dimanche 20 septembre 2009

La controverse autour du rapport Goldstone

Le rapport Goldstone continue de soulever un bouclier de critiques en Israël. Je n'ai toujours pas eu le temps de le lire, mais je m'y attèlerai sous peu. Juste un rapide post à propos d'une tribune qui m'a surpris, celle de David Landau dans le New York Times. Landau a été rédacteur en chef du quotidien israélien Haaretz de 2004 à 2008. Ce journal est réputé à gauche et a des positions plus critiques vis-à-vis des actions du gouvernement à l'encontre des Palestiniens et des colonies.

Pourtant, Landau est déçu par le rapport Goldstone. Landau reproche au rapport onusien d'affirmer que l'armée israélienne a délibérément visé des civils à Gaza. L'ancien rédacteur en chef cite une phrase du document qui affirme que derrière la présentation officielle du gouvernement de l'Opération Plomb Durci comme une réponse aux attaques de roquette, l'idée était "en partie" de s'attaquer à la population de Gaza dans son intégralité... autrement dit, à la fois le Hamas, mais également les civils.

Selon Landau, cette phrase est malheureuse, car il estime qu'elle est sans fondement et surtout, elle soulève tant de critiques qu'elle empêche un débat nécessaire sur "la conscience d'une nation". En d'autres termes, c'est la phrase de trop.

Je suis allé voir le contexte de cette phrase.

1680. The Gaza military operations were, according to the Israeli Government, thoroughly and extensively planned. While the Israeli Government has sought to portray its operations as essentially a response to rocket attacks in the exercise of its right to self defence, the Mission considers the plan to have been directed, at least in part, at a different target: the people of Gaza as a whole.

1681. In this respect, the operations were in furtherance of an overall policy aimed at punishing the Gaza population for its resilience and for its apparent support for Hamas, and possibly with the intent of forcing a change in such support. The Mission considers this position to be firmly based in fact, bearing in mind what it saw and heard on the ground, what it read in the accounts of soldiers who served in the campaign, and what it heard and read from current and former military officers and political leaders whom the Mission considers to be representative of the thinking that informed the policy and strategy of the military operations.

1682. The Mission recognizes that the principal focus in the aftermath of military operations will often be on the people who have been killed – more than 1400 in just three weeks. This is rightly so. Part of the functions of reports such as this is to attempt, albeit in a very small way, to restore the dignity of those whose rights have been violated in the most fundamental way of all – the arbitrary deprivation of life. It is important that the international community asserts formally and unequivocally that such violence to the most basic fundamental rights and freedoms of individuals should not be overlooked and should be condemned.

1683. In this respect, the Mission recognizes that not all deaths constitute violations of international humanitarian law. The principle of proportionality acknowledges that under certain strict conditions, actions resulting in the loss of civilian life may not be unlawful. What makes the application and assessment of proportionality difficult in respect of many of the events investigated by the Mission is that deeds by Israeli forces and words of military and political leaders prior to and during the operations indicate that as a whole they were premised on a deliberate policy of disproportionate force aimed not at the enemy but at the “supporting infrastructure.” In practice, this appears to have meant the civilian population.

C'est effectivement très ambigu. Les auteurs prennent beaucoup de pincettes pour justifier leur position, mais malgré tout, j'ai l'impression qu'ils défendent cette position plus parce que c'est humainement plus noble. Que Tsahal ait eu recours à une force disproportionnée, cela ne fait aucun doute, que l'on doit condamner cet usage ne fait aucun doute non plus, mais est-il juste de prendre une position non seulement très controversée, mais que les auteurs reconnaissent comme difficiles à confirmer ? Avec la visibilité internationale d'une telle commission, est-il pertinent d'arriver à ce type de conclusions qui reposent sur des suppositions et des interprétations ?

Je sais bien qu'il est commun de dénoncer les attaques de l'IDF et les morts civils, mais de là à considérer que cela est délibéré... Non seulement cela est fort tendancieux, parce que ce type d'accusations est lourd de conséquences et qu'il faut donc plus que des interprétations pour justifier cette position (cette commission a vocation à être neutre et non-partisane), mais surtout, cela donne inutilement de la matière légitimée par le sceau onusien à tous les partisans vraiment biaisés, vraiment haineux à l'encontre d'Israël.

Oui, il faut que justice soit faite pour les victimes civiles. Non, il ne faut pas que pour cela, des conclusions hâtives soient tirées qui vont au-delà du mandat d'une telle commission.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Parce que lorsqu'on écrase les maisons avec des chars sans vérifier si des gens sont dedans, on ne vise pas délibérément la population civile?

Lorsqu'on utilise des bombes au phosphore sur une zone d'habitation dense, on ne vise pas délibérément la population civile?

Losque les soldats tirent sur les petits groupes de personnes non armées brandissant un drapeau blanc, on ne vise pas délibérément la population civile?

Lorsqu'on utilise des civils comme bouclier humain (y compris des enfants) (c'est dans le rapport de l'ONU) on ne vise pas délibérément la population civile?

Je ne sais pas ce qu'il vous faut...

Israël avait déjà visé la population civile au Liban en 2006: ils avaient bombardé des immeubles d'habitation au Sud de Beyrouth. Ils avaient fait là aussi un carnage de civils.

C'est une politique délibérée:

"Dans sa guerre au Liban de l’été 2006, Israël a déclaré l’existence d’une doctrine Dahyé, d’après le quartier sud de Beyrouth, du même nom, un bastion du Hezbollah. Le rapport Goldstone Tsahal cite le chef du commandement nord de cette période quand il déclarait : « Ce qui s’est passé dans le quartier de Dahyé de Beyrouth en 2006 se produira dans chaque village à partir duquel Israël est ciblé ... nous y appliquerons une force disproportionnée et causeront des dommages et des destructions considérables ... C’est un plan, et il a été approuvé "(P. 329 du rapport). Israël a appliqué la doctrine Dahyé à Gaza."

http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2009/sep/18/israel-goldstone-report

Marianne

ViP a dit…

J'ai traité de la doctrine Dahiyah dans un précédent post: http://middleeastenfrancais.blogspot.com/2008/10/la-dangereuse-doctrine-dahiyah-pour.html.

Je suis contre cette doctrine qui est à mon avis dangereuse et déplacée! Pour autant, et il faut citer les propos en entier, aux yeux de l'armée israélienne, toutes les cibles visées sont des cibles militaires. Ont-ils raison de le voir comme ça ? Absolument pas! Devraient-ils mesurer leur puissance ? Devraient-ils vérifier que les civils sont absents des zones de frappe ? etc... tout ceci est une évidence. Mais, dans une zone où la densité de population est de plus de 4200 habitants/km², c'est infaisable.

Je pense également que si vraiment l'armée israélienne agissait sans se fier aux civils, le nombre de victimes, déjà trop élevé, aurait au moins quintuplé (et encore, je pense être très loin du compte).

Dans tous les cas de figure, ce qui est déjà problématique, c'est une invasion terrestre dans Gaza, cette parcelle de territoire où sont parqués des millions de gens et où forcément, il est impensable que des civils ne perdent la vie.

Dire que c'est une politique délibérée est une erreur et relève sans doute de la fantaisie de certains milieux, mais pas des plus hautes autorités de l'Etat. Ce qu'il faut voir c'est qu'avec les moyens déployés, les types d'armement utilisés et la ruse de l'ennemi, il n'était pas possible que des civils ne meurent pas. Et c'est extrêmement dommageable!

Anonyme a dit…

Le meilleur moyen pour que des civils ne meurent pas est de ne pas envoyer des tanks et des avions bombardiers contre la population de Gaza.

Dès le début les israéliens ont envoyé une quantité énorme de tanks qui ont écrasé massivement les maisons palestiniennes. Gaza a été dévasté.



Je vous invite à lire les rapports d'Amnesty Internationale et de l'ONU.

On ne fait pas plus de mille morts dont des centaines d'enfants, par inadvertance.

C'est la volonté des israéliens d'avoir un état culturellement et religieusement "pur" qui les amène à ces différents carnages. Comme d'habitude la recherche de "pureté" en manière de groupe ethnique mène à l'ignominie.

Ce que les responsables politiques israéliens ont fait à Gaza, ce sont des actes racistes, dans la ligne de leur politique d'épuration ethnique.

Marianne

ViP a dit…

Je le répète, avec de tels moyens, il est évident que cela ne peut que se finir par de nombreuses morts civiles.

Pour autant, de là à dire que c'est délibéré, c'est un raccourci. Le combat urbain amène forcément à de condamnables erreurs, mais si vraiment, Israël voulait viser avec ses avions et ses tanks les populations civiles à Gaza, l'IDF ne prendrait pas autant de mesures pour les éviter.

Anonyme a dit…

J'ai des amis, des membres de ma famille à ashdod et ashkelon qui ont recu des roquettes sur leur immeuble... avant l'opération de gaza. ils ont vécu pendant des mois au rythme des sirènes d'alerte chaque fois que des roquettes étaient annoncées.

Il ne faut pas confondre l'agresseur et la victime, même si c'est l'agresseur qui subit les pertes les plus lourdes.

gaza est aujourd'hui pris en otage par le hamas, une organisation terrosriste reconnnue comme telle par la communauté internationale, qui utilise la population comme boucliers humains.

 

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