mardi 30 septembre 2008
Retour de la Russie au Moyen Orient ?
Elle voit plusieurs tendances pour justifier sa position : la couverture médiatique dans les médias arabes d'une "nouvelle guerre froide", le fait que les pays arabes n'ont jamais cessé d'être approvisionné par les Russes en armes, l'accueil chaleureux des radicaux islamistes à un renforcement du rôle russe pour contrebalancer la présence américaine, "oubliant de convenance la suppression brutale des Tchétchènes musulmans par les Russes dans les années 1990".
Yamani croit voir un inversement de la situation des années 1950, où les Etats-Unis encourageaient l'islam en opposition au communisme. La porte d'entrée au Moyen Orient passerait par l'Iran pour l'auteur. "La Russie voit sa relation avec l'Iran comme un moyen d'utiliser son influence diplomatique sur l'étendue du Moyen Orient, où les Etats-Unis ont cherché (avec succès) à marginaliser le Kremlin depuis la fin de la Guerre froide", écrit-elle.
Deux raisons de douter de la pertinence des intérêts russes à long terme :
* un Iran nucléaire aux portes de Moscou n'a rien de très avantageux.
* encourager la radicalisation chez les Musulmans de la région ne peut qu'encourager la croissante population russe musulmane a en faire autant.
Dans un post très intéressant sur Middle East Strategy At Harvard, Robert Freedman, professeur à la Baltimore Hebrew University, revient sur les relations entre la Russie et plusieurs pays du Moyen Orient depuis la Guerre froide. Walter Laqueur estime pour sa part qu'il n'ait pas certain qu'il y ait un consensus russe sur une volonté de déstabiliser les positions américaines dans la région. Il n'en reste pas moins qu'il y a une forte tendance dans les milieux russes à percevoir les Etats-Unis comme le responsable direct de la chute de l'URSS.
En réponse au post de Laqueur, Mark Waltz argumente l'idée que les intentions expansionnistes ne seraient pas très bien perçues par les pays de la région, notamment deux groupes :
* l'Iran et la Turquie : leur passé de confrontations avec la Russie fait certes partie de l'histoire, mais d'une histoire encore vive, qui pourrait l'être encore plus si le Kremlin affirmait une volonté sinon expansionniste du moins trop agressive dans la région.
* les islamistes radicaux : si Yamani estime que le massacre des Tchétchènes ait été délibérément passé sous silence, il y a matière à débattre. De même, l'invasion soviétique en Afghanistan en 1979 est un épisode que les Musulmans n'ont pas oublié.
dimanche 28 septembre 2008
Une majorité d'Egyptiens approuvent Al Qaïda
Visiblement, les Egyptiens n'associent pas pleinement Oussama Ben Laden et Al Qaïda. Dans un sondage du Pew Global Survey Project publié en juin 2007, seuls 18% des Egyptiens affirmaient avoir "beaucoup" confiance en lui et 67% "pas trop" confiance en ses capacités à prendre les bonnes décisions sur les affaires internationales.
Le créationnisme version musulmane
Sur le site anglais de Spiegel Online, l'hebdomadaire allemand publie un entretien avec Adhna Oktar (aka Harun Yahya), porte-drapeau du créationnisme à la musulmane. Extraits :
Spiegel : A quel point avez-vous été influencé par les mouvements chrétiens, les mouvements dits de l'intelligence design en Europe et aux Etats-Unis ?
AO : Je trouve le concept d'intelligent design plutôt malhonnête. Chacun doit ouvertement défendre l'existence d'Allah, doit sincérement défendre la religion, l'islam. Ou, si quelqu'un est chrétien, il doit honnêtement défendre la chrétienté. C'est une théorie qui prétend que les choses ont d'une certaine manière été créées, mais personne ne sait qui les a créées. Je trouve cela plutôt malhonnête. Les disciples de l'intelligent design doivent ouvertement et clairement déclarer l'existence d'Allah comme le Créateur.
Spiegel : Richard Dawkins, l'une des plus importantes personnalités du nouvel athéisme, a récemment vu son livre The God Delusion traduit en turc. En Turquie, on rapporte que 15000 exemplaires ont été vendus. Dedans, il écrit que la religion est une des raisons du terrorisme.
AO : Le darwinisme a posé les fondements du fascisme d'Hitler et de Mussolini et du communisme de Staline. Et en faisant attention aujourd'hui, nous voyons que tous les membres des organisations terroristes - même ceux qui présentent comme des organisations musulmanes - sont darwinistes, athés. Cela veut dire qu'une personne croyante qui prie régulièrement ne va pas poser des bombes ici ou là. Ce sont des personnes qui se prétendent musulmanes, ceux qui décrivent comme musulmans, qui perpétuent les attentats, ou les darwinistes qui expliquent clairement qu'il sont terroristes ou communistes qui commettent des actes terroristes. Par conséquent, ils sont tous darwinistes.
Spiegel : Pensez-vous vraiment que quelqu'un comme Oussama Ben Laden, qui justifie ces actes terroristes en utilisant le Coran et la prétendue non-religiosité de l'Occident, suit des idées darwinistes ?
AO : Les choses ne sont pas ce qu'elles semblent être. Vous ne voyez pas cette apparence et ce style dans ce type de personnes dans leur jeunesse. Cependant, quand leur foi est analysée, il se trouve qu'ils sont de véritables matérialistes et darwinistes. Il est impossible pour une personne qui craint Allah de commettre des actes terroristes à cause de leur foi. Ces actes sont commis par des personnes qui ont été éduquées à l'étranger, qui ont reçu une éducation darwiniste et qui ont internalisé le darwinisme, mais qui sont par la suite se présentent comme musulmans. Quand on décrypte avec attention, quand leurs discours et essais sont analysés avec attention, nous voyons que toutes ces personnes sont darwinistes.
jeudi 25 septembre 2008
le triumvirat féminin en Israël

Alors que je terminais la lecture d'un post sur les primaires au sein de Kadima et l'avenir du centre en Israël sur le blog Middle East Strategy at Harvard, Alan Dowty concluait sur une note que j'ignorais.
Si Tzipi Livni venait à devenir Premier ministre - pour le moment, elle essaie de constituer un gouvernement éligible devant la Knesset - Israël serait le premier pays à avoir les trois branches du gouvernement - exécutive, législative et judiciaire - dirigées par des femmes.

Qui pourrait destituer Moubarak ?
Au Pakistan, Asif Ali Zardari a demandé au Parlement de constituer un comité multi-partite pour "revisiter" certains articles contestés de la constitution qui autorisent le Président notamment à dissoudre le Parlement. En Afrique du Sud, le président Thabo Mbeki a été prié par son propre parti de démissionner.
Peut-on imaginer tel scénario en Egypte ? A première vue, c'est difficile par tradition. "L'institution gouvernante en Egypte a toujours gouverné avec un gant de fer depuis les temps pharaoniques, punissant tout ceux qui s'opposent à l'élite dirigeante", écrit le chroniqueur. "Nous nous sommes habitués à cette manière de diriger."
Mais, c'est improbable, parce que la nature du régime ne permet pas de telles actions. "Si Moubarak [renonçait à certains pouvoirs autorisés par la Constitution], il ne trouverait pas d'institution capable de prendre en charge de tels pouvoirs", concède le chroniqueur.
Le régime actuel n'a pas créé de réel gouvernement, ni de Parlement capable de forcer les dirigeants à être responsables devant le peuple, ni de système judiciaire proéminent.
Triste constat...
Profil de l'émir du Qatar
L'émir du Qatar, médiateur des crises internationales, Le Figaro, 19 septembre 2008.
lundi 22 septembre 2008
5 points de tension et 10 défis en Irak, selon le CAP
Cette analyse s'inscrit dans un débat sur l'impact du surge. Efficace ou non ? Ce à quoi les auteurs répondent avec beaucoup de prudence. Il a permis une réduction de la violence, mais il "a échoué dans son objectif principal : arriver à une consolidation durable du pouvoir parmi les différentes forces politiques irakiennes". Selon le rapport, le surge a eu l'effet inverse. Il a renforcé le gouvernement dominé par les Chiites.
Les auteurs énumèrent cinq points de tension en Irak :
* centralisateurs VS. décentralisateurs : ceux qui promeuvent un pouvoir central contre ceux qui soutiennent un renforcement de l'importance des provinces.
* ceux qui ont le pouvoir VS. les challengers : certains groupes, comme le Dawa, l'ISCI et les factions kurdes, ont profité de leur présence au gouvernement pour accumuler du pouvoir, alors que d'autres groupes, comme les Fils d'Irak et les Sadristes entre autres cherchent à en obtenir plus.
* Sunnites VS. Chiites : les tensions ont diminué, mais restent saillantes.
* Arabes VS. Kurdes : les tensions sont particulièrement palpables à Kirkouk.
* factions religieuses VS. factions laïques : opposition entre les groupes qui se concentrent sur la nature religieuse du régime irakien et ceux qui perçoivent la politique comme un moyen d'inclure des structures religieuses durables dans le pays.
Le rapport indique également dix défis que l'Irak doit désormais affronter et qui n'ont pas été résolus par le surge. Mais, attention, préviennent les auteurs, cela doit se faire selon les termes des Irakiens, sans que les Américains n'imposent de solution :
1. l'accord de sécurité américano-irakien
2. les élections et les pouvoirs provinciaux
3. les réfugiés et les déplacés en Irak
4. le démembrement et l'intégration des milices et d'autres groupes armés
5. une révision constitutionnelle
6. Kirkouk et d'autres territoires disputés et l'Article 140
7. mise en application de la réforme sur la "débaasificaion"
8. mise en application de l'amnistie
9. le pétrole et les lois de partage de ses revenus
10. la capacité de l'Etat, la gouvernance et l'anti-corruption
Pour les auteurs, les Etats-Unis n'ont pas à ingérer sur certaines des dossiers, qui n'ont pas d'impact sur la sécurité nationale américaine. "Les Etats-Unis doivent revoir leur approche en matière de sécurité nationale en s'écartant des tranchées des disputes intra-irakiennes sur le pouvoir et en se refocalisant sur les intérêts centraux de sa sécurité nationale."
United Against Nuclear Iran
En amont de la visite de Mahmoud Ahmadinejad au siège de l'ONU à New York dans le cadre d'une réunion de tous les dirigeants d'Etat du monde, les quatre ont formé une association pour soulever l'attention sur le danger posé par l'Iran et la poursuite de son programme nucléaire :
Un Iran armé du nucléaire déstabiliserait probablement une région déjà dangereuse, qui inclut Israël, la Turquie, l'Irak, l'Afghanistan, l'Inde et le Pakistan, et poserait une menace directe à la sécurité nationale américaine. Pour cette raison, les ambitions nucléaires iraniennes exigent une réponse qui contraindrait les dirigeants iraniens à modifier leur comportement et à comprendre qu'ils ont plus à perdre qu'à gagner en devenant nucléaire.
Les auteurs estiment que l'excuse du nucléaire civil est futile, car le programme d'enrichissement de l'uranium dépasse les besoins de ceux requis pour le civil. Ils perçoivent l'Iran comme "un acteur mortel et irresponsable", qui renforcerait ses activités de soutien aux terroristes (Hezbollah et Hamas) l'arme nucléaire en mains.
D'un point de vue économique, un Iran nucléaire serait problématique, car empreint d'une nouvelle confiance qui l'inciterait sans aucun doute à utiliser ses moyens de levier pour affecter les prix du pétrole. L'Iran se trouve en effet à un endroit stratégique pour l'acheminement d'énergie : le détroit d'Ormuz.
Ils en appellent donc à mener des actions lors de la venue d'Ahmadinejad pour montrer leur désaccord avec la politique iranienne.
Nous n'avons pas pour objectif de faire retentir les tambours de la guerre. Au contraire, nous espérons poser les fondements de politiques américaines efficaces en coordination avec nos alliés, l'ONU et d'autres par une démonstration forte de soutien et d'unité du peuple américain pour altérer la trajectoire actuelle du régime iranien.
mercredi 17 septembre 2008
"No End In Sight" sur YouTube
Une excellente initiative de YouTube qui a permis le streaming complet de l'excellent documentaire "No End In Sight". Ce documentaire sorti en 2007 est une enquête passionnante sur le manque de préparation du gouvernement sur le post-conflit en Irak, voire le peu d'intérêt porté par certains à l'égard de cette phase. Manque de préparation et d'intérêt à cause notamment d'une candeur invariable chez les néo-conservateurs qu'une fois le conflit terminé, les Irakiens embrasseront la démocratie, accueilleront les troupes étrangères et s'uniront pour reconstruire le pays. Autant d'idées mal pensées, mal conçues et aggravées par certaines décisions très tôt dans la guerre, notamment le démantèlement de l'armée et la dé-baasification radicale et brutale.
"No End In Sight" a de plus le grand avantage de ne pas être un énième documentaire anti-guerre, ce qui l'aurait rapidement décrédibilisé. Cette enquête vient compléter le pénétrant ouvrage de Bob Woodward State Of Denial. Le titre français Mensonges d'Etat : Comment Bush a perdu la guerre est tellement biaisé et ne correspond que tellement partiellement à ce qu'écrit Woodward que je ne peux que m'en offusquer.
« Passer d’un accroissement militaire à un accroissement diplomatique »
Le Courant : Pensez-vous que le surge a fonctionné ?
Bruce Jentleson : Je pense que cela a permis une amélioration de la situation par rapport à celle du début de l’année 2007, mais il n’a pas résolu les problèmes. Je pense qu’il faut passer d’un surge militaire à un surge diplomatique. La situation sur le terrain s’est améliorée, toutes les statistiques l’indiquent, mais ce n’est pas suffisant. Nous avons aujourd’hui besoin de diplomatie régionale, de diplomatie internationale et des initiatives à l’intérieur d’Irak pour qu’il y ait la moindre chance de stabilité.
LC : Aujourd’hui, quels sont les principaux défis en Irak ?
BJ : Les principaux défis aujourd’hui sont l’endiguement régional, c’est-à-dire limiter le conflit à l’Irak et éviter que le conflit ne s’étende à d’autres parties de la région et également limiter l’engagement d’autres pays en Irak ; c’est également la réconciliation et la stabilisation politique pour éviter d’incessants actes de violence entre les trois principaux groupes, les Chiites, les Sunnites et les Kurdes.
LC : Pensez-vous que le changement de commandement des armées en Irak -le départ du général Petraeus et l’arrivée du général Odierno- va affecter la situation ?
BJ : De petits changements. Tout le monde attend de voir ce que le résultat des élections [présidentielles américaines] sera. Il y a un changement de commandement au milieu du mois de septembre et dans deux mois, nous avons une élection et quelques mois après, un nouveau président. Si jamais il devait y avoir un changement dans la stratégie actuelle, ce ne serait pas dû à un changement de commandement, mais un changement émanant de l’administration Bush.
LC : Quels changements significatifs peut-on attendre d’une administration Obama ou d’une administration McCain ?
BJ : Avec McCain, ce sera assez similaire. Il croit que le surge résoudra tous les problèmes. Obama a dit quelque chose qui va plus ou moins dans le même sens de ce que j’ai dit précédemment. Il croit que la meilleure solution est de réduire notre présence militaire et d’accroître nos initiatives diplomatiques. Il n’a certes pas établi un calendrier de retrait précis, ce qui serait idiot étant donné que des événements peuvent se passer, il a établi une période de seize mois pour redéployer la plupart de nos troupes militaires et utiliser ce temps pour atteindre les objectifs en matière de diplomatie régionale et de stabilisation intérieure, tout en conservant une présence militaire et en prenant des initiatives diplomatiques. Les deux ont des approches vraiment différentes sur l’Irak.
mardi 16 septembre 2008
Ross : Rice devrait se pencher sur les présidentielles palestiniennes
Le mandat d'Abou Mazen se termine le 9 janvier 2009. Récemment, il a indiqué qu'il avait l'intention de rester à son poste jusqu'aux élections parlementaires de 2010, estimant que les élections présidentielles devaient se tenir en même temps que les élections législatives. Il avait déjà évoqué l'idée il y a quelques mois. Il a même présenté un décret à ce sujet. Dans le même temps, le Hamas a fait savoir qu'il ne reconnaîtrait l'autorité d'Abbas après le 9 janvier.
Cela pourrait donc précipiter les Territoires palestiniennes dans une nouvelle crise autant politique que, ne l'espérons pas, militaire. Les Egyptiens semblent en voie de proposer la constitution d'un gouvernement transitoire purgé de membres des factions rivales Fatah et Hamas en attendant la tenue d'élections anticipées.
Dans une tribune publiée hier, Dennis Ross présente deux autres alternatives. Avant tout, il estime que Condi Rice se focalise sur le mauvais dossier, en l'occurrence d'amener Palestiniens et Israéliens à s'accorder sur des questions aussi épineuses que Jérusalem et le retour des réfugiés. "Bien que cela soit désirable, cela ne fait pas partie jeu", juge-t-il, ajoutant que les deux seules personnes qui croient à un accord immédiat sont Rice et le Premier ministre israélien Ehud Olmert.
Ross pense que la réunion à l'ONU à la fin du mois constitue le moment parfait pour négocier avec les dirigeants arabes sur la question de la présidence palestinienne. Tous seront à New York et selon Ross, aucun n'a intérêt à voir un vide politique s'installer en Palestine et pas plus ce vide comblé par le Hamas.
Deux possibilités font donc jour pour Ross :
* Que le Quartette s'accorde avec les pays arabes pour appuyer le décret d'Abbas que les présidentielles doivent se tenir en même temps que les législatives, ce qui donnerait "une couverture et une raison [à Abbas] de rester au pouvoir".
* Que le Quartette et les pays arabes soutiennent l'idée que des élections présidentielles ne pourront se tenir qu'une fois que la sécurité à Gaza le permettra. Cela impliquerait une présence des forces de police de l'Autorité palestinienne et d'observateurs internationaux sur place.
Sans favoriser l'une des deux options, Ross semble pencher pour la seconde, car elle mettrait le Hamas sur la défensive. "Le Hamas devrait soit permettre une certaine présence de l'Autorité palestinienne et d'observateurs pour les élections, soit la bloquer et perdre toute légitimité pour sa cause ou ses attaques contre Abbas", avance-t-il.
Palestine : un gouvernement sans Fatah ni Hamas ?
Le gouvernement de transition aurait deux missions : préparer des élections anticipées et engager la formation d'une force de sécurité "sur une base professionnelle, plutôt que factionnelle".
Ces informations émanent de "sources égyptiennes", donc rien d'officiel. Il faut également que les deux parties soient d'accord. On imagine que ce gouvernement prendrait place après la fin du mandat du président palestinien Mahmoud Abbas - membre du Fatah. A suivre...
dimanche 14 septembre 2008
samedi 13 septembre 2008
Chuck Freilich : « L’administration d’Olmert : une opportunité gâchée et une tragédie pour Israël »
Spécialiste des questions de sécurité nationale d’Israël, Chuck Freilich est aujourd’hui chercheur au Belfer Center for Science and International Affairs à l’Université de Harvard. Il écrit actuellement un ouvrage sur les prises de décision en matière de sécurité nationale en Israël.
LC : Ehud Olmert ne se représentera pas pour les élections de son parti Kadima le 18 septembre. Il est resté deux ans au pouvoir, dans la moyenne israélienne. Quel jugement portez-vous sur la mandature d’Olmert au niveau du dossier israélo-palestinien ?
Chuck Freilich : Je pense que la période Olmert a été une opportunité gâchée et dans ce sens une tragédie pour Israël. Il avait le potentiel pour être un très bon Premier ministre et je pense qu’il voulait vraiment trouver une solution sur la question palestinienne. Pendant sa campagne, sa plateforme consistait en un « plan de consolidation de la Cisjordanie ». C’était après le désengagement unilatéral de Gaza et désormais, il parlait de désengagement unilatéral de la Cisjordanie en lui donnant un nouveau nom, « la consolidation ». Il n’a jamais précisé où Israël se retirerait, mais il évoquait la barrière (fence), ce qui veut dire qu’il pensait déjà à un retrait d’approximativement 90% de la Cisjordanie.
Malheureusement, la guerre du Liban a éclaté. Il a fait preuve d’une très mauvaise gestion de la crise. Le fait qu’Israël devait partir en guerre à cause de la situation sécuritaire à la frontière avec le Liban, le fait que le Hezbollah avait tiré approximativement 4000 roquettes qui venaient après quelques milliers de roquettes que le Hamas avait tiré de Gaza suite au désengagement unilatéral, l’idée de « consolidation » est devenue politiquement moribonde. Israël s’est retiré unilatéralement du Liban, puis de Gaza. Sur les deux fronts, tout ce que les habitants voulaient était de vivre en paix, à la place, ils ont eu des milliers et des milliers de roquettes.
Je pense qu’Olmert a été méritant, un an après, de faire revivre le processus de paix à Annapolis, mais, à ce stade, c’était déjà irréaliste tant au niveau du temps que des conditions fondamentales, parce que personne en Israël n’était prêt à parler de désengagement en Cisjordanie, surtout pas unilatéralement. Du côté palestinien, il n’y avait personne à qui parler, car certes Abu Mazen (le nom de guerre de Mahmoud Abbas) voulait et veut encore conclure un accord, mais le Hamas s’était emparé de Gaza et il n’avait plus de pouvoir.
Il faut noter toutefois que le successeur d’Olmert ne va peut-être pas arriver si vite, car il devra constituer une coalition et il n’est pas certain que cela se fasse si rapidement, si même elle est formée. Il reste donc peut-être quelques mois avant que son successeur ne parvienne à former une nouvelle coalition.
LC : Lors de son discours annonçant qu’il ne se représenterait pas, il a également affirmé qu’il ferait tout pour atteindre un accord. Etait-ce une coquille vide, une réelle volonté personnelle ou l’envie de soigner son image pour l’Histoire ?
CF : Je pense qu’il était sérieux. Si l’on en croit le peu d’informations disponibles sur les négociations en cours, il semble que des progrès substantiels ont été atteints. Il a proposé un retrait de 93% de la Cisjordanie et quelques pourcents du territoire israélien qui seraient donnés aux Palestiniens en compensation des 7% de la Cisjordanie restants. Il était, semble-t-il, prêt à un retour qu’on pourrait qualifier de « symbolique », mais pas plus. Je ne crois pas que la question de Jérusalem ait été sérieusement étudiée, en raison de débats de politique intérieure. Cela n’en reste pas moins une proposition conséquente, mais je ne pense pas qu’il ait le temps de l’appliquer. Dans les dernières semaines, il a privilégié son timing personnel pour négocier sur les dossiers, ce qui n’est pas acceptable. Je pense que désormais il essaie de façonner son héritage, mais jusqu’alors, l’effort était sérieux. C’est une bonne base pour son successeur.
LC : Quelles sont les questions de politique intérieure que vous évoquez ?
CF : La principale sur Jérusalem concerne le parti Shas (un parti ultra-orthodoxe ndlr), qui fait partie de la coalition gouvernementale, a menacé de se retirer de la coalition, si Olmert négociait sur Jérusalem. Tout en probablement négociant sur la question, il s’est abstenu de conclure un accord sur ce dossier.
LC : Les Palestiniens ont refusé l’offre de paix des Israéliens. Comment l’expliquez-vous ?
CF : Je ne suis pas certain qu’ils l’aient totalement refusée, du moins c’est leur position officielle. Il y a plusieurs raisons à ce rejet. Abu Mazen veut un accord final global, notamment sur la question de Jérusalem. Comme je l’ai déjà mentionné, je doute que ce soit le cas du côté israélien. Olmert ne peut pas publiquement résoudre cette question.
Ensuite, les Palestiniens ont l’habitude de dire « non » à toute proposition. Abu Mazen a un problème à l’heure actuelle, c’est qu’il ne peut parler au nom de personne. Etant donné que le Premier ministre israélien quittera prochainement ses fonctions, qu’il ne sait pas qui lui succédera, que les Américains en finissent avec l’administration Bush et qu’il a ses propres problèmes, le moment n’est pas adéquat pour qu’il puisse faire les concessions qu’il doit faire.
LC : A l’heure actuelle, deux candidats du Kadima semblent en tête, Tzipi Livni, ministre des Affaires étrangères, et Shaul Mofaz, ministre des Transports et vice-Premier ministre. Dans quelle direction le processus de paix ira avec les deux ?
CF : Livni participe déjà aux efforts actuels et je pense qu’elle continuerait dans la même voie. Elle serait plus forte politiquement, car elle bénéficie d’un large soutien populaire. En plus, elle a la réputation d’être un leader sérieux et responsable. Je pense que Mofaz se présente pour des raisons politiques comme plus à droite qu’il ne l’est vraiment. Il continuera les efforts actuels, mais je ne sais pas s’il aura la même flexibilité que Livni.
Dans les prochaines élections générales, si Netanyahu arrive au pouvoir, c’est le début d’une nouvelle manche.
LC : Une des grandes préoccupations vue de l’étranger concerne les colonies (settlements). Régulièrement, de nouvelles constructions sont annoncées. Est-il exagéré d’insister sur ce point ou est-il pertinent de penser que cela affecte le processus de paix ?
CF : Je pense qu’il est temps pour tout le monde d’en finir avec la question des colonies (settlements). Si Olmert parle de 93% de la Cisjordanie, celles qui en font partie vont être démantelées. Il n’y a rien de négatif sur le fait qu’Israël conserve quelques pourcents de la Cisjordanie. La longueur d’Israël est de 15km dans ses zones les plus étroites. Il y a des gens qui font ce jogging tous les matins pour s’amuser. Si Israël peut garder 7% de la Cisjordanie, elle conserverait à peu près 70% des colons (settlers). Si les Palestiniens obtiennent 93% de la Cisjordanie et une compensation territoriale du côté de la bande de Gaza, cela semble une offre tout à fait honnête.
LC : Du côté palestinien, où en est-on avec le Hamas à Gaza et les élections présidentielles prévues pour janvier ?
CF : Il semble que désormais ils essaient d’éviter la tenue d’élections, en disant par exemple que Gaza est « une zone en état de rébellion » et qu’ils ne peuvent donc pas tenir d’élections maintenant. C’est une possibilité. Si les Palestiniens ne parviennent pas à repousser les élections, il y a deux possibilités. La première est qu’Abu Mazen se présente et il perdra probablement. L’autre est qu’il ne se présentera pas, c’est ce qu’il a dit il y a à peu près un an, dans quel cas les chances que le Hamas l’emporte sont très grandes.
LC : Y a-t-il une tentative d’Israël de redorer le blason d’Abu Mazen ? On a vu par exemple la libération de centaines de prisonniers palestiniens.
CF : Oui, ça en fait partie, mais c’est une petite étape qui ne changera rien. Cela contribue à l’ambiance actuelle. Ce qui pourrait faire changer les choses serait un accord d’ici aux élections. Selon moi, le processus d’Annapolis était plus une tentative de sauver Abu Mazen qu’une percée vers la paix. Aucune des deux parties n’est en mesure de signer un accord, mais il faut donner quelque chose qu’Abu Mazen peut vendre. L’alternative est terrible. Si le Hamas remporte la présidence et de fait devient l’acteur principal également en Cisjordanie, nous pouvons dire au revoir au processus de paix pour de nombreuses années.
LC : Vous venez de publier un article dans The American Interest pour présenter une proposition de résolution de la question des réfugiés. Pouvez-vous expliquer en quoi elle consiste et pourquoi vous estimez qu’elle pourrait contribuer au processus de paix ?
CF : Je préfère être franc, je ne pense pas que quelqu’un va s’emparer de l’idée et la mettre en place. Je l’ai présenté sous deux angles : en tant que proposition unique et incluse dans un processus plus large.
Pourquoi est-ce que je pense qu’elle n’est pas réaliste ? Du côté israélien, la volonté politique n’est pas présente. Olmert va bientôt partir, c’est une proposition radicale, elle n’est pas viable en tant que proposition unique. Les Palestiniens, en étudiant leur histoire, n’ont jamais dit « oui » à quoi que ce soit, ni en 1936 après la Commission Peel, ni en 1947 sur le Plan de Partition, ni en 2000 après Camp David. Leur approche a été toujours qu’ils veulent 100% ou rien. Dans la proposition, il leur est demandé de prendre une grosse décision, qui aurait d’énormes bénéfices, mais également ses coûts. Il devrait par exemple accepter que le droit du retour se fera dans le prochain Etat palestinien, pas en Israël.
Dans le cadre d’un processus plus large, régler la question des réfugiés au début des négociations plutôt qu’à la fin leur offre de nombreux bénéfices et une marge pour conclure un accord final tout en le mettant en pratique sans terrorisme et autres formes de violence. Aujourd’hui, il est clair que même si un accord était signé, il ne pourrait pas être appliqué, car Abu Mazen n’a pas d’autorité sur Gaza et il ne peut en réalité pas non plus parler au nom de la Cisjordanie. L’idée serait de lui donner une carotte pour son opinion publique.
vendredi 12 septembre 2008
Extraits de la conf de Marc Lynch sur l'Egypte
Devons-nous abandonner nos espoirs pour une démocratie arabe et s'accommoder des réalités avec nos dictateurs alliés et du confort de relations stratégiques utiles ? Je ne pense pas et je ne l'espère pas. Les Etats-Unis doivent continuer à soutenir les réformes démocratiques, dans le monde arabe et au-delà. Je me positionnerais en faveur d'une approche plus réaliste que celle évangéliste de l'administration Bush, que de formules radicales avec peu de suite, mais une qui fait de sérieuses demandes à nos amis, alliés et destinataires d'aide. Le point focal ne doit pas être principalement les élections, mais "les libertés du Bill of Rights" : nos amis doivent respecter la liberté d'expression, d'assemblée et de presse ; des élections libres et justes ; une indépendance judiciaire et l'état de droit ; les droits de l'homme. Hosni Moubarak n'autorisera jamais à ce que soit voté son départ du pouvoir. Mais, nous pouvons et nous devons exiger de nos amis qu'ils s'élèvent à des standards minimums et à des normes. C'est, je crois, dans leur intérêt autant que dans le nôtre et nous ne faisons aucune faveur au gouvernement égyptien en détournant l'œil de leurs politiques auto-destructrices.
Sur la situation même en Egypte :
Avec un fossé grandissant entre les riches et les pauvres, des infrastructures qui s'effondrent, une incompétence des institutions gouvernementales toujours plus apparentes, les prix de la nourriture et de l'essence en forte hausse et le champ politique réduit à sa plus simple expression, où peuvent aller les Égyptiens ? En 2007-2008, avec le mouvement Kefaya qui s'écroule, les Frères Musulmans sur la corde raide et la plupart des mouvements politiques égyptiens démoralisés, plusieurs émeutes se sont déclenchées à Mahalla et dans d'autres centres urbains. Ce type de réponse anomique et désorganisée semble être l'avenir recherché par la stratégie politique du régime égyptien.
Les mesures de répression prises par un régime égyptien divisé sur la succession présidentielle, douloureusement conscient de son impopularité et menacé par une myriade de défis ne sont pas difficiles à comprendre. Le gouvernement égyptien est lui-même divisé - ce qui est un des seuls signes encourageants à l'horizon, puisque les factions au sein du PND qui ne l'emporteront pas dans la lutte à venir pour le leadership pourraient alors soudainement découvrir les vertus de la démocratie pluraliste. Mais pour le moment, ce ne sont que de lointains espoirs.
jeudi 11 septembre 2008
Skelton sur le 9/11
Ike Skelton, président de la commission des Armées à la Chambre des Représentants, s'est exprimé à l'occasion du septième anniversaire des attentats du 11 septembre. Voici la traduction :
Il y a sept ans, l'intention de terroristes d'Al Qaïda de détruire des symboles de la puissance américaine ont impitoyablement tué des milliers d'innocents. Aujourd'hui, Oussama Ben Laden court toujours et la sécurité en Afghanistan se détériorie.
La genèse des attaques du 11 septembre a émergé de bases d'Al Qaïda en Afghanistan, mais les Etats-Unis n'ont pas donné à l'Afghanistan la priorité qu'elle mérite, principalement à cause de notre engagement en Irak. C'est inacceptable, particulièrement lorsque nos officiers dans l'armée et dans les renseignements prédisent que c'est dans cette région volatile que se trouve la source la plus probable d'une attaque contre notre pays.
L'état actuel des choses doit changer - la sécurité américaine et la sécurité de nos alliés exigent un renouvellement d'intérêt pour l'Afghanistan. C'est un combat que nous devons à ceux qui ont perdu leur vie le 11 septembre, à ceux qui se sont engagés dans le combat contre la terreur depuis et à nos chers citoyens aujourd'hui et demain.
Bien que le contrecoup des attentats du 11 septembre va résonner pendant des générations, la violence de sang-froid des terroristes ne rompra jamais l'esprit américain, ni n'altèrera jamais nos valeurs, ni n'ébranlera notre détermination. La mission de protéger le peuple américain est une responsabilité perpétuelle, mais nous sommes servis par des hommes et femmes dévoués, dans des rôles militaires ou civils, qui servent notre nation avec honneur sur le territoire comme à l'étranger. Alors que nous commémorons en ce triste jour, chacun d'entre nous doit renouveler son engagement pour faire tout ce qui est nécessaire pour protéger nos familles, nos communautés et notre nation.
mardi 9 septembre 2008
Cordesman : progrès en Irak, perte de vitesse en Afghanistan
Cordesman estime que les deux principales menaces que sont Al Qaïda en Irak (AQI) et les tensions intra-chiites ont largement diminué, mais que de nombreuses questions demeurent en suspens. AQI a souffert de nombreuses pertes et son action a considérablement diminué en Irak avec l'action des Fils d'Irak. "Ce n'est pas qui une force défaite autant qu'elle est supprimée et considérablement affaiblie", explique Cordesman. En effet, il est pratiquement impossible d'éradiquer les attentats-suicides par exemple.
L'offensive gouvernementale sur Bassorah a montré que la milice du Mahdi, menée par Moqtada al-Sadr, est beaucoup plus faible qu'elle ne l'a été, mais malgré tout, elle n'a pas rendu les armes. Même si certains cadres de l'organisation s'orientent vers la création d'un mouvement politique, Cordesman rappelle qu'un "très grand nombre de dirigeants et membres de la milice du Mahdi ont juré sur leur sang de continuer l'affrontement et de continuer à faire partie d'une résistance armée".
Deux situations qui font dire à l'expert militaire que "l'on ne voit pas une victoire, mais des progrès substantiels", c'est-à-dire que les hommes politiques irakiens se sentent plus enclins à prendre le risque d'avancer leur programme, ce qui dans le même temps révèle d'autres tensions sectaires. De plus, Anthony Cordesman considère que la plupart des décisions qui pourraient évincer la violence n'ont pas été pas mises en place, que ce soit des élections locales, des décisions sur la fédération, l'intégration des Fils d'Irak dans les forces de sécurité.
Malgré tous les efforts américains, les tensions sunnites-chiites sont encore présentes. Dans la province d'Anbar, sous contrôle irakien depuis la semaine dernière, la situation sécuritaire demeure incertaine, car les forces de sécurité majoritairement chiites sont réticentes à donner du pouvoir aux dirigeants locaux sunnites.
Une des raisons est que ni les Sunnites, ni les Chiites (les Kurdes sont une exception) ne connaissent véritablement leur soutien populaire, car aucun groupe n'a pris part à des élections locales jusqu'à présent. Et aucun ne sait quel pouvoir leur sera alloué après les élections, si elles se tiennent comme prévu à l'automne.
Cordesman reconnait que les problèmes sont encore légions en Irak et que tant que des décisions politiques internes n'auront pas été prises par le gouvernement actuel pour améliorer la situation notamment économique du pays, toutes les campagnes pour instaurer le calme et la sécurité seront vaines.
Pour autant, il présente une perspective relativement optimiste, comparée à celle qu'il maintient sur l'Afghanistan. "Le fait est que nous sommes en train de gagner une guerre qui est impopulaire en Irak, et nous sommes en train de perdre une guerre qui est populaire en Afghanistan", analyse-t-il :
Nous avons besoin de trois à quatre brigades en plus en Afghanistan. Il faudra trois ou quatre ans pour construire une armée ou une force de police afghane quelque peu convaincante, sans parler d'une présence gouvernementale. Il n'y a même pas débat. Personne étudiant ces questions ne voit les menaces et les besoins militaires en d'autres termes.
dimanche 7 septembre 2008
Petit tour de table après le sommet France-Syrie-Turquie-Qatar (3e volet)
L'éditorial reconnait que le chemin est encore long, mais accorde une grande importance aux résultats de ce sommet quadripartite qui pourrait être "un tournant dans l'histoire de la politique du Moyen Orient".
L'émir du Qatar Sheikh Hamad bin Khalifa Al Thani et le Président français Nicolas Sarkozy sont attendus pour jouer un rôle de premier plan pour rapprocher la Syrie, Israël et le Liban comme jamais auparavant. Une fois qu'une formule pour la paix est trouvée entre les trois, il sera plutôt simple pour les négociateurs pour briser la glace dans d'autres domaines. (...) Le sommet de Damas pourrait émerger comme le précurseur de la mission de paix dans la Palestine en feu. Les quatre dirigeants très respectés ont choisi le mois saint du Ramadan pour les discussions historiques à quatre qui vont explorer les possibilités d'en finir avec certaines des plus vieilles disputes dans l'intérêt de la paix au Moyen Orient.
Petit tour de table après le sommet France-Syrie-Turquie-Qatar (2e volet)
Il écrit que les deux principaux pays publiquement opposés à l'entrée d'Istanbul dans l'UE sont la France et l'Autriche. Les sceptiques attendent de voir comment vont évoluer les politiques de ces deux pays avant de prendre clairement partie. Le journaliste considère la présence turque comme le signal retentissant que l'entrée de la Turquie "relèverait de bien plus que de considérations techniques et qu'elle aurait des conséquences importantes pour la communauté internationale".
Le journaliste estime que les récents efforts diplomatiques d'Istanbul entre la Syrie et Israël, dans le Caucase, avec l'Iran et la récente annonce de relations avec l'Arménie jouent en faveur de la candidature turque. Selon lui, "la France commence enfin à admettre les nécessités de la Realpolitik", autrement dit la nécessité de la présence de la Turquie à Bruxelles.
Ne reste plus qu'à convaincre l'Autriche, qui a récemment annoncé la tenue d'un référendum sur la question de la candidature turque le moment venu. Hürriyet apporte la solution. L'Union Européenne envisage la construction du gazoduc Nabucco qui irait de la Turquie à l'Autriche. L'objectif est de réduire l'hyperdépendance européenne en la matière vis-à-vis de la Russie. Vienne espère avec ce projet retrouvé une place de premier plan au sein de l'UE, mais un tel projet serait extrêmement honéreux si la Turquie restait hors de l'Union Européenne. D'où l'intérêt pour l'Europe, et donc de l'Autriche, d'accepter Ankara à Bruxelles.
Petit tour de table après le sommet France-Syrie-Turquie-Qatar (1er volet)
La visite de Nicolas Sarkozy à Damas a été très largement saluée comme un pas en avant pour la Syrie. Alors que le pays fait partie de la liste des pays sponsors du terrorisme aux Etats-Unis, Paris semble insuffler un nouvel élan diplomatique pour réintégrer Damas dans la cour internationale. Sarkozy semble être friand de ce type d'initiative. Enjeux économiques (c'est très souvent le cœur des déplacements du président français) et prestige international ont une nouvelle fois motivé le chef d'Etat français à rompre la glace qui empêchait une visite à Damas. La dernière date d'octobre 2002, avant que Jacques Chirac ne s'oppose corps et âme à l'ingérence de la Syrie au Liban. Beaucoup de promesses sont ressortis du sommet France-Syrie ainsi que de la réunion des deux rejoints par la Turquie et le Qatar, deux acteurs négociateurs incontournables dans la région. La Turquie est le médiateur des relations indirectes entre Damas et Tel Aviv. Le Qatar a coordonné l'accord de Doha qui a vu l'émergence d'un compromis sur l'élection d'un Président de la République au Liban.
De plus, la Syrie préside la Ligue arabe, la France l'Union Européenne et le Qatar représentait le Golf Cooperation Council. La presse syrienne a été particulièrement dythirambique à l'égard de ce sommet quadripartite. Un éditorial dans le quotidien syrien Tishreen, détenu par le gouvernement, (traduction de l'arabe par BBC Monitoring) affirmait que cela "était un tournant qui restera dans l'histoire comme un des événements qui a permis le passage d'un stade à un autre", ajoutant qu'il
apparait clairement que la volonté de changement a finalement marqué une victoire tangible vers la création d'un nouveau monde épargné par le chaos, les guerres et des plans destructeurs en proie à l'hégémonie, la domination et la consolidation d'un ordre unilatéral, qui a apporté à l'humanité fléaux et désastres.Une critique à peine voilée contre les Etats-Unis. Un éditorialiste du même quotidien perçoit le sommet comme une preuve du déclin américain (traduction de l'arabe par BBC Monitoring) :
Le monde mené par une administration américaine sauvage et assoiffé par la guerre et la destruction est en train de changer ; et les forces qui sont restées en retrait lors des tempêtes américaines commencent à revenir sur la scène internationale pour regagner leur rôle et annoncer le rejet de la logique de la force, de l'hégémonie et de l'unilatéralisme, et d'adopter la logique du dialogue et des intérêts mutuels.
Crédit photo : Syrian Arab News Agency
mercredi 3 septembre 2008
L'aide américaine à l'Egypte en voie de changements majeurs
Scott Carpenter est chercheur et directeur du project Fikra ("idée" en arabe) au think tank Washington Institute for Near East Policy. C'est un très grand supporter de la démocratie ; il a notamment participé aux efforts de promotion de la démocratie au Moyen Orient lorsqu'il travaillait au Département d'Etat jusqu'en 2007.
Il explique, sur le site du think tank, que les relations entre les Etats-Unis et l'Egypte deviennent de plus en plus tendues, comme le montre la réprobation américaine après la décision de justice égyptienne de condamner (injustement) Saad Eddin Ibrahim (cf. précédent post). Selon lui, le prochain président continuera d'avoir des relations difficiles avec Le Caire à cause des droits de l'homme, mais elles seront "moins influencées par l'aide économique que jamais. Par conséquent, le Congrès et la prochaine administration sera peut-être tentée de mettre des conditions à l'aide militaire comme un moyen de pousser l'Egypte à plus de coopération."
A la fin du premier mandat de George Bush, les Américains ont pressé Le Caire à annoncer des réformes. Finalement, Hosni Moubarak nommera un nouveau gouvernement dirigé par le réformateur et économiste Ahmed Nazif. Cela s'est traduit par un mémo d'entente (le fameux MOU de 2004) qui plannifiait la réforme du secteur financier. Dans l'ensemble, l'économie égyptienne a subi des réformes majeures - même si l'argent gagné n'est que trop marginalement redistribué.
Carpenter explique que les subventions financières pour l'aide au développement diminuent toutefois, en accord avec la décision de 1998 de faire passer l'aide de 815 millions à 415 millions de dollars d'ici à 2008. Cela ne satisfait pas les Egyptiens, mais le soutien américain ne représente aujourd'hui plus que 0,25% des fonds égyptiens. L'aide demeure cruciale, car elle est "symbolique, à jamais liée aux accord de paix de Camp David" pour Le Caire.
Jusqu'à présent, le gouvernement égyptien a trouvé des alliés au sein du Département d'Etat pour faire face aux campagnes annuelles de certains parlementaires d'insérer des conditions à l'aide. Chose faite toutefois pour l'aide économique depuis l'an dernier, mais jamais encore le soutien militaire n'a été conditionné. Carpenter pense que les critiques à l'égard du respect des droits de l'homme en Egypte vont s'accroître au Congrès américain et vont profondément affecter le statut de l'aide.
Il explique également que Moubarak est responsable, car "il donne des munitions" en continuant d'emprisonner des activistes pro-démocratie et opposés à son régime. Pour Carpenter, la Maison Blanche aura énormément de mal à justifier son soutien économique et se battra à reculons pour maintenir l'aide militaire pour soutenir "'son partenaire stratégique'". Pour inverser la tendance, il faudrait que le leadership égyptien définisse "une vision claire de l'avenir du pays - que les Américains peuvent comprendre et soutenir", mais il est obligé de concéder que "cela n'est pas à l'horizon".
lundi 1 septembre 2008
Rice et Livni sur les colonies
Extraits (vidéo ci-dessus & version écrite) de la conférence de presse donnée par la Secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice et la Ministre des affaires étrangères israélienne Tzipi Livni le 26 août à Jérusalem:
Question : L'organisation Peace Now a rapporté aujourd'hui que l'activité dans les colonies (settlement activity) israéliennes avait presque doublé en un an, madame la ministre des affaires étrangères, comment concilier cela avec votre objectif d'obtenir un accord de paix ?
Et Madame la Secrétaire Rice, comment -- quel effet cela a-t-il ? Est-ce que cela nuit ou endommage le processus ?
MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES LIVNI : En quelque sorte c'est une question, mais, j'aimerais y référer sous deux angles différentes. L'un est le processus de paix, et le processus de paix n'est pas et ne doit pas être affecté par une quelconque activité dans les colonies.
Je veux dire, qu'au bout du compte, nous parlons des frontières futures d'un Etat palestinien, en considérant que cela fait plus de 40 ans, plus ou moins, que nous discutons des mêmes colonies, et que cela fait partie des négociations. Et comme je l'ai également suggéré à mes partenaires palestiniens, d'essayer -- et je comprends que de temps en temps (inaudible) et de temps et temps comment cela affecte différentes parties de la société palestinienne. Mais au bout du compte, le rôle des dirigeants est d'essayer de trouver un moyen de vivre en paix dans l'avenir, et d'éviter -- de ne laisser ces jours-ci aucune nuisance sonore en lien avec la situation sur le terrain entrer dans la salle de négociations.
Ce que je veux dire, c'est qu'il aurait été plus facile pour moi d'utiliser des excuses et de dire que cela affecte ma capacité à négocier. Mais, j'en ai décidé autrement, même dans les jours les plus difficiles du terrorisme (terror). Donc, j'aimerais suggérer à mes partenaires de ne pas utiliser cela comme une excuse. Et je sais qu'ils ne l'utilisent pas comme une excuse, mais je comprends parfois la frustration.
Mais, au bout du compte, la politique du gouvernement israélien est de ne pas d'étendre les colonies, c'est de ne pas construire de nouvelles colonies, de ne pas confisquer de territoire aux Palestiniens. Et, à ma connaissance, les activités dans les colonies ont très significativement diminué, notamment dans les parties de l'autre côté de la barrière (fence). Il y avait un peu d'activité qui ne va pas avoir d'influence sur les capacités ni sur les futures frontières de l'Etat palestinien. Merci.
SECRETAIRE RICE : Et bien, laissez-moi commencer en disant que c'est la position des Etats-Unis que les parties ne doivent pas prendre des mesures qui d'une certaine manière viendraient à compromettre le résultat final. Et, en fait, les frontières de l'Etat palestinien et d'Israël seront déterminées par un accord.
Je pense que ce n'est pas un secret, et je l'ai dit à mes homologues israéliens, que je ne pense pas que les activités dans les colonies contribuent au processus, et qu'en fait, ce dont nous avons besoin maintenant sont des mesures qui améliore la confiance entre les deux parties. Et tout ce qui sape la confiance entre les deux parties doit être évité.
Donc, nous allons continuer à faire pression pour obtenir un accord, de telle sorte que nous savons ce qui est en Israël et ce qui est en Palestine. C'est le but ultime. Mais, clairement, l'activité n'aide pas.

