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vendredi 27 février 2009

Le nouveau numéro de Foreign Affairs est en ligne

Le numéro de mars/avril de Foreign Affairs est en ligne. D'excellentes choses comme toujours sont au programme. Plusieurs articles retiennent mon attention :
- "The Precedents of Withdrawal" de Bennett Ramberg. Dans le contexte du discours de Barack Obama ce matin sur le retrait américain d'Irak, cet article tombe à point nommé.

- "How Development Leads to Democracy" de Ronald Inglehart and Christian Welzel.

- "Free at Last?" de Bernard Lewis. A 82 ans, il est toujours présent. Irréductible. Fidèle au poste.

- "Missing Peaces" de Michael D. Bell, Daniel C. Kurtzer, et Prem G. Kumar. Ce sont deux réponses à un article du précédent numéro de Richard Haass et Martin Indyk.
* La première de Bell et Kurtzer se focalise sur Jérusalem. Prenant en compte le fait que Jérusalem est le point de contention sur lequel de nombreuses négociations butent invariablement entre Israéliens et Palestiniens, les deux auteurs estiment qu'il faut adopter une nouvelle approche. Au lieu de s'évertuer sur qui aura la souveraineté sur la Vieille Ville - car c'est bien là que se trouve le problème - Bell et Kurtzer conseillent l'implication d'un tiers-parti, une autorité autonome et neutre nommée par les Israéliens et les Palestiniens et qui aurait autorité sur la zone. Elle s'intitulerait Old City Special Regime (OCSR) - déjà un acronyme, c'est essentiel ! L'objectif serait de construire une confiance entre Israéliens et Palestiniens sur la question. Sur le papier, ça a l'air très alléchant, mais une question se pose : combien de temps resterait cette autorité ? Les auteurs écrivent que "les questions de souveraineté ne seraient pas abandonnées, mais différées". Jusqu'à quand ? Les sites religieux, qui font tant débat, ne vont pas soudaienement disparaître.

* La seconde de Kumar se penche sur la question de la paix avec la Syrie. Il soutient que cela sera plus difficile qu'on ne le pense d'éloigner Damas de Téhéran et qu'il faut que la Syrie soit certaine de gagner plus en quittant sa relation spéciale avec l'Iran qu'en la conservant. Il fait alors entrer en jeu les Etats-Unis, dont le rôle serait en gros de débroussailler le chemin d'une réintégration pleine et assurée de la Syrie dans la communauté internationale. En gros, Israël et la Syrie négocient directement et Washington se charge de préparer tous les avantages pour Damas (fin des sanctions, intégration à l'OMC, plus de liens commerciaux avec l'Occident, récupération des Plaines du Golan, aides économiques et militaires en partenariat avec les Européens, retrait de la liste des sponsors du terrorisme...). Un plateau d'or! La question se pose : quoi d'autre ? La paix a un prix, mais ce que propose Kumar est de tout jeter sur le ring d'entrée de jeu. La question qu'il ne se pose pas : si les Syriens peuvent douter qu'ils ont un intérêt à rentrer dans des négociations avec Israël au détriment de leur relation avec l'Iran, les Israéliens, les Etats-Unis et l'Europe peuvent également douter que la Syrie coupera absolument tout pont avec Téhéran, le Hezbollah et le Hamas et arrêtera d'interférer dans les affaires libanaises. De fait, si l'Occident jette toutes ses atouts d'entrée de jeu, que lui reste-t-il après ?

- "Adrift of the Nile: The Limits of Opposition in Egypt" de Steven A. Cook. Cook est une star montante sur le Moyen Orient. Chercheur au Council on Foreign Relations, tout ce qu'il publie est pertinent. Cette note de lecture ni coupe pas. Il traite ici d'un ouvrage de Bruce K. Rutherford intitulé Egypt After Mubarak: Liberalism, Islam, and Democracy in the Arab World. L'ouvrage a l'air très intéressant, mais lisez déjà la note de lecture tant elle est dense, riche et claire.

J'attends que les différents services de consultation de revues académiques mettent ce numéro en ligne pour pouvoir le lire, parce que les articles qui m'intéressent sont restreints aux abonnés.

dimanche 26 octobre 2008

En Iran, Khamenei tire les ficelles

Ayatollah Ali Khamenei

Akbar Ganji le rappelle dans un article publié dans le nouveau numéro de Foreign Affairs, Mahmoud Ahmadinejad n'est pas l'épicentre du pouvoir iranien. Cet opposant au régime articule sa pensée autour de l'Ayatollah Ali Khamenei, parce que c'est lui le véritable preneur de décisions. L'article que l'on retrouve dans la revue est une traduction du farsi d'un article écrit en février, mais sa pertinence demeure tout à fait saillante (Foreign Affairs ne l'aurait pas publié autrement).

L'objectif de Ganji est de mettre à mal l'idée trop répandue que si Ahmadinejad était amené à perdre les élections présidentielles en 2009, l'Iran s'orienterait dans une nouvelle direction. "Malgré toute l'attention qu'il reçoit, Ahmadinejad ne fait même pas partie des 100 plus grands dirigeants iraniens de ces trente dernières années", écrit Ganji. "Khamenei soutient Ahmadinejad considérablement plus que n'importe lequel de ses prédécesseurs, mais Ahmadinejad est aussi puissant qu'il est dévoué à Khamenei et qu'il parvient à mettre en oeuvre ses objectifs." L'auteur rappelle de plus que Khatami, que beaucoup d'analystes voyaient comme un réformateur, avait été impuissant à changer le pays parce que, selon les termes de Khatami, le président n'était guère plus qu'un "serviteur".

L'autorité de Khamenei est plénipotentiaire. Il est "le chef d'Etat, le commandat en chef des armées et le plus haut dignitaire religieux" ; il a la main mise sur toutes les institutions politiques, économiques, sociales, culturelles et religieuses du pays. Donc, Ahmadinejad se trouverait bien en peine de contredire le guide suprême. Pour Ganji, la situation iranienne est une forme de sultanisme au sens wébérien du terme, c'est-à-dire que l'autorité est laissée à la seule discrétion du dirigeant, qui étend son pouvoir en utilisant les différentes institutions.

Il est vrai, reconnaît l'auteur, que l'Iran d'aujourd'hui n'est plus l'Iran de 1980, mais toutes les évolutions sont bien encadrées pour éviter tout écart malheureux.

Une des principales et véritablement importantes évolutions depuis la Révolution de 1979 se trouve chez les gardiens de la Révolution. Sous la tutelle de Khamenei, qui était le représentant de l'Ayatollah Khomeini au ministère de la Défense dans le gouvernement de transition en 1979, ils ont gagné en pouvoir et ont voix au chapitre quand on parle de politique en Iran. Ahmadinejad a confirmé cette inflexion, plusieurs de ces ministres en sont issus.

Pour comprendre la politique nucléaire et étrangère de l'Iran, Akbar Ganji insiste de nouveau sur la prééminence de Khamenei. En politique étrangère, l'opposition entre Téhéran et Washington n'est pas nouvelle et Khamenei ne fait que poursuivre la ligne iranienne, tandis que le résident du Bureau oval en fait autant de son côté. Mais, les portes ne sont pas fermées. Quand chacun trouvera son avantage - reste à le définir - des négociations se tiendront. De même, les ambitions américaines et iraniennes s'opposent au Moyen Orient. Washington veut être une force importante et vient donc en opposition frontale avec les ambitions de Téhéran d'être la plus grande puissance de la région.

Sur la politique nucléaire, c'est encore plus évident. En 2004, l'Iran a suspendu son enrichissement sur ordre de Khamenei, mais l'auteur s'appuie sur des discours publics du guide suprême affirmant que c'était un acte que l'Iran s'emploiera à ne jamais réitérer, car cela n'a servi à rien et allait à l'encontre du droit iranien à obtenir le nucléaire. Ahmadinejad, comme ses prédécesseurs mais encore plus distinctement, ne fait qu'appliquer la politique du guide suprême.

Peu d'évolutions sont à envisager, si Khamenei reste "le sultan" qu'il est en Iran. Des réformes ne se feront que quand les réformateurs auront trouvé suffisamment de latitude au sein du système pour en modifier certains aspects. Il est important également, souligne l'auteur, que les Etats-Unis changent de politique : démanteler le programme nucléaire iranien et maintenir la sécurité d'Israël ne vont pas dans le sens des promoteurs de la démocratie et des droits de l'homme en Iran. "Ces propos et plus généralement la politique iranienne de l'administration Bush n'ont fait que renforcer le pouvoir du Sultan Khamenei et rendre la transition iranienne vers la démocratie encore plus difficile."

vendredi 15 août 2008

Nouveau plan pour que les US quittent un Irak stabilisé

Dans un article pour Foreign Affairs, trois experts américains estiment les Etats-Unis peuvent quitter l'Irak en laissant un pays stabilisé. Ils se positionnent entre la position de John McCain qui favorise un déploiement à long terme et celle de Barack Obama qui souhaite un retrait des troupes aussi rapidement que possible. Comment faire ?

Dans le nouveau numéro de la revue Foreign Affairs, Stephen Biddle, du Council on Foreign Relations, Kenneth Pollack et Michael O'Hanlon, tous deux du Saban Center on Middle East Policy au Brookings Institution, reviennent tout d'abord sur les récents progrès politiques et sécuritaires depuis le "surge". La liste est assez longue, mais ils reconnaissent que "pour le moment, il y a plus de potentiel que de réalisation". Toutefois, ils estiment que "les récents changements dans les dynamiques militaires et politiques en Irak ont au moins rompu le schéma de dysfonctionnement politique qui a paralysé l'Irak ces dernières années".

Là où certains experts appellent en conséquence à un retrait des troupes, les auteurs vont à contre-courant. La menace d'un retrait "a plus de chance de faire dérailler les progrès". De très lourds compromis sont exigés des différentes factions irakiennes et il faut un effort simultané pour que le processus se déroule sans encombre. Le problème étant qu'un retrait pourrait précipiter les différents groupes à négocier trop rapidement et a ressuscité les rivalités et les affrontements sectaires actuellement en forte baisse.

Les trois chercheurs jugent qu'il faut désormais s'attaquer aux problèmes "de second rang", autrement dit ceux qui dérivent des problèmes majeurs :
* l'intégration des Fils d'Irak, sunnites, dans l'armée et le gouvernement, majoritairement chiites : les Etats-Unis doivent assurer que le leadership irakien tienne ses promesses pour assurer les cessez-le-feu en place jusqu'à ce que les Fils d'Irak fassent confiance à l'armée.
* le retour des réfugiés et des populations déplacées : la baisse des affrontements a conduit de nombreux réfugiés à revenir au pays, mais les logements d'origine sont généralement détruits ou occupés par d'autres réfugiés ou déplacés. Il faut donc mettre en place un large programme de relogement, qui pourrait dans le même temps faire baisser le chômage grâce aux chantiers générés.
* la création d'un système électronique pour les banques permettant un meilleur transfert des fonds du gouvernement central vers les provinces.
* le renforcement de la crédibilité des administrations publiques : les Etats-Unis ont réorienté leur priorité vers les instances provinciales, jugées plus aptes à assurer les services essentiels que le gouvernement central.
* la question de Kirkouk : redonner la ville aux Kurdes, mais assurer que les profits du pétrole soient redistribués dans tout le pays.

Dans le même temps, les Américains doivent empêcher tout coup d'Etat militaire, ce qu'une armée irakienne renforcée pourrait être amenée à envisager. Et empêcher également qu'une "clique de politiques alliée avec les services de sécurité ne s'emparent du pouvoir de l'intérieur, amassent les richesses pétrolières et laissent le reste du pays au crime organisé".

Pour faciliter ces projets, il est nécessaire, estiment les auteurs, que les Etats-Unis travaillent avec l'Iran pour que Téhéran devienne un partenaire dans la reconstruction plutôt qu'une force de déstabilisation.

Quid d'un retrait ? Les auteurs se refusent à dresser un plan de retrait précis, car trop de paramètres imprévisibles sont à prendre en compte si les Américains veulent laisser un Irak stabilisé. Si les efforts se poursuivent et que la situation s'améliore clairement, un retrait massif pour 2010-2011 est envisageable :
Si les Etats-Unis peuvent maintenir une force substantielle en Irak pendant la période critique des deux ou trois prochaines années, il y a désormais de quoi croire que des retraits massifs puissent se faire grâce à des succès plutôt que mandatés par des échecs.


 

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