mardi 30 juin 2009

Les britanniques et la COIN en Irak

Le dernier numéro de la revue Journal of Strategic Studies est consacré à la contre-insurrection (COIN) britannique. Un article notamment s'attarde sur les opérations menées par les troupes de Sa Majesté dans le sud de l'Irak. Glen Rangwala de Cambridge analyse les opérations de COIN en Irak sous un angle particulièrement intéressant. Il montre en effet un paradoxe problématique. Pour la réussite d'une opération de COIN, la tradition britannique veut que l'armée s'appuie sur un gouvernement reconnu par la grande majorité de la population. Le problème est qu'en Irak, les Britanniques qui étaient stationnés dans le sud chiite du pays ont connu beaucoup de problèmes à ce niveau, car il était impossible de trouver l'interlocuteur reconnu comme légitime.

Pourtant, analyse Rangwala, les Britanniques auraient dû avoir moins de soucis que dans d'autres provinces. Il n'y avait pas d'oppositions inter-confessionnelles et en plus, les groupes chiites du sud du pays ont toujours été représentés au gouvernement. Toutefois, il y avait une division incessante entre ces différents groupes. Quatre partis sont concernés : le parti Dawa de Nouri al Maliki, le parti Fadila de Wa'il 'Abd al-Latif, le Conseil Suprême pour la Révolution Islamique en Irak (CSRII) et le parti de Moqtada al Sadr. L'article relate les nombreux obstacles que les uns et les autres ont échafaudé pour se mettre des bâtons dans les roues. Rangwala explique les manipulations incessantes entre les partis au gouvernement et les partis aux autorités provinciales, les premiers n'hésitant pas à outrepasser les juridictions des autres pour les mettre sur la touche.

Dans cette situation, les Britanniques ont adopté la position de rester en retrait de ces querelles. A tort ou à raison. Cela les laissait donc dans des positions où ils avaient une relativement bonne assise au gouvernement, mais pas au niveau local. Au lieu de composer avec les forces locales pour enrayer les mouvements insurrectionnelles, les Britanniques se retrouvaient dépourvus des armes nécessaires pour une opération de COIN : sources de renseignement, possibilités de s'engager dans des missions de surveillance et capacité à diffuser des informations au sein des populations. En effet, les Britanniques interagissaient peu avec les leaders locaux, patrouillaient peu et restaient quasi systématiquement en retrait, manquant ainsi d'appuis et de relais.

Cette attitude s'avère délicate quand on aborde la question de Moqtada al Sadr. En laissant faire, les Britanniques n'ont de fait pas empêché la constitution de Jeish al Mahdi, l'armée d'al Sadr, alors même que ce groupe était hostile à la présence de troupes étrangères et qu'elles agissaient en conséquence. Egalement, en restant à l'écart, les Britanniques espéraient pouvoir gagner les "cœurs et les esprits", mais en fait, ils ont toujours été assimilés aux Américains, ce qui réduisait à néant leur stratégie d'origine.

Les principaux défis britanniques à Bassorah et à Mayan ont montré que les Britanniques avaient peu d'emprise sur la situation. Le plus dommageable pour ces troupes, c'est qu'au lieu de s'allier au gouvernement pour lutter contre des mouvements d'insurrection, ils ont constamment du faire des alliances dans des oppositions entre différentes branches du gouvernement, national contre provincial, voire des branches différentes du gouvernement national. En restant à l'écart, les Britanniques ont donc favorisé le gouvernement national, surtout avec l'arrivée d'al Maliki en 2006, et indirectement, "sont devenus des agents de la re-centralisation de l'Irak". Mais surtout, les Britanniques se sont perdus dans les querelles sans vouloir en être. Une autre leçon également à tirer de cette expérience est que mener une opération de COIN différente de celle plus agressive menée par les Américains n'a fait que jouer en leur défaveur, car la population ne faisait pas la distinction.

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