jeudi 29 janvier 2009

Les conseils de Brent Scowcroft

Brent Scowcroft est vraiment un des meilleurs stratégistes en politique extérieure que les Etats-Unis. Il a encore fait preuve de clarté et de perspicacité dans un entretien accordé à The National Interest. Quelques extraits du dernier numéro :

Nous avons besoin d'évaluations réalistes sur l'acceptation éventuelle de nos politiques par le monde avant que nous n'offrions notre aide.

Le processus de paix palestinien est un cas d'étude. Bien que l'administration Bush ait cherché à trouver une résolution, notre approche a été de demander aux Israéliens et aux Palestiniens de s'asseoir ensemble, en espérant qu'ils arrivent à un accord. Mais, les deux camps sont trop faibles une telle approche américaine. Une résolution requiert l'attention personnelle du président. Washington devra mener le jeu avec un plan américain fondé sur les conclusions des accords de Taba. (...)

Si le processus de paix est abandonné, ce sera perçu par le monde musulman comme une autre indication que les Etats-Unis ne s'intéressent pas trop à leurs intérêts. Et tandis que le dossier palestinien n'est pas dans les esprits de tous les Musulmans, il fait office de symbole de l'injustice. Ce symbole d'injustice, et notre réticence ou incapacité à faire quoique ce soit amenuit tout ce que l'Amérique essaie de faire dans cette région. (...)

Un processus de paix palestinien dynamique pourrait aider à changer le climat psychologique. Cela pourrait un peu prendre un peu de vent des voiles du Hezbollah et du Hamas. Les Etats du Moyen Orient seraient alors peut-être enclins à utiliser de leur influence pour amoindrir le pouvoir de l'Iran. Cela pourrait pousser l'Iran de nouveau sur la défensive. Après tout, les actions américaines en Irak et en Afghanistan ont détruit les principaux adversaires iraniens, et d'une certaine manière, a renforcé le leadership à Téhéran. Un processus de paix soutenu pourrait aider les pays arabes à se libérer, ce qui pourrait déboucher sur une assistance dans la réhabilitation de l'Irak.

Thomas Friedman et "la solution à cinq Etats"

Ah, Thomas Friedman. C'est un peu grâce à lui qu'est né mon intérêt pour le Proche Orient, à la lecture de From Beirut to Jerusalem (un peu daté aujourd'hui, mais très intéressant). Dans sa dernière chronique pour le New York Times, Friedman nous présente une lettre fictive qu'enverrait le roi Abdallah d'Arabie Saoudite à Barack Obama pour lui proposer un plan de paix. Il est en quatre points et Friedman l'intitule "la solution à cinq Etats".

1. Retrait complet d'Israël de la Cisjordanie et de Jérusalem-est. Tout territoire gardé pour les colons (settlers) sera compensé au centimètre près.

2. Le Hamas et le Fatah forment un gouvernement d'unité nationale. Ce dernier accepte la présence de forces de police égyptiennes pour Gaza et jordaniennes pour la Cisjordanie en vue de sécuriser les frontières. La Palestine signera un programme d'assistance de sécurité de 5 ans avec l'Egypte et la Jordanie.

3. Le retrait israélien se fera sur cette période de cinq ans, à la même vitesse que les Palestiniens parviennent aux standards politiques et sécuritaires acceptés par tous les parties. Les Etats-Unis joueront le rôle de juge.

4. L'Arabie Saoudite prendra à sa charge la totalité du programme agrémenté d'un milliard de dollars à l'Egypte et à la Jordanie en échange de leur engagement dans le programme de sécurisation des frontières. Riyad prendrait également la charge des besoins budgétaires de l'Autorité palestinienne.

Friedman ajoute que le plan se ferait en conformité des résolutions 242 et 338. L'idée est que l'Egypte et la Jordanie étant les deux seuls pays de la région à reconnaître Israël, ils sont le mieux placés pour avoir un rôle dans cette phase de transition. Participation qui permettrait aux Israéliens et aux Palestiniens d'atteindre leurs objectifs respectifs. Ce plan s'inscrit en rupture avec la solution à deux Etats, considérée comme moribonde, car les deux camps n'ont plus confiance.

Il y a intérêt à ce que le prix du pétrole remonte, parce qu'une telle participation financière serait conséquente même pour un pays riche comme l'Arabie Saoudite. La lettre ne fait pas mention du retour des Palestiniens, ni du dossier sur Jérusalem (même si c'est implicite dans le retrait israélien). Plan certes intéressant, mais très utopique, car il faudrait imaginer une distribution des rôles et des pouvoirs complètement différente dans les Territoires palestiniens et en Israël.

Progrès et précaution en amont des élections provinciales en Irak

Le Crisis Group a sorti un nouveau rapport sur les élections provinciales irakiennes qui se tiennent samedi. Ce scrutin est crucial, car il sera interprété comme le baromètre de progrès en Irak depuis la baisse des violences. En même temps, tous les analystes, dont ceux du Crisis Group restent prudents, car même si les tensions semblent s'être apaisées, de récents incidents font craindre une atmosphère violente le jour du vote.

Replaçons brièvement les élections dans le contexte. En 2005, les précédentes élections s'étaient déroulées dans un environnement marqué par les violences et le sectarisme. Les Sunnites avaient même boycotté le scrutin. Voilà plusieurs mois maintenant (on peut aller jusqu'à un an), où la situation sécuritaire du pays s'est amélioré. Moins de morts, moins de milices. Le sectarisme est toujours présent, mais il y a bon espoir que la balance se rééquilibre. Ce pour une raison simple : les Sunnites participeront et ont gagné une large légitimité dans certaines provinces. Le Crisis Group indique également que les pratiques politiques des dernières années ont amené de nouvelles figures qui pourraient se révéler avec ces élections.

Ces élections peuvent ancrer le pays sur la bonne voie. "Avant même le premier vote, les élections marquent une transition remarquable", lit-on dans le rapport. "Ces quatre dernières années, la politique a évolué d'un violent conflit principalement concentré sur la capitale à une compétition dans l'ensemble démocratique pour des positions et des institutions, y compris au niveau local." Toutefois, plusieurs défis font face. Les violences sont toujours présentes. Aujourd'hui, trois candidats se sont faits tués. De plus, les divisions sectaires demeurent, mais le plus problématique réside dans les divisions sévères au sein des différents groupes. Des risques de corruption et de clientélisme sont envisageables.

dimanche 25 janvier 2009

UNOSAT et les dernières images de Gaza

UNOSAT, l'agence d'images satellites des Nations Unies, a rendu public une nouvelle série de photos de la bande de Gaza. Les images ont été prises le 15 janvier.

Photo-reportages saisissants sur Israël-Gaza

Le New York Times a publié sur son site Internet deux reportages photo saisissants sur Israël et Gaza. Le premier a été réalisé par Moises Saman, photographe freelance, en Israël. Le photographe s'est rendu à Ashkélon, une des villes cibles des roquettes en provenance de la bande de Gaza. Il y a également d'excellents clichés de soldats israéliens.

Le deuxième photo-reportage est de Taylor Hicks, dont j'avais déjà pu apprécier les clichés auparavant, car il fait partie du staff du quotidien. Hicks était lui à Gaza. Ses photos sont tout aussi prenantes. Il a suivi les funérailles d'une famille qui a perdu 28 membres lors d'un bombardement israélien.

Les deux photo-reportages sont accompagnés de commentaires audio de bonne facture. Ce que j'apprécie dans la démarche est qu'il n'y a pas de partialité. Chaque photographe expose une situation. Elle n'est pas comparable et elle n'est mise sur le même pied d'égalité que par le même nombre de photos - 19 pour chaque reportage.

samedi 24 janvier 2009

Premiers propos de George Mitchell sur sa mission au Moyen Orient

Hillary Clinton a présenté hier les émissaires spéciaux dépêchés pour gérer les dossiers liés au Moyen Orient et ceux qui se concentreront sur le Pakistan. Comme je l'ai dit, c'est George Mitchell qui s'occupera du Moyen Orient et Richard Holbrooke hérite du guêpier pakistanais.

Dans son bref discours, Mitchell a répété peu ou prou ce qu'il avait dit à Jérusalem. Aucun conflit n'est sans solution, car tout conflit est créé par les hommes et peut être terminé par des hommes. Voici cependant le passage central de son intervention :
Il y a bien sûr de nombreuses raisons pour être sceptiques quant à la perspective de succès. Le conflit dure depuis tellement longtemps et a eu des effets tellement destructeurs que beaucoup ont été amenés à penser qu'il est inchangeable et inévitable. Mais, le Président et la Secrétaire d'Etat n'y croient pas. Ils croient, et je suis d'accord avec eux, que la poursuite de la paix est tellement importante qu'elle requiert un effort maximum de notre part, peu importe les difficultés, peu importe les revers. La clé est un engagement mutuel des parties et une active participation du gouvernement des Etats-Unis menée par le Président et la Secrétaire d'Etat, avec le soutien et la contribution de nombreux autres gouvernements et institutions qui veulent nous aider.

Cela vient contraster avec la politique de George Bush qui estimait que ce n'était pas à Washington de trop s'investir dans ce dossier et que l'important était de modérer plutôt que d'activer. Il est difficile de savoir quelle technique privilégiée. D'un côté, on a des différents accords de paix et tentatives d'accords qui n'auraient probablement jamais vu le jour sans la participation américaine, comme les Accords de Camp David en 1978, ceux ratés de 2000 et le Wye River Memorandum de 1998. D'un autre côté, on a l'accord le plus significatif entre Palestiniens et Israéliens signés à Oslo en 1993 où les Etats-Unis n'ont eu aucun rôle si ce n'est de lui donner une crédibilité en étant formalisé à la Maison Blanche, mais les négociations s'étaient tenues en secret en Norvège.

Les Emirats sur la route du nucléaire civil

Avec l'effervescence de l'élection de Barack Obama et le conflit à Gaza, la posture nucléaire des Emirats Arabes Unis est passée en arrière-plan et pourtant, c'est d'une grande importance. En janvier 2008, l'EAU signait un partenariat sur le nucléaire civil avec la France. En mai, c'était avec le Royaume-Uni. Il y a une dizaine de jours, Abu Dhabi s'est mis d'accord avec les Etats-Unis sur un accord du même type. Accord suivi de quelques jours par un autre avec le Japon. Quatre accords donc pour s'engager dans la voie du nucléaire civil.

L'EAU est signataire du Traité de Non-Prolifération depuis 1995, donc tout programme sera encadré par l'AIEA. Selon un rapport détaillé par Abu Dhabi en avril dernier, il n'y a aucune intention d'enrichir l'uranium et de développer un programme nucléaire. Six points-clés sont présentés :
1. Une totale transparence opérationnelle
2. Les plus hauts standards de non-prolifération
3. Les plus hauts standards de sécurité
4. Une coordination rapprochée avec l'AIEA
5. Une coopération avec les gouvernements et les entreprises des pays fournisseurs
6. Un engagement sur le long terme.

Howard Berman, représentant démocrate de Californie et président de la commission des relations internationales de la Chambre des Représentants, se félicite de l'accord avec les Etats-Unis, mais tempère son enthousiasme en affirmant que le Congrès devra examiner cet accord à la lumière des questions de non-prolifération. Elles sont particulièrement pregnantes au Moyen-Orient, en raison principalement de la politique ambigue de Téhéran sur le nucléaire.

Le New York Times a consacré un édito à l'accord UAE-USA. Selon eux, c'est une étape importante, car Abu Dhabi est le premier pays de la région à signer un accord avec Washington tout en excluant les procédés servant à développant des armes nucléaires. Pour le Times, cet accord est très intéressant, car il peut servir de modèle pour les autres pays de la région et potentiellement sur l'Iran.

jeudi 22 janvier 2009

Obama nomme George Mitchell comme émissaire pour le Moyen Orient

Barack Obama a décidé de nommer George Mitchell au poste d'émissaire spécial pour le Moyen Orient. Mitchell est surtout connu pour deux faits majeurs. Il a été émissaire spécial pour les Etats-Unis pour la résolution du conflit en Irlande du Nord qui aboutira à un accord de paix en 1988 et il était à la tête de la commission en charge d'expliquer les raisons de l'explosion de l'Intifada fin 2000. Autrement, je ne connais pas grand chose de ses positions sur le Moyen Orient et le dossier israélo-palestinien plus particulièrement. Dans le rapport Mitchell, la commission appelait à la fin des violences du côté palestinien et l'arrêt de la colonisation (settlement) du côté israélien.

Mitchell était à Jérusalem en conférence dans un centre de recherche le mois dernier, rapporte le Jerusalem Post. Selon Martin Kramer sur un blog du quotidien, Mitchell était venu en repérage pour collecter autant d'informations que possible pour combler ses trous de connaissance de la période 2000-2008.

Le JPost cite une passage marquant - bien que très banal - que Mitchell a prononcé lors d'une interview avec le quotidien au moment de son passage à Jérusalem :
Je comprends que les populations du Moyen Orient sont découragés. Je comprends vos sentiments. Mais de mon expérience en Irlande du Nord, je partage le sentiment que qu'il n'y a pas de conflit qui ne peut se finir. Les conflits sont créés par des êtres humains, et sont finis par des êtres humains. Cela peut prendre du temps, mais avec un leadership engagé, actif et fort, cela peut se dérouler au Moyen Orient.

Un détail attire l'oeil dans l'article. Un représentant du gouvernement israélien estime que l'arrivée de Mitchell correlée à celle de James Jones à la Sécurité Nationale sont problématiques pour Israël. Jones avait fait part de son agacement à voir les Israéliens incapables de démanteler les postes de contrôle illégaux.

Selon cette même source israélienne, Obama a peut-être favorisé un non-Juif à ce poste pour faire preuve d'équilibre. L'entourage d'Obama sur le Moyen Orient est servi en Juifs américains avec Dennis Ross, Martin Indyk et Daniel Kurtzer. Cette interprétation est plausible.

Les journalistes de retour à Gaza

Depuis novembre dernier, les journalistes du monde entier ne pouvaient plus rentrer dans la bande de Gaza. D'ailleurs, il faut que les journalistes français arrêtent de dire "les journalistes occidentaux". Pas plus les Français, les Argentins que les Chinois pouvaient rentrer à Gaza. Bref.

A partir de demain, il semble que l'interdiction d'entrer et sortir de Gaza soit levée. Il faut s'attendre à un beau florilège d'images de bâtiments détruits, d'enfants blessés... Les journalistes vont s'en donner à cœur joie et Israël va en prendre pour son grade.

Ce qui risque d'être intéressant, c'est de voir une guerre de l'information en décalé. Pendant le conflit à Gaza, seuls les Israéliens pouvaient vraiment mettre en place une structure d'encadrement pour les médias. Peu de journalistes se sont pris au jeu, à l'exception peut-être de Joe le Plombier (cf. vidéo) qui a eu droit à une visite guidée de Sdérot comme les Israéliens auraient voulu que plus de journalistes fassent aussi diligemment que lui.



Le Hamas était cantonné à des communiqués de presse et à des interventions de porte-parole à la télévision. Désormais, ce sera le contraire. Le Hamas va lancer une belle stratégie de communication pour que les journalistes ne ratent rien de la violence de l'offensive israélienne et rapporte "les horreurs de l'ennemi sioniste". Un vrai jeu de dupes!

D'une "relation spéciale" à une "relation naturelle" entre Etats-Unis et Israël

Le chroniqueur israélien Akiva Eldra a publié une analyse assez intéressante dans Haaretz. Il est optimiste sur l'administration Obama pour trois raisons :
* Il a plusieurs conseillers juifs (son directeur de cabinet Rahm Emmanuel pour ne nommer que le plus proche) qui connaissent les trucs et astuces d'Israël et les arguments tempérant l'intérêt stratégique pour les Etats-Unis à s'aligner systématiquement avec l'Etat hébreu.
* Il semble que Brent Scowcroft, ancien conseiller en sécurité nationale de George Bush père, soit une importante influence sur la pensée du nouveau président américain. Scowcroft appelle à une redéfinition de la relation avec Israël. Petit aparté : j'ai vu que le dialogue America and the World entre Scowcroft et Zbigniew Brzezinski avaient été traduit en français, je salue l'initiative de l'éditeur).
* James Jones, nouveau conseiller en sécurité nationale d'Obama, est partisan d'une nouvelle approche avec Israël pour passer d'une "relation spéciale" à une "relation naturelle". Pas plus de détails à savoir ce que cela signifie vraiment et j'ai fait une rapide recherche qui me ramène toujours sur l'article d'Haaretz.

mardi 20 janvier 2009

Barack Obama est le nouveau président

Le candidat Barack Obama n'est plus. Le Président-élu Barack Obama. Le Président George Bush n'est plus. Le Président Barack Obama est désormais le nouveau Président des Etats-Unis d'Amérique.

Deux passages que j'ai retenus sur le vif :

To the Muslim world, we seek a new way forward, based on mutual interest and mutual respect.

(...)
To those leaders around the globe who seek to sow conflict, or blame their society's ills on the West - know that your people will judge you on what you can build, not what you destroy. To those who cling to power through corruption and deceit and the silencing of dissent, know that you are on the wrong side of history; but that we will extend a hand if you are willing to unclench your fist.

Une fois la cérémonie terminée après le chant de l'hymne national, Barack Obama et George Bush ont été les premiers à quitter le podium. Barack Obama est rentré en premier dans le Capitol. George Bush l'a suivi. La caméra change d'angle. On peut apercevoir Bush qui se retourne et fait fi de s'adresser à quelqu'un dans la foule et tendant le bras comme s'il le brandissait devant d'un large public et on peut distinctement lire sur ses lèvres : "Thank you". En politique, rien n'est laissé au hasard et ce plan ne l'était probablement pas.

L'ère Bush est terminée. Enfin. Oui, enfin, mais je ne me laisserai pas aller à l'indécence des commentaires de ces derniers jours. Bush a été vilipendé de tous bords, même par ceux qui n'avaient pas osé frapper à mains nues jusqu'alors. J'ai été choqué par la chronique de Bernard Guetta vendredi dernier sur France Inter. J'admire ce journaliste pour la pertinence et la finesse de ses analyses, mais j'ai trouvé que son "Bush a absolument tout raté" était inutile, vain et erroné. L'ère Bush est fini et beaucoup s'en réjouissent déjà. Evitons juste de bercer dans une diatribe de caniveau. Evitons. Laissons à l'histoire le temps de digérer cette difficile période, aux historiens et autres chercheurs le temps de bien l'analyser. Et voyons si vraiment tout a été une catastrophe. Il est possible que le constat soit cinglant, mais pas ultimement noirâtre. Parce que ce que tous les critiques modérés ou radicaux de Bush ont fait ces derniers jours est exactement ce qu'on lui reproche : le manichéisme.

lundi 19 janvier 2009

Tensions dans les relations entre Israël et la Turquie

La Turquie est le meilleur allié d'Israël dans le monde musulman. C'est le premier pays musulman à avoir reconnu Israël en 1949. Il est vrai que les relations entre les deux Etats ont connu des hauts et des bas, mais dans l'ensemble, la relation est plutôt positive. Toutefois, il semble que le conflit à Gaza est réveillé des tensions entre Tel Aviv et Ankara.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré qu'Israël devait être interdit des Nations Unies. "Comment un tel pays, qui ignore totalement et n'applique pas les résolutions du Conseil de Sécurité de l'ONU, est-il autorisé à passer par les portes de l'ONU?", a déclaré Erdogan.

Le Ministre des Affaires étrangères turc Ali Babacan a conditionné une potentielle visite de son homologue israélien Tzip Livni à des avancées sur les conditions du cessez-le-feu. "Ne venez pas en Turquie si c'est pour montrer que vous avez de bonnes relations avec nous", a affirmé Babacan.

Ian Lessing du German Marshall Fund déclarait au quotidien turc Hürriyet que la réaction de l'opinion publique turque à l'offensive était compréhensible et même la mise en accord de la garde politique turque sur les sentiments de sa population. Par contre, explique Lessing, à Washington, le ton employé par les dirigeants turcs soulèvent quelques questions. Selon lui, la férocité de certains propos peut avoir des conséquences à long terme sur l'opinion publique turque et gravement affecter les relations avec les Etats-Unis et Israël.

En même temps, les Turcs sont probablement les plus mauvais alliés des Américains, tant le degré d'impopularité des politiques américaines y est fort. Ils font mieux que les Français, pourtant champions dans de nombreuses catégories. En 2008, 12% de la population turque avait une vision positive des Etats-Unis.

La question est de savoir comment les relations turco-israéliennes vont évoluer dans les prochaines semaines. Etait-ce une simple posture politique de la part des autorités turques avant de repartir à la normale ? Peut-on envisager un nouveau virage dans les relations entre les deux pays ? Quid du rôle de médiateur entre Israël et la Syrie ?

L'opinion publique américaine sur le conflit à Gaza

Le Pew Research Center for the People & the Press a sorti un sondage il y a quelques jours sur l'opinion publique américaine. C'est intéressant de le mettre en perspective avec les résultats d'une enquête - beaucoup plus sommaire - réalisée auprès de la population française.

vendredi 16 janvier 2009

Hillary Clinton donne les orientations de la diplomatie américaine

Je viens de lire le discours qu'Hillary Clinton a délivré mardi devant la commission des Affaires Etrangères du Sénat. Quelques petits passages à noter :

Tout d'abord, nous devons assurer la sécurité de notre peuple, de notre nation et de nos alliés. Deuxièmement, nous devons promouvoir croissance économique et partage de la prospérité chez nous comme à l'étranger. Enfin, nous devons renforcer la position de leadership global de l'Amérique - en s'assurant que nous restons une force positive dans le monde, que ce soit en travaillant à préserver la santé de la planète ou en accroissant la dignité et les opportunités pour des peuples en marge dont les progrès et la prospérité nous seront bénéfiques.

(...)
Aujourd'hui, en 2009, la leçon primordiale des vingt dernières années est que nous devons combattre les menaces et saisir les opportunités pour notre interdépendance. Et pour être efficace dans cette tache, nous devons construire un monde avec plus de partenaires et moins d'adversaires. L'Amérique ne peut résoudre seule les problèmes les plus urgents, et le monde ne peut les résoudre sans l'Amérique.

(...)
Je crois que le leadership américain a été voulu, mais l'est toujours. Nous devons utiliser ce que l'on appelle le "smart power". (...) Avec le "smart power", la diplomacy sera à l'avant-garde de notre politique étrangère.

(...)
Nous devons également utiliser les Nations Unies et d'autres institutions internationales dès que c'est approprié et possible. Aussi bien les Présidents démocrates que républicains ont compris depuis des décennies que ces institutions, quand elles fonctionnent bien, améliorent notre influence. Et quand elles ne fonctionnent pas bien - dans les cas du Darfour et de la farce sur l'élection du Soudan dans l'ancienne Commission des Droits de l'Homme de l'ONU par exemple - nous devons travailler avec des amis qui partagent les mêmes idées pour s'assurer que ces institutions reflètent les valeurs qui motivaient leur création."

(...)
Trop souvent, nous voyons les maladies qui nous empestent plus que les possibilités qui nous font face. Nous voyons les menaces qui doivent être gérées ; les mauvais points qui doivent être corrigés ; les conflits qui doivent être calmés. Mais, pas les partenariats qui peuvent être promus ; les droits qui peuvent être renforcés ; les innovations qui peuvent être encouragées ; les peuples à qui l'on peut donner des pouvoirs. Après tout, c'est la réelle possibilité de progrès - de cette vie meilleure, libérée de la peur, de l'envie et de la discorde - qui offre notre plus message le plus captivant au reste du monde.

(...)
J'aimerais prendre un moment pour souligner l'importance d'une approche du bas vers le haut (bottom-up approach) pour assurer que l'Amérique reste une force positive dans le monde. Le Président-élu et moi croyons forcement en cela.

Sur le Moyen Orient plus spécifiquement :
Nous devons activement poursuivre une stratégie au Moyen Orient qui adresse les besoins sécuritaires d'Israël et des aspirations légitimes politiquement et économiquement des Palestiniens ; qui défie efficacement l'Iran pour en finir avec son programme nucléaire d'armement et son soutien à la terreur (terror) et persuadé l'Iran et la Syrie d'abandonner leur comportement dangereux et de devenir des acteurs régionaux constructifs ; quie renforce nos relations avec l'Egypte, la Jordanie, l'Arabie Saoudite et d'autres pays arabes, ainsi qu'avec la Turquie, et avec nos partenaires dans le Golfe pour les impliquer dans l'établissement d'une paix durable dans la région.

Aussi inextricables les problèmes du Moyen Orient peuvent paraître - et beaucoup de Présidents, dont mon mari, ont passé des années à essayer de trouver une résolution - nous ne pouvons abandonner la paix. Le Président-élu et moi comprenons et comprenons profondément le désir d'Israël à se défendre dans les circonstances actuelles et de se libérer des tirs de roquettes du Hamas.Cependant, nous sommes conscients des coûts tragiques et humanitaires des conflits au Moyen Orient, et sommes endoloris par la souffrance des civils palestiniens et israéliens. Cela ne doit que renforcer notre détermination à trouver un accord de paix juste et durable qui apporte une vraie sécurité à Israël, des relations normalisées et positives avec ses voisins, et l'indépendance, le progrès économique et la sécurité aux Palestiniens dans leur propre Etat. Nous exercerons tous les efforts possibles pour soutenir le travail des Israéliens et des Palestiniens qui recherchent ce résultat. Il est critique non seulement aux parties concernées mais à nos intérêts profonds de saper les forces aliénantes et l'extrémisme violent à travers le monde.

lundi 12 janvier 2009

Le sondage de CSA/Le Parisien sur Gaza est étonnant

Je me souviens des premières phrases du chapitre sur le Proche Orient qu'Hubert Védrine consacre dans Les Mondes de François Mitterrand. Il affirmait qu'à son arrivée en 1981, l'opinion française était plutôt pro-israélienne. Cela m'a toujours étonné, parce que depuis la guerre de 1967, la France a eu des relations courtoises, au mieux, avec l'Etat hébreu, loin des relations très proches des années 1950.

Peut-être est-ce une tendance plutôt présente chez les jeunes aujourd'hui, mais je ne pense pas que Védrine pourrait toujours tenir le même propos aujourd'hui. Ce n'est certainement pas ce qui ressort de la couverture médiatique générale. Pour autant, le conflit à Gaza a ouvert une nouvelle brèche dans l'analyse des médias français sur la question. A la télé, à la radio, dans les journaux, on retrouve toujours "opération militaire brutale à Gaza et le Hamas continue ses tirs de roquettes". Cette association que les tirs de roquettes ont provoqué l'intervention de Tsahal semble jouer sur l'opinion française. Au regard d'un sondage du CSA publié dans le Parisien, les Français sont divisés sur la question du principal responsable des violences actuelles. 18% pensent que la faute incombe au gouvernement israélien, contre 23% au Hamas. 28% s'accordent sur une responsabilité commune des deux et 31% ne se prononcent pas. Le détail du sondage est à l'image de ces résultats : une répartition assez égale pour chaque partie.

On peut noter que les jeunes de 15-25 ans sont ceux qui prennent le plus position à l'égard de l'un ou l'autre des acteurs. Seuls 11% estiment que les deux parties sont autant responsables. On remarque également que près d'un tiers des Français, peu importe la catégorie d'âge, ne se prononce pas sur la question. Les tendances politiques ne sont pas même un facteur probant, raison pour laquelle beaucoup d'hommes politiques hésitent à prendre une position claire. En restant prudent, on observe que les partisans des gauches accusent majoritairement le gouvernement israélien, alors que les partisans des droites accusent plutôt le Hamas d'être à l'origine des violences. Un sondage vraiment équilibré.

Obama récupère-t-il une Baie des Cochons?

David Sanger a sorti le scoop du weekend dans le New York Times. Le Président américain George Bush a rejeté une demande des Israéliens pour la fourniture de bombes à charge pénétrante tout en leur annonçant qu'il avait lancé un ensemble d'opérations secrètes pour saboter le programme nucléaire iranien.

Les deux informations sont particulièrement intéressantes, car elles démontrent à quel point la National Intelligence Estimate de fin 2007 sur le nucléaire iranien a eu un impact sur la politique américaine. Pour rappel, cette NIE déclarait que l'Iran avait arrêté son programme nucléaire militaire en 2003. Certes, d'autres éléments indiquaient que les agences de renseignements américaines ne pouvaient pas confirmer qu'il n'en existait pas un aujourd'hui, mais cette information est passée en arrière-plan. Des dires d'un haut responsable américain sous couvert d'anonymat, jamais une NIE n'avait eu tant d'impact sur la diplomatie américaine. A la suite de la publication des conclusions non-classées du rapport, l'option militaire était écartée.

L'article vient ici confirmer ce que les Israéliens avaient affirmé plusieurs mois après, notamment par la voix d'Ehud Barak, sur le fait que les Américains ne les suivraient pas dans un raid aérien. La position américaine a convaincu les Israéliens que sans eux, une option militaire n'était pas envisageable.

Sur ce qui est des opérations secrètes, l'article donne peu de détails, car elles sont en cours et donc aucun élément n'a été publié, mais quelques pistes sont données. On sait que les Américains ont utilisé un scientifique pakistanais qui a travaillé avec les Iraniens pour leur fournir des documents erronés. James Risen, également du Times, avait expliqué une opération du même style dans State of War (Etat de Guerre en français). On sait également que les conclusions de la NIE ont été tirées selon des informations récoltées en piratant des ordinateurs iraniens, donc les attaques informatiques sont probables. Rien n'indique de pénétrations humaines. David Sanger rapporte que les efforts actuels pourraient au mieux retarder le processus, mais pas plus, car les Iraniens ont découvert la plupart des manœuvres engagées.

L'enquête de Sanger indique également que le Président-élu Barak Obama a été briefé sur ces opérations. Reste à savoir s'il les poursuivra ou pas. Si elles sont déjà bien engagées, il y a peu de chances qu'ils les arrêtent en cours, mais dans quelle mesure elles peuvent déboucher sur une débâcle diplomatique reste un mystère. On se souvient que John Kennedy s'était laissé convaincre de la viabilité des plans pour la Baie des Cochons par l'administration sortant de Dwight Eisenhower...

vendredi 9 janvier 2009

La désinformation au coeur du conflit à Gaza

François-Bernard Huyghe, chercheur à l'IRIS, vient de publier une excellente tribune sur le nouveau site d'analyses du centre d'analyses affaires-stratégiques.info. L'analyse porte sur la guerre de l'information qui fait rage entre le Hamas et Israël en se penchant notamment les campagnes menées par l'Etat hébreu et les différentes organisations pro-israéliennes qui travaillent à la cause d'Israël. Voici quelques extraits :

Au moment où nous écrivons, il est impossible de savoir où s’arrêtera l’offensive israélienne à Gaza. Mais une chose est déjà assurée : elle se double d’une guerre de l’information d'un nouveau type.
Son symptôme le plus visible en est le refus de Tsahal de laisser pénétrer les médias internationaux dans la zone de conflit. Alors que sa tradition était plutôt de tenter de séduire les journalistes par des officiers chargés de la communication, anglophones ou francophones et de contact agréable, la stratégie de la transparence semble terminée, comme l’exploitation du thème "nous sommes une démocratie comme vous".


(...)
les responsables militaires israéliens sont tentés d’appliquer la méthode qui avait réussi aux Britanniques dans la guerre des Malouines : "Pas de médias, pas d’images, pas d’ennuis". Certes, il reste sur place des journalistes palestiniens (puisque vivant sur place), mais les responsables israéliens (devenus quelque peu paranoïaques et persuadés que les journalistes sont soit des adversaires, soit des victimes de l’habile "atrocity propaganda" des Palestiniens) se disent sans doute que, tant qu’à subir la version adverse, au moins elle apparaîtra clairement comme telle : sa source "arabe" la rendra peu crédible. Bien entendu, la stratégie qui consiste à couper le robinet à images échouera : à l’ère numérique, les vidéos prise par des amateurs ou les récits de témoins - ne serait-ce que sur les blogs - ne peuvent plus être censurés. Et l’espoir que les événements de Gaza seront sinon ignorés, du moins minorés, à condition qu’il n’y ait pas des "idiots utiles" pour mettre les morts civiles sur l’agenda des médias est plus qu’une utopie. Les images et les textes dérangeants passeront (y compris ceux issus de source israélienne hostile à la guerre).

(...)
Il s’agit d’un procédé qui n’est pas nouveau : la métapropagande, ou accusation portée contre toute information venant du camp adverse ou favorable aux ennemis d’être en réalité du mensonge et de la propagande. Le principe est "Ils font de la propagande, nous disons la vérité" et son corollaire : "Tout ce qui dessert notre cause a été fabriqué par des manipulateurs ; il faut être naïf pour y croire.". La méthode est d’autant plus efficace qu’elle s’appuie souvent sur un pseudo-effet d’évidence cher aux conspirationnistes : "mais regardez cette photo, vous n’allez pas croire que tel détail soit vraisemblable", même si le spectateur naïf ne voit vraiment rien qui contredise les lois de la physique ou de la vraisemblance. D’autant plus que le public échaudé par quelques trucages notoires (les faux cadavres torturés de Timisoara pendant la révolution roumaine de 1990, par exemple) est souvent enclin à croire que tout n’est qu’illusion et mise en scène. Et tout le monde se souvient des médiamensonges en images des deux guerres du Golfe.

Les efforts insuffisants de Sarkozy (et l'Occident en général)

Le journal arabe Dar Al Hayat félicite l'engagement français pour un cessez-le-feu à Gaza, mais la chroniqueuse Randa Takieddine ne peut que souligner la faiblesse générale des prises de position occidentales contre Israël.

Selon elle, Israël ne va pas appliquer les demandes pour la simple et bonne raison que l'Occident n'a jamais imposé une réelle pression sur l'Etat hébreu. Elle prend à titre d'exemples les appels répétés et ignorés de la communauté internationale pour l'arrêt de la construction de nouvelles colonies. "Les pressions sont toutes venues sous formes de prises de position verbales", reproche la chroniqueuse.

L
a question qu'elle pose est de savoir si l'Occident se rend compte que l'offensive israélienne ne va faire que renforcer le Hamas (comme ce fut le cas pour le Hezbollah en 2006) et le transformer en un interlocuteur pour la communauté internationale qui l'a très largement critiqué et puni. Est-ce que l'Occident a conscience que le Hamas va bénéficier du même soutien populaire que le Hezbollah au sortir de la guerre de 2006? "La crainte aujourd'hui est que cette guerre va mener à une recrudescence d'extrémisme au Moyen Orient et à un renforcement du Hamas tout en annihilant le rôle des modérés représentés par l'Autorité palestinienne", écrit-elle.

Les roquettes du Hamas frappent une base militaire israélienne près de Tel Aviv


J'ai parlé il y a peu des roquettes Fajr-3 que le Hamas aurait acquis avec à court terme la perspective de roquettes d'une portée suffisante pour atteindre l'aéroport de Tel Aviv. Selon la chaîne iranienne Press TV, le Hamas aurait lancé plusieurs roquettes - pas de nombres exacts annoncés - sur la base militaire de l'armée de l'air de Tel Nof, à 27 kilomètres de Tel Aviv.

Cette base est particulièrement symbolique, car il est possible que des armes nucléaires y soient entreposées. Selon Press TV, ces roquettes étaient des Kassam, pas des Fajr-3. Allez savoir...

Des roquettes dans le nord d'Israël : le Hezbollah responsable?

Hier, plusieurs roquettes Katioucha sont tombées sur le nord d'Israël en provenance du sud-Liban, le bastion du Hezbollah. Depuis le début du conflit à Gaza, une des questions en trame de fond était de savoir si le front au nord allait être ouvert. Ehud Barak avait dit qu'Israël n'avait pas d'intention de s'engager dans le nord et il reste prudent sur la position a adoptée suite à ces roquettes, car il est possible que le groupe libanais ne soit pas responsable.

Le Haaretz indique que le groupe libanais a nié toute responsabilité dans ces tirs et le journal israélien estime qu'il y a plus de chances que ces actes émanent d'un groupe palestinien inspiré mais pas commandé par le Hezbollah. (Nasrallah aurait probablement tiré un peu plus de roquettes qu'une petite poignée s'il voulait marquer l'engagement de son organisation)

Dans le Times, Robert Worth a publié une très bonne analyse il y a quelques jours sur la position du Hezbollah. Certes, Hassan Nasrallah a condamné férocement l'offensive israélienne, mais pour autant, il ne semble pas enclin à lier les paroles aux actes, ce qui lui a été reproché dans la presse arabe. Worth énonce plusieurs raisons :
* Nasrallah ne veut pas d'une confrontation, car la précédente a déjà été très violente. A la suite du conflit en 2006, il affirmait que le Hezbollah avait gagné, mais, il avait également ajouté - on l'oublie souvent - qu'il n'aurait pas capturé de soldats israéliens s'il avait su ce quoi il exposait le sud-Liban.
* Le Hezbollah croit encore à une victoire possible du Hamas et n'a donc pas de raison de s'engager. Worth cite Amal Saad-Ghorayeb, qui a écrit plusieurs ouvrages sur le Hezbollah, estimant que si le Hamas perdait, l'organisation libanaise n'aurait pas d'autre choix que de s'engager. L'idée étant que ce conflit n'est pas uniquement un conflit entre Israël et le Hamas, mais un conflit entre Israël et tout le front de résistance (Hamas, Hezbollah, Syrie et Iran - cf. article de BBC sur l'Iran).

Sur le toujours très pertinent blog Abu Muqawama, on peut lire d'autres raisons très recevables :
* Le Hezbollah est implanté en politique intérieure et doit donc faire attention de ne pas s'engager dans des actes qui pourraient lui revenir comme un boomerang.
* Il est envisageable que l'Iran ait conseillé au Hezbollah de se tenir à l'écart de tout engagement frontal avec Israël.

jeudi 8 janvier 2009

L'IRIS lance un observatoire des élections israéliennes

L'IRIS lance un observatoire des élections israéliennes en grande pompe. Sept articles tombent d'un coup. La plupart se concentrent autour de l'offensive israélienne de Gaza. Pas tous intéressants, ils ont au moins le mérite de présenter des points de vue différents.

Un calcul Barak-Livni pour gagner les élections ?

Cette idée m'a déjà effleuré l'esprit, mais je ne sais pas dans quelle mesure elle est envisageable et même réaliste. Jim Arkedis, directeur du Progressive Policy Institute, détaille dans The Huffington Post le calcul potentiel que Ehud Barak et Tzipi Livni auraient (pu) faire pour contrecarrer une victoire de Benjamin Netanyahu aux élections du 10 février.

Voici le schéma de pensée :
* Livni est aux Affaires étrangères et tête de liste du parti Kadima. Barak est à la Défense et chef de file des Travaillistes. Les deux sont menés dans les sondages par le Likoud emmené par Benjamin Netanyahu.
* Livni et Barak sont tout deux partisans d'une solution à deux Etats. Le Likoud, comme l'indique sa plate-forme, est opposé "à l'établissement d'un Etat arabe palestinien à l'ouest du Jourdain".
* le conflit à Gaza bénéficie politiquement à Barak sans que les sondages n'affectent les positions du Likoud et du Kadima.
* La théorie de l'article serait que Livni et Barak profitent de leur position de pouvoir pour influencer les évènements en leur faveur. De la sorte, ils seraient prêts à sacrifier des centaines de vies, être élus et travailler sur une solution à deux Etats plutôt que de voir Netanyahu l'emporter au détriment d'un Etat palestinien.

Ehud Barak tire des bénéfices électoraux du conflit à Gaza

Le ministre de la Défense israélien Ehud Barak semble tirer avantage du conflit à Gaza, mais sans vraiment le vouloir. C'est ainsi que l'on pourrait interpréter une analyse publiée dans le New York Times.

Barak est chef de file du Parti travailliste qui il y a trois semaines était loin de prétendre à quoique ce soit pour les élections parlementaires du 10 février. Son parti n'avait que peu de reconnaissance à son égard. Selon le Times, des rumeurs indiquaient que le parti souhaitait le remplacer après le vote. Balivernes aujourd'hui. Avec l'offensive israélienne à Gaza, Ehud Barak est devenu à nouveau l'homme de la situation. Dans les sondages, son parti a repris du poil de la bête même s'il reste loin derrière le Likoud et Kadima.

L'analyse du Times est particulièrement intéressante, parce qu'elle met en avant les paradoxes entre le Barak d'aujourd'hui et le Barak premier ministre en 2000. S'il se trouve aujourd'hui au cœur des décisions politiques et militaires de l'opération Plomb Durci, il était opposé à l'idée de conflit armé lorsqu'il était en poste. Il a été le Premier ministre israélien à aller le plus loin sur les concessions offertes aux Palestiniens dans les accords ratés de Camp David. Le durcissement de son ton n'est pas nouveau et peut s'expliquer par le fait qu'il prend la suite d'Amir Peretz, ministre de la Défense pendant la guerre du Liban en 2006 et perçu comme un des principaux responsables de l'échec israélien. Barak, en tant que militaire le plus décoré en Israël, devait rassurer en paraissant fort.

Contrairement à nombre de ces collègues et compatriotes, Barak n'a jamais perçu le Hamas comme une réelle menace. Pour lui, la menace vient de l'Iran, sponsor direct du groupe palestinien. Il en va de même pour le Hezbollah. Il considère ces deux groupes via leur relation privilégiée avec Téhéran. Aujourd'hui, le Hamas est l'ennemi numéro 1.

Cette offensive, affirme Ethan Bronner du Times, "le public israélien l'a voulait plus que lui". Pendant plusieurs jours, il a été hésitant malgré les pressions de plus en plus fortes. Il sait à quoi ressemble une guerre et n'avait pas envie de lancer son pays dans une aventure brutale.

Pour le moment, il bénéficie des retombées de l'offensive. Cela va-t-il durer? Tout dépend de l'issue du conflit. Plus il y aura de morts israéliens et plus la pression pour l'arrêt des hostilités se fera présent. Eh si le Hamas n'est pas vaincu, pas certain que Barak n'en soit pas tenu pour responsable. Ce conflit aura au moins eu un effet : booster Barak dans les sondages. A l'issue des élections, si les travaillistes se retrouvent avec près de 20 sièges à la Knesset, son rôle dans l'opération aura été un facteur essentiel.

dimanche 4 janvier 2009

Eh si le Hamas avait les roquettes pour frapper le programme nucléaire israélien...


En faisant quelques recherches par rapport à ce dont je parlais dans l'article précédent, j'ai cherché à savoir pourquoi Paul Beaver faisait référence à une menace contre les infrastructures nucléaires israéliennes. Je suis tombé sur un article de The Times quelque peu catastrophiste.

Il semblerait que le Hamas ait mis la main sur des missiles Fajr-3 de fabrication iranienne. Selon les informations de Wikipedia au sujet de ce missile, il a une portée estimée à 45km, ce qui exclut encore Dimona, le cœur probable du programme nucléaire israélien, mais pas Beersheba, ville de 160,000 habitants.

La crainte est que le Hamas n'acquière des armes plus sophistiquées. Les Iraniens ont produit un Fajr-5 d'une portée estimée à 75km qui mettrait Dimona dans les cibles potentielles. Cela pourrait être une catastrophe.

Mais, l'article va plus loin encore. "Le pire cauchemar d'Israël est que bientôt les villes seront à portée soit des Katyushas parés sur la frontière libanaise au nord soit des missiles de plus en plus sophistiqués accumulés par le Hamas au sud", lit-on. "Les deux groupes ayant des liens avec l'ennemi numéro un d'Israël l'Iran."

L'article de The Times n'est pas le seul à jouer dans cet alarmisme qu'il est bon de relativiser. Sur le blog Israeli Jewish News, un post explique que le réacteur Dimona a été construit pour résister à de multiples attaques de missiles. Il y a fort à penser que le Hamas n'a pas des hangars entiers de roquettes Fajr-3. Il n'en a utilisé aucune pour le moment, mais l'auteur du post pense que le groupe attend l'offensive terrestre (le post date d'il y a quelques jours) et qu'il cherchera des cibles qu'il peut détruire, comme l'aéroport de Tel Aviv par exemple. Pas moins alarmiste, mais on devrait être assez rapidement fixé...

"Une guerre parmi les populations" entre le Hamas et Israël

Hier soir, l'offensive terrestre israélienne a débuté. Difficile pour le moment d'établir un bilan des premiers affrontements qui sont apparemment violents. Sur le site anglais d'Al Jazeera, Paul Beaver, un analyste militaire, développe le concept nouveau pour Israël de "guerre au sein des populations".

Israël n'a jamais perdu de conflit, que ce soit dans le cadre de contre-insurrections contre les puissances occidentales (période avant 1948) ou dans le cadre de guerres totales industrielles contre ses voisins (1948, 1967, 1973). Aujourd'hui, Israël entre dans une nouvelle ère de guerre au sein des populations. C'est le cas à Gaza et c'était déjà le cas au Liban.

En 2006, Israël a cru que des raids aériens pouvaient suffire à vaincre le Hezbollah. Beaver explique que la précision des armes israéliennes ne pouvaient s'attaquer aux rampes de lancement de roquettes souvent cachées et contrôlées à distance avant que les roquettes ne soient tirées. Ce à quoi s'ajoute une minutieuse préparation par le Hezbollah d'un système de tunnels souterrains et un maniement des médias de la part du groupe libanais beaucoup plus affiné que chez les Israéliens au point de développer l'impression que le Hezbollah avait gagné la guerre.

Paul Beaver compare la situation en 2006 à celle qui se déroule à Gaza. La différence que l'analyste ne mentionne pas est que le sud-Liban n'est pas aussi densément peuplé que la Bande de Gaza, ce qui rend les risques d'intervention encore plus problématiques :

La guerre à Gaza n'est pas un conflit de l'âge industriel, mais une vraie 'guerre au sein des populations', avec des acteurs non-étatiques, bien qu'élu comme gouvernement, qui dirigent la situation d'un côté et un cabinet démocratique sur le modèle occidental de l'autre. L'utilisation des médias, les déclarations exagérées, les armes telles que des roquettes non-guidées et pour la première fois une menace globale d'attaque sur les infrastructures nucléaires israéliennes ont modifié la donne et la marge de manœuvre.


Une guerre au sein des populations peut se diviser en trois aspects, explique Paul Beaver : stratégique, tactique et opérationnel. En termes stratégiques, selon l'analyste, Israël s'est toujours désintéressé de l'opinion international protégé par les Américains. Toutefois, dans le cas présent, la période de transition à Washington a probablement encouragé le passage à l'acte, estime-t-il. De plus, l'Etat hébreu semble avoir consacré de nombreux efforts pour s'adapter aux guerres de l'information et l'impact de ses actions dans les médias internationaux (cf. notamment les nombreuses déclarations publiques).

Au niveau tactique, Israël a les capacités pour une guerre de grande envergure, pour des combats de contre-insurrection et, selon Beaver, a développé de bonnes connaissances de combats dans le cadre d'une guerre au sein des populations. Tsahal peut frapper avec précision de jour comme de nuit.

Au niveau opérationnel, la question est de savoir si le Hamas va s'imposer dans "le cycle de décisions", autrement dit de savoir si les commandants militaires sur place vont en référer à Tel Aviv pour les questions clés avant de poursuivre l'offensive. Beaver compare la situation à celle des Taliban et de l'OTAN, où le groupe islamiste est devenu le problème premier des chefs militaires sur place qui en appellent aux décideurs politiques pour se positionner. La différence étant que le Hamas est déjà le principal problème d'Israël, donc déjà au cœur de tous les questionnements.

Paul Beaver conclut son article de manière un peu chaotique. Il n'exclut pas une intervention militaire de la Syrie, de l'Iran et d'autres États si la situation empire, ce qui ferait évoluer "une guerre au sein des populations" en guerre traditionnelle d'État contre État.

Certes, Saeed Jalili, le chef de la sécurité iranienne, s'est rendu à Damas hier pour rencontrer Bachar al-Assad, mais de là à envisager une intervention militaire d'un ou des deux pays, il y a un plus d'un pas à franchir.

samedi 3 janvier 2009

Les Nations Unies sortent une première carte sur Gaza

UNOSAT, l'agence d'images satellites des Nations Unies, a publié une carte exposant les lieux de raids israéliens sur Gaza entre le 25 et 30 décembre. Très intéressant et absolument introuvable avec une telle clarté en informations ouvertes.
 

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