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jeudi 19 novembre 2009

Distanciation entre Al Qa'ida et les Frères musulmans

Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po, détaille, dans un article pour Current Trends in Islamist Ideology, la distanciation progressive entre les Frères musulmans égyptiens, iraqiens et palestiniens et Al Qa'ida. L'article n'est pas particulièrement novateur, mais il remet à plat quelques fondamentaux à connaître.

Pour commencer, les deux organisations s'opposent sur leur vision du jihad. Al Qa'ida soutient une vision globale de libération des Musulmans de régimes non-islamiques, que ce soit "les juifs et les croisés" ou les régimes musulmans apostats. Les FM ont une vision plus réduite du jihad qui repose sur des activités de missionnaires et de lutte politique organisée. Ils ont officiellement renoncé à la violence pour renverser les régimes.

Pour les Ikhwan égyptiens, les origines sont communes, puisqu'Abdallah Azzam faisait au départ partie des FM avant de partir en Afghanistan et avec Oussama Ben Laden - au départ lui-même un émissaire des FM - de rompre avec les idéaux des Frères musulmans pour créer ce qui deviendra Al Qa'ida. Abu Musab al-Suri et Ayman al-Zawahiri sont deux autres éminents membres de AQ qui viennent des Ikhwan.

La branche iraqienne a rapidement suivi le projet de reconstruction politique américain, ce qui lui a valu d'être une cible privilégiée d'Abou Musab al-Zarqaoui et d'Al Qa'ida en Mésopotamie.

La partie la plus intéressante de l'article de Filiu concerne la relation entre le Hamas, branche palestinienne des FM, et Al Qa'ida. Dès 1996, Ben Laden a associé sa cause à celle de la résistance palestinienne. Pour autant, ce que Filiu ne dit pas, c'est que ce soutien aux Palestiniens a été intermittent au mieux. Ils ont cependant salué les "martyres" du Hamas à plusieurs reprises.

Ce n'est qu'après les attentats du 11 septembre 2001 que Ben Laden a utilisé la lutte palestinienne comme un moyen de faire avancer le jihad global. Cela a résulté dans l'attentat anti-israélien de Mombasa en novembre 2002, mais qui n'a eu que très peu d'échos chez les Palestiniens. Sous l'impulsion d'al-Zarqaoui, AQ s'implante en Jordanie et en août 2005 tire une roquette sur Israël, ce qui n'a pas plu au Hamas qui était occupé à profiter au maximum du retrait unilatéral israélien de Gaza au même moment. Lors des élections palestiniennes début 2006, Zawahiri s'en est pris au Hamas pour avoir embrassé "les infidèles" en participant au scrutin.

L'opposition entre le Hamas et Al Qa'ida a également eu lieu par proxy. En 2006, le groupe palestinien chasse le Fatah de Gaza et purge le territoire de tous les groupes autres que lui, dont "l'Armée de l'islam" qui revendiquent des liens avec AQ et qui a en particulier capturé un journaliste de la BBC. Ces purges n'ont pas été appréciées par le leadership d'AQ qui a même accusé le Hamas de "renier sa religion". AQ a adouci ses attaques après le revers infligé par Dr. Fadl, un des fondateurs de "la Base", qui est devenu un des grands critiques d'Al Qa'ida.

Il semble peu envisageable aujourd'hui pour Al Qa'ida de développer son réseau à Gaza, sans même parler de la Cisjordanie. Le passage à tabac violent de Jund Ansar Allah en août le confirme d'ailleurs. Le seul lieu de Palestiniens où AQ a eu un impact est dans les camps de réfugiés au Liban. On se souvient des mois de lutte entre Fatah al-Islam et l'armée libanaise à l'été 2007. Même s'ils ont perdu, Filiu estime que les liens idéologiques sont encore forts.

Pour Filiu, Al Qa'ida s'éloigne de plus en plus de la réalité des Musulmans et de ceux que l'organisation cherche à cibler. A contrario, les FM ont véritablement réussi à gagner du terrain en politique en défendant une ligne nationaliste et en s'ancrant au plus près des attentes de la population.

lundi 4 août 2008

Les islamismes et la démocratie

Dans l'édition de juillet du The Journal of Democracy, Tamara Cofman Wittes, chercheuse au think tank Brookings Institution, énonce trois types d'islamisme. Elle se positionne sur l'idée que le terme "islamisme" est aujourd'hui galvaudé, car utilisé indifféremment pour des groupes radicalement différents. Islamisme, ici, signifie l'utilisation de l'islam à des fins politiques.

Elle dénonce la distinction actuelle entre "radicaux" et "modérés". Pour Cofman Wittes, ce n'est pas suffisamment précis. Elle propose une classification en trois niveaux. Ce qu'elle recherche est de savoir lesquels sont potentiellement enclins à embrasser la démocratie. Il y a en premier les "takfiri". Ce sont les plus radicaux et les plus anti-démocratiques. Le principe de "takfir" est de déclarer tout non-musulman ou mauvais musulman un apostate. Pratique utilisée par Al Qaïda et ses affiliés. Le seul objectif est un "Etat pan-islamique", qui conduit à une opposition frontale avec la démocratie, car elle violerait la souveraineté divine.

Le second est composé de militants islamistes "locaux" ou "nationalistes", tels que le Hezbollah, le Hamas et les groupes chiites en Irak. Ils combinent l'idéologie islamiste avec les demandes politiques. Selon l'auteur de l'article, ils ne peuvent exister que dans des "Etats faibles ou banqueroute", car le gouvernement n'a pas les capacités pour les empêcher d'agir. Elle estime toutefois que la participation de ces groupes aux élections est le synonyme que le processus politique "devient une norme pour les citoyens arabes". Elle reconnaît que ce type est problématique, car peut-être utilisent-t-ils les urnes pour remettre en place un Etat religieux. Tout aussi dérangeant, très peu de ces groupes sont prêts à rendre leurs armes et n'hésitent pas à brandir la menace armée. "Tant que les Libans de la région demeurent trop faibles pour contrôler leurs Hezbollahs, il y a peu d'espoir que s'épanouissent de pleines démocraties ou des systèmes d'égalité devant la loi", écrit la chercheuse.

Le troisième est islamiste, mais a renoncé à la violence - du moins localement - et aspire à une rôle politique. Certains sont légaux, tels que le Front d'Action Islamique en Jordanie ; d'autres sont interdits, à l'instar des Frères Musulmans en Egypte. Leur position sur la violence reste ambigüe. Ils ne la pratiquent pas, mais se félicitent d'actions contre Israël ou contre les Américains en Irak.

Comment juger pour autant de leur sincérité à l'égard de la démocratie alors qu'ils n'ont jamais été au pouvoir ? Cofman Wittes indique trois critères : leur attitude à l'égard des minorités ; du pluralisme politique et du pouvoir de l'autorité religieuse dans le processus démocratique.

La résidente du Brookings Institution admet que certaines de ces questions sont difficiles à répondre et que la modération d'un groupe peut demeurer incertaine, car ils sont souvent secrets. Elle pense qu'une autre possibilité peut être d'analyser à quel point l'organisation est démocratique en son sein, "tout en considérant le degré de liberté politique dans la société". C'est en effet important, car tant qu'un groupe islamiste est perçu comme la seule alternative crédible au pouvoir en place, il n'est pas mis en défaut par d'autres groupes d'opposition et n'est donc pas poussé à se réformer.

Elle termine en recommandant deux étapes nécessaires pour pouvoir mieux évaluer les groupes islamistes : plus de débats publics sur des questions politiques et moins de restrictions pour la formation d'association et de parti politiques. C'est essentiel, estime-t-elle, car à terme "si un système parlementaire dans lequel des Islamistes non-violents participent est perçu comme une vitrine cachant une autocratie plutôt qu'une réelle opportunité d'influer sur le gouvernement, le mécontentement ira ailleurs".
 

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