l'armée américaine pourrait s'évanouir et dans le même temps, la populait pourrait interrompre le flot essentiel de renseignements sur les menaces et risques d'attentat.
* L'éventualité-catastrophe pour Kaplow serait que des factions chiites se lancent dans une vaste campagne de violence de l'ampleur de celle qui a touchée l'Irak en 2006-2007. Le problème étant que les forces américaines sont cette fois-ci sur le départ.

Kaplow n'exclut pas non plus la vague de violence comme un test pour les forces de sécurité irakiennes, savoir si elles sont capables de remplir leur rôle et rétablir le calme.

vendredi 24 avril 2009

Et si les Palestiniens ne voulaient pas d'Etat (mis à jour)

Je profite d'une petite accalmie avec les problèmes de clavier de mon ordinateur pour me pencher sur un article quelque peu polémique publié par Robert Kaplan dans sa dernière chronique pour The Atlantic. Il s'interroge sur les raisons qui font que les Palestiniens n'ont toujours pas d'Etat.

Il explique que certes, les Israéliens et les Palestiniens ne sont toujours pas arrivés à un accord diplomatique et politique et que l'on peut trouver des torts chez les uns et les autres pour ces échecs répétés. Mais, avance Kaplan, il y a peut-être une autre raison. Peut-être que les Palestiniens ne veulent pas d'un Etat. En effet, il s'inspire d'un article de Jakub Grygiel, un prof de la Johns Hopkins, publié dans la revue universitaire Policy Review. Ce dernier explique que le fait de ne pas avoir d'Etat a de nombreux avantages. Grygiel ne se penche pas sur le cas palestinien, mais Kaplan reprend le modèle pour l'appliquer à la situation proche-orientale.

De nombreux groupes n'aspirent plus à avoir un Etat aujourd'hui, "car ils sont capables d'atteindre leurs objectifs sans". Avec les nouveaux moyens de communication, il est tout à fait possible d'unifier un peuple autrement que par la création d'un Etat. En reprenant la ligne de Grygiel, Kaplan avance qu'il est même parfois très préférable que ces groupes n'aient pas d'Etat.

Un Etat devient une cible qu'on peut abattre. Kaplan estime que l'Etat de demi-Etat créé par le Hamas à Gaza a permis à l'aviation israélienne de pilonner la zone. De plus, un Etat engendre des responsabilités. Le Hezbollah pourrait prendre le pouvoir au Liban, mais à quoi bon cela lui servirait-il puisqu'il peut atteindre ses objectifs sans? "Le fait de ne pas avoir d'Etat (statelessness) offre un niveau 'd'impunité' face aux représailles", écrit Kaplan.

Au-delà de cet état de fait, le gros avantage de ne pas avoir d'Etat est que l'on peut répandre un extrémisme religieux sans avoir à se préoccuper de frontières géographiques, sans avoir à faire de compromis. Kaplan prévient que cette théorie, si elle s'avère juste, ne touche pas tous les Palestiniens, mais suffisamment pour empêcher la création de la Palestine :
Avoir un Etat signifierait faire ouvertement un compromis avec Israël, et, en raison des diktats de la géographie, entretenir une relation politiquement et économiquement intime avec lui. Mieux vaut la gloire de la victime en combinaison avec le pouvoir d'abstraction radicales! En tant que peuple sans Etat, les Palestiniens peuvent lancer des roquettes sur Israël, mais ne pas être complètement blâmés aux yeux de la communauté internationale. Avoir un Etat mettrait nécessairement fin à ce permis.


Kaplan indique que les Etats-Unis doivent tout de même continuer à s'impliquer dans la résolution du dossier et faire pression sur le gouvernement israélien pour faire des compromis avec les Palestiniens, car cela permettrait à l'administration de redorer son blason auprès de la communauté musulmane. Dans le même temps, les Etats-Unis doivent considérer l'hypothèse que ce conflit est sans fin, "parce que les Palestiniens ont peut-être déjà ce qu'ils veulent".

***UPDATE***

Je viens de lire la conférence de presse conjointe que Barack Obama et le Roi Abdallah de Jordanie ont donnée mardi du Bureau Oval. Un petit point intéressant, le dirigeant jordanien est le premier dirigeant de la région à être accueilli à Washington avant Israël notamment.

Voyons un peu l'attitude qu'il compte adopter dans le processus de paix:

Je suis un fervent partisan d'une solution à deux Etats. (...) Et je pense qu'il y a beaucoup d'Israéliens qui croient également en une solution à deux Etats. Malheureusement, ce que nous avons vu non seulement en Israël mais également dans les Territoires palestiniens, dans les Etats arabes, dans le monde, est un profond cynisme à l'égard de la possibilité qu'un quelconque progrès puisse prendre forme.

Ce que nous voulons est sortir de l'abysse, dire qu'aussi difficile que ce soit, l'idée de paix existe toujours - mais, elle va requérir des choix difficiles, elle va requérir une résolution de la part de tous les acteurs impliqués, et elle va requérir que nous mettions en place des étapes concrètes que toutes les parties peuvent adopter et qui démontrent cette attitude résolue. Et les Etats-Unis vont être profondément engagés dans ce processus pour voir si nous pouvons faire des progrès.

Maintenant, au bout du compte, ni la Jordanie, ni les Etats-Unis ne peuvent le faire pour les Israéliens et les Palestiniens. Ce que nous pouvons faire est créer les conditions et l'environnement et fournir notre aide et notre assistance pour faciliter un accord.

lundi 20 avril 2009

Commentaires sur un article décevant à propos du DM et de l'ICI de l'OTAN

Note: après réflexion, j'ai changé le titre de ce post, car "mauvais" me paraissait finalement trop fort et "note de lecture" était inadéquat.

Le dernier numéro de La Revue Internationale et Stratégique vient de sortir et un article de B. Saidy est consacré à l'OTAN en Méditerranée et au Moyen Orient, en gros au Dialogue Méditerranéen (DM) et à l'Initiative de Coopération d'Istanbul (ICI). J'en parle beaucoup en ce moment. Petite note de lecture critique et mise au point!

Premier problème. L'auteur évoque les deux partenariats, dont l'un s'intitulerait "le Partenariat méditerranéen de l'OTAN" (p.43). Ce n'est plus un secret que le soi-disant "PMO" est en fait le "DM". Jamais l'OTAN ne fait référence au DM comme PMO, alors que Saidy ne fait jamais référence au DM.
Deuxième problème factuel. L'article indique que dans l'ICI, tous les membres du CCG sont partenaires (p.46), ce qui est faux, puisque l'Arabie Saoudite et Oman en sont absents (c'est sans parler du fait qu'à l'édition, ils auraient pu corriger l'erreur sur le schéma : il n'y a plus 26, mais 28 membres désormais - l'article a probablement été terminé avant l'entrée de la Croatie et de l'Albanie, mais à l'édition).
Troisième erreur factuelle. L'auteur attribue des propos à l'amiral Joseph Lopez qui sont incorrects (p.45). La note de bas de page indique "Propos tirés d’un article de l’International Herald Tribune du 20 mai 1997, cités par Gilbert Achard, « Surenchère au sujet du flanc sud de l’OTAN », Le débat stratégique, no 33, juillet 1997, p. 2." Il est déjà inquiétant que l'auteur n'ait pas fait l'effort d'aller vérifier la source première, mais, si l'auteur a bien noté, Achard a tort. L'article est tiré du Washington Post (William Drozdiak, "Instability to the South Worries U.S. Forces in Europe", Washington Post, 19 mai 1997). De plus, l'auteur attribue à Lopez des propos qui sont rédigés par le journaliste et en invente qui ne sont pas dans l'article. A qui la faute ?
Quatrième erreur factuelle. Il fait référence à un rapport de Pedro Moya à l'Assemblée de l'Atlantique Nord de 1997 sur l'OTAN en Méditerranée (p.49). Deux problèmes : 1) il a été publié en août et non en octobre et 2) Pedro Moya était "le responsable" du MCG à l'AAN en 1997, mais il ne l'est plus maintenant, comme le laisse sous-entendre l'article.
Cinquième erreur factuelle, l'auteur écrit que Javier Solana est "l'ancien chef de la diplomatie européenne" (p.51). Ah bon, depuis quand ?

Saidy fait référence à la hard security en écrivant qu'elle "se réfère à la dimension militaire de la sécurité. Elle concerne, dans une large mesure, l’équilibre entre États et alliances et préconise même l’usage de guerres préventives" (p.49). Pour justifier cette définition, il fait référence à un rapport de la RAND de 2000 sur le DM. Très bon rapport, mais jamais les auteurs ne font référence aux guerres préventives, mais au "conflict prevention". Je pense que c'est ce à quoi Saidy voulait faire référence. Le problème étant que cela n'a rien à voir. L'objectif est d'éviter les conflits, pas d'en créer! La hard security est principalement liée à la lutte contre le terrorisme et des menaces étatiques.

L'auteur propose une meilleure complémentarité entre les différentes approches des institutions internationales engagées dans la région (p.50). Il fait référence à une proposition faite par un officiel de l'OTAN, Alberto Bin, dans un article de NATO Review en 2003. Le fait est que des coopérations existent déjà avec l'OSCE et avec l'UE.

Un peu plus loin, il cite un passage de Jean-François Daguzan :
Jean-François Daguzan souligne que « l’action de l’OTAN en Méditerranée demeure [...] empreinte d’ambiguïté. On ne sait toujours pas si l’Alliance se justifie pour assurer la stabilité entre ses propres Alliés ou pour faire face à des menaces extra-européennes. Les ambitions des différents acteurs ne sont pas forcément similaires et les membres de l’OTAN ne sont pas intéressés de la même manière à cette politique méditerranéenne ». En d’autres termes, l’implication de l’OTAN dans cette région n’échappe pas à la compétition transatlantique entre les États-Unis et les pays européens (p.50).
Pourquoi faire appel à la "compétition transatlantique" après la citation de Daguzan ? Les plus fervents supporters du DM sont l'Espagne et l'Italie ! A partir de cet instant, l'article devient problématique avec des propositions chargées et parfois infondées. Il écrit :

Qu’il s’agisse du maintien d’intérêts économiques, de la lutte contre le terrorisme ou d’éventuelles interventions militaires au Moyen-Orient pour la défense d’Israël et pour assurer la sécurité des monarchies arabes du Golfe, la présence militaire américaine dans la région offre une base de prépositionnement de forces facilitant les opérations en cas de conflit armé. En témoignent la guerre du Koweït en 1990-1991 et l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003 (p.50-1).
Plusieurs problèmes: 1) en 1990, les Etats-Unis n'avaient pas de base dans le Golfe, donc la guerre du Koweït ne témoigne de rien du tout. 2) "la défense d'Israël et pour assurer la sécurité des monarchies arabes du Golfe, la présence militaire américaine dans la région offre une base de prépositionnement de forces facilitant les opérations en cas de conflit armé"... ai-je besoin de noter à quel point ceci est une absurdité ?

Mais, alors quand l'auteur note que "les États-Unis prônent une stratégie de puissance en Méditerranée visant à empêcher l’UE de devenir une puissance à part entière" en prenant comme seule référence pour cette lourde accusation un obscure ouvrage de Samir Amin intitulé L’hégémonisme des États-Unis et l’effacement du projet européen (p.51), je fulmine! Qu'on le pense, c'est une chose, mais au pire, on apporte des arguments concrets, des citations, des références solides, pas un ouvrage quelconque qui colle bien là où on cherche à faire prouver un point ! Il est assez étrange également que le comité de relecture n'ait pas relevé ce manque de précision scientifique ! Mais, ce qui est formidable, c'est qu'il insiste avec la suite de la phrase "...et ce, en gênant son action et en neutralisant la volonté de la France de développer une politique euro-méditerranéenne relativement autonome" (p.51), mais cette fois-ci sans aucune référence, c'est encore mieux!

Il établit que "la Grande-Bretagne soutient, en priorité, le nouveau « rôle globalisé » de l’Alliance Atlantique, que ce soit en Méditerranée, au Moyen-Orient ou ailleurs. Ce soutien s’inscrit dans la ligne traditionnelle de sa politique étrangère qui s’articule autour de trois dimensions évoquées par Churchill : l’Europe, la relation transatlantique et le Commonwealth." Une vérité évidente qui ne demande aucune référence et pas plus d'explication, non bien sûr! "Pour l’Espagne, il s’agit d’abord d’un problème de souveraineté touchant le Gibraltar et le conflit territorial avec le Maroc." Ah, ce doit être ça, mais là non plus, notes de bas de page et plus amples explications sont futiles!

L'article évoque ensuite le sempiternel "obstacle du conflit israélo-arabe", mais surtout Saidy parvient à réaliser un tour de force. Il écrit :

Ces partenariats, dont l’objet est la recherche de la stabilité, ne proposent aucun engagement auprès des États arabes et d’Israël afin de les aider à décider de la voie par laquelle ils s’orienteront vers un avenir plus pacifique. Cette stabilité, comme finalité de l’engagement de l’OTAN, fait l’objet de vives réserves compte tenu qu’on ne peut envisager une réelle stabilité et une sécurité commune sans tenir compte des facteurs géopolitiques exogènes qui continueront à influer sur le devenir de la Méditerranée et du Moyen-Orient. (p.52)

Plus bas, il écrit : "[P]ar sa structure et ses missions, l’OTAN n’est pas l’enceinte appropriée pour débattre d’un accord de paix" (p.54). Voici une partie de l'article qui ne servait donc à rien... Plus sérieusement, il y a plusieurs problèmes. 1) L'OTAN est en partenariat avec certains des acteurs arabes frontaliers d'Israël, mais pas tous. Ni le Liban, ni la Syrie ne fait partie du DM ou de l'ICI, donc il semble difficile de proposer une solution globale. 2) Si l'Alliance ne veut pas s'engager dans le processus de paix, c'est qu'elle sait pertinent que cela amènera à l'atrophie des partenariats, comme cela l'a fait avec le Processus de Barcelone et comme ce que l'UPM est en train de connaître. 3) Saidy le reconnait lui-même, l'OTAN n'est pas équipée diplomatiquement pour gérer un tel processus. 4) Pourquoi ne mentionne-t-on jamais que l'OTAN pourrait avoir un rôle dans le conflit du Sahara Occidental ? Après tout, le conflit est latent, mais cette éventualité n'est jamais soulevée. Tout simplement, parce que c'est dénué de sens tout comme un rôle actif de l'Alliance dans le processus de paix.

Dernière partie de l'article : la mauvaise image de l'OTAN dans la région. L'auteur indique une méfiance de la part des populations du sud vis-à-vis de l'EUROFOR, de l'EUROMARFOR et de la PESD (p.54). Admettons pour les deux premières, même si je pense que cette méfiance est désuète étant donné que ces forces ne font plus grand chose. De plus, c'était plus vrai lors du lancement qui s'est fait tambour-battant et sans consultation ni explication aux pays du sud de la Méditerranée, mais encore une fois, un gros travail a été fait pour balayer les craintes. Pourquoi rajouter la PESD? Il n'y a jamais eu de missions de la PESD dans la zone et aucune n'est prévue. Difficile de se faire une idée, puisqu'une fois encore, Saidy ne fait aucune référence.

On continue avec une incohérence. "L’opinion publique au Maghreb et dans les pays du Golfe participant à l’ICI demeure, quant à elle, hostile et mécontente de voir leurs pays s’associer à une OTAN dominée par les États-Unis", écrit-il (p.54). Soit. Cette fois-ci, il fait une note de bas de page. Que cite-t-il? "Shimi Mustapha, « Peurs et malentendus : la vision du Sud », J.-F. Daguzan et R. Giradet (sous la dir.), La Méditerranée : nouveaux défis, nouveaux risques, Paris, Publisud, 1995". Il prend donc un ouvrage de 1995 pour appuyer son argument. En 1995, le DM venait à peine de commencer. Il n'existait quasiment aucun média indépendant dans ces pays, donc ce type d'initiative encore floue et abstraite et pas forcément à même d'être très populaire n'avait que peu de chances d'être la source de furieux débats au sein des populations. En 1995, l'ICI n'était même pas en gestation!

Vient le temps de la conclusion qui ne convainc pas. "[C]e rôle, qui fait de l’OTAN de facto une alliance militaire mondiale, est entravé par une multitude de contraintes qui limitent l’aboutissement des efforts de coopération en Méditerranée et au Moyen-orient." (p.55) Une alliance militaire mondiale? Non, pas du tout. Si demain, l'Algérie est attaquée, l'OTAN ne va pas foncer tête baissée. Le DM et l'ICI ne sont nullement régis par l'Article V. Une multitude de contraintes? Aucun des arguments avancés par l'auteur n'est fondamentalement convaincant à part la réticence des opinions arabes à la participation aux partenariats et encore, si l'Alliance et les pays partenaires s'engagent dans des stratégies de transparence totale et de communication, il est tout à fait envisageable que cette coopération soit acceptée.

La solution de Saidy reste très imprécise. "Ces efforts ne peuvent réussir que si l’Alliance se dote d’un support politique visant à dénouer les conflits régionaux et réévalue les mécanismes de coopération, afin de répondre aux attentes politiques et militaires des partenaires de l’OTAN dans cette région." (p.55) Dénouer les conflits régionaux? Autant dire, se tirer une balle dans le pied! L'OTAN ne le veut pas et les pays de la région non plus! Réévaluer les mécanismes de coopération? Parlons-en, parce que cela n'a pas été abordé une seule fois de manière poussée dans l'article!

L'article se termine ainsi, malheureusement incomplet et approximatif. Et surtout, Saidy ne fait aucune mention de l'Opération Active Endeavour en Méditerranée, alors même que c'est un effort essentiel de l'OTAN dans la zone auquel participe plusieurs pays du DM.

Tout n'est pas fini entre la Syrie et Israël

J'ai quelques problèmes d'ordinateur, donc je tiens à m'excuser auprès de ceux qui sur le flux rss ont reçu plusieurs bribes d'article.

Seymour Hersh a publié il y a quelques jours un article dans le New Yorker sur le processus de paix israélo-syrien. Je suis toujours étonné par les sources syriennes de Hersh. Dans le même article, il nous fait Bachar al-Assad en entretien par email et une interview avec Khaled Mechaal en exil à Damas.

Dans cette longue enquête intitulée "Syria Calling", Hersh nous amène à penser que malgré l'arrivée au pouvoir de Benjamin Netanyahu en Israël et malgré le conflit de Gaza il y a quelques mois, la Syrie est prête au dialogue mais cela n'est nullement acquis. Israël occupe les plaines du Golan capturées pendant la guerre des Six Jours en 1967. Pour Assad, le retour de ce territoire sous souveraineté syrienne est indispensable à toute négociation. "La terre n'est pas négociable, et les Israéliens savent que nous n'allons pas négocier la frontière de 1967", a-t-il affirmé à Hersh. "Nous ne démarquons que la frontière. Nous négocions les relations, l'eau et le reste." Dans l'idée d'Assad, "on discute de tout après la paix et après avoir récupéré la terre. Pas avant".

Selon Itamar Rabinovitch, ancien ambassadeur israélien à Washington, la Syrie pourrait trouver en Netanyahu un interlocuteur, car il serait plus enclin à négocier avec la Syrie qu'avec les Palestiniens. Le fait est que la Syrie est un acteur majeur dans la région. Allié de l'Iran, soutien du Hamas et du Hezbollah. Deux idées s'affrontent sur une négociation avec Damas. D'un côté, Israéliens et Occidentaux négocieraient avec eux pour isoler l'Iran ; pour les Syriens, l'intérêt pourrait être justement de faire rentrer Téhéran dans le concert international.

Ce qui est certain, c'est qu'une négociation de Washington avec la Syrie mettrait la pression sur l'Iran, le Hamas et le Hezbollah, explique Martin Indyk. Comment réagirait Téhéran si Damas signait un accord de paix ? L'article souffre d'un manque d'entretiens avec des sources iraniennes à ce sujet. Et que ferait le Hamas ? Nombres de ses cadres sont à Damas, notamment un des leaders du mouvement, Khaled Mechal en exil depuis 1999 dans la capitale syrienne. C'est intéressant ce qu'il déclare à Hersh dans l'hypothèse où la Syrie et Israël venaient à s'entendre. "Bachar ne nous demanderait jamais de partir". Et d'ajouter :

Il y en a qui croient que le Hamas réagirait de manière défensive à un accord du fait de notre présence en Syrie. Mais, cela ne fait aucune différence de l'endroit où se trouvent nos bureaux. Nous sommes un mouvement de rue et notre vrai pouvoir se trouve en Palestine et rien ne peut affecter cela. Nous avons confiance en Bachar Assad et nous ne risquerions jamais être un fardeau pour lui ... Nous pouvons partir à n'importe quel moment et partir léger. Le mouvement Hamas ne fonctionnera jamais contre les intérêts d'un Etat et aucun accord ne peut être conclu parce que nous le voulons ou non. Mais, aussi, nous ne voulons pas que quiconque vienne interférer dans nos affaires.

samedi 18 avril 2009

Emanuel intransigeant sur un Etat palestinien (à confirmer)

Je prends cette information avec beaucoup de pincettes. Il semblerait que le quotidien de masse israélien Yediot Aharanot ait publié un article à sensation sur des propos tenus par le chef de cabinet de la Maison Blanche, Rahm Emanuel. Il aurait affirmé à un dirigeant juif américain, non cité, que "dans les quatre prochaines années, il y aura un statut permanent arrangé entre Israël et les Palestiniens sur la base de deux Etats pour deux peuples et que cela nous est complètement égal qui est Premier ministre". Première sensation. Les Etats-Unis seraient donc prêts 1) à s'engager fermement dans la résolution du dossier et 2) à faire pression jusqu'au bout sur Israël s'il le faut.

Deuxième sensation: le dossier iranien sera géré en fonction des retraits israéliens en Cisjordanie. Selon certains, cela se traduirait par les Américains resteront plus ou moins sur la même ligne qu'Israël sur l'Iran uniquement si l'Etat hébreu se retire des territoires en Cisjordanie. Aux Etats-Unis, on commencerait à évoquer l'idée de "Bushehr pour Yitzhar". Bushehr est une centrale nucléaire iranienne et Yitzhar est une des colonies les plus orthodoxes de Cisjordanie. Très honnêtement, je ne comprends absolument pas le schéma de pensée, car ce sont des dossiers différents, dont un est local et l'autre mondial. De plus, Washington et Tel Aviv ne sont de toute manière déjà pas sur la même longueur d'onde sur l'Iran.

Troisième sensation : contrairement à la tradition qui veut que le Premier ministre israélien soit accueilli à la Maison Blanche à l'occasion de la conférence annuel du lobby pro-israélien AIPAC, Barack Obama n'en fera rien avec Benjamin Netanyahu. On verra...

Plusieurs raisons me font douter de l'exactitude de ce rapport de presse. Tout d'abord, je le tiens de seconde main. Deux sources reprennent des extraits. Le premier est Israel Policy Forum et le second est un blog Tikun Olam. La deuxième chose est que l'article n'est pas disponible en ligne. Ni en anglais, ni en hébreu. Le site du Yediot est pourtant très bien fourni et ce type d'article choc n'a aucune raison de ne pas être mis en ligne!

MJ Rosenberg sur IPF n'indique pas comment il a eu accès à l'article. Richard Silverstein sur Tikun Olam explique que l'article n'est pas en ligne et qu'il a obtenu une traduction via Benor Consulting. C'est envisageable, car c'est une entreprise israélienne. Pour autant, il y a très peu de sources à reprendre l'information. J'ai fait quelques recherches et à l'exception de Christian Science Monitor qui ne fait pas référence à sa source, donc je spécule qu'au mieux, ils ont lu l'article, tous les autres sites reprennent IPF ou TO ou les articles ont été écrits par MJ Rosenberg comme sur TPMCafé.

De plus, il est étonnant que cette information quelque peu floue fasse surface au moment de la visite de George Mitchell, l'émissaire américain sur le dossier, dans la région. L'ancien sénateur a de nouveau rappelé que la seule solution était deux Etats. Il a félicité l'initiative de paix arabe tout en se gardant de l'endosser dans son intégralité.

Dans tous les cas, ce n'est pas un secret que les relations israélo-palestiniennes devraient être plus tendues entre Obama et Netanyahu qu'elles ne pouvaient l'être entre George Bush et Ariel Sharon puis Ehud Olmert. Le simple fait pour les Etats-Unis de lancer à tout va qu'il faut un Etat palestinien est une nouveauté que Bush clamait également au début de son premier mandat sans que cela n'ait été suivi de fait, mais pour l'instant, les efforts déployés par la nouvelle administration américaine sonnent plus volontaires et persuasifs que tous ceux enclenchés par les huit années de Bush.

jeudi 16 avril 2009

Les relations entre l'Iran et l'Arabie Saoudite depuis la chute de Saddam Hussein

La RAND a publié il y a peu une étude qui tombe à point nommé sur les relations entre l'Iran et l'Arabie Saoudite depuis la chute de Saddam Hussein. Pourquoi à point nommé? Parce que cette relation, cardinale dans la région, est source de nombreux débats et est plus complexe qu'on ne le pense. Les deux pays se définissent comme des leaders régionaux. L'Arabie Saoudite porte la double casquette de leader arabe et islamique, l'Iran, notamment depuis la Révolution islamique, conteste la deuxième casquette, mais aussi le leadership de la région. Ces dernières années, Téhéran a pris une place progressivement proéminente au Moyen Orient, ce qui n'est pas pour plaire aux Sunnites arabes. Encouragés par Washington dans cette direction, les pays dits "modérés" que sont l'Egypte, la Jordanie et les pays du CCG se seraient mis en coalition contre l'Iran chiite. Il semble toutefois que ce soit plus un voeu de certains pays de la région, notamment l'Egypte, et de Washington plutôt qu'un fait avéré.

Dans ce contexte, la RAND publie cette analyse d'une centaine de pages dans la volonté de repenser cette relation:
* l'idée d'un bloc arabe contre l'Iran n'est pas aussi évidente, car les pays arabes ne sont pas forcément friands d'une Arabie Saoudite toute puissante non plus.
* L'attitude de l'Arabie Saoudite à l'égard de l'Iran est marquée par un pragmatisme certain. Si l'on retrouve souvent des tactiques de rollback et de containment chez les Saoudiens, les deux pays sont amenés à s'entendre sur certains dossiers.
* Le sectarisme sunnite/chiite est à pondérer. En effet, officiellement, les deux gouvernements se retiennent de tout commentaire vertement sectaire. Cela étant, l'Arabie Saoudite n'a que mépris pour sa population chiite et l'Iran est critique à l'égard de l'Arabie Saoudite.
* Un facteur par contre correspond aux idées reçues, c'est celui de l'existence de factions politiques. En Arabie Saoudite, il y a deux écoles, celle de la confrontation avec le Prince Bandar bin Sultan et celle de la conciliation avec le Roi Abdallah.

L'objectif de l'étude est d'étudier cette relation bilatérale pour expliquer certaines évolutions régionales de ces dernières années. Plusieurs points sont conclus :
* L'Arabie Saoudite veut s'affirmer comme une force pour contrebalancer la puissance iranienne, alors que l'Iran aimerait un système où Téhéran est au centre, ce qui implique une reconnaissance par les Saoudiens de la suprématie iranienne.
* Un Irak affaibli est source de rivalités entre l'Arabie Saoudite et l'Iran. Cela était particulièrement prégnant en 2005-2006, à l'époque où les affrontements sunnites/chiites étaient intenses.
* Plutôt que d'adopter une politique de confrontation, Riyadh s'oriente sur un plus grand engagement via le CCG pour essayer de modérer le comportement iranien, notamment sur le dossier nucléaire. Cela étant, les Saoudiens jouent un double jeu en étant diplomatique via le CCG et en s'armant de manière conventionnelle pour lutter contre la force de frappe iranienne.
* Le Levant est, bien plus que l'Irak, une zone de rivalité forte entre les deux pays. En effet, jusqu'à la guerre de 2006 au Liban, l'Arabie Saoudite était perçue comme le leader régional sur le dossier israélo-palestinien. Et c'est par un groupe chiite non-arabe, le Hezbollah, que les Saoudiens se trouvaient remplacer. Cela a été le départ d'une vraie compétition pour le leadership.

Un chapitre est particulièrement intéressant, car rarement traité, sur la manière dont les pays du CCG se comportent vis-à-vis de l'Iran. Tous perçoivent l'Iran comme une menace. Ils ont tendance à surestimer la puissance militaire de Téhéran. La menace n'est pas tant directe qu'indirecte : Téhéran en tant que porte-drapeau de la cause palestinienne, soutien au Hezbollah et au Hamas, capable de mobiliser les Chiites désœuvrés et oubliés des régimes du Golfe. C'est perçu comme une remise en cause de la légitimité des régimes en place.

De plus, l'Iran renforce ses relations bilatérales avec certains membres, comme le Qatar, tout en instrumentalisant un isolement saoudien. A l'instar du Qatar, Oman bénéficie de bonnes relations avec l'Iran et est conciliant à l'égard du régime chiite. Pour Bahreïn, les relations sont fluctuantes, car Téhéran n'est pas toujours très clair sur ses intentions vis-à-vis du petit royaume, étant accusé de considérer Bahrein comme faisant partie de l'Iran. Le Koweït est le pays le plus proche de la stratégie saoudienne dans le Golfe. Les EAU ont des relations historiquement difficiles avec l'Iran en raison de différends territoriaux, mais jouent souvent le rôle de médiateur entre Riyadh et Téhéran.

Que nous a dit l'OTAN sur ses partenariats au Moyen Orient?

Un peu de temps libre pour me lancer dans la lecture de la Déclaration du sommet de Strasbourg/Kehl de l'OTAN du début du mois. J'avais dit que j'allais regarder comment l'Alliance allait aborder le Dialogue Méditerranéen et l'Initiative de Coopération d'Istanbul. La déclaration leur consacre trois articles, un de plus qu'au sommet de Bucarest.

Les trois articles (37,38 et 39) n'offrent pas de nouveauté significative. Le premier consacré au DM se félicite des progrès. 2009 marque le 15e anniversaire de la création du partenariat :

Depuis quinze ans, le Dialogue méditerranéen de l’OTAN constitue, notamment lors de réunions au niveau ministériel, un forum très utile de consultation et de coopération avec nos partenaires méditerranéens sur un large éventail de questions, et nous nous réjouissons des contributions significatives que ces partenaires apportent aux opérations et aux missions dirigées par l'Alliance.


Dans ce premier article, un point est intéressant à relever. Je n'ai pas regardé toutes les déclarations, mais depuis le sommet d'Istanbul en 2004 et donc depuis que l'OTAN a élevé le DM au statut de "véritable partenariat" et a créé l'ICI, c'est la première fois que dans une déclaration de sommet l'Alliance évoque la situation au Moyen Orient. Plus intéressant encore, l'OTAN se positionne comme un acteur de la paix. Sans le mentionner explicitement, c'est du dossier israélo-palestinien que l'on parle :

Alors que le contexte au Moyen-Orient se caractérise par de nombreux défis et que l’engagement de la communauté internationale en faveur de l'instauration de la paix connaît un renouvellement très apprécié, nous sommes prêts à renforcer encore notre dialogue politique et notre coopération pratique avec tous nos partenaires méditerranéens.


La rhétorique est subtile. La déclaration ne parle pas du conflit nommément et ne traduit pas non plus un engagement possible de l'OTAN dans la résolution du dossier. Grâce au DM, l'Alliance peut être utile à la paix, mais, selon la déclaration, son soutien à une solution ne se fera qu'au travers du partenariat et non par des efforts directs. A suivre.

L'article 38 sur l'ICI est peu innovant. Il appelle notamment les pays partenaires à s'engager dans la voie d'un programme de coopération individuel, en d'autres termes, une coopération renforcée avec l'OTAN et un partenariat à la carte. Le dernier article félicite l'ouverture par le Collège de Défense de l'OTAN d'une faculté consacrée à la région.

dimanche 12 avril 2009

L'intrigue diplomatique de la semaine: un scénario kazakho-américano-japono-iranien

Je n'ai pas eu beaucoup de temps pour blogger cette semaine et ça va continuer... donc je rattrape mon retard sur l'actualité diplomatique de la semaine. Et que vois-je? Un article d'Asia Times qui décrit un puzzle diplomatique aussi tordu qu'un roman bien complexe. Les Etats-Unis montrent de plus en plus de signes d'ouverture à l'égard de l'Iran. Washington a décidé qu'à partir de maintenant, les Etats-Unis feraient partie des discussions du P5+1 sur l'Iran, ce qui n'était en pratique pas le cas jusqu'à présent. Dans le même temps, le président kazakh Nurusultan Nazarbayev a dévoilé il y a quelques jours un plan très ambitieux de créer une banque mondiale d'uranium. Le Kazakhstan est le second producteur d'uranium au monde après l'Australie. Signataire du TNP, Astana a volontairement abandonné tout programme nucléaire en 1991 après la chute de l'Union Soviétique. Deux arguments que Nazarbayev met en avant pour justifier la pertinence de son pays à accueillir une telle banque.

L'ambitieux projet kazakh cache deux objectifs : le premier est d'affirmer le Kazakhstan comme un acteur géopolitique de premier plan et le second est de proposer une issue de sortie à l'imbroglio irano-américain sur le nucléaire. En effet, le Kazakhstan se propose de fournir en uranium tout pays qui souhaite développer l'énergie nucléaire, mais pas l'arme nucléaire. Ce projet a apparemment reçu le soutien de l'administration Obama et le Président américain pourrait même se rendre à Astana, une première pour un chef de l'exécutif américain.

Du côté de Téhéran, les réactions sont positives. Mahmoud Ahmadinejad a qualifié le projet de "bonne idée". Avant la rhétorique agressive de l'administration de George Bush, l'Iran avait déjà signalé son soutien a une telle initiative de mettre en place une banque d'uranium à l'étranger dans laquelle le pays puiserait. Mais, c'était avant Bush et surtout, c'était avant qu'Ahmadinejad s'enhardisse. Pour M K Bhadrakumar dans Asia Times, la position américaine évolue vers une nouvelle attitude sur le nucléaire iranien. Le message serait désormais "ne développez pas d'arme nucléaire". Cette supposition inciterait donc les Américains à activement soutenir le projet kazakh de telle sorte que l'Iran y adhère, développe l'énergie nucléaire, mais pas d'arme nucléaire. Ahmadinejad a d'ailleurs récemment affirmé qu'il ne fallait pas faire un amalgame entre énergie nucléaire et arme nucléaire.

L'intrigue diplomatique se poursuit avec l'entrée en piste du Japon. En effet, Tokyo a montré des signes positifs à l'égard de l'initiative d'Astana et est le troisième importateur d'uranium après les Etats-Unis et la France. De plus, le Japon entretient des relations cordiales avec l'Iran. Autre indicateur, plusieurs négociateurs japonais sur le Moyen Orient, dont un ancien ambassadeur en Iran, étaient récemment à Washington et ont discuté avec le Conseil de Sécurité Nationale. Bhadrakumar voit donc une coopération américano-japonaise où le Japon participe et légitimise le projet d'Astana et encourage l'Iran à y prendre également part.

Clairement, le scénario est idéaliste, mais potentiellement envisageable. Surtout, ce qui devient de plus en plus évident, c'est qu'en amont de l'élection présidentielle iranienne en juin, Washington multiplie les signes d'ouverture pour décrédibiliser la position dure d'Ahmadinejad. Forcément, l'administration Obama se trouve embarassée quand Téhéran se targue de ses avancées technologiques en matière de nucléaire, comme c'était encore le cas cette semaine.

mercredi 8 avril 2009

Le Caire et un engagement décisif dans le processus de réconciliation palestinien

Le nouveau Arab Reform Bulletin vient de sortir. Un article notable sur le rôle de l'Egypte dans le processus de réconcilation intra-palestinien et comment faire pression sur le Hamas de Khaled Hroub, professeur à Cambridge.

Il explique que le Hamas joue aux acrobates. En effet, le groupe palestinien est de plus en plus sous pression depuis 2006. Avant d'être élu, le Hamas développait des activités de résistance avec un mélange de politique ; depuis son élection, il développe des activités politiques avec un mélange de résistance, car il a dû s'adapter à la situation de gouvernement. Développement politique certes, mais tout en maintenant les deux lignes directrices du mouvement : la résistance et le refus de reconnaître d'Israël. Le Hamas a dû faire face à ce dilemme à plusieurs reprises. Aujourd'hui, avec l'arrivée au pouvoir de Benjamin Netanyahu et l'attitude timorée vis-à-vis de la solution à deux Etats, le groupe palestinien se dit qu'il est possible de vendre sa position à l'international.

Mais, avant de vendre sa position à l'étranger, le Hamas doit faire face aux obstacles du Caire et du Fatah. Ces parties ont deux raisons pour que le Hamas fasse des concessions :
* L'arrivée d'un nouveau gouvernement marquée par un positionnement plus intransigeant, les Arabes et les Palestiniens doivent profiter de l'opportunité pour "embarrasser Israël internationalement et démontrer qu'il n'y a pas de partenaire pour la paix du côté israélien, contrairement au côté palestinien".
* L'Egypte et le Fatah veulent contraindre le Hamas à quitter ses concepts centraux et sa proximité avec l'Iran. Le problème étant que si le Hamas s'engouffre dans cette brèche, cela va créer un scission avec sa base. (Nathan Brown s'était posé cette question dans un récent rapport au Carnegie)

Mais, pourquoi l'Egypte veut-elle être tellement présente ? Hroub affirme que le partenaire le plus intransigeant vis-à-vis du Hamas et du consensus palestinien est l'Egypte. Selon lui, il est impensable au Caire que le consensus palestinien ne soit pas clair et défini sur la participation du Hamas. Il y a deux raisons à cela :
* l'Egypte ne peut pas se permettre le succès d'une expérience inspirée par les Frères Musulmans sur son palier.
* Le régime veut être un acteur régional. Plusieurs pays du Moyen Orient, dont le Qatar, l'Arabie Saoudite et la Turquie ont récemment connu des succès diplomatiques au contraire de l'Egypte. Il ne peut donc pas se permettre un échec.

lundi 6 avril 2009

Le bombardement d'un convoi d'armes au Soudan

J'en ai parlé il y a quelques jours. J'ai suivi l'affaire de près, ce qui m'a amené à écrire une note de veille à ce sujet pour un de mes cours. Je me suis dit que certains pourraient être intéressés.

Berlusconi...

Ca ne concerne pas le Moyen Orient, mais cette vidéo est vraiment à regarder. J'avais lu un article à ce sujet, mais les images sont assez incroyables...

vendredi 3 avril 2009

Blackwater/Xe remplacé en Irak

C'est un coup dur pour Xe (anciennement Blackwater). L'entreprise de sécurité vient de perdre son principal contrat en Irak au profit de Triple Canopy. Xe était en charge de la sécurité au sol à Bagdad, notamment tout ce qui concernait la protection de personnalités. Il n'y a pas de somme précise pour ce contrat, mais il représenterait environ un tiers des revenus de Xe, qui se comptait en plusieurs centaines de millions de dollars (je viens de terminer Licensed to Kill, qui évoque 800 millions de dollars en 2006).

J'avais une opinion assez mauvaise à l'égard de Blackwater avant de lire l'ouvrage de Robert Young Pelton et elle a quelque peu changé. La question des entreprises privées de sécurité est un débat qui mériterait qu'on s'y penche longuement, tant les ramifications sont nombreuses et ces compagnies apparaissent finalement nécessaires, du fait des défis innombrables et du manque de troupes pour les prendre en charge. De même, les quelques scandales relayés par la presse, notamment celui de septembre 2007, et les portraits de cowboys franc-tireurs souvent peints pour décrire "les contractuels" semblent peu représentatifs d'une réalité plus complexe.

Blackwater semble en tout cas connaître une période de transition forcée. La succession d'articles négatifs, non aidés par des ouvrages comme Blackwater: The Rise of the World's Most Powerful Mercenary Army - très biaisé -, a conduit Blackwater en février à changer de nom pour adopter une appelation opaque et hybride, Xe (prononcer "Zi"). Cela coïncide avec le changement de stratégie opéré en juin dernier.

Mauvaise presse et pressions politiques avaient poussé l'entreprise à s'éloigner des contrats de sécurité pour s'étendre sur d'autres secteurs, comme le développement de leur centre d'entraînement. Le président de l'époque, Gary Jackson, déclarait qu'il ne voyait pas cette branche prendre de l'importance. Cela me surprend énormément de lire ces propos après la lecture de Licensed to Kill et des projets comme International Peace Operations Association. Bref...

Début mars, Erik Prince, fondateur et PDG de Blackwater Worldwide, et Gary Jackson annonçaient leur démission. Une succession d'évènements majeurs dans l'entreprise qui conduit à se dire que Blackwater ne se porte pas très bien en ce moment. Une des raisons avancées pour les changements de stratégie et de nom est que Blackwater était devenu le symbole des "contractuels" en Irak et de tout ce qui s'y passait de négatif. Impression nullement erronée quand on voit que les autres entreprises de sécurité, notamment Triple Canopy, DynCorp ou HART, sont loin de soulever les mêmes débats, alors même qu'ils font les mêmes missions que Xe.

jeudi 2 avril 2009

Le nouveau gouvernement israélien...

Ca y est, la composition du nouveau gouvernement israélien a été dévoilée. Premier constat: avec 30 représentants, c'est le plus gros gouvernement de l'histoire d'Israël.

Mais, ce qui nous intéresse est de savoir si cette coalition va faire du bon travail et qui va la diriger. Pour David Makowsky du Washington Institute for Near East Policy, Benjamin Netanyahu et Ehud Barak seront les deux piliers de ce prochain gouvernement. Il diminue le rôle éventuel d'Avigdor Lieberman, notamment sur la Cisjordanie, où il explique que traditionnellement, le ministre de la Défense, Barak en l'occurence, joue le rôle de gouverneur militaire.

De plus, il estime que Barak et Netanyahu se rejoignent sur de nombreux points. Ce qui n'enlève rien, "Bibi" a servi sous les ordres de Barak dans les années 1970 dans un commando d'élite de l'armée.

La place de Lieberman aux Affaires étrangères ne soulève pas d'objections de la part de Makowsky, non, parce qu'il est en désaccord avec lui, mais parce que le leader d'Israël Beiteinu est sujet à plusieurs enquêtes judiciaires qui pourrait le contraindre à se retirer. Pour le moment, cependant, les Palestiniens ne voient pas la chose ainsi et l'Autorité palestinienne s'est déjà largement prononcée contre l'arrivée de cette homme politique d'extrême droite anti-arabe.

Une "révolution silencieuse" des moeurs au Moyen Orient

Robin Wright a publié il y a peu une très intéressante enquête dans TIME sur ce qu'elle appelle "la révolution silencieuse". Elle estime que le Moyen Orient connait aujourd'hui une montée d'activistes qui s'émancipent du système traditionaliste des sociétés de la région. Voici le passage-clé de l'article :

Cette révolution douce se distingue de trois précédentes vagues de changement - la renaissance islamique des années 1970, la montée de l'extrémisme dans les années 1980 et l'émergence de partis politiques dans les années 1990. La révolution d'aujourd'hui est plus islamique que jamais. Pourtant, elle est également clairement anti-djihadiste et ambivalente sur les partis politiques islamistes. Culturellement, elle est profondément conservatrice, mais son but est de s'adapter au XXIe siècle. Politiquement, elle rejete le sécularisme et l'occidentalisation mais a très envie de changements compatibles avec les tendances globales actuelles. Cette douce révolution tient plus à tâtonner pour trouver une identité et un chemin plutôt que d'exprimer la piété. Les nouveaux révolutionnaires font la synthèse des valeurs coraniques et des manières de vivre générées par l'Internet, la télévision par satellite et Facebook. Pour eux, l'islam, peut-on dire, est le chemin qui mène au changement plutôt que le but en soi. "C'est une révolution non-violente qui essaie de mélanger la modernité et la religion", affirme Ziada. (...) Les nouveaux activistes musulmans, ceux qui s'engagement dans différentes causes d'un pays à autre, ont émergé en réaction aux attentats du 11 septembre et à tout ce qui s'est passé depuis.

mercredi 1 avril 2009

Parlons un peu du DM et de l'ICI de l'OTAN

Pour qui s'intéresse un peu à la question du Dialogue Méditerranéen (DM) et l'Initiative de Coopération d'Istanbul (ICI) de l'OTAN, l'analyse publiée sur le Royal United Service Institute est assez creuse, mais ne serait-ce que parce que ce sont deux programmes peu connus, je la mentionne.

Première constatation. Le RUSI a publié plusieurs analyses pour les 60 ans de l'OTAN, dont d'excellents articles de Christopher Cocker, prof à LSE, et Ellen Hallams, prof dans une université militaire anglaise. Deux universitaires donc, alors que l'article sur le Moyen Orient et l'OTAN est écrit par Mina al-Orabi, journaliste à Asharq Alawsat. Je n'ai rien contre les journalistes, mais c'est une preuve du manque d'universitaires qui travaillent sur la question. Pour étudier ces deux programmes, à l'exception du Collège de Défense de l'OTAN, il y en a très peu qui travaillent en indépendant sur ces questions.

Mina al-Orabi recence les a priori persistants sur l'OTAN dans la région. Une organisation sous la botte de Washington, aux services des intérêts de l'Occident. Bizarrement, elle ne fait pas mention du fait que l'OTAN est perçue comme une organisation "offensive" et "agressive". Autant de clichés qu'elle admet être faux et le résultat de conceptions préconçues qui ne se sont pas encore évaporées, malgré les différents efforts en ce sens.

Elle évoque ensuite la sempiternelle question israélo-palestinienne. Je ne vois pas l'intérêt de soulever un débat quasi inexistant dans ces partenariats. Bien au contraire, l'OTAN s'est toujours gardée d'engager le débat dans le DM et l'ICI pour éviter de se tirer une balle dans le pied, qui pourrait paralyser les initiatives, comme ce fut le cas pour le Processus de Barcelone par exemple.

Selon elle, publiquement, l'OTAN ne veut pas avoir un rôle dans le processus de paix, mais en privé, l'Alliance Atlantique étudie la possibilité. Et elle ne devrait pas, écrit-elle, ce n'est pas son rôle. Certes, mais c'est son rôle d'étudier la possibilité, parce que si demain, elle était sollicitée, il serait pertinent qu'elle ait déjà étudié le dossier. Mais, ce n'est effectivement pas souhaitable.

De même, al-Orabi affirme que l'ICI "se penche sur la région du Golfe et couvre l'Iran", ce qui est tendancieux, car l'Iran ne fait pas partie de l'ICI et cette initiative est plutôt destinée avant tout aux pays du CCG - seule l'Arabie Saoudite et Oman n'en font pas partie. Elle avance également que le DM "est une organisation qui a été initiée dans une série de plans autour de la Méditerranée dans les années 1990 pour fournir une plate-forme à des interactions arabo-israéliennes et pour aider à créer un sens commun de sécurité". C'est faux. Le DM n'a nullement été créé dans cette logique là. Son origine tient au fait que l'OTAN au sortir de la Guerre froide s'est rendu compte que la Méditerranée était une zone de laquelle de nouvelles menaces pouvaient émerger et qu'il était du devoir de l'Alliance de se préoccuper de cette région (Les critiques diront que l'OTAN a cherché à se trouver un intérêt de rester en vie). Ce n'est pas tant un sens commun de sécurité que l'OTAN a voulu créer que des intérêts communs, comme la lutte contre le terrorisme et la prolifération des ADM.

Pour ceux qui seraient intéressés par en savoir, voici un research paper du NDC de l'OTAN sur les deux initiatives.

Je doute que le sommet de l'OTAN s'attarde beaucoup sur le DM et l'ICI, mais je suivrai cela de près.
 

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