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dimanche 1 novembre 2009

Vers une nouvelle stratégie de l'OTAN à l'égard de ses partenaires?

Anders Fogh Rasmussen s'est exprimé à Abu Dhabi dans le cadre d'une grande conférence organisée par l'OTAN et les Emirats Arabes Unis pour discuter du programme de partenariat de l'Initiative de Coopération d'Istanbul (ICI).

Son discours était marquant à deux égards. Tout d'abord, le nouveau Secrétaire général de l'OTAN s'est positionné sur le conflit israélo-palestinien et c'est un fait extrêmement rare. L'Alliance atlantique a une politique de discrétion à ce sujet et elle est très réticente en général à se positionner tant qu'on ne lui demande pas. Ce ne sont pas les solutions de sorties de crise qu'il a données qui sont novatrices, c'est le fait qu'il se soit positionné sur ce sujet dans un pays arabe. De fait, c'est sur ce propos que commence l'article du Khaleej Times, alors que c'est un détail dans le discours de Rasmussen. Je suis curieux de voir comment cela va évoluer, notamment à savoir si ce discours marque un tournant dans la stratégie otanienne ou pas.

Contrairement à l'UE, l'OTAN a toujours préféré rester discret sur ce sujet pour éviter d'embarquer ces programmes de partenariat sur des terrains glissants et accidentés, ce que l'UE n'a jamais réussi à faire d'où les inextinguibles difficultés du partenariat euroméditerranéen. L'Alliance a réussi bon an mal an à faire avancer le Dialogue Méditerranéen depuis 1994 où se côtoient Israël et plusieurs pays arabes qui ne reconnaissent pas tous son existence. C'est une technique risquée et je doute qu'il soit dans l'intérêt de l'OTAN de trop se positionner sur ce sujet. Elle peut avoir une position, mais elle n'a pas de rôle à jouer pour le moment et ce tant que l'on ne lui demande pas, surtout que dans ces pays, elle demeure souvent perçue comme une alliance purement militaire et une extension de la politique américaine.

Son propos laisse également penser que l'OTAN veut faire évoluer l'ICI vers plus de multilatéralisme. Cette initiative est le troisième programme de partenariat de l'Alliance avec le Partenariat pour la Paix et le Dialogue Méditerranéen - tous les deux fondés en 1994. L'ICI a été créée au sommet d'Istanbul en 2004 et s'adresse en particulier aux pays du Golfe. Elle réunit à ce jour le Bahreïn, les Emirats Arabes Unis, le Koweït et le Qatar. Il y a des discussions avec l'Arabie Saoudite et Oman, mais pas d'accord pour le moment. Ce partenariat est en fait une offre de contribution à la sécurité régionale de la part de l'OTAN. Elle ne force absolument pas ces pays à participer ; elle offre ses services et son expertise et les pays choisissent dans ce menu. Idéalement, les objectifs sont l'interopérabilité et la réforme démocratique du secteur de sécurité, mais c'est une ambition officiellement non défendue, car elle exige trop d'engagements de la part des pays partenaires, qui ne sont pas encore prêts à prendre cette voie. Ainsi peut-on résumer la coopération actuelle à une participation de l'OTAN à la modernisation des armées - dans les techniques et les tactiques, pas l'armement.

Jusqu'à présent, les échanges se faisaient strictement sur une base bilatérale, car il y avait trop de réticence de la part de ces pays à discuter dans un forum multilatéral de questions de sécurité et de défense. Le Secrétaire général de l'OTAN semble vouloir changer cette orientation et favoriser plus de multilatéralisme. L'idée serait, je pense, d'encourager plus de discussions sur ces sujets sensibles entre les partenaires eux-mêmes, comme cela est le cas au sein du Dialogue Méditerranéen. C'est à mon avis une excellente idée, mais on verra dans quelle mesure cela est envisageable.

jeudi 9 juillet 2009

Les partenariats de l'OTAN dans le nouveau concept stratégique

L'OTAN a officiellement lancé sa réflexion sur le prochain concept stratégique. Jaap de Hoop Scheffer, dans son discours, a énoncé quatre préoccupations :
* Il n'existe plus de distinction entre la sécurité à l'intérieur (at home) et la sécurité à l'étranger. Il en a profité pour rappeler le caractère cardinal de l'engagement signifié par l'Article 5 qui indique que toute agression contre un des membres est une agression contre tous.
* Il faut réfléchir à la réforme et à la transformation de l'OTAN. Il fait ici référence aux forces de l'Alliance, savoir comment optimiser les capacités otaniennes aux défis d'aujourd'hui, tant dans le cadre d'opérations de l'Article 5, type Afghanistan, que d'opérations hors-Article 5, type Kosovo.
* La crise financière aura de nécessaires répercussions sur l'engagement des pays-membres à soutenir des efforts militaires coûteux. Il faut donc éviter autant que faire se peut les interventions.
* Il est possible de faire encore mieux avec les partenariats. Le Sec Gen se félicite que tous les partenariats aient avancé sous sa mandature, ce qui est vrai. Selon lui, "les Partenaires ne sont plus hors de la communité de l'OTAN, mais à l'intérieur ; rendant des contributions indispensables non seulement dans le cadre des activités de Partenariat, mais également dans le cadre des missions de l'OTAN, comme les opérations militaires en Afghanistan, au Kosovo ou en Méditerranée".
* Il espère renforcer les relations OTAN-Russie.
* Il insiste sur le caractère indispensable d'une bonne relation entre l'UE, plus particulièremet la PESD, et l'OTAN, car il estime que les missions, les objectifs et les adhésions se chevauchent de plus en plus.

Je suis particulièrement satisfait que les partenariats aient été cités parmi les enjeux à préciser dans le concept stratégique, parce que trop peu d'attention leur est portée, alors même qu'ils constituent une part importante de l'activité de l'Alliance.

lundi 20 avril 2009

Commentaires sur un article décevant à propos du DM et de l'ICI de l'OTAN

Note: après réflexion, j'ai changé le titre de ce post, car "mauvais" me paraissait finalement trop fort et "note de lecture" était inadéquat.

Le dernier numéro de La Revue Internationale et Stratégique vient de sortir et un article de B. Saidy est consacré à l'OTAN en Méditerranée et au Moyen Orient, en gros au Dialogue Méditerranéen (DM) et à l'Initiative de Coopération d'Istanbul (ICI). J'en parle beaucoup en ce moment. Petite note de lecture critique et mise au point!

Premier problème. L'auteur évoque les deux partenariats, dont l'un s'intitulerait "le Partenariat méditerranéen de l'OTAN" (p.43). Ce n'est plus un secret que le soi-disant "PMO" est en fait le "DM". Jamais l'OTAN ne fait référence au DM comme PMO, alors que Saidy ne fait jamais référence au DM.
Deuxième problème factuel. L'article indique que dans l'ICI, tous les membres du CCG sont partenaires (p.46), ce qui est faux, puisque l'Arabie Saoudite et Oman en sont absents (c'est sans parler du fait qu'à l'édition, ils auraient pu corriger l'erreur sur le schéma : il n'y a plus 26, mais 28 membres désormais - l'article a probablement été terminé avant l'entrée de la Croatie et de l'Albanie, mais à l'édition).
Troisième erreur factuelle. L'auteur attribue des propos à l'amiral Joseph Lopez qui sont incorrects (p.45). La note de bas de page indique "Propos tirés d’un article de l’International Herald Tribune du 20 mai 1997, cités par Gilbert Achard, « Surenchère au sujet du flanc sud de l’OTAN », Le débat stratégique, no 33, juillet 1997, p. 2." Il est déjà inquiétant que l'auteur n'ait pas fait l'effort d'aller vérifier la source première, mais, si l'auteur a bien noté, Achard a tort. L'article est tiré du Washington Post (William Drozdiak, "Instability to the South Worries U.S. Forces in Europe", Washington Post, 19 mai 1997). De plus, l'auteur attribue à Lopez des propos qui sont rédigés par le journaliste et en invente qui ne sont pas dans l'article. A qui la faute ?
Quatrième erreur factuelle. Il fait référence à un rapport de Pedro Moya à l'Assemblée de l'Atlantique Nord de 1997 sur l'OTAN en Méditerranée (p.49). Deux problèmes : 1) il a été publié en août et non en octobre et 2) Pedro Moya était "le responsable" du MCG à l'AAN en 1997, mais il ne l'est plus maintenant, comme le laisse sous-entendre l'article.
Cinquième erreur factuelle, l'auteur écrit que Javier Solana est "l'ancien chef de la diplomatie européenne" (p.51). Ah bon, depuis quand ?

Saidy fait référence à la hard security en écrivant qu'elle "se réfère à la dimension militaire de la sécurité. Elle concerne, dans une large mesure, l’équilibre entre États et alliances et préconise même l’usage de guerres préventives" (p.49). Pour justifier cette définition, il fait référence à un rapport de la RAND de 2000 sur le DM. Très bon rapport, mais jamais les auteurs ne font référence aux guerres préventives, mais au "conflict prevention". Je pense que c'est ce à quoi Saidy voulait faire référence. Le problème étant que cela n'a rien à voir. L'objectif est d'éviter les conflits, pas d'en créer! La hard security est principalement liée à la lutte contre le terrorisme et des menaces étatiques.

L'auteur propose une meilleure complémentarité entre les différentes approches des institutions internationales engagées dans la région (p.50). Il fait référence à une proposition faite par un officiel de l'OTAN, Alberto Bin, dans un article de NATO Review en 2003. Le fait est que des coopérations existent déjà avec l'OSCE et avec l'UE.

Un peu plus loin, il cite un passage de Jean-François Daguzan :
Jean-François Daguzan souligne que « l’action de l’OTAN en Méditerranée demeure [...] empreinte d’ambiguïté. On ne sait toujours pas si l’Alliance se justifie pour assurer la stabilité entre ses propres Alliés ou pour faire face à des menaces extra-européennes. Les ambitions des différents acteurs ne sont pas forcément similaires et les membres de l’OTAN ne sont pas intéressés de la même manière à cette politique méditerranéenne ». En d’autres termes, l’implication de l’OTAN dans cette région n’échappe pas à la compétition transatlantique entre les États-Unis et les pays européens (p.50).
Pourquoi faire appel à la "compétition transatlantique" après la citation de Daguzan ? Les plus fervents supporters du DM sont l'Espagne et l'Italie ! A partir de cet instant, l'article devient problématique avec des propositions chargées et parfois infondées. Il écrit :

Qu’il s’agisse du maintien d’intérêts économiques, de la lutte contre le terrorisme ou d’éventuelles interventions militaires au Moyen-Orient pour la défense d’Israël et pour assurer la sécurité des monarchies arabes du Golfe, la présence militaire américaine dans la région offre une base de prépositionnement de forces facilitant les opérations en cas de conflit armé. En témoignent la guerre du Koweït en 1990-1991 et l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003 (p.50-1).
Plusieurs problèmes: 1) en 1990, les Etats-Unis n'avaient pas de base dans le Golfe, donc la guerre du Koweït ne témoigne de rien du tout. 2) "la défense d'Israël et pour assurer la sécurité des monarchies arabes du Golfe, la présence militaire américaine dans la région offre une base de prépositionnement de forces facilitant les opérations en cas de conflit armé"... ai-je besoin de noter à quel point ceci est une absurdité ?

Mais, alors quand l'auteur note que "les États-Unis prônent une stratégie de puissance en Méditerranée visant à empêcher l’UE de devenir une puissance à part entière" en prenant comme seule référence pour cette lourde accusation un obscure ouvrage de Samir Amin intitulé L’hégémonisme des États-Unis et l’effacement du projet européen (p.51), je fulmine! Qu'on le pense, c'est une chose, mais au pire, on apporte des arguments concrets, des citations, des références solides, pas un ouvrage quelconque qui colle bien là où on cherche à faire prouver un point ! Il est assez étrange également que le comité de relecture n'ait pas relevé ce manque de précision scientifique ! Mais, ce qui est formidable, c'est qu'il insiste avec la suite de la phrase "...et ce, en gênant son action et en neutralisant la volonté de la France de développer une politique euro-méditerranéenne relativement autonome" (p.51), mais cette fois-ci sans aucune référence, c'est encore mieux!

Il établit que "la Grande-Bretagne soutient, en priorité, le nouveau « rôle globalisé » de l’Alliance Atlantique, que ce soit en Méditerranée, au Moyen-Orient ou ailleurs. Ce soutien s’inscrit dans la ligne traditionnelle de sa politique étrangère qui s’articule autour de trois dimensions évoquées par Churchill : l’Europe, la relation transatlantique et le Commonwealth." Une vérité évidente qui ne demande aucune référence et pas plus d'explication, non bien sûr! "Pour l’Espagne, il s’agit d’abord d’un problème de souveraineté touchant le Gibraltar et le conflit territorial avec le Maroc." Ah, ce doit être ça, mais là non plus, notes de bas de page et plus amples explications sont futiles!

L'article évoque ensuite le sempiternel "obstacle du conflit israélo-arabe", mais surtout Saidy parvient à réaliser un tour de force. Il écrit :

Ces partenariats, dont l’objet est la recherche de la stabilité, ne proposent aucun engagement auprès des États arabes et d’Israël afin de les aider à décider de la voie par laquelle ils s’orienteront vers un avenir plus pacifique. Cette stabilité, comme finalité de l’engagement de l’OTAN, fait l’objet de vives réserves compte tenu qu’on ne peut envisager une réelle stabilité et une sécurité commune sans tenir compte des facteurs géopolitiques exogènes qui continueront à influer sur le devenir de la Méditerranée et du Moyen-Orient. (p.52)

Plus bas, il écrit : "[P]ar sa structure et ses missions, l’OTAN n’est pas l’enceinte appropriée pour débattre d’un accord de paix" (p.54). Voici une partie de l'article qui ne servait donc à rien... Plus sérieusement, il y a plusieurs problèmes. 1) L'OTAN est en partenariat avec certains des acteurs arabes frontaliers d'Israël, mais pas tous. Ni le Liban, ni la Syrie ne fait partie du DM ou de l'ICI, donc il semble difficile de proposer une solution globale. 2) Si l'Alliance ne veut pas s'engager dans le processus de paix, c'est qu'elle sait pertinent que cela amènera à l'atrophie des partenariats, comme cela l'a fait avec le Processus de Barcelone et comme ce que l'UPM est en train de connaître. 3) Saidy le reconnait lui-même, l'OTAN n'est pas équipée diplomatiquement pour gérer un tel processus. 4) Pourquoi ne mentionne-t-on jamais que l'OTAN pourrait avoir un rôle dans le conflit du Sahara Occidental ? Après tout, le conflit est latent, mais cette éventualité n'est jamais soulevée. Tout simplement, parce que c'est dénué de sens tout comme un rôle actif de l'Alliance dans le processus de paix.

Dernière partie de l'article : la mauvaise image de l'OTAN dans la région. L'auteur indique une méfiance de la part des populations du sud vis-à-vis de l'EUROFOR, de l'EUROMARFOR et de la PESD (p.54). Admettons pour les deux premières, même si je pense que cette méfiance est désuète étant donné que ces forces ne font plus grand chose. De plus, c'était plus vrai lors du lancement qui s'est fait tambour-battant et sans consultation ni explication aux pays du sud de la Méditerranée, mais encore une fois, un gros travail a été fait pour balayer les craintes. Pourquoi rajouter la PESD? Il n'y a jamais eu de missions de la PESD dans la zone et aucune n'est prévue. Difficile de se faire une idée, puisqu'une fois encore, Saidy ne fait aucune référence.

On continue avec une incohérence. "L’opinion publique au Maghreb et dans les pays du Golfe participant à l’ICI demeure, quant à elle, hostile et mécontente de voir leurs pays s’associer à une OTAN dominée par les États-Unis", écrit-il (p.54). Soit. Cette fois-ci, il fait une note de bas de page. Que cite-t-il? "Shimi Mustapha, « Peurs et malentendus : la vision du Sud », J.-F. Daguzan et R. Giradet (sous la dir.), La Méditerranée : nouveaux défis, nouveaux risques, Paris, Publisud, 1995". Il prend donc un ouvrage de 1995 pour appuyer son argument. En 1995, le DM venait à peine de commencer. Il n'existait quasiment aucun média indépendant dans ces pays, donc ce type d'initiative encore floue et abstraite et pas forcément à même d'être très populaire n'avait que peu de chances d'être la source de furieux débats au sein des populations. En 1995, l'ICI n'était même pas en gestation!

Vient le temps de la conclusion qui ne convainc pas. "[C]e rôle, qui fait de l’OTAN de facto une alliance militaire mondiale, est entravé par une multitude de contraintes qui limitent l’aboutissement des efforts de coopération en Méditerranée et au Moyen-orient." (p.55) Une alliance militaire mondiale? Non, pas du tout. Si demain, l'Algérie est attaquée, l'OTAN ne va pas foncer tête baissée. Le DM et l'ICI ne sont nullement régis par l'Article V. Une multitude de contraintes? Aucun des arguments avancés par l'auteur n'est fondamentalement convaincant à part la réticence des opinions arabes à la participation aux partenariats et encore, si l'Alliance et les pays partenaires s'engagent dans des stratégies de transparence totale et de communication, il est tout à fait envisageable que cette coopération soit acceptée.

La solution de Saidy reste très imprécise. "Ces efforts ne peuvent réussir que si l’Alliance se dote d’un support politique visant à dénouer les conflits régionaux et réévalue les mécanismes de coopération, afin de répondre aux attentes politiques et militaires des partenaires de l’OTAN dans cette région." (p.55) Dénouer les conflits régionaux? Autant dire, se tirer une balle dans le pied! L'OTAN ne le veut pas et les pays de la région non plus! Réévaluer les mécanismes de coopération? Parlons-en, parce que cela n'a pas été abordé une seule fois de manière poussée dans l'article!

L'article se termine ainsi, malheureusement incomplet et approximatif. Et surtout, Saidy ne fait aucune mention de l'Opération Active Endeavour en Méditerranée, alors même que c'est un effort essentiel de l'OTAN dans la zone auquel participe plusieurs pays du DM.

jeudi 16 avril 2009

Que nous a dit l'OTAN sur ses partenariats au Moyen Orient?

Un peu de temps libre pour me lancer dans la lecture de la Déclaration du sommet de Strasbourg/Kehl de l'OTAN du début du mois. J'avais dit que j'allais regarder comment l'Alliance allait aborder le Dialogue Méditerranéen et l'Initiative de Coopération d'Istanbul. La déclaration leur consacre trois articles, un de plus qu'au sommet de Bucarest.

Les trois articles (37,38 et 39) n'offrent pas de nouveauté significative. Le premier consacré au DM se félicite des progrès. 2009 marque le 15e anniversaire de la création du partenariat :

Depuis quinze ans, le Dialogue méditerranéen de l’OTAN constitue, notamment lors de réunions au niveau ministériel, un forum très utile de consultation et de coopération avec nos partenaires méditerranéens sur un large éventail de questions, et nous nous réjouissons des contributions significatives que ces partenaires apportent aux opérations et aux missions dirigées par l'Alliance.


Dans ce premier article, un point est intéressant à relever. Je n'ai pas regardé toutes les déclarations, mais depuis le sommet d'Istanbul en 2004 et donc depuis que l'OTAN a élevé le DM au statut de "véritable partenariat" et a créé l'ICI, c'est la première fois que dans une déclaration de sommet l'Alliance évoque la situation au Moyen Orient. Plus intéressant encore, l'OTAN se positionne comme un acteur de la paix. Sans le mentionner explicitement, c'est du dossier israélo-palestinien que l'on parle :

Alors que le contexte au Moyen-Orient se caractérise par de nombreux défis et que l’engagement de la communauté internationale en faveur de l'instauration de la paix connaît un renouvellement très apprécié, nous sommes prêts à renforcer encore notre dialogue politique et notre coopération pratique avec tous nos partenaires méditerranéens.


La rhétorique est subtile. La déclaration ne parle pas du conflit nommément et ne traduit pas non plus un engagement possible de l'OTAN dans la résolution du dossier. Grâce au DM, l'Alliance peut être utile à la paix, mais, selon la déclaration, son soutien à une solution ne se fera qu'au travers du partenariat et non par des efforts directs. A suivre.

L'article 38 sur l'ICI est peu innovant. Il appelle notamment les pays partenaires à s'engager dans la voie d'un programme de coopération individuel, en d'autres termes, une coopération renforcée avec l'OTAN et un partenariat à la carte. Le dernier article félicite l'ouverture par le Collège de Défense de l'OTAN d'une faculté consacrée à la région.

mercredi 1 avril 2009

Parlons un peu du DM et de l'ICI de l'OTAN

Pour qui s'intéresse un peu à la question du Dialogue Méditerranéen (DM) et l'Initiative de Coopération d'Istanbul (ICI) de l'OTAN, l'analyse publiée sur le Royal United Service Institute est assez creuse, mais ne serait-ce que parce que ce sont deux programmes peu connus, je la mentionne.

Première constatation. Le RUSI a publié plusieurs analyses pour les 60 ans de l'OTAN, dont d'excellents articles de Christopher Cocker, prof à LSE, et Ellen Hallams, prof dans une université militaire anglaise. Deux universitaires donc, alors que l'article sur le Moyen Orient et l'OTAN est écrit par Mina al-Orabi, journaliste à Asharq Alawsat. Je n'ai rien contre les journalistes, mais c'est une preuve du manque d'universitaires qui travaillent sur la question. Pour étudier ces deux programmes, à l'exception du Collège de Défense de l'OTAN, il y en a très peu qui travaillent en indépendant sur ces questions.

Mina al-Orabi recence les a priori persistants sur l'OTAN dans la région. Une organisation sous la botte de Washington, aux services des intérêts de l'Occident. Bizarrement, elle ne fait pas mention du fait que l'OTAN est perçue comme une organisation "offensive" et "agressive". Autant de clichés qu'elle admet être faux et le résultat de conceptions préconçues qui ne se sont pas encore évaporées, malgré les différents efforts en ce sens.

Elle évoque ensuite la sempiternelle question israélo-palestinienne. Je ne vois pas l'intérêt de soulever un débat quasi inexistant dans ces partenariats. Bien au contraire, l'OTAN s'est toujours gardée d'engager le débat dans le DM et l'ICI pour éviter de se tirer une balle dans le pied, qui pourrait paralyser les initiatives, comme ce fut le cas pour le Processus de Barcelone par exemple.

Selon elle, publiquement, l'OTAN ne veut pas avoir un rôle dans le processus de paix, mais en privé, l'Alliance Atlantique étudie la possibilité. Et elle ne devrait pas, écrit-elle, ce n'est pas son rôle. Certes, mais c'est son rôle d'étudier la possibilité, parce que si demain, elle était sollicitée, il serait pertinent qu'elle ait déjà étudié le dossier. Mais, ce n'est effectivement pas souhaitable.

De même, al-Orabi affirme que l'ICI "se penche sur la région du Golfe et couvre l'Iran", ce qui est tendancieux, car l'Iran ne fait pas partie de l'ICI et cette initiative est plutôt destinée avant tout aux pays du CCG - seule l'Arabie Saoudite et Oman n'en font pas partie. Elle avance également que le DM "est une organisation qui a été initiée dans une série de plans autour de la Méditerranée dans les années 1990 pour fournir une plate-forme à des interactions arabo-israéliennes et pour aider à créer un sens commun de sécurité". C'est faux. Le DM n'a nullement été créé dans cette logique là. Son origine tient au fait que l'OTAN au sortir de la Guerre froide s'est rendu compte que la Méditerranée était une zone de laquelle de nouvelles menaces pouvaient émerger et qu'il était du devoir de l'Alliance de se préoccuper de cette région (Les critiques diront que l'OTAN a cherché à se trouver un intérêt de rester en vie). Ce n'est pas tant un sens commun de sécurité que l'OTAN a voulu créer que des intérêts communs, comme la lutte contre le terrorisme et la prolifération des ADM.

Pour ceux qui seraient intéressés par en savoir, voici un research paper du NDC de l'OTAN sur les deux initiatives.

Je doute que le sommet de l'OTAN s'attarde beaucoup sur le DM et l'ICI, mais je suivrai cela de près.
 

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